21 septembre 2018

Aufstehen: La mauvaise stratégie pour combattre la droite, par Marx21

Allemagne : Le projet du rassemblement « Aufstehen » (Debout) - la mauvaise stratégie pour combattre la droite

Thèses de marx21 sur le lancement du rassemblement Aufstehen

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Le lancement du rassemblement Aufstehen a été accueilli avec enthousiasme dans les médias et auprès du public. Cent mille personnes se sont déjà inscrites sur le site internet du mouvement depuis le 4 août. Selon un sondage publié par le magazine Focus, un tiers des personnes interrogées pourraient envisager à voter pour une telle alliance si elle présentait des candidats aux élections fédérales. Cette popularité illustre l’espoir d’une nouvelle percée de la gauche. La question posée initialement est correcte : Comment la gauche peut-elle se renforcer face aux succès menaçants de l’AfD et à l’érosion de la social-démocratie ? Les réponses politiques qu’apporte le nouveau mouvement sont, cependant, insuffisantes. Les faiblesses politiques du rassemblement apparaissent déjà à la lecture du texte de l’Appel, mais sont encore plus évidentes dans les déclarations et interviews des initiateurs qui l’ont accompagné. Il est important de les garder en tête. Avec la création d’Aufstehen, la lutte dans Die Linke autour de l’orientation du parti entrera dans une phase décisive.

1. Il est nécessaire et correct de défendre la justice sociale et la paix … mais aussi de résister face au racisme et à la démagogie de la droite La crise du SPD trouve son origine dans son orientation pro-capitaliste qui fait que son souci principal est la compétitivité de l’économie allemande. La précarisation au travail et dans la vie de tous les jours, les diktats austéritaires en Europe et la militarisation de la politique étrangère résultent de cette orientation. Ils sont en contradiction avec les aspirations d’amélioration de leur situation de la clientèle social-démocrate traditionnelle. En plus, la Grande Coalition à laquelle participe le SPD poursuit une politique de réduction des budgets sociaux, de réarmement et d’interventions à l’étranger et se sert des réfugié-e-s comme boucs-émissaires. Il est juste et indispensable d’organiser la résistance à cette politique. Pour le faire, il faudra activer et mobiliser beaucoup plus de gens que cela n’a été le cas jusqu’à présent. Seuls, les militant-e-s de Die Linke n’y arriveront pas. Convaincre davantage de personnes à s’engager et à s’activer pour défendre leurs propres intérêts est la bonne méthode. En résumé, nous avons besoin de plus de résistance et de luttes de classe, ainsi que d’une critique radicale d’un système économique qui mène aux crises, aux guerres, aux souffrances et aux catastrophes écologiques.

Le mouvement Aufstehen ne remplit pas ces conditions, en particulier parce que ses initiateurs séparent la lutte pour la justice sociale de la lutte contre le racisme. C’est une mauvaise approche pour affaiblir la droite, et les solutions proposées sont fausses.

2. Un problème majeur avec les dirigeants d’Aufstehen est qu’ils se sont mal positionnés dans le débat sur les migrations, en opposant les besoins des réfugié-e-s à ceux de la classe ouvrière locale

Dans un entretien avec le journal Welt am Sonntag, Oskar Lafontaine a réaffirmé son point de vue que, pour affaiblir l’AfD, l’immigration doit être limitée. Avec Sahra Wagenknecht, il n’a pas réussi à imposer cette position à l’intérieur de Die Linke. Au contraire, le dernier congrès de Die Linke a confirmé l’opposition du parti à une politique isolationniste. En revanche, l’approche de Lafontaine et Wagenknecht à la question migratoire constitue un élément fondamental dans la fondation du nouveau mouvement. Dans un portrait de quelques partisans notables d’Aufstehen, l’hebdomadaire Die Zeit a écrit ceci : « Stegemann et Streeck considèrent que l’appel d’Andrea Nahles [secrétaire-général du SPD] pour une politique pragmatique en matière d’accueil des réfugiés (« Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde ») est le premier résultat du lancement du nouveau mouvement. » Ici, il est remarquable que leur mouvement ne fasse aucune référence aux mobilisations en cours contre [Horst] Seehofer [ministre de l’intérieur allemand, membre de la CSU bavaroise] et contre l’AfD, mais, au contraire, prend explicitement ses distances avec « une culture d’accueil sans limites » (Wagenknecht/Stegemann). Comme un moulin à prières, ils recyclent l’idée que les problèmes sociaux et les conflits pour le partage des richesses qui existent ont été aggravés par l’arrivée des réfugiés – au dépend des Allemands. Ils ne font même pas d’efforts pour fournir des preuves concrètes de cette affirmation.

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Cet appel à l’isolement est une mauvaise réponse. Si les migrant-e-s sont traité-e-s comme des bouc-émissaires, alors d’abord cela détourne l’attention des vrais responsables et de ceux et celles qui profitent du dumping salarial et des propriétaires de logements sans scrupules. Les réponses de gauche aux conflits pour des ressources et à la compétition entre les salariés et entre ceux et celles qui cherchent un logement doivent être anticapitalistes et internationalistes. Par conséquent, nous avons besoin de luttes communes avec les migrant-e-s pour une redistribution des richesses, une augmentation du salaire minimum, des logements à des prix abordables et contre la démagogie de droite.

3. La droite ne sera pas affaiblie par des concessions à ses positions, mais par une opposition féroce des mouvements antiracistes et antifascistes

Oskar Lafontaine maintient que les mesures restrictives en matière du droit d’asile de 1993, qu’il avait promues de façon décisive, contribua à marginaliser les partis d’extrême-droite après leur montée rapide. Cette version de l’histoire n’est pas exacte. Le débat autour de ces restrictions a été vu par la droite comme une confirmation de leur mot d’ordre d’« Etrangers dehors », tout comme la déclaration d’Helmut Kohl que « Le navire est plein ». Cela les a encouragés à organiser des agressions xénophobes. C’est seulement après le mouvement de masse suivant les agressions de Mölln et de Solingen que l’opinion commence à basculer, poussant les Républicains [Die Republikaner, un parti d’extrême-droite fondé en 1983] sur la défensive. Par exemple, en 1992, des centaines de milliers de personnes ont participé à des chaînes de lumières dans de nombreuses villes allemandes. Die Zeit a résumé la situation à l’époque : « Le changement est venu des citoyens. Les chaînes de lumière contre la xénophobie et la violence sont en train de changer la République ». 



Quand nous considérons le développement de l’AfD, on constate encore plus clairement que l’affirmation de Lafontaine est fausse. L’immigration a été considérablement limitée depuis 2016 et pourtant la droite n’a cessé de se renforcer. Le mouvement Aufstehen ne pourra pas affaiblir l’AfD s’il évite de lutter contre toutes les formes du racisme. Une opposition claire à l’islamophobie est fondamentale à un moment où [Thilo] Sarrazin [auteur et économiste, membre du SPD], l’AfD et Pegida considèrent que tous les Musulmans sont suspects, qu’ils veulent limiter leur liberté religieuse et qu’ils déclarent que l’islam est incompatible avec « le mode de vie occidental ».

Dans le discours de certains initiateurs d’Aufstehen, c’est souvent les réfugiés qui apparaissent comme une menace, plutôt que les voyous violents de droite. Ceci est intolérable, en particulier parce qu’ils ne parlent pas des plus de mille agressions contre les réfugiés et leurs lieux d’hébergement qui ont lieu chaque année depuis 2015. C’est complètement différent de ce que disent Jeremy Corbyn ou Bernie Sanders, qui sont souvent cités en positif par Aufstehen. Il est vrai que Sanders n’est pas pour l’ouverture des frontières. Mais à la différence des initiateurs d’Aufstehen, il ne fait pas de la limitation de l’immigration le point stratégique de ses campagnes. Au contraire, celles-ci sont caractérisées par une grande empathie pour les travailleurs immigrés sans papiers, pour les besoins des réfugiés et il est contre l’exclusion des Musulmans. Sanders prend au sérieux les migrants comme des agents de la politique. Il a traversé le pays pendant des mois pour rencontrer des immigrés. Et il a été choqué par la peur et la dépression qu’il a rencontrées chez eux à cause de la tonalité de plus en plus sombre du débat actuel sur les migrations.

