30 juillet 2015

Quelques notes sur la situation politique en Grande-Bretagne: 2) L'affaire Jeremy Corbyn



La situation interne au parti travailliste a pris un tournant extraordinaire avec la candidature aux primaires pour élire un nouveau leader suite à la démission d'Ed Miliband d'un sexagénaire aux allures d'un prof de lycée jusqu'ici peu connu au grand public, Jeremy Corbyn, Le parti est actuellement dirigé provisoirement par Harriet Harman, qui impose une ligne assez droitière, prétextant la nécessité après une défaite de ne pas pratiquer une opposition systématique au gouvernement. 

Corbyn s'est déclaré tardivement et après avoir beaucoup hésité, tellement la gauche du parti paraissait affaiblie. 

Lors de sa déclaration il n'avait même pas les 30 signatures de députés nécessaires pour se présenter. Ces signatures ont finalement été obtenues grâce à la bonne volonté de quelques députés de la droite ou du centre du parti, qui voulaient que l'élection ait au moins l'apparence de donner un vrai choix aux militants, tout en précisant qu'ils ne voteraient pas pour lui. Les 3 autres candidats, 2 femmes et un homme, sont assez ou très à droite, et en plus sans grande envergure.

Depuis 2 ou 3 semaines, sensation - Corbyn est actuellement en tête des sondages, certains de ses signataires s'en mordent les doigts (ce qui est assez drôle), des voix s'élèvent pour annuler l'élection (la démocratie, c'est bien, sauf quand le peuple fait un mauvais choix), Tony Blair a fait une intervention absolument catastrophique, en disant que ceux qui avaient l'intention de voter pour Corbyn "avec leur coeur" devaient se faire transplanter ! 

Signe que l'engouement pour le candidat n'est pas une bulle artificielle gonflée par les réseaux sociaux, plusieurs syndicats importants (dont les deux plus grands, Unite et Unison) ont décidé de recommander à leurs adhérents de le soutenir. Et dans une lettre ouverte publiée par l'hebdomadaire de centre-gauche, le New Statesman, 25 porte-paroles d'associations et des artistes ont appelé à soutenir sa candidature, malgré les "raisons légitimes" de ne pas faire confiance au parti travailliste.

La droite dans un premier tem les "réserves légisent - de Corbyn pour le présenter comme un "communiste" et un partisan du Hezbollah. On peut s'attendre à de plus en plus de coups bas.

Qui est Jeremy Corbyn ?

Âgé de 66 ans, c'est un député travailliste depuis 32 ans, Il ne se soucie visiblement pas de son 'look', ne sait pas nouer une cravate et a horreur du cirque médiatique. Lors des débats il sort généralement le grand vainqueur, pas par son style oratoire mais parce qu'il est le seul candidat à répondre simplement et sincèrement à la question posée, et avec des arguments pour expliquer sa position. Bref, c'est l'antithèse d'un Tony Blair (ou d'un J-L Mélenchon, d'ailleurs). 

Il s'est séparé de sa femme quand celle-ci n'a pas voulu que leur enfant aille à l'école publique du quartier. Il est triomphalement réélu à chaque élection dans sa circonscription de Londres, même quand le score national du parti est en baisse; il est vice-président de la coalition Stop the War; il participe régulièrement à des événements organisés par l'extrême gauche; il est de toutes les luttes ... 

Il ne pense pas, comme 2 des 3 autres candidats, que les travaillistes sous Miliband ont perdu parce qu'ils étaient "trop à gauche" (le 3ème, l'ancien favori Andy Burnham, dit une chose un jour et son contraire le lendemain). Il est contre l'austérité, alors que les autres candidats, avec la majorité des députés travaillistes, se sont abstenus lors d'un vote récent sur un projet de loi qui pénalise les allocataires de l'aide sociale. Il est pour la reconnaissance de la Palestine, pour la renationalisation des chemins de fer, pour un grand service public de l'enseignement etc etc. Il est aussi le député, sur plus de 650, qui a demandé le moins de remboursement de frais dans la dernière période, alors que de nombreux députés ont été pris les mains dans le sac et le public est complètement dégoûté. 

C'est un type vraiment bien, sans aucun doute.

Le phénomène Corbyn (c'est presque de la folie par moments) démontre la pauvreté du discours dominant, y compris chez les dirigeants du parti travailliste, sur l'impopularité des valeurs de gauche (solidarités, défense du secteur public ...). Il est significatif aussi que la candidate qui arrive en dernier dans les sondages est la plus à droite des quatre - à tel point qu'elle pourrait siéger sans problème sur les bancs des députés conservateurs. 

