23 mai 2016

Malgré la haine et le racisme du Figaro, Saint-Denis est et restera fière, digne, populaire et rebelle !

Une fois de plus, une fois de trop, un journal, le Figaro Magazine, veut faire passer Saint-Denis pour une ville où règne un islam fanatique et où ses habitant-e-s seraient pour une grande part des intégristes.
ENSEMBLE ! condamne cette tentative réitérée de division et de stigmatisation.
Le Figaro Magazine voudrait nous faire croire qu’à Saint-Denis on ne trouve que de la viande halal ou que ce sont les salafistes qui imposent les tenues des habitantes. Tout cela n’est pas sérieux pour quiconque vit ou travaille à Saint-Denis.
Le jeu mortifère qui consiste à prendre quelques cas pour en faire des généralités sur notre ville ne relève pas du journalisme. C’est une opération politique qui vise à assimiler et amalgamer « quartiers populaires », « musulmans », « islam », « islamisme », « salafisme », « intégrisme » et « terrorisme ». Un vrai travail d’enquête journalistique aurait consisté non pas à rédiger un dossier à charge, mais à montrer les différentes facettes de la réalité des Dionysien-ne-s. La journaliste aurait alors vu que les Dionysien-ne-s ont de nombreux problèmes qui n’ont pas à voir avec l’islam : la dégradation des conditions de travail, le chômage, le recul voire la disparition des services publics, les discriminations subies à l’embauche ou à l’école, une police nationale réduite à peau de chagrin… Dans bien des cas, Saint-Denis est effectivement une zone de non droit : non droit à l’égalité scolaire ou à l’accès à l’emploi.
Rien d’étonnant que ce soit le journal de Dassault, qui s’enrichit en finançant les guerres et en vendant des armes, notamment au Moyen-Orient, qui déverse ces clichés et ces mensonges. Mais cette haine et cette stigmatisation qu'ils ont à l'égard des quartiers populaires, ne sont pas acceptables, alors même que les habitant-e-s de Saint-Denis ont été frappés par les attentats de novembre dernier.
ENSEMBLE! dénonce et condamne ces caricatures dignes des années 1930 et le racisme et l’islamophobie qu’elles véhiculent. Parce qu’il n’est plus possible de laisser passer sans sanction ces clichés racistes et islamophobes, ENSEMBLE! demandent expressément au Maire de Saint-Denis d’entamer une procédure juridique contre le Figaro Magazine.
Cette stigmatisation des Dionysien-e-s se produit alors que de nombreux salarié-e-s, de jeunes et d'étudiant-e-s, des parents d’élèves, des enseignant-e-s sont mobilisés contre la loi « Travail » et contre les effets des politiques d’austérité. Nous ne nous laisserons pas diviser. Debouts dans l’adversité, fier-e-s de nos origines multiples, rassemblé-e-s autour de nos valeurs de solidarité et de fraternité, nous continuerons de lutter contre leur racisme et pour l’égalité.
Saint-Denis, le 21 mai 2016
Communiqué d'Ensemble St-Denis

Voir aussi: Notre fierté de vivre à Saint-Denis: une réponse au Figaro Magazine

18 mai 2016

Grande-Bretagne: la gauche et le referendum sur le Brexit


« To brexit or not to brexit ». Quitter l’Union Européenne ou rester ? Telle est la question posée par le referendum du 23 juin. L’opinion semble très partagée ; certains sondages donnent la majorité au Brexit.

Rappelons que la gauche, ou la pression de la gauche, n’était pas à l’origine du referendum. Au contraire, la décision fut la réponse du premier ministre conservateur David Cameron à une revendication de son aile droite ‘europhobe’ et à la concurrence du parti souverainiste xénophobe, l’UKIP (1), qui est actuellement à environ 15% dans les sondages. Les europhobes ne représentent pas une frange marginale du parti conservateur ou de son électorat. Ils comprennent l’ancien leader du parti, aujourd’hui ministre du travail, Ian Duncan Smith, le leader de la majorité à la Chambre des Communes, le ministre de la justice et le principal challenger pour le leadership du parti, l’ancien maire de Londres Boris Johnson.

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L’opposition parlementaire de gauche conduite par Jeremy Corbyn se trouve dans le même camp sur cette question que Cameron, tout comme les gouvernements écossais (dirigé par la nationaliste Nicola Sturgeon) et gallois (dirigé par un travailliste). Parmi les dirigeants du Royaume-Uni, seule la première ministre de l’Irlande du Nord, Arlene Foster du très conservateur Democratic Unionist Party, appelle ses électeurs à voter ‘Non’ à l’UE.

La majorité des responsables politiques a clairement fait le choix de rester dans l’UE. C’est aussi le choix – mais cela n’a rien d’un hasard – de la majorité des dirigeants d’entreprise.