Quand Oskar Lafontaine prétend que sa position sur l’immigration est la même que celle de Jeremy Corbyn c’est faux également. Les partisans de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair et du courant autour d’un des prédécesseurs de Corbyn à la tête du Parti travailliste, Ed Miliband, ont mis la pression sur Corbyn avant les élections législatives de 2017 pour qu’il défende une limitation draconienne de la libre circulation des salarié-e-s afin de regagner pour le parti ceux et celles qui ont voté pour le Brexit. Exactement comme Wagenknecht, cette droite travailliste croit qu’une politique restrictive en matière d’immigration est la clé pour regagner l’électorat ouvrier. Mais Corbyn a résisté à sa pression et a rejeté ses propositions.

4. Sans l’antiracisme il n’y aura pas de percée de la gauche. La démagogie raciste et droitière de Sarrazin, de Seehofer et de l’AfD représente un obstacle sérieux pour la croissance de la gauche et un renouveau du mouvement social

La démagogie de droite crée la division entre les Allemands et les étrangers, les Chrétiens et les Juifs, les Musulmans et les athées, les femmes et les hommes. Pour cette raison, une déclaration claire contre ces idéologies de division est aussi indispensable que la perspective de solidarité avec les luttes de classe. La dérive droitière ne peut fleurir sur le sol fertile créé par la précarisation néolibérale que si les interprétations racistes dominent. Avec leur « racisme du centre », Seehofer, Sarrazin et al confortent les démagogues de droite de l’AfD. Les idées du mouvement du dirigeant de Pegida, Lutz Bachmann, se voient confirmées à 100 pour cent par le nouveau livre de Thilo Sarrazin, OPA hostile. Comment l’islam freine le progrès et menace la société.

 Avec une ligne nationale-sociale et un mélange d’anticapitalisme supposé et racisme, l’aile néofasciste de l’AfD tente d’atteindre la classe ouvrière. Le danger d’un parti fasciste de masse a grandi depuis l’entrée de l’AfD au parlement fédéral. Cependant, une radicalisation accrue du parti sous l’influence de l’aile fasciste de Björn Höcke et Alexander Gauland pourrait faciliter la mobilisation par la gauche lors des contre-manifestations. Les campagnes de l’alliance Aufstehen gegen Rassismus (Debout contre le racism) fournissent un cadre efficace pour de telles mobilisations. La précondition en est que nous n’évitions pas la confrontation idéologique avec la droite, que nous restions fermes face à leur racisme – contre la stigmatisation des Musulmans, par exemple.

 5. L’accusation fausse de « néolibéralisme progressiste » (ou « la gauche latte macchiato ») contre Die Linke : nous n’opposons pas la lutte contre l’exploitation et celle contre l’oppression

Pour Oskar Lafontaine, Die Linke a succombé au « néolibéralisme progressiste ». Il s’insurge contre un prétendu déséquilibre selon lequel le parti ignore les inquiétudes des travailleurs : « Les droits des homosexuels ou les droits des migrants occupent de plus en plus le centre du discours de la gauche ». Il se réfère ici à la philosophe Nancy Fraser. D’autres partisans d’Aufstehen comme l’écrivain Andreas Nölke se font l’écho de cette idée quand ils prétendent que les travailleurs et les chômeurs vont vers l’AfD alors que la gauche se donne à des fantasmes cosmopolitains.

La thèse sous-jacente de la féministe américaine Fraser n’est pas basée, cependant, sur l’exemple de Die Linke, mais sur la politique néolibérale du Parti démocrate aux Etats-Unis, lequel, quand il est au pouvoir, favorise des coupes dans les budgets sociaux, les privatisations et les guerres et en même temps fait semblant d’être progressiste « en plaidant pour la diversité, le multiculturalisme et les droits des femmes » (Fraser). Lafontaine retourne cette observation contre Die Linke, qui « s’aligne plus ou moins sur la pensée économique néolibérale dominante ». Il suffit de jeter un regard rapide sur les dernières affiches électorales ou les thèmes de campagne de Die Linke pour démontrer le contraire. Les questions sociales – salaires, loyers, retraites, la ‘réforme’ Hartz IV du marché du travail – ont toujours été au centre. Les « visionnaires » d’Aufstehen ne le voient pas parce qu’ils supposent qu’une société multiculturelle et des frontières ouvertes seraient trop pour la classe ouvrière (mâle et blanche). Mais où dans cette conception sont les nombreux travailleurs et travailleuses qui s’engagent dans l’aide aux réfugié-e-s et font partie de la « culture d’accueil » ? 

C’est malhonnête de la part de Lafontaine de citer Nancy Fraser parce que la condition de l’émergence d’une « nouvelle gauche » est, selon elle, que celle-ci « lutte pour la justice sociale et l’émancipation et pour la diversité ». Pour Fraser, à la différence de Lafontaine, il s’agit d’une politique de classe basée sur la solidarité qui s’oppose à la politique néolibérale d’un point de vue de gauche et en ce faisant ne joue pas les différents groupes les uns contre les autres. Un ancien rédacteur en chef de taz [un quotidien progressiste de gauche], Daniel Bax, a bien résumé : « C’est une erreur, cependant, de jouer les supposés « déconnecté-e-s » et les « petites gens » contre les supposés « intérêts des minorités ». Car les « petites gens » et les « déconnecté-e-s » peuvent aussi appartenir à des minorités. Ceux et celles qui ont des salaires faibles ou des emplois précaires viennent souvent des familles immigrées, qui sont souvent parmi les plus pauvres. Les personnes LGBTI se trouvent aussi dans toutes les catégories de la société. Et pour les mères célibataires il est souvent important non seulement de pouvoir joindre les deux bouts financièrement mais de ne pas souffrir des discriminations. En résumé, il y a beaucoup de « petites gens » et des « déconnectés » pour lesquels l’antiracisme et une société libérée de la discrimination sont importants. »

6. Une des explications de l’attractivité du mouvement Aufstehen est l’espoir trompeur d’une possibilité d’arriver au pouvoir avec « la candidate à la chancellerie Sahra », soutenue par une nouvelle majorité de gauche au parlement fédéral

Suite à l’érosion de la social-démocratie et à l’entrée du FDP [parti de droite néolibérale] et de l’AfD au parlement après les dernières élections il n’existait plus – à la différence de 2013 – une majorité arithmétique pour le SPD, les Verts et Die Linke. La perte de l’option d’un gouvernement Rouge-Rouge-Vert a été une source de désillusion. Pour beaucoup de gens le nouveau mouvement a redonné de l’espoir en une nouvelle dynamique qui pourrait aboutir à une majorité de gauche. Cette orientation gouvernementale représente une différence stratégique centrale entre nous et Aufstehen.

Un gouvernement R-R-V supposerait un changement fondamental de direction de la part du SPD et des Verts, à moins que cela soit Die Linke qui renie ses principes. Parmi les partisans les plus connus d’Aufstehen, cependant, on trouve certains dont les opinions exprimées jusqu’à présent sont en nette contradiction avec les « lignes rouges » établies par Die Linke pour que le parti participe au gouvernement. On y trouve, par exemple, Wolfgang Streeck qui fut l’un des architectes d’Agenda 2010, et le Vert Ludger Volmer, qui joua un rôle clé dans la préparation de la décision de son parti de jurer allégeance à l’OTAN et de soutenir l’intervention dans la guerre en Kosovo. Pour une stratégie cohérente contre le néolibéralisme et la guerre, l’orientation sur une alliance R-R-V est problématique. La position sur une politique pour la paix contenue dans l’Appel est déjà considérablement plus faible que celle de Die Linke. Ainsi, il contient une référence positive à la « Bundeswehr comme une armée de défense au sein d’une communauté européenne de sécurité ». Le problème, c’est que le gouvernement allemand lui-même travaille actuellement en faveur d’un armement commun et d’une militarisation de l’UE. L’appel « Aufstehen » ne dit pas, non plus, que la Bundeswehr doit se retirer des opérations militaires à l’étranger – ce qui est la position de Die Linke – mais s’oppose seulement à de nouvelles missions.

En plus, Aufstehen envoie un message qui déjà, sous le slogan « La Gauche, cela marche », a créé des attentes qui ne pouvaient pas être satisfaites. Que sa popularité parmi les chômeurs a diminué ces dernières années en est certainement une des conséquences. Pour beaucoup de ceux-ci, l’espoir qu’en votant pour Die Linke les rapports sociaux changeraient ne s’est pas matérialisé. Car malgré un renforcement de Die Linke, la redistribution des richesses du bas vers le haut ne s’est pas arrêtée. Nous ne changeons pas la société par des majorités gouvernementales mais à travers de mobilisations dans la rue et sur les lieux de travail. L’objectif d’une politique de gauche doit donc être de renforcer la capacité de lutter plutôt que de placer nos espoirs dans des représentants politiques. Le fait est qu’Aufstehen n’est pas encore un mouvement large et ouvert. Le texte de l’Appel ne se réfère nulle part à une quelconque lutte réelle et ne fait aucun lien avec les centaines de milliers de personnes qui sont en ce moment même dans la rue contre la dérive droitière.