Il est impossible de savoir si ce phénomène se traduira par un (ré)engagement politique durable, ni s'il prendra des formes nouvelles ou pas (Corbyn a dit que le parti travailliste doit ressembler à un "mouvement social"). Mais 500 personnes à un meeting à Bristol, 300 à Manchester, ce n'est pas rien. 

En tout cas, on ne peut que se réjouir en contemplant les mines détruites de Tony Blair et ses sbires et la véritable panique qui a saisi les autres candidats, qui sont chacun plus à droite que les autres.

Cependant,

- que fera Corbyn s'il est élu - ce que personne n'a jamais envisagé jusqu'à il y a quelques jours, et surtout pas lui ? Il aura sans doute comme souci de préserver l'unité d'un parti auquel il milite depuis des décennies, et pourrait modérér ses positions. Mais, 

- que fera l'establishment travailliste, qui le considère comme un homme dangereux qui rendrait le parti "inéligible" ("unelectable") ? Y aura-t-il une scission de la droite du parti ? Ou un "coup d'Etat" en interne ?

Enfin, comment la gauche radicale en dehors du parti travailliste doit-elle réagir à la Corbynomanie d'une grande partie de la gauche de la gauche et aux dizaines de milliers d'adhésions au parti travailliste (d'autres encore ont payé 3 livres pour pouvoir voter sans adhérer)? Tout en ayant beaucoup de sympathie pour ce mouvement spontané en faveur d'un authentique homme de gauche, il me semble que d'énormes illusions existent dans la possibilité d'un vrai changement par cette voie-là. 

Le Labour Party sous Corbyn attirerait de nombreuses personnes qui sont aujourd'hui proches (ou membres) de la gauche radicale. En même temps, une victoire ouvrirait certainement une crise dans le parti. Elle aura également des effets imprévisibles sur la gauche radicale. Beaucoup de ses sympathisants sont d'ex-membres du parti travailliste qui ne supportaient pas sa dérive droitière depuis Tony Blair, et son soutien à la guerre en Irak (Corbyn est un opposant de la première heure), mais reste fidèle à l'idée que le changement passera par les élections. 

Pour l'instant, l'enthousiasme l'emporte sur les doutes et les difficultés à venir. La gauche radicale ne doit pas bouder son plaisir quand des milliers de gens retrouvent l'espoir qu'une alternative est possible. Mais elle doit rester lucide.

En tout cas, les derniers jours ont été particulièrement intéressants. Affaire donc à suivre ...

26 juillet 2015

Quelques notes sur la situation politique en Grande-Bretagne (1) L'affaire de l'Europe



Le referendum pour ou contre le maintien du Royaume-Uni dans l'UE aura lieu en 2016 ou 2017, et peut-être à une date assez rapprochée (juin 2016 ?).

Dans le camp du Oui, sans doute la majorité de parti conservateur (mais cela va dépendre des termes d'une éventuelle renégociation), la majorité du parti travailliste, les Liberal Democrats, le SNP (Ecosse), Plaid Cymru (Pays de Galles), les Verts (qui sont pour une "réforme radicale" des institutions euroéennes) ... 

Le candidat de gauche au poste de leader d parti travailliste, Jeremy Corbyn, est, comme beaucoup d'autres, pour "lutter pour une meilleure Europe" en s'appuyant sur des alliés européens - et donc contre un 'Brexit' (sortie de la Grande-Bretagne).

Le grand patronat, à quelques exceptions près, est plutôt pour le Oui à l'UE, mais certains secteurs comme la finance sont beaucoup plus mondialisés que d'autres, et ont moins d'intérêt à ce qu'il y ait une Europe forte. 

Les syndicats sont généralement d'accord, aussi (ils voient l'UE comme un frein aux politiques néolibérales poursuivies par les gouvernements britanniques depuis Thatcher). Les petits patrons, eux, sont souvent proches de la droite de la droite europhobe.

Dans le camp du Non, une partie du parti conservateur (essentiellement de la droite du parti), l'UKIP (droite europhobe et xénophobe), l'extrême droite, une minorité du parti travailliste (essentiellement appartenant à l'aile gauche) dont le chroniqueur influent Owen Jones.

Un débat a lieu dans plusieurs organistions de la gauche radicale, comme le Socialist Workers Party (SWP), Left Unity, rs21 et Socialist Resistance (ceux qui lisent l'anglais trouveront facilement des articles pour le Oui et pour le Non sur leurs sites internet). Le comité central du SWP plaide pour le Non, mais il y aura un vote des militants à la fin de 2015. 