L’aile gauche du parti travailliste et les principaux syndicats étaient longtemps hostiles à l’adhésion du Royaume-Uni au Marché Commun (devenu l’Union Européenne). Mais, depuis au moins la fin des années 1980, quand Margaret Thatcher gouvernait à Westminster et le progressiste Jacques Delors à Bruxelles, ils ont fait le choix de défendre l’Europe ‘sociale’ considérée comme un bouclier contre les effets des politiques néolibérales et les lois antisyndicales adoptées par des gouvernements britanniques successifs. Aujourd’hui, des dirigeants d’organisations ouvrières qui comptent encore des millions d’adhérents avec le potentiel de faire échec à ces politiques affirment que si les salarié-e-s britanniques bénéficient (encore un peu !) d’une certaine protection sociale et de certains droits au travail c’est surtout grâce à … l’Union Européenne.

Rappelons que l’Etat-providence britannique, tout comme les conquêtes sociales en France au lendemain de la 2ème guerre mondiale, a été à la fois le produit de luttes syndicales et politiques et un moyen pour la classe dirigeante d’éloigner la perspective d’une transformation sociale beaucoup plus radicale (« Si vous ne voulez pas une révolution, donnez-leur des réformes »). L’UE, quant à elle, a été le moyen pour les bourgeoisies européennes de réorganiser les marchés afin de faire face à la concurrence internationale.

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Le Royaume-Uni est membre de l’UE sous ses différentes appellations depuis 1973. Les salarié-e-s pauvres, les privé-e-s d’emploi, les précaires et les personnes handicapées, les travailleur-ses embauché-e-s avec des contrats « zéro heures » et les internes des hôpitaux qui manifestent depuis des mois contre de nouveaux contrats sont-ils/elles aujourd’hui protégé-e-s des effets ravageurs des mesures antisociales prises par Cameron et ses prédecesseurs ? Il suffit de voir le dernier film de Ken Loach, très réaliste, pour être convaincu du contraire !

DE TONY BENN A TONY BLAIR

Bien sûr, Cameron et son ministre de l’économie George Osborne aimerait aller plus loin encore – tout en restant dans l’UE. Sa stratégie cherchant à négocier une ‘réforme’ dans le cadre de l’UE permettant au patronat britannique de se soustraire à certaines règles et contenant des gestes en direction de l’électorat raciste, a refroidi pendant un temps l’ardeur des syndicats pour le Maintien. Certains ont même brandi la menace de soutenir le Brexit. Ce fut également la position de John McDonnell, le bras droit de Jeremy Corbyn et potentiel future ministre de l’économie.


Ces hésitations furent illustrées par la volte-face de l’auteur et chroniqueur prolifique Owen Jones, membre du parti travailliste et soutien de Corbyn pendant sa campagne pour le leadership du parti. Après avoir écrit en juillet 2015 que « Le moment est venu pour la gauche de faire campagne contre l’UE », il a annoncé quelques mois plus tard qu’il ferait campagne pour le Maintien.

Le temps où une puissante aile gauche du Labour Party, très liée aux syndicats, s’opposait à cet alignement sur l’Europe capitaliste, sur des bases certes souvent protectionnistes, est révolu. Jeremy Corbyn lui-même, un proche du leader charismatique de cette aile gauche, Tony Benn, et partisan en 1975 du retrait du Marché Commun, s’est rallié (par conviction ou pour des raisons de politique interne au parti travailliste, il est difficile de savoir) à la position ‘pro-européenne’.

Le site des partisans travaillistes du Brexit, Labour Leave, avance des arguments solides contre l’UE et le traité de libre-échange transatlantique (TAFTA). Mais parmi les quelques personnalités travaillistes en faveur du Brexit, aucune n’a la stature – et de loin – d’un Tony Benn, et certains sont plutôt classés à la droite du parti.

A l’aile droite et social-libérale du parti travailliste il n’y a aucune ambiguïté. Elle est entièrement acquise par principe à la défense de l’Union Européenne, comme elle est partisane enthousiaste de l’alliance atlantique et du renouvellement de la force de frappe nucléaire et de tous les traités de libre-échange. Ces membres sont aussi de fervents soutiens d’Israël qui accusent de façon éhontée l’aile gauche d’antisémitisme afin de discréditer Corbyn. Un de ses dirigeants a déclaré qu’il soutiendra le ‘Oui’ (à l’Europe) même dans le cas où cela conduirait à un affaiblissement des droits des salariés. Parmi les membres de cette aile droite travailliste on trouve Hillary Benn (le fils de Tony Benn), que Corbyn a nommé porte-parole pour les affaires étrangères mais qui continue à essayer de le saboter, et le nouveau maire de Londres, Sadiq Khan. Et bien sûr, quoique plus occupé à faire le tour du monde des séminaires grassement payé pour chefs d’entreprise et autres « décideurs », il y a aussi le criminel de guerre Tony Blair.

