17 décembre 2014

Décision de la Gauche Anticapitaliste, membre du Front de Gauche (France)

Accueil de la gauche alternative

Relevé de conclusions de la réunion nationale de la Gauche Anticapitaliste, Montreuil le 14 décembre 2014

1.La Gauche anticapitaliste (GA) se félicite de l’avancement du processus de construction d’Ensemble !, qui est parvenu à enrayer la division et l’éparpillement des forces radicales, sur la base :
- d’une orientation écolo-anticapitaliste
- d’un investissement dans la construction du Front de gauche et d’un cadre plus large qui regroupe toutes les forces opposées au gouvernement
- d’un fonctionnement fondé sur des collectifs militants locaux constitués d’adhérent-e-s cotisant-e-s et sur une orientation nationale
2. Les militant-e-s de la GA sont investi-e-s dans la construction d’Ensemble !
3. La GA propose de se dissoudre dans Ensemble ! dès l’assemblée constitutive d’Ensemble ! passée. Cette dissolution sera soumise à ratification par les militant-e-s de la GA présent-e-s à ladite assemblée, le 1er février après-midi.
4. Elle propose de mettre en commun les ressources organisationnelles, financières et les moyens d’expression des composantes d’Ensemble !
Addendum : La GA adressera par ailleurs à Ensemble ! une déclaration politique avant l’assemblée constitutive.
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Le même jour, Les Alternatifs ont adopté un texte d'orientation favorable au 'dépassement' de leur organisation dans le cadre d'Ensemble! : Pour un regroupement de la gauche alternative ...

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Texte adopté par la FASE (le troisième composant d'Ensemble! avec la GA et Les Alternatifs) le 13 décembre 2014: A l'étape actuelle d'Ensemble!, que doit faire la FASE ?


Communiqué d'Ensemble! Agir contre tous les racismes !

https://www.ensemble-fdg.org/content/communiqu-de-ensemble-agir-contre-tous-les-racismes


La persistance des politiques d'austérité, avec son cortège de dégâts sociaux, la banalisation de la parole raciste, exacerbent le rejet, la haine de l'autre. Le passage à l'acte en découle.
En septembre dernier, deux jeunes gens, d'origine algérienne, ont été les victimes d'une violente agression de la part de jeunes appartenant à la communauté juive, alors qu'ils étaient en train de livrer du pain pour un restaurant.
Une plainte pour agression avait été déposée.
Le caractère raciste a été reconnu par le parquet de Créteil et deux jeunes mis en examen pour « violences en réunion en raison d'une appartenance réelle ou supposée à une race, une ethnie ou une religion ».
« Ensemble! Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire » condamne cette lâche agression raciste.
Le rejet croissant de l'autre - qui frappe durement les Roms -, la montée d'actes dirigés contre les personnes de confession musulmane, comme le retour de l'antisémitisme, doivent nous alerter.
Depuis octobre, en Allemagne, le mouvement islamophobe, Pegida, rassemble des milliers de personnes dans ses manifestations.
Récemment dans un journal italien, le Corriere della Sera,E. Zemmour, reprenant la thèse du grand remplacement, se prononçait pour la déportation de cinq millions de musulmans résidant en France.
Contre tous les racismes, qu'il s'agisse d'islamophobie, d'antisémitisme, ou d'actes dirigés contre des personnes venant d'ailleurs, nous devons opposer tous ensemble une riposte unitaire.
Et ce que ce soit à l'occasion de décisions politiques des pouvoirs en place ou dans la vie de tous les jours.
Le 16 décembre 2014.

Contre les discriminations contre les mères voilées: 

Le retrait de la circulaire Chatel, c'est maintenant !

3 décembre 2014

Deux excellents articles par des camarades d'Ensemble! sur Exhibit B

Exhiber les corps noirs et faire taire les vivants

Brett Bailey peut être rassuré. Responsables politiques, institutions culturelles et même des associations antiracistes convenables se bousculent pour dire tout le bien qu’ils pensent de lui et d’Exhibit B. Mais Brett Bailey peut aussi être inquiet, la colère monte chez les afro-descendants et chez certains antiracistes contre cette exposition. Il y a déjà 20000 signataires pour la déprogrammation de son spectacle[1] et entre jeudi et dimanche, plusieurs centaines de personnes pour la plupart noir-e-s, ont manifesté à chaque représentation devant le théâtre, en ayant même réussi le premier soir à annuler le spectacle.

Recréer des zoos humains pour dénoncer le racisme ?