7. Des membres dirigeants du nouveau mouvement veulent transformer Die Linke et ainsi le désarmer politiquement

A notre avis, Aufstehen a le potentiel de conduire à une scission de Die Linke – d’une part, parce que son profil politique sur la question des migrants est contraire à celui de Die Linke, et d’autre part, parce que le rassemblement se construit en dehors des structures de Die Linke et de son processus décisionnaire interne. A l’avenir, le point d’achoppement sera le début du processus électoral pour les élections au parlement. Les candidat-e-s du mouvement se présenteront-ils et -elles sur quelle liste ? Comment Sahra Wagenknecht sera-t-elle désignée comme candidate principale ?

Le camp de Wagenknecht s’organise pour mettre la pression sur Die Linke de l’extérieur à travers le nouveau mouvement, et simultanément mène une lutte de faction dans le parti pour imposer ses positions et ses représentant-e-s. Wagenknecht a elle-même déclaré : « Si la pression est assez grande, les partis ouvriront leurs listes à nos idées et à nos camarades, ne serait-ce que pour protéger leurs propres intérêts. » Si cette OPA ne réussit pas, les partisans d’Aufstehen menacent de scissionner pour fonder un nouveau parti. « Nous voulons secouer notre parti afin de gagner des élections de nouveau et changer ce pays », a écrit, par exemple, Sevim Dagdelen, en ajoutant, « Si nous réussissons, il n’y aura pas besoin d’un nouveau parti ».

Nous considérons que la trajectoire d’Aufstehen est mauvaise parce qu’elle représente un pas vers la droite. Un tel déplacement, si elle avait lieu, désarmerait Die Linke dans le combat contre le racisme et l’AfD. Pour cette raison, nous soutenons l’orientation du comité exécutif fédéral de Die Linke qui a été adoptée le 13 août, qui appelle les adherents-e-s de Die Linke à ne pas rejoindre Aufstehen, mais à « renforcer Die Linke comme la force motrice et le point d’ancrage d’une politique de gauche et socialement juste ».

8. Alors que Sahra Wagenknecht maintient que l’explication des pertes électorales de Die Linke dans l’Est de l’Allemagne se trouve dans sa politique concernant les réfugié-e-s, presque personne ne questionne l’orientation étatiste du parti dans ces régions

Après les élections législatives, Oskar Lafontaine a développé l’argument selon lequel Die Linke avait perdu des voix chez les ouvriers et que ces pertes étaient dues à trop de « Réfugié-e-s les bienvenu-e-s » et d’antiracisme. Que cette conclusion est fausse est démontré par les chiffres suivants: Dans beaucoup d’endroits Die Linke avait progressé chez les salariés manuels et les cols blancs. Dans l’Ouest le parti a même obtenu 40 pour cent de voix de plus en total qu’en 2013. Un profil antiraciste n’y était pas un obstacle. On pourrait aussi bien affirmer que la contestation publique actuelle de Die Linke par Lafontaine et al nuit à la croissance du parti.

Le fait que à l’Est la tendance à la baisse aux élections a continué en 2017 n’est pas le résultat de la politique de Die Linke sur la question des réfugié-e-s. L’orientation de soutien à l’Etat dans l’Est l’explique beaucoup mieux. Dans le passé, les sections locales de Die Linke se sont représentées comme des défenseurs des intérêts de l’Est et n’ont pratiquement pas eu de profil basé sur une politique de classe car leur point de départ n’était pas le conflit d’intérêts entre le capital et le travail. Dans beaucoup de localités Die Linke ne paraît pas comme une force de changement fondamental. Pendant les campagnes électorales, le parti a évité de dénoncer de façon radicale les conditions existantes, se présentant avec desslogans comme « Wirstschaftkenner » (Expert économique) ou « Heimat ist dort, wo Familie ist » (On est chez soi là où se trouve la famille). Avec ce profil conformiste, Die Linke a perdu des voix, même là où il était dans l’opposition. En même temps, l’AfD a pu dévier le mécontentement social justifié en un soutien à ses politiques racistes, et se présenter comme un parti de protestation contre l’establishment. Cela ne doit pas se répéter. Aux spéculations actuelles au sujet de possibles coalitions avec la CDU, Die Linke doit répondre avec un Non catégorique. Pour certains dans le camp réformateur à l’Est, l’alliance au Bundestag de Sahra Wagenknecht et Dietmar Bartsch [les deux co-présidents du groupe parlementaire] sert de bouclier pour empêcher toute analyse des causes du déclin du parti dans ces régions.

9. L’auto-émancipation des exploité-e-s et des opprimé-e-s à travers les luttes et la construction d’un pouvoir alternatif doit être une préoccupation centrale de la gauche. Pour mieux servir cette aspiration, Die Linke doit aussi se transformer

Afin de remplir son rôle de force pour le socialisme, Die Linke doit se distinguer complètement des partis établis. Nous avons besoin d’un parti de gauche de masse qui se conçoit à la fois comme un porte-parole et un moteur des mouvements sociaux et des luttes de classe. Cela nécessite une rupture avec la fixation sur les parlements comme le champ d’action et le levier indispensable du changement social.

Déjà il y a plus de cinquante ans dans son essai Les deux âmes du socialisme, le militant américain Hal Draper distinguait un « socialisme par en-bas » émancipateur des différentes formes du « socialisme par en-haut ». Il décrivait celui-ci comme une approche selon laquelle, pour changer le monde, les opprimé-e-s confiaient leur sort à une direction savante et bienfaisante. Cette description s’applique jusqu’à aujourd’hui à la gauche social-démocrate dont le principe est : « Votez pour nous et laissez-nous vous guider vers un meilleur avenir ». Dans l’ancien bloc de l’Est nous pouvions observer une autre variante du « socialisme par en-haut » où les partis communistes agissaient au nom des travailleurs et de plus contre eux. A la fin ils étaient renversés par ceux-là même qu’ils prétendaient représenter.

Nous voulons construire Die Linke dans la tradition du “socialisme par en-bas ». Le parti ne devrait pas se donner comme objectif de simplement représenter la population, mais combattre pour une perspective solidaire à l’intérieur de la classe ouvrière et encourager la résistance. Notre tâche est de renforcer les mouvements réels et développer un profil anticapitaliste. Ces dernières années, des dizaines de milliers d’infirmier-ères ont fait grève face à la crise hospitalière. A Berlin et en Bavière, des milliers de personnes collectent des signatures sur des pétitions pour un referendum demandant davantage de personnel dans les hôpitaux. Un nombre énorme de personnes participent au mouvement Aufstehen gegen rassismuss et à d’autres initiatives antiracistes et antifascistes pour s’opposer à la démagogie de droite. Dans ces mouvements nous pouvons nous approcher des opposants sociaux-démocrates avec des propositions concrètes d’action et une politique de construction d’alliances ouvertes. Un point de cristallisation est le combat contre la droite comme, par exemple, la manifestation de masse #unteilbar (#indivisible) du 13 octobre à Berlin et bien sûr la participation active dans une alliance telle Aufstehen gegen Rassismus. Un autre pourrait être la campagne pour des logements à des prix abordables ou pour davantage de personnel dans la santé et l’aide à la personne. Nous proposerons également le soutien à de telles campagnes à ceux et celles qui adhèrent au projet Aufstehen. Nous voulons développer des initiatives existantes dans Die Linke afin de continuer à construire le parti comme une force de combat. ____________________________________________________________________

Note : Texte daté le 4 septembre 2018 et traduit en français à partir d’une version anglaise faite par un membre (bilingue allemand-anglais) de Die Linke qui vit et milite à Chemnitz (Saxe). Il est donc possible qu’une partie des arguments ait été légèrement « lost in translation » ou que certaines tournures allemandes n’aient pas été traduites correctement. Il n’engage pas les auteurs de l’original. Pour ceux qui lisent l’allemand, voici l’article source : www.marx21.de/aufstehen-kritik-sammlungsbewegung/ marx21 est un regroupement de militants et de militantes à l’intérieur de Die Linke qui existe depuis 2007. Le réseau fait partie du courant de la Gauche socialiste. La députée fédérale Christine Buchholz est membre de son comité de coordination. Ce courant publie le magazine Marx21, et organise des journées de débats annuelles, Marx Is Muss. Son site internet : www.marx21.de