Le choix n'est pas facile : votez Oui et mélanger ses voix avec celles des représentants du grand capital - et prendre le risque de cautionner les institutions européennes qui ont déclaré la guerre à la Grèce; votez Non et mélanger ses voix avec la droite raciste qui fera campagne essentiellement sur la question de l'immigration. Pour certains, la gauche internatonaliste est trop faible pour se démarquer des souverainistes de droite; d'autres prennent comme exemple de ce qu'il faut faire la campagne pour un Non de gauche au TCE en France en 2015.




25 juillet 2015

Lettre aux camarades en Turquie: Chers camarades, Au nom d’Ensemble ! Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologique et Sociale, membre du Front de Gauche, nous tenons à exprimer toute notre solidarité face à la terrible attaque qui a eu lieu cette semaine à Suruç contre des camarades se rendant à Kobanê pour la reconstruction de cette ville devenue un symbole.

Chers camarades,

Au nom d’Ensemble ! Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologique et Sociale, membre du Front de Gauche, nous tenons à exprimer toute notre solidarité face à la terrible attaque qui a eu lieu cette semaine à Suruç contre des camarades se rendant à Kobanê pour la reconstruction de cette ville devenue un symbole. Nous transmettons nos condoléances à toutes les victimes de ce meurtre de masse et à leurs proches.

Votre appel international à l’occasion de la manifestation prévue le 26 juillet à Istanbul pour protester cet attentat doit être absolument entendu et une solidarité active ne doit pas faire défaut.

En effet, face à l’horreur de cet acte, nous sommes conscients que l’Etat Islamique poursuit un objectif bien déterminé : briser la résistance héroïque du peuple kurde dans le Rojava et le mouvement de solidarité qu’elle a suscité. Comme chaque observateur attentif de la situation, nous constatons que l’Etat Islamique a bénéficié de la bienveillance et même de la complicité du gouvernement turc pour mener à bien ses desseins. En adversaire redoutable, l’Etat Islamique n’hésite pas à s’appuyer sur les ressorts les plus obscures de la Turquie tel que le racisme antikurde et la tradition étatique issue du coup d’Etat de 1980 que Recep Erdogan prolonge.

Mais nous connaissons également l’admirable capacité de résistance du peuple kurde depuis plusieurs décennies, la politisation démocratique de masse qui a pris corps lors du « mouvement de Gezi » en 2013, en particulier dans la jeunesse ainsi que les premiers signes de réveil d’un mouvement ouvrier combatif en Turquie. Le score remarquable du HDP lors élections législatives de juin dernier, malgré des conditions extrêmement difficiles, en a été un signe remarquable.


En tuant lâchement ces camarades, l’Etat Islamique a désigné ce qu’il craignait le plus : un combat démocratique commun des peuples de la région qui passe par le respect de la réalité kurde. C’était le combat des camarades tombés à Suruç et que vous poursuivez.


Nous tâcherons d’être à vos côtés  au mieux en poursuivant notre participation au mouvement de solidarité avec le peuple kurde, la résistance du Rojava et avec le combat démocratique et de classe en Turquie. Si nous ne pourrons pas être présents ce dimanche à Istanbul, cela se traduira dès ce samedi avec la manifestation pour condamner l’attentat de Suruç qui se tiendra à Paris.

Solidairement,

Clémentine Autain
Myriam Martin
Jean-François Pélissier
Marie-Pierre Toubhans
Portes-parole d’Ensemble !

Dear comrades

On behalf of Ensemble ! Mouvement pour une Alternative de Gauche Ecologiste et Sociale (1), member of the Left Front, we wish to express our solidarity after the terrible attack which took place this week in Suruç against comrades travelling to Kobanê in order to rebuild a town which has become a symbol.

Your international appeal on the occasion of the demonstration planned for 26 July in Istanbul must reach the widest possible audience ; active solidarity is also necessary.
Faced with the horror of such an act, we are conscious that the Islamic State (IS) is following a clear objective : to break the heroic resistance of the Kurdish people in Rojava, as well as the solidarity movement which has followed. Like all serious observers of the situation, we know that IS has benefited from the goodwill and even the active complicity of the Turkish government in order to attain its goals. As a formidable adversary, IS does not hesitate to exploit the most reactionary elements in Turkey such as anti-Kurdish racism and the authoritarian tradition coming from the 1980 coup, as prolonged by Recep Erdogan.


However, we are also aware of the admirable capacity for resistance of the Kurdish people over the last several decades, the mass democratic politicisation which was revealed by the Gezi movement in 2013, especially among young people, and the first signs of an awakening of the militant workers’ movement in Turkey. The remarkable result of the HDP in last June’s parliamentary elections, in extremely difficult conditions, is a remarkable signal.
By killing these comrades, the IS has shown what it fears the most : the common democratic combat of the peoples of the region – a combat which implies a respect for Kurdish reality. This was the cause which the comrades died for in Suruç, and that you are continuing to fight for.

