26 janvier 2015

Victoire de SYRIZA en Grèce: Et maintenant ?


Myriam Martin: 

L'espoir a gagné!


(...) L'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce, c'est un gros caillou dans les rouages du rouleau-compresseur libéral européen. Cela rend crédible à une large échelle pour tous les peuples d'Europe qu'une alternative politique et économique au libéralisme est possible. 
Il va nous falloir construire un mouvement de solidarité qui exige des dirigeants de l'UE (notamment Merkel et Hollande...) le respect des choix du peuple grec.
Plus que jamais doivent s'exprimer, dès ce soir, cette solidarité avec les Grecs, mais aussi la coopération de toutes les forces politiques de la gauche radicale et de transformation sociale.

Eric Fassin:


(...) Bien sûr, en Grèce comme ailleurs, la gauche peut échouer. Soit qu’elle cède devant les chantages européens, soit, si d’aventure elle refusait de capituler, qu’elle en paie le prix fort. Mais puisque l’avenir de l’Europe se joue désormais à Athènes, c’est à nous qu’il appartient de faire pression, en France et ailleurs, sur ceux qui exercent des pressions contre la volonté populaire des Grecs. Car il ne faut pas laisser tuer l’espoir : la victoire de Syriza, c’est un démenti opposé au mantra de Margaret Thatcher que reprennent à leur compte les dirigeants socialistes convertis à son néolibéralisme : « il n’y a pas d’alternative ». Si, il y a encore une alternative ! Et oui, la gauche peut vivre, elle veut vivre, en Grèce aujourd’hui et en Europe demain !

Stathis Kouvelakis

Grèce: lendemain(s) de victoire

(...) Le nouveau gouvernement, dont la composition n’est pas connue à l’heure où j’écris ces lignes, se trouvera confronté à des difficultés proprement hallucinantes. Les caisses sont vides, plus que prévu, les recettes de l’Etat s’effondrent. Il apparaitra très vite que le financement prévu du « programme de Thessalonique » reposaient sur des estimations largement surévaluées, ou fausses, dont le but était de laisser croire qu’il était réalisable en réorientant (pour moitié) des crédits européens (qui sont fléchés, pour une part déjà attribués et dont le versement dépend de toute façon du bon vouloir de l’UE), et pour l’autre moitié par une meilleure collecte de recettes fiscales, sans réforme de la fiscalité et sans avoir recours à des déficits. L’orientation stratégique du gouvernement par rapport à l’UE reste également floue. Tsipras hier soir a voulu rassuré l’UE et les marchés, il a parlé de « dialogue sincère » et de « solution mutuellement avantageuse ». Le mot « dette » n’a pas été prononcé.

(...) La marge de manoeuvre est donc étroite mais les ambigüités n’ont qu’un temps. La société reste pour l’instant passive, mais les attentes sont très concrètes et très fortes. Une tâche redoutable attend les forces qui sont conscientes des dangers et déterminées à défendre les points clé du programme de rupture avec l’austérité qui est celui de Syriza. Plus que jamais il deviendra clair qu’entre la confrontation et le reniement l’espace est proprement inexistant.

Le moment de vérité est imminent.

19 janvier 2015

Sommes-nous tous des Charlots ?



Charlie Hebdo: Vallaud-Belkacem ne veut pas entendre les questions des élèves
par Guillaume Liégard

Manifestation du 11 janvier 2015 à Paris: la réaction du NPA (France):
Une marée humaine d'indignation mais une énorme manipulation d'Etat au nom de l'union nationale