Exhibit B est une « installation-performance qui met en scène en douze tableaux vivants », des acteurs noirs, immobiles et muets, dans diverses positions dégradantes, certains attachés, enchainés, d’autres seins nus. Brett Bailey prétends qu’en reproduisant la mise en scène des zoos humains racistes avec des acteurs noirs, il se produit « un retournement de l’expérience»[2]  et qu’Exhibit B atteint son but qui est de dénoncer le racisme dont ont été et sont encore victimes les Noirs. Une telle démarche de sublimation des violences racistes est donc forcément ambigüe et il ne faut pas s’étonner, que certains, même sans avoir vu l’installation aient de sérieux doutes sur la portée du message.

« Taisez-vous, payez votre obole et venez communier avec nous ! »

Mais pour Mr Jean Bellorini et José Manuel Gonçalvès, directeurs respectifs du théâtre Gérard Philippe et du 104, les 2 lieux où a lieu la performance, « on ne peut pas juger d’une œuvre sans l’avoir vu »[3]. C’est évidemment faux. Mais ils ne veulent rien savoir et refusent tout débat contradictoire avec les opposants. L’objectif est de  faire taire et de délégitimer par avance celles et ceux qui pensent que ce « spectacle » au lieu de combattre le racisme y contribue. Taisez-vous, payez votre obole et venez communiez avec nous pour ressentir cette « émotion propre à la force de ce spectacle vivant»[4] nous disent-ils.  Amen !
Bien sûr, pour juger des qualités purement esthétiques du spectacle, il est nécessaire d’avoir vu l’installation. Mais pour  juger du discours politique véhiculé par Exhibit B, nous avons suffisamment de témoignages d’acteurs noirs de Exhibit B, de spectateurs, ainsi que d’interviews de Brett Bailey lui-même, et de photos de l’exposition pour nous faire un avis précis. Mais tout cela, ils le savent bien évidemment comme ils doivent aussi savoir que l’esthétique et le politique sont intimement liés dans une œuvre d’art et qu’on ne peut trouver belle une œuvre qu’on juge raciste.

Un antiracisme paternaliste et compassionnel

Une chose est sure, la multiplication des arguments malhonnêtes, la violence des accusations portées contre celles et ceux qui se mobilisent contre cette performance en dit beaucoup sur certains défenseurs d’Exhibit B. Quand Mme Hidalgo, la maire de Paris à propos des opposants parle d’ «obscurantisme»[5], quand Mme Fleur Pellerin, la ministre de la culture, parle d’ «amalgames» et d’ «intolérance »[6], quand la Licra, le Mrap et la Ldh, disent qu’on fait « un procès d’intention à l’artiste au motif qu’il est blanc »[7], ils mettent à nu leur antiracisme frelaté en cherchant à écraser et à délégitimer les révoltes de nombreux-ses racisé-e-s  qui se sentent humilié-e-s, chosifié-e-s et méprisé-e-s par Exhibit B. On attendrait d’eux au moins un peu de pudeur !
Mais ils sont probablement trop imprégnés par la noblesse de leur cause pour se rendre compte qu’ils finissent par composer eux-mêmes à nos yeux autant de tableaux vivants d’une installation-performance mettant à nu leur propre antiracisme paternaliste et compassionnel.
Pour éviter tout faux procès, personne ne conteste à Brett Bailey, le droit parce qu’il est blanc, de dénoncer le racisme. Le prétendre comme le font la Licra, le Mrap, et la Ldh, c’est reprendre à son compte les discours détestables et éculés sur un prétendu racisme anti-blanc, argument utilisé jusqu’à l’écœurement par ceux qui veulent relativiser le racisme, voir couvrir leur propre racisme.
Non, ce qui est reproché à Brett Bailey ce n’est pas d’être blanc mais  de prétendre à une position de neutralité, lui l’artiste blanc faisant travailler des figurants noirs, dans une exposition censée démonter les ressorts racistes de la société.  
Qu’il le veuille ou non, il ne parle pas de la même position qu’un-e racisé-e qui dénonce le racisme.  Brett Bailey en refusant d’admettre cela, prétends pouvoir ressentir et expérimenter le racisme de la même manière que nous, ce qui revient  à vouloir s’approprier notre subjectivité et à vouloir déterminer à notre place les chemins de notre émancipation.  Au final, ce paternalisme antiraciste, au lieu de déconstruire les préjugés racistes les redouble et les alimente.
Bref, il ne s’agit pas comme l’affirme Jean Louis Anselle avec une évidente mauvaise foi, de « revendiquer le monopole de la représentation des « Noirs » par un Noir et l’illégitimité d’un Blanc à le faire »[8]. Mais de critiquer la manière dont le fait Brett Bailey, sans s’interroger simultanément sur ce que ça veut dire qu’être un artiste blanc faisant travailler des figurants noirs et plus généralement sur ce qu’est être blanc dans cette société.