We will do our best to support you by continuing to participate in the solidarity movement with the Kurdish people, with the resistance of Rojava and the democratic and class struggle in Turkey. Although we cannot be with you this Sunday in Istanbul, we will show our solidarity at this Saturday’s  demonstration in Paris called to condemn the attack in Suruç.

In solidarity,

Clémentine Autain
Myriam Martin
Jean-François Pélissier
Marie-Pierre Toubhans
Spokespersons of Ensemble !

(1)    Ensemble ! Movement for a Left, Ecological and Social Alternative



Manifestation de solidarité avec les Kurdes et le mouvement progressiste en Turquie après le massacre de Suruç (Paris Gare de l'Est - République, 25/07/2015)


Départ de la Gare de l'Est



 Place de la République


Emre Öngun prend la parole au nom d'Ensemble!

3 juillet 2015

Le référendum en Grèce : déclaration du SEK

Votons NON à l’accord. Le gouvernement devrait revenir sur toutes les concessions.

Nous avons besoin de créer un front uni pour annuler la dette - nationaliser les banques – sortir de l’euro et l’UE Le gouvernement a annoncé un référendum. La résistance massive aux compromis avec les maîtres-chanteurs du FMI et de l’UE a forcé le gouvernement à ne pas signer d’accord. Ce développement est un pas en avant pour tous ceux qui ont lutté contre les anciens et les nouveaux mémorandums. Les dockers en grève contre le bradage du port de Pirée, les travailleurs des hôpitaux qui ont fait grève pour demander plus d’argent et du personnel pour la santé, les milliers de personnes qui se sont prononcées contre l’accord – c’est là la force qui a dit non au chantage – non au compromis.
Maintenant, nous devons écraser ceux qui restent fidèles à la Troïka et aux mémorandums. Dimanche prochain nous votons massivement « non » à l’accord. Mais nous ne nous arrêtons pas là !
Nous exigeons que le gouvernement de gauche passe directement à la mise en œuvre des promesses qu’il avait fait au mouvement ouvrier afin de se faire élire.
L’annulation des anciens et des nouveaux mémorandums, des emplois pour les chômeurs, augmentations des salaires et des pensions, de l’argent pour les écoles, les hôpitaux, les municipalités, les retraites.

Nous pouvons trouver l’argent :
• En annulant la dette – Tout de suite et sans exceptions.
• En nationalisant toutes les banques
• En quittant l’euro et l’EU et en se lançant dans la lutte pour le contrôle ouvrier.
Dans cette bataille, nous avons le soutien de la classe ouvrière dans toute l’Europe. Ils et elles l’ont montré avec leurs rassemblements contre l’UE et leFMI dans toutes les grandes villes. Ce qui est nécessaire maintenant est le renforcement de la gauche révolutionnaire. Pour lutter ensemble, pour renverser l’accord mais aussi afin d’ouvrir la voie vers une nouvelle société sans les fardeaux d’un système capitaliste qui est en faillite. N’arrêtez pas la lutte contre les usuriers et les compromis.

IST statement on Greece: No to the agreement !

22 juin 2015

International Socialism, 1st series: some issues from the 1970s available

I have individual (occasionally 2 or 3) spare copies of the following issues of International Socalism (1st series), the (successively) quarterly, bi-monthly and monthly journal of the British International Socialism group/International Socialists (IS) and (from 1977) Socialist Workers Party.






The first is n° 37 (June/July 1969), edited by Colin Barker, with articles by Sheng-wu-lien with an introduction by Tony Cliff ('Whither China?'), Paul Mattick (on Mandel's economics), Andrew Sayers (on the Italian left) and Part One (Part Two famously did not materialise) of  'George Orwell, International Socialist ?' by Peter Sedgwick.

N° 61 was a special double issue with longer articles by Michael Kidron ('Imperialism, highest stage but one' and 'International Capitalism'), Tony Cliff ('Permanent Revolution' and 'China in Crisis') and Colin Barker ('The British Labour Movement: Aspects of Current Experience').

The collection also contains the last of the monthly magazine-format International Socialisms, n° 104 (January 1978), edited by Alex Callinicos, with Duncan Hallas, Steve Jefferys and Colin Sparks, with articles by Callinicos (on the 1977 strike wave), Joan Smith ('Women and the Family'), Pete Goodwin ('The United Front') and reviews of Tom Nairn's prophetically entitled The Break-up of Britain  (by Laurie Flynn), the 1977 Socialist Register (by Callinicos) and Hal Draper's important Karl Marx's Theory of Revolution, Volume One, State and Revolution, by Colin Barker.