Un article d'Alex Callinicos qui est l'objet de quelques critiques, mais qu'une camarade a qualifié de "salutaire"
Les attentats de Paris sont un produit de l'impérialisme
Ce qui s'est passé à Paris la semaine dernière s'est déjà produit en Europe par le passé – à Madrid en mars 2004 et à Londres en juillet 2005. Le cycle infernal de l'intervention impérialiste dans le monde musulman et du terrorisme islamiste continue.
Mais il semble que la spirale soit aujourd'hui descendante. D'un côté, la droite raciste et islamophobe française se renforce, alors que le mouvement antiguerre est plus faible. De l'autre, les effets abrutissants de la guerre et de la contre-révolution au Moyen-orient ont renforcé les zélotes réactionnaires de Daech.
Cette situation fait peser une responsabilité particulièrement lourde sur les épaules de la gauche anti-impérialiste européenne.
Quelles que soient les déficiences de George Galloway, il faut mettre à son crédit perpétuel de s'être levé à la Chambre des Communes, après les attentats de Londres, accusant le gouvernement de Tony Blair d'avoir créé les conditions de l'attentat par son rôle dans l'occupation de l'Afghanistant et de l'Iran. Il est regrettable qu'aucune voix semblable ne soit audible en France aujourd'hui. Le plus proche équivalent français du SWP, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), a publié une déclaration condamnant le massacre de Charlie-Hebdo sous le titre « Folie barbare et réactionnaire ».
Bien sûr il avait raison de condamner le massacre, mais le NPA a tort d'appeler l'attentat barbare (et même, dans une autre déclaration, de traiter ses auteurs de fascistes). C'est là exactement la manière dont les classes dirigeantes justifient leurs guerres contre le monde musulman.
Après le 11 septembre, George W Bush a parlé d'une lutte entre la civilisation et la barbarie. L'ancien président de droite Nicolas Sarkozy lui a fait écho sur les marches de l'Elysée la semaine dernière.
Ce discours justifie implicitement le droit de l'impérialisme occidental d'apporter l'ordre et la liberté aux sociétés « arriérées » et de combattre les « islamofascistes » dans le monde entier.
La déclaration du NPA poursuit en accusant les terroristes de « semer la terreur, contre la liberté d'expression, la liberté de la presse au nom de préjugés réactionnaires et obscurantistes ». Voilà qui en vérité assume l'identification dominante avec Charlie Hebdo - « Je suis Charlie » - [en français dans le texte], avec un magazine qui s'est glorifié de publier d'horribles caricatures racistes de Musulmans.
Satire
Il s'agit d'une espèce étrange de magazine amusant, subversif et anticonformiste, auquel le gouvernement français a promis un million d'euros. Mais ce passage à la satire subventionnée par l'Etat symbolise ce qui est en train de se cristalliser en France. Les politiciens cherchent d'une façon de plus en plus agressive à renforcer une définition de l'Etat français comme « laïque » et « républicain », unissant tous ses citoyens sans considération de classe, de sexe, de race et de religion.
Mais la laïcité est comprise d'une manière qui, dans la réalité, inclut certaines confessions mais exclut l'Islam.
Les foulards ont été interdits dans les écoles publiques françaises en 2004 et le port du voile dans les lieux publics en 2011. La défense du droit de Charlie-Hebdo d'insulter les Musulmans est enveloppée dans cette idéologie « républicaine ».
La marche de dimanche représente un sommet dans le développement de cette forme raciste et excluante de laïcité – une « marche républicaine » en tête de laquelle défilaient François Hollande, son prédécesseur Sarkozy et, entre autres dirigeants mondiaux, le boucher Nétanyahou.
A de nombreux égards elle est évocatrice de l'Union sacrée [en fr.] dans laquelle la classe dirigeante française a cherché à unir les travailleurs et les patrons dans le soutien à la Première Guerre mondiale.
Il faut dire au crédit du NPA qu'il a condamné cette « union nationale » et refusé de participer à la manifestation. Mais ses concessions à l'idéologie dominante signifient qu'il est bloqué dans la position décrite par un des fondateurs du NPA, le regretté Daniel Bensaïd, comme « ni-nisme » - dans ce cas ni l'Etat français ni les islamistes - ce qui implique d'établir ce que Bensaïd appelait une « fausse symétrie entre deux dangers ».
L'Etat français et ses alliés comme les USA et l'Angleterre ont un pouvoir destructeur incomparablement plus puissant que les islamistes, aussi détestables que soient ces derniers. La violence qu'ils infligent, directement ou indirectement, provoque des représailles qui reflètent cette violence.
L'Europe est confrontée à un déferlement de racisme et d'islamophobie. C'est le devoir de tous les socialistes révolutionnaires de se dresser fermement et de tout leur coeur contre cette horreur. Nous devons montrer que les travailleurs, quelles que soient leurs identités religieuses et ethniques, peuvent s'unir contre le racisme, la guerre et l'austérité.
Alex Callinicos, Socialist Worker
(traduit de l'anglais - sans relecture - par Jamal John-Rayne) 


(...) L’expression « notre 11 septembre à nous », afin de justifier une politique sécuritaire et militaire qui bat déjà son plein et qui risque d’empirer, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’opposition des termes « civilisation » et « barbarie », l’expression récurrente du mot « guerre », la justification a posteriori des interventions militaires françaises dans le Sahel et au Proche-Orient, sont autant de dérives qui se sont manifestées ces derniers jours. Dans son combat contre la Françafrique et l’idéologie néocoloniale et raciste qui la sous-tend, Survie ne peut que se sentir concernée par la montée en puissance de ces discours néo-conservateurs.
Par ailleurs, la présence au défilé du 11 janvier à Paris de dictateurs africains tels qu’Ali Bongo (Gabon) et Faure Gnassingbé (Togo) et d’un représentant du président tchadien Idriss Déby nous est apparue particulièrement indécente. Plus que la liberté d’expression, , que ceux-ci bafouent régulièrement, on devine que leur présence, aux côtés des présidents malien et nigérien, avait pour objectif de légitimer les interventions militaires françaises récentes en Afrique, au Sahel en particulier.

Plus que jamais il faut combattre l'islamophobie
Tribune publiée dans le Monde, de Said Bouamama, Denis Sieffert, Ismahane Chouder et al

13 janvier 2015

Charlie Hebdo et l'islamophobie: communiqué

Communiqué
HALTE A L’INSTRUMENTALISATION DE L’EMOTION :
REFUSONS LA MASCARADE DE L’UNITE NATIONALE
Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