Une œuvre antiraciste peut être raciste

Brett Bailey et ses défenseurs cherchent à s’en tirer à bon compte en prétendant que finalement seule l’intention compte quand il est question d’antiracisme et qu’ici précisément, on ne peut accuser ce spectacle d’être raciste puisque que l’intention antiraciste est clairement affichée. Sauf que l’antiracisme n’est pas simplement de l’affichage à la « United Colors of Benetton ».  Se dire antiraciste et même le crier sur les toits n’a jamais protégé quiconque d’avoir des préjugés, des comportements ou des représentations racistes. S’il suffisait d’ailleurs d’afficher ses intentions pour clore le débat, quasiment aucune accusation de racisme ne tiendrait, tout le monde ou presque désormais, y compris au FN, portant en bandoulière son antiracisme.
Cela étant, Brett Bailey est probablement de bonne foi et cela doit certainement nous amener à faire la différence entre lui et un sympathisant du FN. Sauf que personne n’a envie de perdre son temps à rechercher dans sa tête les preuves de son racisme ou de son antiracisme. Non, la seule question qui compte ici, c’est de savoir  si Exhibit B, au-delà même de ce que l’artiste a voulu faire et de ce qu’il en pense lui-même, contribue ou non à véhiculer des représentations racistes.
Et nous sommes un  certain nombre à penser que cette exposition qui se veut antiraciste est au final raciste. Et nous disons cela sans oublier que certains acteurs noirs du spectacle, certains militants antiracistes et même certains rares spectateurs noirs semblent considérer que ce n’est pas le cas. Donc cela se discute probablement comme à peu près tout d’ailleurs. Mais le fait que de nombreux militants noirs antiracistes se mobilisent contre cette exposition, le fait qu’il y avait plus de 90% de manifestants noirs devant le Théâtre Gérard Philippe plusieurs soirs de suite, le fait que certains antiracistes blancs soient solidaires devrait au minimum  interroger ceux qui récusent ces accusations, eux qui prétendent être attentifs aux voix des discriminé-e-s.

Expliquer ce qui est évident pour nous

Mais rentrons un peu dans les détails puisqu’il faut prendre le temps d’expliquer ce qui m’a sauté aux yeux dès le départ.
Brett Bailey, comme le dit très justement « Mrs Roots », fait du corps noir une performance, comme il en était question déjà à l’époque coloniale » [9] Comme un écho à la période de l’esclavage, Il fait commerce des corps noirs et monnaye l’émotion de spectateurs majoritairement blancs.  Pour lui, ces corps ne sont qu’un prétexte à un exercice de « repentance » et d’ « autoflagellation »[10] morbide qui enferme les Noirs dans le piège d’un antiracisme compassionnel et paternaliste qui vise davantage à soulager la mauvaise conscience des blancs qu’à aider à l’émancipation des Noirs. Et il fait disparaitre tout le reste. Il ne dit rien explicitement sur l’identité des oppresseurs et sur la nature des rapports sociaux qui produisent ce racisme alors qu’il expose dans des pays majoritairement blancs où les racisé-e-s sont maintenu-e-s dans une position subalterne. Venant redoubler les rapports sociaux racistes dans ces pays, Exhibit B maintient les acteurs noirs dans une position passive, d’éternelles victimes. Immobiles, muets, dans des positions humiliantes, les figurants noirs incapables de se libérer eux-mêmes cherchent symboliquement à susciter la pitié et l’indignation chez les spectateurs très majoritairement blancs pour qu’ils les libèrent.
On comprend facilement que certains spectateurs blancs (heureusement pas tous !) aient ressenti une profonde émotion à la vue de ce spectacle. Pour certains d’entre eux, incapables de prendre du recul sur l’ambivalence du message, l’émotion remplace toute réflexion critique, et ils se laissent griser par l’idée que le destin de ces pauvres noirs dépends tout entier de leur générosité désintéressée.
Mais est-il si difficile de comprendre que de nombreux noir-e-s à l’inverse peuvent se sentir humilié-e-s et chosifié-e-s par une telle exposition et le manifestent bruyamment ? Ou est-ce que l’empathie ressentie pour les acteurs noirs de l’installation n’est valable que lorsque les racisé-e-s sont muet-tes et attaché-e-s et jouent le rôle qu’on leur assigne ? Il est vrai que lorsque nous parlons et cherchons par nous-mêmes les voies de notre émancipation, il peut nous arriver de contredire certains antiracistes affichés. Et pour ceux qui ont l’habitude de se penser comme les marionnettistes et les ventriloques de nos révoltes, c’est forcément insupportable.
Personne n’interdit aux blancs de se mobiliser contre le racisme, au contraire même. D’ailleurs, il y en avait manifestant devant le théâtre Gérard Phillipe, d’ailleurs il y en a dans le collectif contre Exhibit B et parmi les signataires et personne n’a contesté  leur légitimité  à s’engager aux côté des racisé-e-s. A condition que ce soit justement aux côté de et pas à la place de, en cherchant à nous dicter les conditions de notre émancipation quitte à nous faire taire comme Brett Bailey le fait avec ses acteurs pour parler à notre place.