All good stuff.

It is of course necessary to point out that many, if not all, of the articles in these journals can be consulted on line (for example at http://www.marxistsfr.org/history/etol/newspape/isj/index2.html )

However, if there are any collectors out there, here is the complete list of issues available. They can be picked up at Marxism 2015 in London in return for a donation to Socialist Worker. Or contact me at colin.falconer @ hotmail.fr

N°s 37, 41-43, 48, 50, 53, 55-57, 59-74, 76, 78-80, 83, 89, 94, 96-99, 101-104.

The website of International Socialism, a quarterly review of socialist theory is here ...

18 juin 2015

Communiqué du Collectif pour la défense et l’extension du parc de La Courneuve Georges-Valbon: Déjà plus de 10 000 signatures contre le bétonnage du parc Troussel recule, Valls doit maintenant stopper tout projet d’OIN sur le parc.



L’opposition au projet de construction de logements dans le parc de la Courneuve Georges-Valbon (93) ne cesse de prendre de l’ampleur. Désormais, ce sont 50 organisations associatives, syndicales et politiques qui ont signé l’appel contre ce projet. Surtout, plus de 10 000 personnes ont signé la pétition (papier ou électronique) pour exiger le retrait de l’Opération d’Intérêt National (OIN), consistant à passer outre les décisions des collectives locales,  que nous concocte le Premier ministre Manuel Valls.

La mobilisation de milliers de citoyen-ne-s, en grande majorité de Seine-Saint-Denis, commence à payer. Elle fait reculer ceux qui, il y a quelques mois, ne tarissaient pas d’éloges sur ce projet. Ce lundi 15 juin 2015, réunissant les associations s’étant exprimées sur le projet et les élus du département, le Président du Conseil départemental du 93, Stéphane Troussel, a déclaré que le projet Castro « n’aurait pas lieu ». Souvenons-nous, il écrivait pourtant sur son blog le 26 octobre 2014 : « Je compte m’engager personnellement pour faire du « Central Park du Grand Paris » une réalité. (…) Je suis persuadé qu’un tel projet peut être l’un des moteurs de la Métropole pour les prochaines années et une grande priorité nationale, avec, pourquoi pas, l’installation d’un ministère emblématique comme cela fut fait à La Défense ou aujourd’hui à Balard ». Et il confirmait, le jour même, au Journal du Dimanche : « C'est une belle idée de faire entrer la ville dans le parc et le parc dans la ville. Je compte bien m'engager personnellement. Je dis banco ! ».

Visiblement, le président du Conseil départemental a entendu la colère des séquano-dionysiens méprisés par ce projet et qui refusent de solder au profit de quelques promoteurs et des pouvoirs publics leur jardin commun.

Maintenant, il faut que le Premier ministre, Manuel Valls, revienne sur sa déclaration du 14 avril dernier. Il n’est pas question d’une OIN sur le parc. Il doit retirer ce projet, véritable désastre écologique s’il advenait.
La mobilisation continue de s’amplifier.

Le 24 juin, le Collectif a appelé tous les élus du 93 (Maires, élus départementaux et des agglomérations) à venir échanger avec la population dans le parc à 18h (Maison du parc). Il s’agira de réaffirmer notre opposition à ce projet.

Puis le 5 juillet, nous organisons une grande journée d’actions intitulée « le Parkétanou ». Au menu : débat public, manifestation dans le parc et concerts. Ainsi, nous allons nous réapproprier le parc et montrer au gouvernement que ce projet ne passera pas.

Contacts presse :
Etienne Penissat (06 11 59 13 04)
Robert Valbon (06 15 86 90 73)
Claudie Gillot-Dumoutier (06 34 4718 15)
Michel Ribay (06 23 95 02 59)


Compte Twitter : https://twitter.com/cudepcgv

Liens Pearltrees : http://pearltrees.com/p/dymgL

9 juin 2015

"Pierre Stambul, co-président de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), a été violemment interpellé, comme un terroriste, cette nuit par le RAID et gardé à vue pendant 7 heures. Le RAID recherchait… des armes chez un militant d’une organisation qui défend les droits du peuple palestinien ..."