13 septembre 2018

5ème Université d'Ensemble à Cap d'Agde du jeudi 1er novembre (14h) au dimanche 4 novembre (après le déjeuner)

Nul n'est censé l'ignorer : nous voici entrés dans un «monde nouveau» ! Ici, en France, aussi en Europe et partout ailleurs… Nouveaux dirigeants, formes inédites de luttes, d'échanges et d’organisation, autres règles politiques et sociales… Cette 5ème Université d'Ensemble!, la seconde en automne au bord de la Méditerranée, nous permettra d’appréhender ce qu'est réellement ce «monde nouveau». En France et dans quelques points chauds de la planète. Sans sacrifier à une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, nous échangerons à propos des multiples questions qui sont autant de champs de confrontation entre le «vieux» et le «neuf»… Pour explorer le monde existant ! Quels enjeux pour l'Europe ? Quel devenir pour la Catalogne, l’Espagne, l’Italie, la Grèce ? Et où va la Kanaky ? Le Moyen- Orient entre Histoire et chaos ? Le «macronisme», une mise à l'épreuve pour gauches, droites et extrêmes-droites ? Mai 68, quelle portée aujourd’hui ? La démocratie au piège du neuf anti-vieux ? Quid du féminisme à l’heure de Me too ? L'écologie, entre Nature immémoriale et nouveau paradigme de la politique ? Jeunes : parcoursup ou course d’obstacles ? Réfugié.e.s : en marche ou crève ? Racisme : est-il soluble dans l’égalité des droits ? Retraites, perte d'autonomie : le pire est-il à venir ? Et si on parlait de culture. Et, entre autres questions, de viticulture, au coeur de cette région où se tiendra notre Université ? Ce sera au cap d'Agde du 1er au 4 novembre 2018 ! Dès maintenant il est possible de s'inscrire selon les tarifs disponibles ici : https://www.ensemble-fdg.org/sites/default/files/18-06-02-v07_plaquette_uda.pdf

6 septembre 2018

Antisémitisme et antisionisme : Comment une campagne calomnieuse a infligé une sévère défaite à Jeremy Corbyn

Israël est un Etat raciste et colonial !

En Grande-Bretagne, la décision de l’instance dirigeante du parti travailliste, le National Executive Committee (NEC), d’adopter une définition dite « complète » de l’antisémitisme – celle de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) avec des exemples dont certains très contentieux (1) – constitue un sérieux revers pour la gauche de transformation sociale, antiraciste et solidaire. C’est aussi un échec politique pour Jeremy Corbyn. Ce vote représente par la même occasion une victoire pour l’Etat colonial et raciste d’Israël et ses soutiens internationaux et une défaite pour le mouvement de solidarité avec la Palestine. Et elle ne fera rien pour lutter contre la réelle menace de l’antisémitisme véhiculé notamment par l’extrême-droite dans plusieurs pays européens. D’ailleurs, ceux et celles qui ont été les plus actifs sur le thème de « l’antisémitisme galopant » dans le parti travailliste sont notoirement absents des mobilisations qui ont lieu hebdomadairement contre les agissements violents des véritables fascistes de l’English Defence League, Britain First ou la Football Lads Alliance.

Le ‘problème’ de l’antisémitisme au sein du parti travailliste a, en réalité, été largement fabriqué de toutes pièces par les anti-Corbyn et certains groupes de pression pro-israéliens. Inutile de préciser que ces accusations souvent fantaisistes ont été relayées et amplifiées par la presse de droite, et jusqu’au prestigieux journal de ‘centre-gauche’, The Guardian. La BBC, comme toujours la voix authentique de la classe dirigeante britannique, y a joué un rôle particulièrement néfaste et malhonnête.

Le vote du NEC est censé mettre fin à la polémique – c’est au moins ce qu’espère une partie de la gauche – mais ce ne sera pas le cas, car les objectifs des ennemis de Corbyn et des ‘amis d’Israël’ sont ailleurs. Ils ne veulent rien de moins que sa démission et de réduire le mouvement de solidarité avec la Palestine au silence. D’ailleurs, leur victoire à peine acquise qu’ils commencent à critiquer la décision sous prétexte de l’addition d’un caveat disant que la définition ne doit pas être considérée comme limitant la liberté d’expression au sujet de l’Etat d’Israël ou des droits des Palestiniens. Ils reviendront donc à la charge aussi souvent qu’ils l’estiment nécessaire. La présidente du principal organisme dit ‘représentatif’ des Juifs a dit, quant à elle, que le vote doit être suivi d’« actions », c’est-à-dire de l’exclusion rapide de militants ayant enfreint la nouvelle définition et que le problème des fréquentations et des actions « antérieures » de Jeremy Corbyn doit être « adressé ». L’offensive ne s’arrêtera donc pas là. Elle ne peut être contrée par davantage de concessions.

L’ampleur et la nature de la campagne de calomnies dirigée contre Jeremy Corbyn et ses partisans, qu’on peut sans dramatiser assimiler à une chasse aux sorcières, n’a rien à voir avec la réalité de l’antisémitisme qui existe marginalement – personne ne le nie – parmi les sympathisants et même chez certains militants du parti. Celui-ci compte quand même un demi-million d’adhérents et d’adhérentes, et est aujourd’hui le plus grand parti politique d’Europe – grâce à … l’effet Corbyn.

L’étendue de cet antisémitisme n’est pas mesurable, mais elle est certainement moindre que celui qui existe parmi les sympathisants de droite et bien sûr chez les voyous d’extrême-droite qui eux aussi participent à la campagne anti-Corbyn, qu’ils traitent de « communiste », d’« ami des terroristes irlandais et islamistes » et d’« islamiste ». Pour les fachos, pouvoir en plus traiter Corbyn d’ « antisémite » est une façon de rajouter habilement à la confusion et de faire diversion. Bien entendu, les ennemis de droite ou de « gauche » de Corbyn ne s’intéressent absolument pas à l’antisémitisme de ces gens-là. Pour certains, Corbyn lui-même serait un antisémite patenté, voire même un « révisionniste », et ses partisans et alliés (à l’extrême-gauche notamment) animés par une « soif de vengeance » contre les Juifs. Le mensonge est énorme et doit être dénoncé pour ce qu’il est. Corbyn doit être défendu sans ambiguïté, quelques soient les critiques qu’on peut formuler à son égard par ailleurs.

Le vote du NEC est donc une victoire pour la droite revancharde du parti, particulièrement puissante et même largement majoritaire dans le groupe parlementaire. Cette droite n’a jamais accepté le résultat du vote des militants qui a conduit Corbyn à la tête du parti. Elle cherche une stratégie, entre ceux-celles qui prônent ouvertement une scission pour former un nouveau parti centriste et d’autres qui préfèrent travailler en sous-marin à mettre des bâtons dans les roues du leader et de son équipe (les deux ne sont pas incompatibles, d’ailleurs, car tout est une question de timing et de rapport de forces). Depuis quelques semaines les attaques contre Corbyn de la part de députés travaillistes de droite sont devenues de plus en plus hystériques. Ainsi, Frank Field a décidé de démissionner du groupe parlementaire pour protester contre le « racisme » qui gangrènerait le parti. Sauf que M. Field est depuis longtemps partisan d’un contrôle stricte de l’immigration et s’est vanté de son amitié avec le feu (et pas regretté) démagogue raciste et ancien ministre conservateur, Enoch Powell.

La députée travailliste (et juive) Margaret Hodge a traité son leader de « putain de raciste et antisémite » (dans le texte « fucking racist ») et a comparé les quelques insultes qu’elle a reçues de militants travaillistes avec le traitement réservé à son père par les Nazis. Gordon Brown, qui est intervenu dans le débat peu avant la réunion du NEC pour peser dans la balance, s’est distingué, alors qu’il était premier ministre, par son soutien au mot d’ordre de ‘British jobs for British workers’ (‘des emplois britanniques pour des salariés britanniques’). Quant à Tony Blair, aucun commentaire n’est vraiment nécessaire. Ces exemples donnent la mesure de l’hypocrisie des droitiers du parti et démontrent que leur vrai but n’est pas de combattre le racisme mais d’abattre Corbyn, et par la même occasion neutraliser, ou pourquoi pas criminaliser la solidarité avec la Palestine et notamment la campagne BDS.