Pas d’immunité artistique face aux révoltes antiracistes

Après il restera toujours l’argument de la liberté artistique, me direz-vous. Mme Hidalgo et Mme Fleur Pellerin, représentantes d’une gauche qui a renoncé à tous les combats émancipateurs, au nom d’un faux pragmatisme néo-libérale et populiste ont trouvé là semble-t-il une grande cause à défendre. Il faut les comprendre, elles n’en n’ont plus tant que ça. Les expressions sont grandiloquentes, l’émotion palpable. Il s’agit rien de moins que de sauver à la fois l’Art et la République ainsi que probablement la civilisation toute entière face aux  « censeurs » obscurantistes.
Oui, la liberté artistique doit rester un principe à défendre en particulier face à ceux qui ont le pouvoir de censurer ou de domestiquer l’art, à savoir les dirigeants politiques et le pouvoir économique. Parce que l’art, comme le dit Henri Lefebvre  permet de « penser l’impossible pour saisir tout le champ du possible ». Parce que la créativité artistique permet d’ouvrir des brèches dans l’ordre du monde. Mais en même temps, l’art n’est pas hors sol, l’artiste lui-même est aussi le produit d’un contexte social et économique et ne peut donc prétendre à l’immunité politique face aux critiques. L’œuvre d’art dialogue forcément avec le monde qui l’entoure. Elle ne fait pas que dire, elle se nourrit du réel. Vouloir faire de l’œuvre d’art un espace sacré, étanche au monde, c’est au final l’empailler en tuant en elle l’essentiel, sa capacité à dialoguer avec le réel et à émanciper celui qui crée et celui qui regarde. C’est pour cela que Brett Bailey ne peut demander l’asile politique au sein du champ artistique face aux critiques.  Il expose dans des lieux publics, dans des territoires qui ont une histoire. Quand la liberté de l’artiste d’exposer se heurte comme ici à la mobilisation et à la colère émancipatrice de discriminé-e-s et d’exploité-e-s, ceux qui justement n’ont pas le pouvoir de censurer, on ne peut pas résoudre cette contradiction entre deux principes au seul profit de la liberté d’exposer de Brett Bailey.
Surtout quand cette liberté d’exposer passe par l’intervention de CRS casqués, bottés qui avec la bénédiction de Mr Jean Bellorini, ont matraqué et gazé des manifestants majoritairement noirs pour que des spectateurs majoritairement blancs puissent aller voir le spectacle sans être dérangés. Cette violence physique et symbolique insupportable qui reproduit les mécanismes d’exclusion et de répression racistes à l’œuvre dans la société vient porter le coup de grâce à Exhibit B en démasquant son antiracisme de pacotille et en rendant caduc tout appel à respecter la liberté d’exposer de Brett Bailey.
Et cela d’autant plus, quand dans le même temps, rien ou quasiment rien n’est fait pour qu’au Théâtre Gérard Philippe au cœur du 93, comme dans d’autres établissements culturels, les artistes non-blancs puissent eux-aussi exprimer leur subjectivité sur leur propre histoire et sur leur propre expérience.  
Rendez-vous est désormais pris devant le « 104 » à Paris à partir du 7 décembre. Ce sera probablement une occasion de plus de constater comme Eric Fassin que « deux antiracismes s’affrontent aujourd’hui dans une incompréhension mutuelle »[11]. Ce n’est pas une nouveauté. Mais ce que ne nous dit pas clairement Eric Fassin ici, c’est comment et sur quelle base unifier l’antiracisme face à la montée d’un racisme de plus en plus brutal. Disons-le clairement, ce ne sont pas les manifestant-e-s contre Exhibit B qui divisent et l’unification nécessaire pour faire reculer le racisme ne pourra pas se faire sur le dos des  racisé-e-s. Ce qui veut dire concrètement que si elle doit se faire, ce n’est pas à l’intérieur du « 104 » avec comme décor les corps noirs immobiles et muets mais dehors avec les manifestant-e-s noir-e-s agité-e-s et bruyant-e-s chantant « dignité » et « respect » et exigeant la déprogrammation d’Exhibit B.
Quant à Brett Bailey, s’il veut vraiment déconstruire le racisme, qu’il se fasse  figurant pour une fois, qu’il donne son carnet d’adresse, ses entrées dans le monde de l’art à des artistes noir-e-s pour qu’ils se fassent eux aussi un nom et qu’il « rentre dans la cage » à leur place.