PROVOCATION INADMISSIBLE CONTRE L’UJFP
Pierre Stambul, co-président de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), a été violemment interpellé, comme un terroriste, cette nuit par le RAID et gardé à vue pendant 7 heures. Le RAID recherchait… des armes chez un militant d’une organisation qui défend les droits du peuple palestinien en y développant le point de vue de Juifs opposés à la politique menée par les gouvernements israéliens. Comment peut-on imaginer que cette organisation, qui agit par des prises de position et des manifestations pacifiques préparerait des attentats !
Il y a quelques jours, B. Netanyhou s'en prenait violemment à la campagne de boycott contre Israël, mettant en cause, entre autres, le PDG d'Orange. Le 5 juin, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, condamnait à son tour la campagne BDS. L'arrestation de P. Stambul qui doit tenir une réunion publique, à Toulouse, ce soir, n'est que la conséquence de ces prises de position
Le Ministère de l’Intérieur est, sans nul doute, directement impliqué dans cette affaire et il doit publiquement reconnaître son erreur.
Par ailleurs, cette action du RAID illustre les dérives sécuritaires qui ont suivi les attentats de janvier et qui risquent de se multiplier si cette politique se poursuit et si des textes attentatoires aux libertés sont votés.
ENSEMBLE assure Pierre Stambul et l’UJFP de sa solidarité.
ENSEMBLE, membre du Front de Gauche, appelle à une réaction unitaire et démocratique contre cette arrestation arbitraire. Quels que soient les points de vue des uns et des autres sur les positions de l’UJFP, cette organisation doit être défendue contre la répression.
Le 9 juin 2015.

31 mai 2015

Lutter contre les oppressions et les discriminations

Extrait du texte 'Refonder un projet d'émancipation' soumis pour discussion au Conseil National d'Ensemble du 6-7 juin 2015

Lutter contre les oppressions et les discriminations

Les oppressions et les discriminations (racistes, sexistes, homophobes…) résultent de rapports sociaux de domination. Elles sont des produits historiques des sociétés humaines et se sont transformées au cours du temps. Elles ont leur autonomie par rapport à l’exploitation capitaliste et ne seraient pas effacées par la remise en cause de cette exploitation. Elles renforcent l’exploitation capitaliste pour celles et ceux qui sont victimes de ces oppressions spécifiques.

Ces rapports de domination se croisent et se combinent entre eux ; ils se renforcent ainsi mutuellement, et la complexité de cette imbrication fait parfois obstacle au combat contre les oppressions qui en résultent. En effet, un individu qui subit une situation d’oppression sur un plan peut très bien se révéler oppresseur sur un autre. La tentation de hiérarchiser le combat contre les oppressions est donc prégnante. L’enjeu, en termes d’émancipation, est au contraire de tout faire pour contrecarrer cette tentation pour construire des alliances entre les luttes contre les différentes oppressions, tout en ne subordonnant aucune de ces luttes à d’autres objectifs.

Ces rapports sociaux de domination sont producteurs de discriminations, d’inégalités et de violences (à l’école, dans l’emploi, dans l’espace public, dans la sphère politique, mais aussi dans les relations personnelles et familiales entre individus). Ils se fondent historiquement sur un processus de naturalisation des inégalités, et plus globalement sur l’assignation sociale d’individus ou de groupes à une identité unique et amputée qui les coupe de l’universel de la société. La lutte ne se réduit pas à une lutte contre les discriminations: elle est de parvenir à s’émanciper, individuellement et collectivement, des assignations pour permettre à chacun(e) de construire des identités plurielles, ce qui ne veut pas dire la disparition de tous les attachements.

L’oppression spécifique des femmes

L’oppression des femmes peut être caractérisée comme spécifique dans la mesure où elle est transversale à tous les autres rapports sociaux de domination, et également parce qu’elle se construit en partie à l’intérieur de la sphère privée, familiale et intime. D’où la difficulté sans cesse recommencée, pour les femmes en lutte contre cette oppression, de sortir de l’isolement et des assignations psychologisantes et biologisantes, pour se construire comme un groupe social et comme un collectif en lutte. Elle se traduit par l’imposition de rôles sociaux sexués, par une division sociale sexuée du travail et par une idéologie de la complémentarité des rôles masculins et féminins qui assigne les femmes à la sphère domestique et reproductive avec un partage inégal des tâches, même si la présence des femmes dans l’emploi semble aujourd’hui irréversible.