Samedi 10 janvier 2015

Le FUIQP a condamné immédiatement les attentats de cette semaine. L’assassinat n’est pas pour notre organisation une forme d’action politique souhaitable, légitime ou justifiable. Nous condamnons tout aussi fermement la multiplication des actes islamophobes (plus de 20 actions contre des lieux de cultes ou des personnes ces trois derniers jours) et l’instrumentalisation de l’émotion en cours, qui prend comme nom « appel à l’unité nationale » et comme slogan « nous sommes tous Charlie ». 
Nous ne pouvons pas et ne voulons pas être Charlie
L’instrumentalisation de l’émotion conduit à « mettre de l’huile sur le feu », à multiplier les victimes d’actes islamophobes, à soutenir ceux qui par leurs politiques internationales (participation à des guerres impérialistes d’agression), leurs politiques économiques (fragilisation sans précédent des classes populaires) et leurs politiques sociales (depuis la loi sur le foulard de 2004, les mesures islamophobes d’Etat se sont succédées).
 L’unité nationale, pour sa part, vise à offrir une caution aux choix politiques qui se prendront en « notre nom » au prétexte de nous protéger. Des appels à un Patriot Act à la française se font déjà entendre. Il s’agit ni plus ni moins que d’obtenir un consentement à la restriction de nos libertés démocratiques, d’une part, et à rendre légitime une répression ouverte contre les récalcitrants. L’interdiction de manifester son soutien au peuple palestinien que le gouvernement socialiste a prise cet été doit nous servir d’avertissement. Les lourdes condamnations qui ont suivi, dans un silence médiatique assourdissant et sans réaction importante des grandes formations politiques, sont un autre signal d’alerte que nous devons entendre.  Enfin, au nom de l’unité nationale, on voudrait nous faire défiler avec des dirigeants israéliens d’extrême droite coupables de crimes de masses en Palestine.
Malgré l’atrocité de l’attentat à Charlie Hebdo, nous ne pouvons pas oublier tout ce qui nous sépare de ce journal. Le faire serait autoriser le déploiement encore plus fort des idées de l’hebdomadaire que nous payons déjà chèrement quotidiennement.  Le slogan « nous sommes Charlie » exige de nous, en effet, de nous solidariser avec des propos qui ont contribué à créer la situation dangereuse actuelle. Nous ne voulons pas être Charlie parce que nous combattons et continuerons de combattre l’islamophobie qu’a véhiculée cet hebdomadaire. Nous ne voulons pas être Charlie parce que nous nous sommes toujours opposés, et nous continuerons à le faire, aux guerres impérialistes, alors que cet hebdomadaire a soutenu toutes les guerres de l’OTAN. Nous ne voulons pas être Charlie parce que nous apprécions l’œuvre salutaire de Noam Chomsky sur la contribution des grands médias aux dominations contemporaines et que l’ancien directeur de l’hebdomadaire pense lui que « Chomsky et Ben Laden : même combat ».  Sans parler des propos sexistes, homophobes et de mépris des classes populaires réduites à l’image du « beauf », que véhicule l’hebdomadaire.
Nous refusons les politiques de la peur
La violence qui a tué aujourd’hui est le résultat de plusieurs causes cumulées qui ont déjà fait des millions de victimes, victimes des guerres pour le pétrole et le minerai, de l’islamophobie d’Etat, de la précarisation et la paupérisation des classes populaires, des discriminations racistes, etc. C’est pourquoi nous condamnons toutes celles et ceux (classes dominantes en tête, médias, politiques, « experts ») qui, plutôt que de pousser à la réflexion sur les causes, suscitent une « politique de la peur » en amplifiant la panique émotionnelle qui a suivi l’attentat. Refusons ces logiques qui (volontairement pour certains pyromanes et inconsciemment pour d’autres) conduisent à une « stratégie du choc » par les classes dominantes qui ont appris à tirer profit de tous les drames. Tant de commentaires, de directs, de discours et de réactions, sans contribuer à augmenter notre compréhension de la situation, des causes et des effets. La condamnation d’un acte barbare ne nous contraint pas à nous soumettre à des idéologies qui nous détruisent.
Refuser la politique de la peur, c’est aujourd’hui refuser l’unanimisme national que l’on nous propose/impose politiquement et médiatiquement. Il n’y a pas de « communauté nationale » qui réunirait toutes les classes, pas plus avant l’assassinat à Charlie Hebdo qu’après (pas plus qu’il n’existe de « communauté musulmane » unie et homogène d’ailleurs). L’unité nationale est un mythe visant à unir ceux qui devraient être divisés (les classes sociales aux intérêts divergents) et à diviser ceux qui devraient être unis (les classes populaires quelles que soient leurs croyances ou non croyance). On ne peut pas faire communauté nationale lorsque la nation est divisée, fracturée par des rapports inégalitaires et des rapports de domination. La société française ne créera jamais d’appartenance ou de sentiment à la nation à marche forcée sans poser la question de la justice sociale et des inégalités racistes, sexistes et de classe.
 Serrons-nous les coudes
Nous adressons enfin notre soutien à celles et ceux qui, de toutes origines et de toutes religions, tout en condamnant l’acte terroriste, « ne sont pas Charlie », n’ont pas participé à la minute de silence, ni aux défilés, et qui ont une boule au ventre depuis l’attentat, extrêmement inquiets pour eux ou leurs enfants, ou en colère, à la fois contre les auteurs de l’attentat et contre une mobilisation nationale impulsée par en haut qui ne peut avoir pour résultat que d’initier encore plus une logique de « guerre civile » dont les premiers résultats sont la vingtaine d’agressions contre des lieux de culte ou des concitoyens musulmans réels ou supposés.
Nous appelons ceux qui ont sincèrement été défiler pour défendre la « liberté d’expression » ou pour refuser la violence meurtrière, à prendre rapidement du recul et à réfléchir aux causes, conséquences et enjeux du contexte actuel.  Nous les appelons à s’interroger sur les bénéficiaires de la stratégie de la tension qui se met en place et sur ses conséquences : banaliser l’islamophobie, produire une tension permanente entre deux composantes de notre société, limiter nos droits et nos libertés « pour nous protéger », pénaliser l’antisionisme en le présentant comme antisémitisme, empêcher le développement de la contestation sociale qu’appelle la fragilisation sociale et économique des classes populaires (et même des couches moyennes). 


N’ayons pas peur. Regroupons-nous. Organisons-nous.

9 janvier 2015

Après l'attentat contre Charlie hebdo: Contre le terrorisme, la haine et les amalgames Plus de démocratie, de liberté, d’égalité et de justice !

Communiqué  d'Ensemble! Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire

Contre le terrorisme, la haine et les amalgames

Plus de démocratie, de liberté, d’égalité et de justice !

L’attentat meurtrier du mercredi 7 janvier 2015 qui a frappé la rédaction du journal Charlie Hebdo et provoqué la mort de 12 personnes constitue un véritable choc. Aucune cause ne peut justifier un tel acte aussi barbare.  Pour nous comme pour des millions de citoyens, c’est avant tout un attentat contre la liberté d’expression, qui plus est contre un journal de gauche, libertaire et anti autoritaire.