Laurent Sorel

[1] https://www.change.org/p/centre-104-th%C3%A9%C3%A2tre-g%C3%A9rard-philipe-d%C3%A9programmer-le-zoo-humain-exhibitb-contrexhibitb
[2] http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2014/11/22/brett-bailey-sur-exhibit-b-ce-travail-ne-parle-pas-des-noirs-mais-du-systeme-colonial-233831
[3] http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/exhibit-b-le-debat-oui-la-censure-non-exhibit-b
[4] http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=358
[5] http://www.paris.fr/accueil/Portal.lut?page_id=1&document_type_id=7&document_i   d=151123&portlet_id=24052
[6] http://www.culturecommunication.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Reaction-de-Fleur-Pellerin-aux-attaques-dont-a-fait-l-objet-l-aeuvre-Exhibit-B-de-Brett-Bailey
[7] http://www.ldh-france.org/exhibit-b-spectacle-pas-etre-interdit-annule/
[8] http://www.liberation.fr/societe/2014/11/23/exhibit-b-l-interdit-racial-de-la-representation_1149135 
[9] http://mrsroots.wordpress.com/2014/10/14/boycotthumanzoo-i-le-racisme-sinvite-au-musee/
[10] http://www.liberation.fr/societe/2014/11/23/exhibit-b-l-interdit-racial-de-la-representation_1149135
[11] http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-fassin/291114/exhibit-b-representation-du-racisme-et-sous-representation-des-minorites-raciales


Exhibit F

Un article de Laurent Lévy

Imaginons par exemple qu’un homme, soucieux de dénoncer les violences faites aux femmes, 
conçoive une exposition (installation, performance…) sur ce thème. Une exposition financée à 
coups de fonds publics, autrement dit par vous et moi.
On peut imaginer que la chose se présenterait ainsi : l’œuvre s’intitulerait Exhibit F. Les 
spectateurs (certain contexte ferait qu’ils seraient essentiellement des hommes) se déplaceraient 
à travers plusieurs tableaux vivants, figurés par des femmes recrutées comme intermittentes du 
spectacle sur chaque lieu où cette performance serait exposée. Mais partout, quelles que soient 
ces figurantes, la scène serait identique. D’un tableau à l’autre, le spectateur (un homme, donc…) 
regarde des femmes. L’une d’elles a sa robe et son corsage déchirés, laissant voir son sexe et 
sa poitrine. Une autre porte des marques de coups sur le visage. Une autre se tient dans une 
posture humiliante de soumission. On distingue sur une autre des traces de sang et de liquide 
séminal. On comprend que celle-ci a été battue, celle-là violée. Aucune ne crie ni ne pleure. 
Aucune ne se révolte. Chacune suit simplement les spectateurs du regard. (...)


26 novembre 2014

Je publierai ici des articles de militants noirs qui nous aident à comprendre ce que c'est le racisme et comment le combattre

Pourquoi nous ne pouvons pas attendre, par Martin Luther King

"(...) Tout d’abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » ; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération d’un autre homme ; qui cultive le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous » et conseille constamment au Noir d’attendre « un moment plus opportun ». La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus frustrante que l’incompréhension totale des gens mal intentionnés. Une acceptation tiède est plus irritante qu’un refus pur et simple."

Une transcription d'une conférence de C.L.R. James en Grande-Bretagne en 1967: Sur la question noire aux Etats-Unis - Black Power.