Si voter pour le Brexit, ce serait « mélanger ses voix » à des gens pas du tout fréquentables comme Boris Johnson ou le leader de l’UKIP Nigel Farage, on voit que voter pour Rester n’est guère mieux.

Avec des hésitations et des nuances, donc, les travaillistes et les syndicats sont aujourd’hui pour l’essentiel dans le camp « Remain ». Ainsi, sur le site internet de UNITE the Union (1,42 million d’adhérents), on peut lire le slogan « Votez pour des emplois, votez pour vos droits, Votez pour rester dans l’UE ». Et aussi : « [A]lors que l’UE a besoin d’une réforme urgente pour retrouver sa mission initiale de solidarité entre les nations, rester dans l’Europe reste le meilleur espoir pour les emplois et les droits des travailleurs britanniques ». Enfin, le syndicat cite Corbyn : « Voter pour Rester, c’est voter pour prendre le contrôle de votre avenir ».



Cette position est partagée par le GMB, un syndicat généraliste très implanté dans l’industrie et le commerce avec 650 000 adhérents et depuis toujours un bastion de la droite travailliste, le Communication Workers Union qui compte 200 000 adhérents et Unison, le géant du secteur public (1,3 million). Le secrétaire-général d’Unison a salué cette décision en soulignant le risque d’une récession si le pays quitte l’Union. « Les salariés du secteur public savent que les services qu’ils livrent et le public qui en dépend seront mieux lotis si le pays reste dans l’Europe que s’il la quitte ». On pourrait lui demander si les salariés et usagers du secteur public grec ont la même opinion positive de l’UE.

Ce type de discours qui fait abstraction des politiques monétaires et budgétaires réelles de l’UE ne peut pas cacher le fait que la majorité des dirigeants syndicaux ne font rien, ou presque, pour lutter contre l’austérité, y compris aux moments où la mobilisation de la base est forte. Ce sont les défaites et l’affaiblissement du mouvement syndical qui conduisent autant de militants à placer leurs espoirs à la fois dans le retour au pouvoir du parti travailliste (quitte à poursuivre une stratégie « réaliste ») et dans les institutions européennes plutôt que dans leur propre capacité à imposer leurs revendications.

Même un syndicat assez combatif, celui des pompiers (Fire Brigades Union), a décidé lors de son congrès annuel de soutenir le « Remain ». Les défenseurs de cette position se sont appuyés sur le rôle que pourrait jouer Boris Johnson en cas de vote en faveur du Brexit, car en tant que maire de Londres celui-ci a poursuivi une politique de réduction des dépenses avec des fermetures de casernes de pompiers.

DES SYNDICATS A CONTRE-COURANT

Cependant, quelques syndicats sont à contre-courant. Le plus important est le RMT, avec 80 000 adhérents concentrés dans des secteurs stratégiques comme les chemins de fer et les transports maritimes. Désaffilié du Labour en 2004 pour ses liens avec l’extrême gauche, ce syndicat s’oppose à l’UE pour les politiques d’austérité imposées à des pays comme la Grèce et sur le terrain de la libéralisation du marché des transports. Il dénonce l’idée que l’UE protège les intérêts des salariés comme un « mythe » et se dit fier de défendre la tradition d’une opposition progressiste et socialiste à l’UE. il a été rejoint par deux autres syndicats : ASLEF (conducteurs de train) et le BFAWU (industrie alimentaire). Dans un communiqué commun, les trois syndicats dénonce à la fois la "Fortresse Europe" et la "Fortresse Grande-Bretagne".

Au parti travailliste, la campagne officielle est présidée par Alan Johnson, qui n’est rien de moins qu’un des favoris de la droite du parti pour succéder à Jeremy Corbyn si elle réussit à le contraindre à la démission. Sur le site de la campagne on peut lire « La Grande-Bretagne est mieux dans l’Europe. C’est clair qu’être dans l’UE nous apporte des emplois, de la croissance et des investissements. L’UE a aidé à assurer des droits pour les travailleurs et à rendre plus prospères les consommateurs. » Aux arguments économiques et sociaux avancés par les syndicats, il ajoute un argument sécuritaire (« Des milliers de criminels, dont des terroristes, ont été arrêtés grâce au Mandat d’Arrêt Européen ») et celui que « L’appartenance à l’UE augmente l’influence de la Grande-Bretagne dans le monde et nous permet d’accéder au premier rang des nations ».

A la gauche de la gauche, aucun courant ne défend l’UE avec autant d’enthousiasme que les dirigeants syndicaux. La crise grecque, les négociations secrètes avec les Etats-Unis pour conclure un traité de libre-échange, la montée de la droite xénophobe dans de nombreux pays de l’Union et le traitement des réfugiés sont venues confirmer l’analyse de l’UE comme un cartel de pays capitalistes formé pour défendre les intérêts des capitaux européens.