Les rassemblements spontanés ou à l’appel de syndicats et de partis de gauche qui se sont déroulés partout en France dès mercredi soir, avec la participation de centaines de milliers de personnes en hommage aux victimes témoignent d’un sursaut profond de dignité et d’humanité. Ces rassemblements démontrent qu’il existe des énergies déterminées à défendre le vivre ensemble contre la haine et la stigmatisation. Il faut amplifier ce mouvement !

« Ensemble ! » appelle, avec les organisations du Front de gauche, les syndicats, les associations antiracistes, les forces politiques de gauche à participer aux rassemblements et manifestations qui ont lieu le week end prochain. « Ensemble ! » participera sur la base de cette déclaration à la manifestation appelée à Paris dimanche 11 janvier, à 15 heures, Place de la République.

Développer ce mouvement de solidarité est la réponse nécessaire aux menaces qui pèse sur notre société. Il est d’autant plus important que l’attentat qui s’est produit risque d’accentuer les peurs et jeter de l’huile sur le feu, dans un climat marqué ces derniers mois par une recrudescence des discours racistes, antisémites et de stigmatisation des musulmans. Grenade ou coups de feu contre des lieux de culte musulman ou un Kebab, un lycéen tabassé,… toutes ces violences racistes sont intolérables.  Des organisations fascistes appellent à organiser des manifestations. Il faut refuser tout amalgame entre « Islam » et « terrorisme ». Le soupçon que toute personne de confession musulmane serait potentiellement favorable au terrorisme est insupportable.

Dans ce mouvement de solidarité, le Front National de Marine Le Pen, qui multiplie les discours xénophobes et de stigmatisation des musulmans, n’a évidemment pas sa place. Pour « Ensemble ! », contrairement à ce que proposent François Hollande et Manuel Valls, il n’y a pas d’union possible non plus avec Nicolas Sarkozy et les forces de droite qui depuis des années n’ont cessé d’attiser les haines par leurs politiques d’exclusion et de discrimination, allant jusqu’à reprendre le discours irresponsable du « choc des civilisations » entre « Islam » et « Occident ».

Ne laissons pas l’indignation et la révolte qui animent les millions de gens aujourd'hui mobilisés être dévoyées dans la logique d'une « guerre contre le terrorisme » qui au nom de la peur, ferait régresser, comme ce fut le cas aux USA après le 11 septembre, la démocratie, les libertés individuelles et les droits démocratiques.

Notre réponse au terrorisme, c’est plus de démocratie, plus de liberté, plus d’égalité et plus de justice.


Le 9 janvier 2015.

8 janvier 2015

Sur la tuerie aux locaux du magazine Charlie Hebdo à Paris

Moi (sur Facebook): Charlie Hebdo: condamnation absolue de cet attentat abominable; solidarité avec les victimes (mais pas avec leur torchon islamophobe); refus de tout amalgame, donc solidarité avec les Musulmans de France, qui seront pris comme cible; refus de l'"unité natonale".

Julien Salingue (sur Facebook): 

Non, rien ne peut justifier l'attaque contre Charlie Hebdo. Quelle que soit la guerre que l'on mène, les journalistes ne peuvent être des cibles légitimes.
Non, Charlie Hebdo ne l'avait pas "bien cherché". Quelles que soient les saloperies que l'on raconte, on ne mérite pas d'être tué pour ça.
Non, et ce quand bien même les auteurs de l'attaque se revendiqueraient de l'Islam, les Musulmans n'ont rien à voir, individuellement ou collectivement, avec ce qui s'est passé, et n'ont pas à s'excuser d'être musulmans ou à être contraints de se "désolidariser".
Non, ceux qui ont dénoncé avec raison l'islamophobie de Charlie Hebdo et d'autres médias ne portent aucune responsabilité dans ce qui s'est passé, et n'ont aucune raison de cesser de le faire à l'avenir.
Non, le "modèle français du vivre-ensemble" n'est pas "attaqué". Ce "modèle" est un mythe destiné à couvrir le racisme structurel à l'oeuvre en France, et personne ne me forcera à le défendre face à la "barbarie" qui le menacerait.
Non, "l'unité républicaine" aux côtés de racistes aux indignations sélectives n'est pas une réponse, et personne ne me forcera à mêler ma voix aux professionnels de la récupération politique et aux amalgameurs en tout genre.
Oui, depuis ce midi j'ai envie de pleurer. De colère et de dépit.
Mais on lâche rien.

Déclaration du Socialist Workers Party (Grande-Bretagne) sur la tuerie de Paris
 par le Comité Central du SWP, jeudi 8 janvier 2014
Des racistes et des gens de droite essaient d'utiliser la tuerie horrible de Paris, mercredi 7 janvier, afin de diviser les travailleurs, justifier des interventions impérialistes et attiser l'islamophobie.
Presque tout le monde reconnaîtra que ceux qui ont commis les meutres ont tort et que ceux-ci sont complètement inacceptables. Nous ne devons permettre qu'ils soient exploités pour encourager le racisme, justifier de nouvelles guerres ou aider l'extrême droite.
L'attentat a eu lieu en même temps qu'une offensive des islamophobes, des racistes et des fascistes en Europe. En France, le Front National nazi cherche le pouvoir en faisant des Musulmans et d'autres minorités un bouc-émissaire. En Allemagne, le mouvement Pegida est descendu nombreux dans la rue pour protester contre les Musulmans et les immigrés.
En Grande-Bretagne, des politiciens - et l'UKIP en particulier - essaient de profiter du racisme.
Les médias présentent Charlie Hebdo comme simplement un 'magazine satirique'. Mais il n'est pas l'équivalent de Private Eye en Grande-Bretagne comme cela a été suggéré. Cela a pu être le cas dans le temps, mais il est devenu un spécialiste d'attaques provocatrices et racistes contre l'islam. Ceci ne justifie pas la tuerie, mais c'est indispensable pour comprendre le contexte.
Nous ne devrions pas oublier non plus que, année après année, l'impérialisme a lancé des guerres, des assassinats, des bombardements par drone, et a pratiqué la torture au Moyen Orient et ailleurs. De telles horreurs ont créé une haine profonde. Ne nous laissons pas dupés - nous ne devrons pas soutenir une guerre contre les Musulmans se déguisant en un combat pour la liberté d'expression.
Unissons-nous contre le racisme et l'islamophobie !
(Translation: CF)

Ma propre organisation, Ensemble! a publié un communiqué qui ne dit malheureusement pas un mot sur notre opposition à l'amalgame, à la récupération islamophobe, et ne dit pas qu'il faut défendre les Musulmans contre la stigmatisation dont ils seront de nouveau les victimes. Un 'oubli' qui n'est sans doute pas un pur hasard.