"Cela fait plus d’un siècle que l’esclavage a été aboli. Les Noirs des États-Unis ont beaucoup subi mais ils ont atteint une étape où ils ont décidé que c’en était fini. Qui sommes-nous, ici, pour nous lever – ou plutôt rester assis – et leur dire ce qu’ils doivent faire ou ne doivent pas faire ? " 

C.L.R. James (1967)

Racisme et culture, par Frantz Fanon

Le texte de l'intervention de l'anti-impérialiste martiniquais au 1er Congrès des Ecrivains et Artiste Noirs à Paris, septembre 1956. 


" (...) le racisme obéit à une logique sans faille. Un pays qui vit, tire sa substance de l’exploitation de peuples différents, infériorise ces peuples. Le racisme appliqué à ces peuples est normal. Le racisme n’est donc pas une constante de l’esprit humain.
Il est, nous l’avons vu, une disposition inscrite dans un système déterminé. Et le racisme [anti] juif n’est pas différent du racisme [anti] noir. Une société est raciste ou ne l’est pas. Il n’existe pas de degrés du racisme. Il ne faut pas dire que tel pays est raciste mais qu’on n’y trouve pas de lynchages ou de camps d’extermination. La vérité est que tout cela et autre chose existe en horizon. Ces virtualités, ces latences circulent dynamiques, prises dans la vie des relations psycho-affectives, économiques…"
Frantz Fanon (1956)

25 novembre 2014

L'Ecosse: après l'échec de la campagne pour l'indépendance, montée fulgurante du principal parti pro-indépendance !

Situation politique paradoxale en Ecosse. L'échec du camp pro-indépendance lors du referendum a eu comme effet de booster ... le SNP (parti national écossais), autrement dit la principale force qui a fait campagne pour le 'oui' !

Selon les sondages, le SNP écrasera son principal rival, le parti travailliste écossais, lors des élections législatives britanniques de 2015. Rappelons que les travaillistes se sont opposés à l'indépendance et ont fait bloc avec la droite et le centre lors du referendum.

Plus remarquable encore, non seulement il n'y a pas de rejet des partis politiques, mais toutes les organisations prônant l'indépendance ont vu l'arrivée massive de nouveaux adhérents. Le SNP, qui a choisi une femme, Nicola Sturgeon, pour remplacer son dirigeant démissionnaire, a même vu ses effectifs tripler en quelques semaines (il revendique aujourd'hui plus de 90,000 membres).

Le weekend dernier, le SNP a organisé un rassemblement à Glasgow auquel ont assisté 15,000 personnes.

En même temps, à quelques centaines de mètres du lieu du rassemblement du SNP a eu lieu un grand meeting de la Radical Independence Campaign (RIC), un regroupement qui est soutenu par la gauche radicale pro-indépendance, avec 3,000 personnes.

Dans cette situation, la gauche radicale est traversée par un débat stratégique important.

Pour une partie, la priorité est de soutenir le SNP en 2015, pour appuyer la revendication d'un nouveau referendum. En effet, la présence d'un bloc de pluseurs dizaines de députés nationalistes au parlement britannique risque de rendre difficile la formation d'un gouvernement. Le SNP serait donc en position de force dans toute nouvelle négociation sur l'indépendance ou sur la réforme constitutionnelle promise par le gouvernement actuel.

Pour une autre partie, l'urgence est de former un nouveau parti de la gauche radicale en unifiant les groupes existants. Selon elle, le SNP est un parti réformiste avec des positions souvent bien à gauche du parti travailliste - mais un parti réformiste quand même, avec tout ce que cela comporte comme compromissions et trahisons (sur l'austérité ou l'avenir de la base de sous-marins nucléaires de l'OTAN à Faslane etc). Les milliers de nouveaux adhérents du SNP risquent donc d'être fortement déçus dans les mois et années à venir.

Le succès du meeting de la RIC est un très bon signe, mais il n'y a pas eu de signal fort capable de fédérer les divers groupes de la gauche radicale.

8 novembre 2014

Tract unitaire de Saint-Denis pour la manifestation contre les politiques d'austérité du 15 novembre 2014