La gauche est également divisée entre ceux-celles qui militent pour une ligne claire et audacieuse et sont souvent très actifs-ves sur le terrain des élections locales et, dans les meilleurs des cas, dans le mouvement social, d’une part, et d’autre part des ‘réalistes’ qui mettent l’unité du parti avant tout et sont prêt-e-s à faire des concessions face à l’offensive de la droite. Beaucoup de militants ‘ordinaires’ hésitent visiblement entre ces deux stratégies. Mais c’est la conversion au ‘réalisme’ de membres influents de la gauche, comme Jon Lansman, le fondateur de Momentum (un mouvement dynamique mais aux contours un peu « gazeux » formé pour faire élire puis soutenir Corbyn) ou John McDonnell, le porte-parole pour les affaires économiques, qui a fait pencher la balance.

A contrario, des personnalités comme le cinéaste Ken Loach et l’auteur Tariq Ali, ainsi que les différentes forces de la gauche radicale extérieures au parti, comme le Socialist Workers Party (SWP) ou Counterfire, ont tenté jusqu’au dernier moment de tenir la ligne. Les convictions personnelles de Corbyn lui-même sont claires mais en dernière analyse il considère, lui aussi, que l’unité du parti est la condition d’une prochaine victoire aux urnes. Représentant de la poussée des idées de gauche et de la soif de politique notamment parmi la jeunesse, tout comme Bernie Sanders aux Etats-Unis ou J-L Mélenchon en France, il reste avant tout un travailliste ‘traditionnel’ partisan de la voie parlementaire (mais très lié au mouvement social, ce qui a fait sa force dans un premier temps). La grande faiblesse de la gauche travailliste a toujours été de plier en dernière instance devant les pressions de la droite – certains se souviendront de la capitulation de l’idole de la gauche et grand ‘pacifiste’, Aneurin Bevan, dans les années 1950, quand il s’est converti à la force de dissuasion nucléaire britannique – et de rechercher la respectabilité aux yeux des grands patrons de la presse censés être capables de faire gagner ou perdre des élections.

Corbyn lui-même a dû, entre autres, accepter le renouvellement de la flotte de sous-marins nucléaires équipés de missiles Trident, alors que l’abandon de cette force de frappe faisait partie de son programme et était particulièrement populaire parmi les militants. Il a également été plus que frileux sur la question de l’indépendance de l’Ecosse. De toutes les façons, les pressions sur lui sont énormes, comme nous avons vu dernièrement quand, à quelques jours du vote du NEC, des dirigeants syndicaux et des poids lourds de la gauche du parti se sont prononcés pour l’adoption de la définition « complète » de l’IHRA. L’isolement de Corbyn est tel que, lors de la réunion du NEC, il lui était impossible d'ajouter un amendement pour défendre la liberté d’expression au sujet de la nature raciste de l’Etat d’Israël, ce qui signifie qu’il a été lâché par une partie de ses propres soutiens. A la base du parti, cependant, Corbyn reste extrêmement populaire et paradoxalement, malgré le flot continu d’articles, d’entretiens et de petites phrases assassines contre lui dans les médias, les sondages continuent à lui être relativement favorables, face il est vrai à une Theresa May maladroite et embourbée dans ses contradictions et les négociations sans fin sur le Brexit.

Quid, donc, de la « communauté juive » en Grande-Bretagne ? Elle est ancienne, mais majoritairement composée des descendants des réfugiés des pogroms de la fin du 19ème siècle dans la Russie tsariste et en Europe de l’Est. Il est évidemment impossible de généraliser, car elle ne forme pas un bloc homogène, que cela soit sur le plan politique, social ou religieux. Il est probable que certains Juifs aient été influencés par la campagne contre Corbyn et personne ne doit minimiser ni leurs peurs ni la réalité de l’antisémitisme. Mais quand un ancien Grand Rabbin, Jonathan (Lord) Sacks, un homme de droite, compare Corbyn – qu’il accuse d’être un ami du Hamas et de Hezbollah – à Enoch Powell, prétend que beaucoup de Juifs pensent quitter le pays et que les travaillistes risquent de provoquer une nouvelle vague d’antisémitisme, et dit qu’il ne connaît aucun moment depuis 1656 ( !) quand les Juifs s’inquiétaient autant pour leurs enfants, sa mauvaise foi saute aux yeux.

Corbyn est également critiqué par le Board of Deputies of British Jews, qui, comme le CRIF en France, prétend parler au nom de toute la « communauté ». En réalité, c’est un organisme qui représente uniquement des synagogues et pas plus de la moitié d’entre elles (d’autres courants religieux sont indépendants dont certains sont très hostiles à l’Etat d’Israël). Le Jewish Leadership Council, quant à lui, a rondement critiqué Corbyn après le vote du NEC pour l’amendement « honteux » qu’il a présenté sans succès, l’accusant de vouloir saboter la décision. Cet establishment juif très lié à celui de l’Etat d’Israël, à l’ambassade israélien et aux diverses officines sionistes (sans « complotisme » aucun), parle au mieux pour une partie de la population juive du pays – et probablement la partie la plus conservatrice.   

Il existe une toute autre tradition – celle des Juifs qui se sont battus contre l’antisémitisme qui s’est développé à la fin du 19ème siècle et a été encouragé notamment par l’aile droite impérialiste du parti conservateur. Beaucoup ont rejoint les rangs de la gauche et plus particulièrement du parti communiste, et beaucoup de leurs enfants militent aujourd’hui au parti travailliste ou à l’extrême-gauche. On se souvient toujours de la Bataille de Cable Street à Londres en 1936 quand une alliance de résidents juifs et non-juifs et de militants communistes a physiquement empêché les fascistes en chemises noires du mouvement d’Oswald Mosley de marcher dans le quartier juif. Cela reste un symbole et une fierté pour le mouvement antifasciste d’aujourd’hui. Dans le mouvement ouvrier contemporain, il existe des associations ayant des positions diverses. Ainsi on en trouve qui sont hostiles à Corbyn et pro-israéliennes, comme le Jewish Labour Movement (fondé en 1903 sous le nom de Poale Zion) et d’autres franchement antisionistes et opposées à l’adoption de la définition « complète » de l’antisémitisme (Jewish Socialists’ Movement, Jewish Voice for Labour …). La devise du collectif Free Speech on Israel est « Des Juifs et des amis qui disent que l’antisionisme n’est pas l’antisémitisme ». Et bien sûr, comme en France et ailleurs, beaucoup de militants de la Palestine Solidarity Campaign et de la campagne BDS sont juifs. Quant aux Labour Friends of Israel, son nom ne laisse pas de place pour l’ambiguïté - il s’agit d’un groupe de parlementaires travaillistes, pour l’essentiel sionistes (juifs et non-juifs).

Ainsi, présenter la polémique actuelle comme s’il s’agissait de ‘Corbyn contre les Juifs’ et parler, comme l’a fait par exemple le journal Libération, de la « communauté juive travailliste » est une véritable travestie des faits. Enfin, il est important de souligner la portée internationale de cette confrontation. Dans de nombreux pays, dont la France, la campagne de boycott d’Israël est menacée d’interdiction. En Israël, Netanyahu et les sionistes d'extrême-droite n'ont pas hésité à soutenir publiquement la campagne honteuse contre Corbyn, alors que le groupe de députés arabes au Knesset a publié une excellente déclaration pour le soutenir. Si le résultat est un revers pour la gauche britannique, c’est un désastre de plus pour les Palestiniens. La violence de l’attaque dans les médias et de la part des députés anti-Corbyn et le résultat qu’elle a obtenu a été un choc pour la gauche. Il est difficile de prédire la suite. Mais une chose est certaine : la gauche, et Corbyn lui-même, ne se redressera qu’à condition de ne rien céder sur la solidarité plus nécessaire que jamais avec la Palestine et le droit non seulement de ‘critiquer’ Israël mais de dire la vérité sur cet Etat colonial et raciste. Le NEC et plus encore le groupe parlementaire du Labour sont actuellement verrouillés à moins d’une révolte massive des sections locales contre les sortants et sortantes. Mais l’horizon de la gauche de transformation ne peut se limiter à ce qui se passe dans le parti travailliste. La riposte doit passer par un renouveau de l’activisme dans et en dehors du parti travailliste, dans les syndicats, dans les quartiers - et dans l’unité.