Le NPA, dont le bilan sur la question de l'islamophobie est assez mauvais (notamment lors du débat sur la loi de 2004 interdisant les signnes religieux à l'école ou de l'affaire de la candidature d'une militante voilée qu'il n'a pas défendue comme il fallait) a publé le communiqué suivant : Une folie barbare et réactionnaire qui précise: "Le NPA adresse sa solidarité aux proches et familles des victimes, aux journalistes, aux salariés de Charlie Hebdo.
Mais nous ne serons d'aucune union nationale avec les apprentis sorciers qui jouent avec le racisme, attisent les haines contre les musulmans, les étrangers, ou se servent de cette affaire pour mettre en place de nouvelles lois liberticides. Ils portent une lourde responsabilité dans le climat xénophobe et délétère que nous connaissons aujourd’hui."

17 décembre 2014

Décision de la Gauche Anticapitaliste, membre du Front de Gauche (France)

Accueil de la gauche alternative

Relevé de conclusions de la réunion nationale de la Gauche Anticapitaliste, Montreuil le 14 décembre 2014

1.La Gauche anticapitaliste (GA) se félicite de l’avancement du processus de construction d’Ensemble !, qui est parvenu à enrayer la division et l’éparpillement des forces radicales, sur la base :
- d’une orientation écolo-anticapitaliste
- d’un investissement dans la construction du Front de gauche et d’un cadre plus large qui regroupe toutes les forces opposées au gouvernement
- d’un fonctionnement fondé sur des collectifs militants locaux constitués d’adhérent-e-s cotisant-e-s et sur une orientation nationale
2. Les militant-e-s de la GA sont investi-e-s dans la construction d’Ensemble !
3. La GA propose de se dissoudre dans Ensemble ! dès l’assemblée constitutive d’Ensemble ! passée. Cette dissolution sera soumise à ratification par les militant-e-s de la GA présent-e-s à ladite assemblée, le 1er février après-midi.
4. Elle propose de mettre en commun les ressources organisationnelles, financières et les moyens d’expression des composantes d’Ensemble !
Addendum : La GA adressera par ailleurs à Ensemble ! une déclaration politique avant l’assemblée constitutive.
_________________________________________________________________________________

Le même jour, Les Alternatifs ont adopté un texte d'orientation favorable au 'dépassement' de leur organisation dans le cadre d'Ensemble! : Pour un regroupement de la gauche alternative ...

_________________________________________________________________________________

Texte adopté par la FASE (le troisième composant d'Ensemble! avec la GA et Les Alternatifs) le 13 décembre 2014: A l'étape actuelle d'Ensemble!, que doit faire la FASE ?


Communiqué d'Ensemble! Agir contre tous les racismes !

https://www.ensemble-fdg.org/content/communiqu-de-ensemble-agir-contre-tous-les-racismes


La persistance des politiques d'austérité, avec son cortège de dégâts sociaux, la banalisation de la parole raciste, exacerbent le rejet, la haine de l'autre. Le passage à l'acte en découle.
En septembre dernier, deux jeunes gens, d'origine algérienne, ont été les victimes d'une violente agression de la part de jeunes appartenant à la communauté juive, alors qu'ils étaient en train de livrer du pain pour un restaurant.
Une plainte pour agression avait été déposée.
Le caractère raciste a été reconnu par le parquet de Créteil et deux jeunes mis en examen pour « violences en réunion en raison d'une appartenance réelle ou supposée à une race, une ethnie ou une religion ».
« Ensemble! Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire » condamne cette lâche agression raciste.
Le rejet croissant de l'autre - qui frappe durement les Roms -, la montée d'actes dirigés contre les personnes de confession musulmane, comme le retour de l'antisémitisme, doivent nous alerter.
Depuis octobre, en Allemagne, le mouvement islamophobe, Pegida, rassemble des milliers de personnes dans ses manifestations.
Récemment dans un journal italien, le Corriere della Sera,E. Zemmour, reprenant la thèse du grand remplacement, se prononçait pour la déportation de cinq millions de musulmans résidant en France.
Contre tous les racismes, qu'il s'agisse d'islamophobie, d'antisémitisme, ou d'actes dirigés contre des personnes venant d'ailleurs, nous devons opposer tous ensemble une riposte unitaire.
Et ce que ce soit à l'occasion de décisions politiques des pouvoirs en place ou dans la vie de tous les jours.
Le 16 décembre 2014.

Contre les discriminations contre les mères voilées: 

Le retrait de la circulaire Chatel, c'est maintenant !

3 décembre 2014

Deux excellents articles par des camarades d'Ensemble! sur Exhibit B

Exhiber les corps noirs et faire taire les vivants

Brett Bailey peut être rassuré. Responsables politiques, institutions culturelles et même des associations antiracistes convenables se bousculent pour dire tout le bien qu’ils pensent de lui et d’Exhibit B. Mais Brett Bailey peut aussi être inquiet, la colère monte chez les afro-descendants et chez certains antiracistes contre cette exposition. Il y a déjà 20000 signataires pour la déprogrammation de son spectacle[1] et entre jeudi et dimanche, plusieurs centaines de personnes pour la plupart noir-e-s, ont manifesté à chaque représentation devant le théâtre, en ayant même réussi le premier soir à annuler le spectacle.