La conséquence en est, malgré l’augmentation continue des taux d’activité et l’extension de la salarisation des femmes, le maintien de différences salariales qui semblent irréductibles, l’extension du temps partiel, de la précarité de l’emploi et de la pauvreté au travail pour les femmes, et plus globalement, une situation dans l’emploi qui fait encore l’objet d’un regard social qui le présente majoritairement comme contingent. Elle est aussi un accès au repos, au loisir et aux activités culturelles et sportives beaucoup plus contraint que celui des hommes, et une participation à la vie politique encore largement minoritaire et subordonnée. Elle est enfin l’omniprésence et parfois la recrudescence de violences physiques et symboliques. Tout cela dessine des axes de batailles permanentes dans la lutte pour la remise en cause des rapports sociaux de sexe. Les luttes féministes ont permis d’obtenir dans un certain nombre de pays des avancées considérables, dont certaines sont susceptibles d’être remises en cause, en matière d’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Il s’agit maintenant d’aller vers une égalité réelle.

La bataille féministe pour l’émancipation a pour spécificité de heurter des positions de pouvoir acquises et considérées comme naturelles, y compris dans les rangs de ceux qui luttent pour une autre société. Pour cette raison, elle y rencontre, plus souvent que d’autres sujets, l’agressivité, le mépris ou l’indifférence. Une tentation récurrente également est de la cantonner dans un domaine de spécialistes, ne concernant en rien la bataille politique centrale. Dépasser tous ces obstacles reste un enjeu central d’émancipation.

L’émancipation contre tous les racismes

Le racisme est un poison mortel qui a eu des conséquences dramatiques au cours du 20 e siécle avec les différents génocides. Tout racisme commence par essentialiser ceux qu'il veut discriminer - les juifs, les musulmans, les Roms - et vise construire une identité fantasmatique qui s’oppose la recherche de l'égalité. Le racisme, quelle qu’en soit la forme, a pour objectif de mettre en place une hiérarchie basée selon les cas sur les origines, l’apparence, la culture ou la religion. Si le racisme anti-juif, l’antisémitisme, plonge ses racines dans une certaine vision du christianisme, le développement d'un racisme biologique, racial, trouve son origine dans la colonisation européenne qui valorise la ‘supériorité de l’homme blanc’ et permet ainsi de justifier les crimes commis au nom de la ‘civilisation’.

Les crimes nazis, puis la décolonisation ont entrainé un changement de paradigme dans l’expression du racisme: au racisme biologique a succédé le racisme culturel dont l’expression la plus aboutie a été « la guerre des civilisations ». La crise actuelle, crise à la fois économique, sociale et démocratique, est le terreau sur lequel les différents racismes se développent. La question sociale est ainsi ethnicisée et par là même évacuée en renvoyant chacun à son origine, sa culture ou sa religion.

Dans cette situation, les vieux préjugés antisémites refont surface avec une vigueur nouvelle. Si à la différence du siècle précédent, ils ne sont pas encouragés par une politique d’Etat, leur développement dans certains milieux populaires est d’autant plus inquiétant qu’il s’appuie sur le ressenti d’un traitement différent de la part de la puissance publique suivant les origines.

Le racisme contre les Roms connaît un développement spectaculaire depuis les déclarations de Nicolas Sarkozy reprises ensuite par Manuels Valls. Un véritable racisme d’Etat se développe en leur encontre avec une essentialisation prenant un caractère absolu puisqu’ils « n’ont pas vocation à rester en France ».

Mais c’est contre les musulmans que se développent depuis quelques années des campagnes permanentes. Portée par l’extrême droite, légitimée par la droite conservatrice, accompagnée par toute une partie de la gauche, l’islamophobie, le racisme antimusulman, se pare de la lutte contre l’intégrisme religieux et de la défense de la laïcité. Relayée par des mesures législatives ou réglementaires, elle recoupe en partie la question de l’immigration et du racisme « traditionnel » anti immigré mais ne s’y réduit pas. L’islamophobie, le racisme anti-arabe et la négrophobie sont des racismes postcoloniaux qui s’attaquent aussi à des individus qui sont citoyennes du pays dans lequel ils habitent. Il s’agit clairement d’introduire une discrimination entre des citoyen-ne-s suivant la religion qu’ils pratiquent ou qu’ils sont censés pratiquer. Dans cette situation, l’islamophobie concentre ses attaques contre la visibilité des musulmans dans l’espace public. A l’inverse de la nécessité de faire vivre l’unité du corps social dans sa diversité, l’exigence d’assimilation faite aux musulmans vise à construire une homogénéité qui implique de leur demander d’être invisibles dans la société.

Le racisme comporte une dimension systémique qui ne peut être combattue que par des actions positives, volontaristes. La lutte contre les différentes formes de racismes est centrale dans la construction de processus d’émancipation. Mais il y a des débats sur la stratégie en matière de combat contre le racisme. Comment articuler les combats spécifiques contre telle ou telle forme de racisme avec le combat contre le racisme en général et éviter la concurrence mortifère des victimes ? Eviter qu’en matière de lutte contre le racisme l’emporte le «deux poids, deux mesures » suppose à la fois de reconnaître la spécificité de telle ou telle forme de racisme mais aussi de construire un front commun contre tous les racismes, front signifiant à la fois unité et diversité.