(1) Selon l’IHRA, des manifestations d’antisémitisme « pourraient » inclure le fait de « viser l’Etat d’Israël, conçu comme une collectivité juive ». Parmi les exemples on trouve : - « Nier au peuple juif leur droit à l’auto-détermination en prétendant, par exemple, que l’existence de l’Etat d’Israël est un projet raciste » - « Le deux-poids, deux mesures en exigeant à l’Etat d’Israël un comportement qu’on n’attend ou qu’on n’exige pas de toute autre nation démocratique » - « Etablir des comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des Nazis »

27 novembre 2017

Meeting unitaire contre le chômage et la précarité, mardi 28 novembre à 19h à Paris

Avec des orateurs de la FI, du DAL, du PCF, d'Ensemble!, du NPA, du PG, de Solidaires, de la CGT, d'EE-LV ...

"Nous exigeons que toutes les poursuites à l’égard de SUD Éducation 93 soient immédiatement abandonnées."

Un texte que j'ai signé ...

"Au croisement des répressions" : en soutien à SUD Education 93

« Nous en avons assez des tergiversations et des atermoiements de tous ces responsables’’ élus par nous qui nous déclarent “irresponsables’’ (…). Nous en avons assez du racisme d’État qu’ils autorisent. » Pierre Bourdieu, Contre-feux, 1998

Reprenant les inepties propagées par la fachosphère, c’est un ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a attaqué publiquement et devant la représentation nationale le syndicat SUD Éducation 93 pour son stage de formation syndicale « Au croisement des oppressions : où en est-on de l’antiracisme à l’école ? »
Nous sommes pour tout dire supéfait.es de cette atteinte grave aux libertés syndicales comme de la tournure que prend le débat public, virant à la stigmatisation avec beaucoup d’amalgames, d’approximations, voire de mensonges. Cette médiatisation a des conséquences pour lesmilitant.es de ce syndicat qui subissent depuis plusieurs jours menaces, injures, calomnies émanant de l’extrême droite. Et il est inacceptable qu’un ministre légitime cette entreprise.
Avant toute chose il faut rappeler l’évidence : oui ce stage de formation syndicale est bien un stage antiraciste, visant à combattre les discriminations raciales.
Alors, on peut avoir des réserves sur la pertinence des méthodes employées par SUD Éducation 93 dans ce stage, dont celle qui fait couler beaucoup d’encre, les ateliers en non-mixité. Nous pouvons même, après tout, être en désaccord et en débattre. Mais il y a des impostures agitées par les détracteurs de SUD Éducation 93 que nous ne pouvons accepter.
Les deux ateliers non-mixtes (sur neuf) constituent une partie seulement du programme du stage, dont une grande part se déroule en plénière, mixte. Il ne s’agit donc absolument pas d’un stage « interdit aux blancs » comme plusieurs médias ont cru pouvoir l’affirmer.
Ces ateliers restent organisés dans un but : déconstruire des mécanismes d’oppressions avec pour finalité de mieux comprendre le racisme pour mieux le combattre aujourd’hui.
Comme l’a expérimenté le mouvement féministe avec intérêt, l’intention de la méthode de non-mixité est bien de chercher à faire avancer l’égalité… celle-là même qui s’inscrit aux frontons de nos mairies sans se traduire dans les faits pour des millions de nos concitoyen.nes. Et c’est cela qui devrait être la préoccupation des pouvoirs publics.
Mais, c’est à l’opposé de cette préoccupation que Jean-Michel Blanquer a annoncé vouloir attaquer en diffamation le syndicat SUD Éducation 93 pour l’usage des mots « racisme d’État ».
Nous demandons au ministre : faudra-t-il demain mettre au pilon l’abondante littérature scientifique qui utilise cette expression et en analyse les déclinaisons, malheureusement bien concrètes ? Faudra-t-il demain bannir des écrits et travaux de Michel Foucault, Pierre Bourdieu ou d’autres les pages qui l’évoquent ?
Nous ne pouvons pas non plus accepter la répression antisyndicale et sa judiciarisation croissante, impulsée par le sommet de l’État. Au moment où Jean-Michel Blanquer attaque le syndicat SUD Éducation, Muriel Pénicaud met à pied une inspectrice du travail également membre de SUD et sanctionne deux militants de la CGT.
Le cas présent nous amène bien « au croisement des répressions » : surfant sur les paniques identitaires, le ministre de l’Éducation nationale s’aligne sur le calendrier dicté par l’extrême droite pour chercher à disqualifier le mouvement social et faire diversion face aux contestations.
Nous exigeons que toutes les poursuites à l’égard de SUD Éducation 93 soient immédiatement abandonnées.

Pour signer : soutiensudeduc93@gmail.com

Signataires :