Recréer des zoos humains pour dénoncer le racisme ?

Exhibit B est une « installation-performance qui met en scène en douze tableaux vivants », des acteurs noirs, immobiles et muets, dans diverses positions dégradantes, certains attachés, enchainés, d’autres seins nus. Brett Bailey prétends qu’en reproduisant la mise en scène des zoos humains racistes avec des acteurs noirs, il se produit « un retournement de l’expérience»[2]  et qu’Exhibit B atteint son but qui est de dénoncer le racisme dont ont été et sont encore victimes les Noirs. Une telle démarche de sublimation des violences racistes est donc forcément ambigüe et il ne faut pas s’étonner, que certains, même sans avoir vu l’installation aient de sérieux doutes sur la portée du message.

« Taisez-vous, payez votre obole et venez communier avec nous ! »

Mais pour Mr Jean Bellorini et José Manuel Gonçalvès, directeurs respectifs du théâtre Gérard Philippe et du 104, les 2 lieux où a lieu la performance, « on ne peut pas juger d’une œuvre sans l’avoir vu »[3]. C’est évidemment faux. Mais ils ne veulent rien savoir et refusent tout débat contradictoire avec les opposants. L’objectif est de  faire taire et de délégitimer par avance celles et ceux qui pensent que ce « spectacle » au lieu de combattre le racisme y contribue. Taisez-vous, payez votre obole et venez communiez avec nous pour ressentir cette « émotion propre à la force de ce spectacle vivant»[4] nous disent-ils.  Amen !
Bien sûr, pour juger des qualités purement esthétiques du spectacle, il est nécessaire d’avoir vu l’installation. Mais pour  juger du discours politique véhiculé par Exhibit B, nous avons suffisamment de témoignages d’acteurs noirs de Exhibit B, de spectateurs, ainsi que d’interviews de Brett Bailey lui-même, et de photos de l’exposition pour nous faire un avis précis. Mais tout cela, ils le savent bien évidemment comme ils doivent aussi savoir que l’esthétique et le politique sont intimement liés dans une œuvre d’art et qu’on ne peut trouver belle une œuvre qu’on juge raciste.

Un antiracisme paternaliste et compassionnel

Une chose est sure, la multiplication des arguments malhonnêtes, la violence des accusations portées contre celles et ceux qui se mobilisent contre cette performance en dit beaucoup sur certains défenseurs d’Exhibit B. Quand Mme Hidalgo, la maire de Paris à propos des opposants parle d’ «obscurantisme»[5], quand Mme Fleur Pellerin, la ministre de la culture, parle d’ «amalgames» et d’ «intolérance »[6], quand la Licra, le Mrap et la Ldh, disent qu’on fait « un procès d’intention à l’artiste au motif qu’il est blanc »[7], ils mettent à nu leur antiracisme frelaté en cherchant à écraser et à délégitimer les révoltes de nombreux-ses racisé-e-s  qui se sentent humilié-e-s, chosifié-e-s et méprisé-e-s par Exhibit B. On attendrait d’eux au moins un peu de pudeur !
Mais ils sont probablement trop imprégnés par la noblesse de leur cause pour se rendre compte qu’ils finissent par composer eux-mêmes à nos yeux autant de tableaux vivants d’une installation-performance mettant à nu leur propre antiracisme paternaliste et compassionnel.
Pour éviter tout faux procès, personne ne conteste à Brett Bailey, le droit parce qu’il est blanc, de dénoncer le racisme. Le prétendre comme le font la Licra, le Mrap, et la Ldh, c’est reprendre à son compte les discours détestables et éculés sur un prétendu racisme anti-blanc, argument utilisé jusqu’à l’écœurement par ceux qui veulent relativiser le racisme, voir couvrir leur propre racisme.
Non, ce qui est reproché à Brett Bailey ce n’est pas d’être blanc mais  de prétendre à une position de neutralité, lui l’artiste blanc faisant travailler des figurants noirs, dans une exposition censée démonter les ressorts racistes de la société.  
Qu’il le veuille ou non, il ne parle pas de la même position qu’un-e racisé-e qui dénonce le racisme.  Brett Bailey en refusant d’admettre cela, prétends pouvoir ressentir et expérimenter le racisme de la même manière que nous, ce qui revient  à vouloir s’approprier notre subjectivité et à vouloir déterminer à notre place les chemins de notre émancipation.  Au final, ce paternalisme antiraciste, au lieu de déconstruire les préjugés racistes les redouble et les alimente.
Bref, il ne s’agit pas comme l’affirme Jean Louis Anselle avec une évidente mauvaise foi, de « revendiquer le monopole de la représentation des « Noirs » par un Noir et l’illégitimité d’un Blanc à le faire »[8]. Mais de critiquer la manière dont le fait Brett Bailey, sans s’interroger simultanément sur ce que ça veut dire qu’être un artiste blanc faisant travailler des figurants noirs et plus généralement sur ce qu’est être blanc dans cette société.