Développer le potentiel émancipateur de la laïcité

La France républicaine a développé une conception particulière du rapport aux religions avec la mise en place d’un régime laïc qui a accompagné le développement de la sécularisation de la société. La loi de séparation de 1905 a un potentiel émancipateur considérable. Elle instaure une triple liberté: liberté de conscience, c’est-à-dire liberté de croire ou de ne pas croire ; liberté des institutions publiques par rapport aux religions ; liberté des religions par rapport à l’Etat, ce qui suppose leur traitement égalitaire par la puissance publique. Si la foi est une affaire privée, la religion n’est pas pour autant renvoyée dans cette sphère et toute religion peut occuper l’espace public dans les conditions prévues par le législateur qui ne peut faire aucune distinction entre elles. Pour la loi de 1905, ce sont les institutions qui doivent être laïques et non les individus. La laïcité se distingue ainsi de l’athéisme qui est une position idéologique comme une autre et est traitée de manière identique aux autres croyances par la puissance publique.

Ces principes ont été mis en place dans une société où le processus de sécularisation était en cours et où étaient déjà installées trois religions, le catholicisme comme religion dominante, le protestantisme et le judaïsme. Cela explique que la laïcité française soit fortement marquée par le christianisme (intégration par exemple des fêtes religieuses chrétiennes dans le calendrier civil) et que la loi de 1908 ait modifié la loi de 1905 pour permettre que l’Etat, les départements ou les communes puissent financer les dépenses nécessaires pour l’entretien et la conservation des édifices du culte.

Il s’agit aujourd’hui d’appliquer les principes de laïcité dans une société où la religion musulmane est devenue la deuxième religion. Cela suppose qu’elle ait le même droit de cité que les autres religions. La fin des discriminations contre la religion musulmane, son égalité de traitement réel avec les autres religions sont les conditions pour éviter le repli communautaire et la montée de l’intégrisme religieux et permettre un combat efficace contre le racisme. Nous combattons avec la plus grande fermeté – au même titre que toute autre idéologie réactionnaire. En revanche, nous ne méconnaissons pas l’apport au combat de l’émancipation des courants progressistes des religions, hier comme aujourd’hui, et refusons de les traiter autrement que les autres courants progressistes avec lesquels nous sommes amenés à travailler.

Réaliser l’égalité des droits entre tous les individus quelle que soit leur origine 

Nous concevons le peuple comme une communauté politique démocratique dans laquelle tous les individus sont égaux en droits. Nous nous opposons donc à une conception ethnique où culturelle du peuple. Font ainsi partie du peuple français tous les individus qui vivent en France, veulent y rester et participer à la vie civique. Ainsi le droit de participer à la vie publique, en particulier le droit de vote, doit être donné à toutes celles et ceux, qui venant d’un autre pays, se sont installés en France depuis un certain temps (cette durée est à débattre) et en font la demande. Au-delà des droits civiques, tout individu vivant en France doit se voir reconnaître les mêmes droits que tous les autres habitants de ce pays et ce, quelle que soit son origine.

Réaliser l’égalité des droits entre tous les individus quelle que soit leur orientation sexuelle 

La lutte contre les discriminations qui tirent leur origine dans l’orientation sexuelle des individus a connu un progrès décisif avec l’instauration du mariage pour tous malgré l’offensive néoconservatrice qui a vu l’alliance des religions et des franges les plus réactionnaires de la droite. Ce progrès est encore fragile et les discriminations contre les LGBT dans la vie quotidienne ou dans leurs droits familiaux ou reproductifs sont monnaies courantes. Elles sont d’autant plus difficiles à combattre qu’elles renvoient à l’existence profondément vivace de rôles sociaux de genre et d’une société encore hétéro centrée.

L’émancipation des peuples colonisés et des minorités nationales

La France reste encore un empire colonial, et la construction de la France républicaine s’est accompagnée d’une oppression spécifique des langues et cultures minoritaires. C’est pourquoi, nous réaffirmons le droit à l’autodétermination des territoires et départements d’outre-mer et notre soutien aux revendications autonomistes ou régionalistes qui s’expriment en France métropolitaine.

Créer les conditions sociales de l’émancipation
L’approfondissement de la démocratie, la lutte contre les oppressions et les discriminations, ne pourront se développer que si, dans le même mouvement, sont crées les conditions sociales de l’émancipation. (.