Thomas Alam, politiste, Snesup-FSU ;
Elise Allard, charpentière, ex-professeure des écoles, ex-secrétaire fédérale SUD étudiant ;
Bastien Amiel, politiste, Université Paris Nanterre, enseignant d’histoire-géographie, adhérent SUD Éducation 92 ;
Raphaël Andere, enseignant, syndicaliste Snes-FSU, École Émancipée ;
Hervé Andres, ingénieur CNRS, docteur en science politique ;
Armelle Andro, professeure en démographie, universitaire ;
Verveine Angeli, secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires ;
Jean-Christophe Angaut, maître de conférences de philosophie à l’Ecole normale supérieure de Lyon ;
Naïma Anka Idrissi, doctorante en sociologie, ATER ;
Jean-Pierre Anselme, journaliste ;
Nathalie Astolfi, professeur des écoles, CNT-STE 75 ;
Virginie Baby-Collin, professeure de géographie ;
Paola Bacchetta, professeur, University of California, Berkeley ;
Bally Bagayoko, maire-adjoint de Saint-Denis ;
Sébastien Banse, journaliste au Journal de Saint-Denis ;
Ludivine Bantigny, historienne, Université de Rouen ;
Emmanuel Barot, philosophe, université de Toulouse ;
Michel Barthélémy, sociologue, CNRS ;
Luis Fernando Basurto, enseignant péruvien, syndicaliste, habitant de Saint Denis ;
Christophe Baticle, Socio-anthropologue, Université de Picardie Jules Verne ;
Benjamin Bauné, syndicaliste SUD éducation Paris ;
Adda Bekkouche, juriste ;
Gregory Bekhtari, syndicaliste FSU, École Émancipée ;
Mohamed Ben Yakhlef, conseiller municipal Ensemble ! de Villeneuve-Saint-Georges ;
Maxime Benatouil, membre de l’Union juive française pour la Paix ;
Omar Benderra, militant associatif ;
Sarah Benichou, enseignante d’histoire-géographie ;
Robert Benoit, historien, Marseille ;
Fatima Benomar, militante féministe ;
Judith Bernard, enseignante, metteure en scène, journaliste ;
Alain Bertho, anthropologue, université Paris 8 ;
Olivier Besancenot, porte-parole du NPA ;
Damien Besnard, enseignant (93), syndicaliste Snes-FSU, École émancipée ;
Eric Beynel, porte-parole national de l’Union syndicale Solidaires ;
Alain Bihr, professeur honoraire de sociologie ;
Philippe Blanchet, professeur de sociolinguistique et communication interculturelle, université Rennes 2 ;
Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature ;
Daniel Blondet, CGT Educ’action Paris ;
Benoit Bories, créateur sonore et documentariste radiophonique, Toulouse ;
Martine Boudet, professeure agrégée de Lettres modernes, membre du Conseil scientifique d’ATTAC France ;
Florence Bouillon, maîtresse de conférences en sociologie, Université Paris 8 ;
Antoine Boulangé, Formateur Espé de Paris, syndicaliste FERC Sup CGT ;
Marc Bessin, sociologue, directeur de recherche au CNRS IRIS /EHESS ;
Christophe Bonneuil, historien ;
Alima Boumediene Thiery, avocate ;
Sam Bourcier, université Lille 3 ;
Sami Bouri, enseignant de sciences économiques et sociales, co-fondateur-organisateur de “L’œuvre de Pierre Bourdieu en pratiques” ;
Jean-Jacques Bretou, traducteur ;
Marc Brunet, professeur d’histoire-géographie à Cavaillon, Attac 84 ;
Thomas Brunner, maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Strasbourg) ;
Maguy Borrás ;
Céline Boudie, Enseignante en Histoire/Géographie, 93, Snes-FSU ;
Vincent Bruand, enseignant ;
Jérôme Buresi, enseignant-chercheur à Lens ;
Jean-Charles Buttier, enseignant et historien ;
Jean-Marc Capellero-Rabinovitz, membre de l’Union Juive Française pour la Paix
Alain Castera, ingénieur, militant syndical, SUD-Recherche EPST ;
Manuel Cervera-Marzal, sociologue ;
Brendan Chabannes, co-secrétaire fédéral de SUD Éducation ;
Olivier Chaïbi, agrégé d’histoire-géographie, docteur en histoire ;
Grégory Chambat, enseignant, syndicaliste, collectif Questions de classe(s) ;
Grégoire Charlot, universitaire ;
Alain Chevarin, enseignant retraité, syndicaliste ;
Nara Cladera, Solidaires Comminges ;
Matthias Claeys, auteur/metteur en scène ;
Michèle Claveau, enseignante de biologie au CNED de Lyon ;
Anne Clerval, géographe, universitaire ;
Agnès Cluzel, militante du MRAP de Saint Denis ;
Jean-Claude Cluzel, PCF ;
Déborah Cohen, historienne, Université de Rouen ;
James Cohen, politiste ;
Matthieu Colloghan, dessinateur ;
Maxime Combes, économiste ;
Dominique Constantini, SUD Éducation 84 ;
Patrice Coulon, militant de la Ligue des droits de l’Homme ;
Annick Coupé, membre du Bureau d’Attac ;
Philippe Corcuff, maître de conférences en science politique ;
Renaud Cornand, sociologue ;
Jérôme Coutelle, CGT Ford-Blanquefort ;
Pierre Cours-Salies, sociologue ;
Léon Crémieux, technicien retraité syndicaliste SUD Aérien ;
Monique Crinon, philosophe militante féministe ;
Alexis Cukier, directeur de programme au Collège international de philosophie ;
Georges Da Costa, FERC Sup CGT Université de Caen ;
Amel Dahmani, secrétaire de SUD CT 93 ;
Cybèle David, co-secrétaire fédérale de SUD Éducation ;
Hendrik Davi ;
Marielle Debos, maîtresse de conférences en science politique, Université Paris Nanterre ;
Laurence De Cock, historienne, syndicaliste Snes, École Émancipée ;
Valérie de Saint-Do, journaliste et auteure ;
Stéphane DeglInnocenti, SUD Santé Sociaux 93 ;
Pauline Delage, sociologue ;
Gwenaël Delaval, universitaire, FERC Sup CGT ;
Christine Delphy, sociologue ;
Alain Dervin, professeur des écoles, CNT-STE 93 ;
Claire Desmitt, doctorante en Sciences de l’éducation ;
Adèle Dorada, Alternative libertaire ;
Marnix Dressen, professeur des universités ;
Nicolas Dreyer, Confédération Paysanne du Var ;
Christian Drouet, militant SUD Rail retraité et militant du Front social 93 ;
Véronique Dubarry, conseillère municipale de l’Île-Saint-Denis ;
Frank Duport, syndicaliste, Union locale CGT Bordeaux-Nord ;
Simon Duteil, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires ;
Sylvia Duverger, déléguée syndicale SNJ, créatrice et rédactrice de « Féministes en tous genres » ;
David Emain, enseignant agrégé ;
Didier Epsztajn, animateur du blog « Entre les lignes, entre les mots » ;
Karine Espineira, sociologue, Université Paris 8 ;
Hervé Falcetta, syndicaliste CGT construction, Toulouse ;
Colin Falconer, militant d’Ensemble ! à Saint-Denis ;
Jules Falquet, sociologue, Université Paris Diderot ;
Mireille Fanon-Mendès-France, pour la Fondation Frantz-Fanon ;
Ahmed Faouzi, militant syndical, CGT action sociale (67) ;
Thomas Faure, CGT Getrag Ford Transmission ;
Irène Favier, historienne, Université de Grenoble :
Olivier Favier, auteur ;
Sonia Fayman, sociologue, membre de l’Union juive française pour la Paix ;
Sophie Fesdjian, enseignante, chercheuse, anthropologue ;
Yann Fiévet, socio-économiste ;
Thierry Flammant, professeur d’histoire ;
Fabrice Flipomaître de conférences en philosophie politique et sociale ;
Sébastien Fontenelle, journaliste ;
Camille Foubert, doctorante à l’EHESS et syndiquée SUD Éducation Paris ;
Bernard Friot, économiste, Snesup FSU ;
Leïla Frouillou, maître de conférences en sociologie ;
Fanny Gallot, historienne ;
Jean-Jacques Gandini, avocat honoraire ;
Jean Gardin, maître de conférences en géographie, Université Paris I Panthéon Sorbonne ;
Isabelle Garo, philosophe ;
Franck Gaudichaud, politiste ;
Arlette Gautier, professeure de sociologie, Université de Brest ;
Clément Gautier, secrétaire fédéral Solidaires étudiant.es ;
Amandine Gay, réalisatrice et universitaire ;
Vincent Gay, Snesup-FSU ;
Valérie Gérard, professeure de philosophie 92, directrice de programme au Collège international de philosophie ;
Cécile Gintrac, enseignante, géographe ;
Violaine Girard, sociologue ;
Raphael Giromini, enseignant à Aubervilliers, syndicaliste Snes-FSU 93 ;
Sybille Gollac, sociologue, chercheuse au CNRS ;
Liliana Gonzalez, psychanalyste ;
Camille Gourdeau, socio-anthropologue, Université Paris-Diderot ;
Jean-Guy Greilsamer, retraité, Union Juive Française pour la Paix ;
Luca Greco, maitre de conférences, Sorbonne Nouvelle ;
Lena Grigoriadou, enseignante ;
Nacira Guenif, professeure en Sciences de l’éducation, Université Paris 8 ;
Michelle Guerci, journaliste ;
Fabrice Guilbaud, maître de Conférences en sociologie, UPJV Amiens, secrétaire de section Snesup-FSU ;
Paul Guillibert, Cercle des enseignant.es laïques ;
Hélène Guillaume, Assistante d’Education, 93 ;
Georges Gumpel, membre de l’Union juive française pour la paix ;
Fabienne Haloui, Lutte contre le racisme et pour l’égalité au PCF ;
Boualem Hamadache, secrétaire général SUD Conseil départemental de Seine-Saint-Denis ;
Bérénice Hamidi Kim, enseignante-chercheuse en études théâtrales, Université Lyon 2 ;
Nahema Hanafi, maîtresse de conférences en histoire moderne, université d’Angers ;
Claire Hancock, professeure de géographie, Université Paris-Est Créteil ;
Samuel Hayat, historien, chercheur au CNRS ;
Gaétan Helon, secrétaire du Syndicat étudiant et lycéen CGT du Nord ;
AnouchK Ibacka Valiente, thesard.e, Berlin ;
Rada Ivekovic, philosophe ;