Une œuvre antiraciste peut être raciste

Brett Bailey et ses défenseurs cherchent à s’en tirer à bon compte en prétendant que finalement seule l’intention compte quand il est question d’antiracisme et qu’ici précisément, on ne peut accuser ce spectacle d’être raciste puisque que l’intention antiraciste est clairement affichée. Sauf que l’antiracisme n’est pas simplement de l’affichage à la « United Colors of Benetton ».  Se dire antiraciste et même le crier sur les toits n’a jamais protégé quiconque d’avoir des préjugés, des comportements ou des représentations racistes. S’il suffisait d’ailleurs d’afficher ses intentions pour clore le débat, quasiment aucune accusation de racisme ne tiendrait, tout le monde ou presque désormais, y compris au FN, portant en bandoulière son antiracisme.
Cela étant, Brett Bailey est probablement de bonne foi et cela doit certainement nous amener à faire la différence entre lui et un sympathisant du FN. Sauf que personne n’a envie de perdre son temps à rechercher dans sa tête les preuves de son racisme ou de son antiracisme. Non, la seule question qui compte ici, c’est de savoir  si Exhibit B, au-delà même de ce que l’artiste a voulu faire et de ce qu’il en pense lui-même, contribue ou non à véhiculer des représentations racistes.
Et nous sommes un  certain nombre à penser que cette exposition qui se veut antiraciste est au final raciste. Et nous disons cela sans oublier que certains acteurs noirs du spectacle, certains militants antiracistes et même certains rares spectateurs noirs semblent considérer que ce n’est pas le cas. Donc cela se discute probablement comme à peu près tout d’ailleurs. Mais le fait que de nombreux militants noirs antiracistes se mobilisent contre cette exposition, le fait qu’il y avait plus de 90% de manifestants noirs devant le Théâtre Gérard Philippe plusieurs soirs de suite, le fait que certains antiracistes blancs soient solidaires devrait au minimum  interroger ceux qui récusent ces accusations, eux qui prétendent être attentifs aux voix des discriminé-e-s.

Expliquer ce qui est évident pour nous

Mais rentrons un peu dans les détails puisqu’il faut prendre le temps d’expliquer ce qui m’a sauté aux yeux dès le départ.
Brett Bailey, comme le dit très justement « Mrs Roots », fait du corps noir une performance, comme il en était question déjà à l’époque coloniale » [9] Comme un écho à la période de l’esclavage, Il fait commerce des corps noirs et monnaye l’émotion de spectateurs majoritairement blancs.  Pour lui, ces corps ne sont qu’un prétexte à un exercice de « repentance » et d’ « autoflagellation »[10] morbide qui enferme les Noirs dans le piège d’un antiracisme compassionnel et paternaliste qui vise davantage à soulager la mauvaise conscience des blancs qu’à aider à l’émancipation des Noirs. Et il fait disparaitre tout le reste. Il ne dit rien explicitement sur l’identité des oppresseurs et sur la nature des rapports sociaux qui produisent ce racisme alors qu’il expose dans des pays majoritairement blancs où les racisé-e-s sont maintenu-e-s dans une position subalterne. Venant redoubler les rapports sociaux racistes dans ces pays, Exhibit B maintient les acteurs noirs dans une position passive, d’éternelles victimes. Immobiles, muets, dans des positions humiliantes, les figurants noirs incapables de se libérer eux-mêmes cherchent symboliquement à susciter la pitié et l’indignation chez les spectateurs très majoritairement blancs pour qu’ils les libèrent.
On comprend facilement que certains spectateurs blancs (heureusement pas tous !) aient ressenti une profonde émotion à la vue de ce spectacle. Pour certains d’entre eux, incapables de prendre du recul sur l’ambivalence du message, l’émotion remplace toute réflexion critique, et ils se laissent griser par l’idée que le destin de ces pauvres noirs dépends tout entier de leur générosité désintéressée.
Mais est-il si difficile de comprendre que de nombreux noir-e-s à l’inverse peuvent se sentir humilié-e-s et chosifié-e-s par une telle exposition et le manifestent bruyamment ? Ou est-ce que l’empathie ressentie pour les acteurs noirs de l’installation n’est valable que lorsque les racisé-e-s sont muet-tes et attaché-e-s et jouent le rôle qu’on leur assigne ? Il est vrai que lorsque nous parlons et cherchons par nous-mêmes les voies de notre émancipation, il peut nous arriver de contredire certains antiracistes affichés. Et pour ceux qui ont l’habitude de se penser comme les marionnettistes et les ventriloques de nos révoltes, c’est forcément insupportable.
Personne n’interdit aux blancs de se mobiliser contre le racisme, au contraire même. D’ailleurs, il y en avait manifestant devant le théâtre Gérard Phillipe, d’ailleurs il y en a dans le collectif contre Exhibit B et parmi les signataires et personne n’a contesté  leur légitimité  à s’engager aux côté des racisé-e-s. A condition que ce soit justement aux côté de et pas à la place de, en cherchant à nous dicter les conditions de notre émancipation quitte à nous faire taire comme Brett Bailey le fait avec ses acteurs pour parler à notre place.