NON au BUDGET D’AUSTERITÉ
A Saint-Denis, la baisse des dépenses publiques et l’austérité, ce n’est pas qu’un mauvais slogan du gouvernement Hollande-Valls ; c’est une réalité que vivent durement tous les dionysien-ne-s.
L’austérité, c’est une rentrée scolaire avec 20 classes d’écoles sans professeur-e-s ; l’absence de remplaçant-e-s titulaires et le recrutement de vacataires sans aucune formation.
L’austérité, ce sont des restrictions budgétaires à l’hôpital avec à la clé des suppressions de postes et un risque réel de dégradation de la prise en charge des patient-e-s.
L’austérité, ce sont 22 millions d’euros en moins de dotation pour la municipalité de Saint-Denis d’ici 2017. L’équivalent d’une école !
L’austérité, c’est l’Université de Paris 8 qui ne peut pas assurer la réussite d’un maximum d’étudiant-e-s : faute de moyens suffisants ce sont des cours supprimés, des cours surchargés, avec à la clé une souffrance au travail pour les personnels.
L’austérité, c’est plus de chômage et de précarité pour les dionysiens ; ce sont des familles qui voient les aides sociales diminuées et des travailleur-se-s dont le pouvoir d’achat est en berne. Les femmes sont particulièrement touchées par la diminution des prestations sociales, la casse des services publics tels que l’accueil des enfants, les services sociaux et de santé. C’est également entretenir la misère, les bidonvilles par l'exclusion délibérée des Rroms et la réduction des moyens des associations de proximité.
Les politiques d’austérité, de la droite au Parti Socialiste, échouent en France comme elles ont échoué partout en Europe. Il faut dire non à la loi de finances 2015 présentée par Manuel Valls.
Stopper ces politiques et imposer d’autres choix : c’est possible. A Saint-Denis, les parents d’élèves, les enseignant-e-s et les animateurs mobilisés montrent la voie depuis septembre. Révoltés, des parents ont occupés des écoles le 13 octobre ; d’autres occupent aujourd’hui un terrain en centre ville. Il faut amplifier et unifier ces luttes.
Nous ne sommes pas condamnés à l’austérité permanente. De l’argent il y en a : en 2015, le patronat va recevoir 23 milliards de cadeaux fiscaux (Pacte de responsabilité, CICE). De quoi faire une autre politique : embaucher 100 000 enseignant-e-s pour réduire le nombre d’élèves par classe (4,5 milliards), ouvrir 200 000 nouvelles places de crèche supplémentaires (4 milliards) ou construire 70 000 logements sociaux en région parisienne (12 milliards), etc.
Pour dire non au budget d'austérité du gouvernement VALLS !
Pour dire non aux exigences du Medef !
Pour construire des mobilisations et une alternative à la politique actuelle !

MANIFESTATION
SAMEDI 15 NOVEMBRE – 14H – DENFERT-ROCHEREAU (Paris)
DEPART DE SAINT-DENIS : 13H devant la MAIRIE

A l’appel du Collectif pour une Alternative A l’Austérité (http://www.collectif3a.org/)

Sur Saint-Denis : CGT, Femmes Solidaires, Front de Gauche (PCF, ENSEMBLE, PG), MRAP, NPA, SNUIPP-FSU, Europe-Ecologie les Verts (EELV).

7 novembre 2014

La réponse à François Hollande et au Medef : c'est dans la rue, le 15 novembre !

Communiqué du collectif Alternative A L’Austérité après l’intervention de François Hollande à l’occasion de son mi-mandat

Le bilan à mi-mandat de François Hollande est catastrophique. Elu pour faire une politique inverse à celle de Nicolas Sarkozy, Il applique à la lettre le programme du medef Les mêmes recettes ont engendré les mêmes maux : chômage à des niveaux historiques, casse industrielle, cadeaux aux actionnaires sans contrepartie, baisse des dépenses publiques… Dans ce pays les pauvres sont de plus en plus pauvres tandis que les plus riches accumulent toujours plus de richesses.

Enfin pour imposer cette politique d’austérité, François Hollande et Manuel Valls ont recours à une criminalisation accrue des mouvements sociaux, écologiques et citoyens. Pas de loi d’amnistie, syndicalistes condamnés pour leurs actions et la répression utilisée en lieu et place du dialogue jusqu’à conduire à la mort de Rémi Fraisse à Sirvens.

C’est pourquoi, le collectif 3A appelle le 15 novembre à manifester à Paris et dans plusieurs grandes villes de France. Pour refuser la politique d’austérite, pour exiger des élus qu’ils rejettent le budget Hollande-Medef, pour défendre une alternative sociale , écologique, politique.

Depuis quelques jours la mobilisation pour le 15 novembre prend de l’ampleur. A la liste des 250 premiers signataires se sont ajoutés d’autres personnalités, partis politiques, associations et un nombre important de syndicats. On recense de très nombreux appels d'organisations territoriales et de signatures de militantes et de militants syndicaux de la CGT, de la FSU, de Solidaires, de FO ...