Caroline Izambert, Cercle des enseignant.es laïques ;
Sylvain Jay, Ligue des droits humains ;
Pierre Jeanneteau-Goalec, enseignant, syndicaliste
Fanny Jedlicki, maîtresse de conférences en sociologie à l’université du Havre ;
Anne Jollet, Historienne, Coordonnatrice de la rédaction des Cahiers d’histoire, Revue d’histoire critique ;
Florence Johsua, sociologue ;
Samy Johsua, professeur émérite Université Aix Marseille ;
Cécile Jouhanneau, Maîtresse de conférences en science politique, Université Paul Valéry Montpellier 3 ;
Nicolas Jounin, sociologue ;
Claire Karpman, enseignante, militante SUD Éducation ;
Razmig Keucheyan, sociologue ;
Pierre Khalfa, économiste, militant altermondialiste ;
Isee Kheroufi-Gautherat, étudiante Master 1 genre, université paris 7 ;
Stathis Kouvélakis, philosophe ;
Isabelle Krzywkowski, Professeur de Littérature comparée, Université Grenoble Alpes, Snesup-FSU ;
Juliette Lancel, doctorante en histoire (EHESS), enseignante, photographe ;
Patrice Lardeux, militant CGT et anti-impérialiste ;
Mathilde Larrère, historienne ;
Nathalie Lautrec, SUD Éducation Manche ;
Léa Laval, doctorante en sciences de l’éducation – Paris 8 ;
Stéphane Lavignotte, pasteur de la Mission populaire ;
Brenda Le Bigot, université Cergy-Pontoise, syndicaliste SUD Éducation 95 ;
Francis Lebon, maître de conférences en sciences de l’éducation ;
Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire ;
Rose-Marie Lagrave, sociologue, directrice d’études EHESS ;
Christian Leblanc, membre du Bureau national du SYNPTAC-CGT ;
Sébastien Ledoux, historien, Université Paris-I ;
Margaux Leduc-Leroy, secrétaire fédérale SUD Santé-Sociaux ;
Vincent Legeay, doctorant, agrégé de philosophie ;
Jean-Philippe Legois, archiviste et historien ;
Fabienne Le Jeannic, militante NPA ;
Joël Le Jeannic, technicien avion et membre du Bureau National SUD Aérien ;
Stéphane Lavillaureix, réalisateur ;
Jean-Yves Lesage, militant du Livre CGT ;
Nathalie Levallois, syndiquée SUD santé, membre de la France Insoumise ;
Michel Lopes, retraité du Livre CGT ;
Michael Löwy, sociologue ;
Liêm-Khê Luguern, historienne ;
Seloua Luste Boulbina, universitaire ;
Joëlle Magar-Braeuner, sociologue et formatrice ;
Christian Mahieux, membre du comité éditorial des Cahiers Les Utopiques, syndicaliste Solidaires ;
Pascal Maillard, universitaire, Snesup-FSU ;
Jean-Claude Mamet, co-animateur du blog « Syndicollectif » ;
Gilles Manceron, historien ;
Anne Marchand, sociologue ;
Fabien Marcot, graphiste ;
Audrey Mariette, enseignante-chercheuse à l’université Paris 8 ;
Philippe Marlière, politiste ;
Adrien Martinez, syndicaliste SNUIpp, membre de l’École Émancipée ;
Servane Marzin, enseignante en Seine-Saint-Denis ;
Gustave Massiah, économiste ;
Émeline Maul, Ufict-CGT Métropole de Lyon ;
Guillaume Mazeau, historien ;
Sarah Mazouz, sociologue, chargée de recherche au CNRS ;
Madjid Messaoudene, élue de Saint-Denis en charge de la lutte contre les discriminations et pour l’égalité des droits ;
Thibaut Michoux, enseignant, Snes-FSU et École Émancipée ;
Pierre Millet, enseignant en collège, syndiqué Snes-FSU 93 ;
Raphaël Millon, membre du ReAct – Réseaux pour l’action collective transnationale ;
Julian Mischi, sociologue ;
Sylvie Monchatre, sociologue, Université de Strasbourg ;
Sophie Montant, professeure de français ;
Christian de Montlibertsociologue ; 
René Monzat, membre de Espaces Marx ;
John Mullen, historien ;
Dominique Natanson, militant pédagogique, membre de l’Union juive française pour la paix ;
Jean-Michel Nathanson, syndicaliste Solidaires Finances publiques ;
Nolwenn Neveu, enseignante, syndiquée Snes-FSU 95 ;
Olivier Neveux, universitaire ;
Olivier Noël, sociologue, Université Paul Valéry-Montpellier ;
Sylvie Nony, chercheuse, militante FSU ;
Annaig Oiry, ESPE de Créteil ;
Perrine Olff-Rastegar, membre de l’Union juive française pour la paix ;
Jean-Louis Olive, anthropologue, sociologue, Université de Perpignan ;
Julien O’Miel, maître de conférence en science politique ;
Anissa Ouamrane, doctorante en géographie ;
Ugo Palheta, sociologue ;
Luca Paltrinieri, maître de conférences (philosophie), Université de Rennes 1
Gaël Pasquier, maître de conférences en sociologie ;
Jean-François Pélissier, porte-parole national d’Ensemble ! ;
Willy Pelletier, sociologue ;
Etienne Penissat, chercheur au CNRS ;
Irène Pereira, sociologue ;
Thierry Perennes, UL CGT Guingamp ;
Evelyne Perrin, auteur et économiste ;
Roland Pfefferkorn, professeur de sociologie, Université de Strasbourg ;
Valérie Phelippeau, enseignante et syndiquée CGT, Cergy ;
Patrick Pierre, militant syndical et politique, Rennes ;
Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne ;
Marie Plassart, maîtresse de conférences, Université Lumière Lyon 2 ;
Bruno Poncet, secrétaire fédéral SUD Rail ;
Véronique Ponvert, syndicaliste FSU, Ecole Emancipée ;
Emmanuelle Posse, professeur de philosophie dans le 93, syndiquée SUD ;
Nicolas Poulin, ingénieur de recherche, co-secrétaire de SUD Éducation Alsace ;
Christine Poupin, porte-parole du NPA ;
Philippe Poutou, ancien candidat du NPA à l’élection présidentielle ;
Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac France ;
Jean-Luc Primon, sociologue, maître de conférences ;
Aude Rabaud, sociologue ;
Jean-Pierre Rafier, militant CGT Haute-Savoie, membre de la Ligue des droits de l’homme ;
Sandra Regol, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts ;
Matthieu Renault, Université Paris 8 ;
Juliette Rennes, sociologue, EHESS ;
François Reyssat, chercheur associé en sociologie ;
Fabrice Riceputi, enseignant ;
Jean Rivière, enseignant chercheur en géographie ;
Julien Rivoire, enseignant, Snesup-FSU Paris 13 ;
Jacqueline Roche ;
Cécile Ropiteaux, syndicaliste FSU, École Émancipée ;
Jean-Louis Rotter, Fédération SUD Santé Sociaux ;
Théo Roumier, membre du comité éditorial des Cahiers Les Utopiques, syndicaliste Solidaires ;
Nordine Saidi, militant décolonial et délégué syndical Setca/FGTB ;
Julien Salingue, docteur en science politique ;
Catherine Samary, économiste ;
Maximilien Sanchez, conseiller municipal délégué à la Jeunesse de Gentilly, militant altermondialiste ;
Eric Santinelli, secrétaire fédéral SUD Rail ;
Odile Schneider-Mizony, linguiste, Université de Strasbourg
Arnault Skornicki, maître de conférences en science politique ;
Linda Sehili, syndicaliste Solidaires Finances publiques ;
Véronique Servat, enseignante histoire-géographie, Snes-FSU ;
Yasmine Siblot, sociologue ;
Michèle Sibony, membre de l’Union juive française pour la Paix ;
Patrick Silberstein, éditions Syllepse ;
Patrick Simon, démographe, INED ;
Marie Sonnette, sociologue ;
Valérie Soumaille, syndicaliste FSU, École Émancipée ;
François Spinner, revue N’autre école, collectif Questions de classe(s) ;
Pierre Stambul, membre de l’Union juive française pour la paix ;
Alessandro Stella, directeur de Recherche au CNRS/EHESS ;
Catherine Stern, professeure d’histoire retraitée ;
Stephen Suffern, avocat à la Cour (barreau de Paris) ;
Eddy Talbot, secrétaire fédéral SUD PTT ;
Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature ;
Romain Telliez, maître de conférences (histoire), Université Paris-Sorbonne ;
Julien Théry, historien ;
Daniel Thin, professeur émérite de sociologie, Université Lyon 2 ;
Christian Topalov, sociologue, directeur d’études EHESS ;
Michel Tort, psychanalyste ;
José Tovar, syndicaliste, ex-secrétaire général de la FSU 93 ;
Vincent Touchaleaume, secrétaire du Syndicat des travailleurs de l’éducation / Union des travailleurs guyanais, Cayenne ;
Maryse Tripier, professeur émérite, sociologue de l’immigration, militante antiraciste ;
Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France ;
Béatrice Turpin, cinéaste ;
Mathieu Uhel, université de Caen ;
Jérôme Valluy, professeur de science politique, Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1) ;
Bertrand Verdier, critique littéraire, président association Axolotl – Cahiers Denis Roche ;
Marie-Christine Vergiat, députée européenne ;
Boris Vigneault, secrétaire général de la CGT Caisse des Dépôts ;
Olivier Vinay, élu Émancipation au Bureau national de la FSU ;
Julien Vincent, historien ;
William Vey, enseignant de sciences économiques et sociales et syndicaliste SNES FSU ;
Pedro Vianna, économiste, spécialiste du droit d’asile, ancien rédacteur en chef deMigrations Société, poète ;
Gilles Walusinski, photographe ;
Dror Warschawski, chercheur CNRS Paris ;
Louis Weber, ancien responsable de la FSU, éditeur ;
Karel Yon, sociologue, CNRS ;
Sophie Zafari, syndicaliste ;
Eric Zafon, syndicaliste, membre du comité de rédaction de N’autre école – Questions de classe(s) ;
Patricia Zander, maître de Conférences Géographie/aménagement, Université de Strasbourg ;
Caroline Zekri, maîtresse de conférences, Université Paris-Est Créteil ;
Jean-Pierre Zirotti, professeur émérite, sociologue