Pas d’immunité artistique face aux révoltes antiracistes

Après il restera toujours l’argument de la liberté artistique, me direz-vous. Mme Hidalgo et Mme Fleur Pellerin, représentantes d’une gauche qui a renoncé à tous les combats émancipateurs, au nom d’un faux pragmatisme néo-libérale et populiste ont trouvé là semble-t-il une grande cause à défendre. Il faut les comprendre, elles n’en n’ont plus tant que ça. Les expressions sont grandiloquentes, l’émotion palpable. Il s’agit rien de moins que de sauver à la fois l’Art et la République ainsi que probablement la civilisation toute entière face aux  « censeurs » obscurantistes.
Oui, la liberté artistique doit rester un principe à défendre en particulier face à ceux qui ont le pouvoir de censurer ou de domestiquer l’art, à savoir les dirigeants politiques et le pouvoir économique. Parce que l’art, comme le dit Henri Lefebvre  permet de « penser l’impossible pour saisir tout le champ du possible ». Parce que la créativité artistique permet d’ouvrir des brèches dans l’ordre du monde. Mais en même temps, l’art n’est pas hors sol, l’artiste lui-même est aussi le produit d’un contexte social et économique et ne peut donc prétendre à l’immunité politique face aux critiques. L’œuvre d’art dialogue forcément avec le monde qui l’entoure. Elle ne fait pas que dire, elle se nourrit du réel. Vouloir faire de l’œuvre d’art un espace sacré, étanche au monde, c’est au final l’empailler en tuant en elle l’essentiel, sa capacité à dialoguer avec le réel et à émanciper celui qui crée et celui qui regarde. C’est pour cela que Brett Bailey ne peut demander l’asile politique au sein du champ artistique face aux critiques.  Il expose dans des lieux publics, dans des territoires qui ont une histoire. Quand la liberté de l’artiste d’exposer se heurte comme ici à la mobilisation et à la colère émancipatrice de discriminé-e-s et d’exploité-e-s, ceux qui justement n’ont pas le pouvoir de censurer, on ne peut pas résoudre cette contradiction entre deux principes au seul profit de la liberté d’exposer de Brett Bailey.
Surtout quand cette liberté d’exposer passe par l’intervention de CRS casqués, bottés qui avec la bénédiction de Mr Jean Bellorini, ont matraqué et gazé des manifestants majoritairement noirs pour que des spectateurs majoritairement blancs puissent aller voir le spectacle sans être dérangés. Cette violence physique et symbolique insupportable qui reproduit les mécanismes d’exclusion et de répression racistes à l’œuvre dans la société vient porter le coup de grâce à Exhibit B en démasquant son antiracisme de pacotille et en rendant caduc tout appel à respecter la liberté d’exposer de Brett Bailey.
Et cela d’autant plus, quand dans le même temps, rien ou quasiment rien n’est fait pour qu’au Théâtre Gérard Philippe au cœur du 93, comme dans d’autres établissements culturels, les artistes non-blancs puissent eux-aussi exprimer leur subjectivité sur leur propre histoire et sur leur propre expérience.  
Rendez-vous est désormais pris devant le « 104 » à Paris à partir du 7 décembre. Ce sera probablement une occasion de plus de constater comme Eric Fassin que « deux antiracismes s’affrontent aujourd’hui dans une incompréhension mutuelle »[11]. Ce n’est pas une nouveauté. Mais ce que ne nous dit pas clairement Eric Fassin ici, c’est comment et sur quelle base unifier l’antiracisme face à la montée d’un racisme de plus en plus brutal. Disons-le clairement, ce ne sont pas les manifestant-e-s contre Exhibit B qui divisent et l’unification nécessaire pour faire reculer le racisme ne pourra pas se faire sur le dos des  racisé-e-s. Ce qui veut dire concrètement que si elle doit se faire, ce n’est pas à l’intérieur du « 104 » avec comme décor les corps noirs immobiles et muets mais dehors avec les manifestant-e-s noir-e-s agité-e-s et bruyant-e-s chantant « dignité » et « respect » et exigeant la déprogrammation d’Exhibit B.
Quant à Brett Bailey, s’il veut vraiment déconstruire le racisme, qu’il se fasse  figurant pour une fois, qu’il donne son carnet d’adresse, ses entrées dans le monde de l’art à des artistes noir-e-s pour qu’ils se fassent eux aussi un nom et qu’il « rentre dans la cage » à leur place.

Laurent Sorel

[1] https://www.change.org/p/centre-104-th%C3%A9%C3%A2tre-g%C3%A9rard-philipe-d%C3%A9programmer-le-zoo-humain-exhibitb-contrexhibitb
[2] http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2014/11/22/brett-bailey-sur-exhibit-b-ce-travail-ne-parle-pas-des-noirs-mais-du-systeme-colonial-233831
[3] http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/exhibit-b-le-debat-oui-la-censure-non-exhibit-b
[4] http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=358
[5] http://www.paris.fr/accueil/Portal.lut?page_id=1&document_type_id=7&document_i   d=151123&portlet_id=24052
[6] http://www.culturecommunication.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Reaction-de-Fleur-Pellerin-aux-attaques-dont-a-fait-l-objet-l-aeuvre-Exhibit-B-de-Brett-Bailey
[7] http://www.ldh-france.org/exhibit-b-spectacle-pas-etre-interdit-annule/
[8] http://www.liberation.fr/societe/2014/11/23/exhibit-b-l-interdit-racial-de-la-representation_1149135 
[9] http://mrsroots.wordpress.com/2014/10/14/boycotthumanzoo-i-le-racisme-sinvite-au-musee/
[10] http://www.liberation.fr/societe/2014/11/23/exhibit-b-l-interdit-racial-de-la-representation_1149135
[11] http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-fassin/291114/exhibit-b-representation-du-racisme-et-sous-representation-des-minorites-raciales


Exhibit F

Un article de Laurent Lévy

Imaginons par exemple qu’un homme, soucieux de dénoncer les violences faites aux femmes, 
conçoive une exposition (installation, performance…) sur ce thème. Une exposition financée à 
coups de fonds publics, autrement dit par vous et moi.
On peut imaginer que la chose se présenterait ainsi : l’œuvre s’intitulerait Exhibit F. Les 
spectateurs (certain contexte ferait qu’ils seraient essentiellement des hommes) se déplaceraient 
à travers plusieurs tableaux vivants, figurés par des femmes recrutées comme intermittentes du 
spectacle sur chaque lieu où cette performance serait exposée. Mais partout, quelles que soient 
ces figurantes, la scène serait identique. D’un tableau à l’autre, le spectateur (un homme, donc…) 
regarde des femmes. L’une d’elles a sa robe et son corsage déchirés, laissant voir son sexe et 
sa poitrine. Une autre porte des marques de coups sur le visage. Une autre se tient dans une 
posture humiliante de soumission. On distingue sur une autre des traces de sang et de liquide 
séminal. On comprend que celle-ci a été battue, celle-là violée. Aucune ne crie ni ne pleure. 
Aucune ne se révolte. Chacune suit simplement les spectateurs du regard. (...)