Aux très nombreux appels de structures territoriales et de fédérations syndicales et de signatures de responsables syndicaux (de la CGT, FSU, Solidaires, FO) présents dans l’appel initial se sont notamment ajoutés des organisations de la CGT (Union régionale Ile de France, syndicat de la Culture, Fédération Finances) de Solidaires (Fédération Sud-Energie) de l’UNEF (dont l’AGE de Clermont-Ferrand).  

L’engagement de plusieurs associations (Copernic, APEIS, AC!, MNCP, CADTM, Convergences des services publics, Anecr, la Gauche par l’exemple, Féminisme enjeux, Femmes égalité, DAL, Acrimed, les ef-FRONT-é-e-s) s’accroit tous les jours.

Côté partis, Nouvelle Donne s’est ajouté aux organisations du Front de Gauche, au NPA, à la Gauche d’EELV ou au club des socialistes affligés.

 Vous retrouverez l’ensemble de ces signatures sur le site http://www.collectif3a.org

4 novembre 2014

Une révolte massive pour défendre la gratuité de l’eau en Irlande

Une vague extraordinaire de manifestations a submergé toutes les villes de la république d’Irlande samedi 1er novembre, écrit John Molyneux du Socialist Workers Party (SWP Irlande).
Dans un pays de seulement 4,5 millions d’habitants, environ 200 000 personnes sont descendues dans la rue pour s’opposer à la fin de la gratuité de l’eau (contre les « water charges »).
C’est la deuxième grande journée d’action, après la manifestation qui a réuni 100 000 personnes à Dublin en octobre.
Si ces chiffres sont impressionnants en soi, c’est dans le détail qu’on se rend compte de l’échelle massive de la révolte. Dans une ville comme Letterkenny, avec ses 20 000 habitants, il y avait 10 000 manifestants et dans de nombreuses très petites villes il y avait entre 1 000 et 5 000 participants.  
A Dublin, 30 000 manifestants ont occupé le centre-ville, mais en même temps il y avait 25 manifestations décentralisées, le plus souvent avec des milliers de participants.
Dans mon quartier de Drimnagh, quarante voisins se sont rassemblés devant ma maison derrière une banderole. Le temps d’arriver au centre commercial nous étions 600. Puis, avec quatre autres groupes nous avons occupé un rond-point important. 4 000 personnes en tout one participé à cette action.
Une caractéristique de beaucoup des manifestations était, en effet, la volonté de désobéissance civile, comme le blocage de routes et de lignes de tramway, et le nombre de participants a rendu impossible toute intervention de la police.
Cette journée d’action a eu lieu à l’appel de la campagne Right2Water (Droit à l’eau), qui fut lancée par la coalition People Before Profit (une alliance électorale à laquelle participe notamment le SWP) et soutenu entre autres par le Socialist Party (un autre groupe d’extrême-gauche), l’Alliance contre l’Austérité, Sinn Fein et des syndicats comme Unite, Mandate et le CPSU.
Mais le véritable moteur fut l’activité de groupes locaux dans chaque communauté. Toutes les actions avaient un caractère ouvrier très marqué. La base de cette réussite fut le travail dans les quartiers et les cités depuis le mois de septembre pour mobiliser contre l’installation des compteurs d’eau.
Mais en dehors de cet enjeu très concret il existe aussi une conscience politique.
On la voit dans des mots d’ordre tels « Enda in your ivory tower, this is called people’s power » (« Enda dans ta tour d’ivoire, on appelle ça le pouvoir populaire »), en référence au premier ministre Enda Kenny, ou même, en écho au slogan pro-palestinien « From the rivers to the sea, Irish water will be free ».
Des élections et des sondages récents démontrent la radicalisation de la classe ouvrière irlandaise.
Les partis de gouvernement traditionnels (Fianna Fail, Fine Gael, le parti travailliste, les Verts) sont en forte baisse, alors que l’audience de Sinn Fein et de la gauche de la gauche ne cesse de croître.  
Cette grande révolte populaire est le fruit de six années d’austérité sans répit, des taxes injustes et des coupes budgétaires qui ont mis les  travailleurs les dos au mur.
Aujourd’hui ils ont le sentiment de leur pouvoir et pensent qu’ils peuvent empêcher l’introduction des « water charges » et même faire tomber le gouvernement.
D’autres actions locales sont projetées avant une autre grande mobilisation nationale le 10 décembre – une manifestation qui aura lieu cette fois-ci en semaine et comprend un appel à la grève et à un siège du parlement.
Article paru dans Socialist Worker (Grande Bretagne), n° 2428, en ligne le 4/11/2014.