Néanmoins, deux positions s’affrontent. (Il y a aussi des camarades qui pensent que la question des rapports du Royaume-Uni avec l’UE est une querelle entre deux fractions de la bourgeoisie aussi réactionnaires l’une que l’autre, et que la meilleure position est de s’abstenir.)

Pour les uns, probablement majoritaires, le principal danger est celui d’une victoire du camp du Non à l’UE au bout d’une campagne dominée inévitablement, et pratiquement à l’exclusion de toute autre considération, par la question de l’immigration. Ce serait un formidable encouragement pour les forces les plus réactionnaires, et notamment pour l’UKIP. En plus, la sortie de l’UE conduirait à un gouvernement encore plus droitier que celui de Cameron, à un nouveau tour de vis de l’austérité et à une accélération du démantèlement des services publics.

Pour les autres, pas question de venir au secours d’une institution qui joue un rôle clé dans l’organisation du capitalisme au niveau européen et mondial, surtout après des années d’austérité et les différents plans imposés à l’Irlande, à l’Espagne, au Portugal, à la Grèce et à d’autres pays. L’intégration des économies européennes sous les auspices de l’UE n’est rien de moins que la forme que prend le capitalisme au niveau européen. Concrètement, la meilleure façon de manifester sa solidarité avec le peuple grec, à qui les institutions internationales veulent encore imposer de nouveaux sacrifices, est de s’opposer frontalement à l’UE – et quoi de mieux qu’une sortie de la Grande-Bretagne qui en appellerait certainement d’autres ? 

Quant à la montée du racisme et au déni des droits des migrants, il suffit de regarder ce qui se passe aujourd’hui dans les pays de l’UE pour savoir que les vrais responsables sont les gouvernements européens et les institutions. L’internationalisme, donc, ne signifie pas soutenir une institution comme l’UE.

Parmi les organisations qui sont pour une ‘sortie à gauche’ (Left exit ou Lexit), on compte le Socialist Workers Party, le Communist Party of Britain (CPB, une petite organisation dont le poids n’a rien à voir avec celui du PCF), le Socialist Party (trotskiste), Respect (le parti de George Galloway) et Counterfire, ainsi que des mouvements de gauche de travailleurs indiens, bangladeshi et kurdes. Une réunion récente de militant-e-s de RS21 (Revolutionary Socialism in the 21st Century) a voté également pour une ‘sortie internationaliste’.

Plusieurs de ces mouvements ont lancé la campagne Lexit – the Left Leave campaign, qui a tenu un meetinginternationaliste contre l’UE le 18 mai avec, en plus de porte-paroles du SWP, de Counterfire et du CPB, des orateurs français (Philippe Cordat, de la CGT région Centre), grec (d’Antarsya), irlandais (une députée de People Before Profit) et catalan (du CUP).

D’un point de vue politique, ces camarades pensent qu’une défaite pour Cameron, suivie sans doute par sa démission, aggraverait la crise de la droite et ouvrirait de nouvelles possibilités pour la gauche – une analyse qui est qualifiée de « pas crédible » par les partisans à gauche du Maintien. De ce point de vue, la décision de Corbyn de faire campagne pour le Maintien en même temps que David Cameron et compagnie (mais pas à ses côtés – quoique certains travaillistes de droite ont franchi ce pas) est une grande occasion manquée.

En désaccord avec cette perspective, les organisations de la gauche de la gauche qui soutiennent le Maintien tiennent une série de meetings avec comme mot d’ordre ‘Une Autre Europe est Possible’ auxquels participent l’ancien ministre de l’économie grec Yannis Varoufakis, John McDonnell, Salma Yaqoob, la députée des Verts Caroline Lucas et leur porte-parole Nathalie Bennett ...

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S’agit-il, pour autant, de vouloir « réformer » l’UE ? Cela doit être une évidence que la nature anti-démocratique des institutions empêche tout changement significatif par les moyens réformistes classiques. John Hilary, directeur de l’ONG War on Want, pose la question ainsi sur le site de Lexit – the Left Leave campaign :

Résultats de recherche d'images pour « Greece austerity »« Existe-il une possibilité réelle de soumettre les institutions de l’UE aux réformes radicales qui permettraient de les convertir à un ‘agenda’ social progressiste ? Ou devons-nous accepter l’idée que ces institutions, non-élues et non-responsables aux citoyen-ne-s, ne seront jamais susceptibles d’être transformées pour servir la population européenne ? Si c’est le cas, un vote pour rester dans l’UE est automatiquement un vote pour la continuation de l’austérité et de la domination néolibérale capitaliste. »

Pour les camarades de la gauche radicale qui participent à la campagne Une Autre Europe est Possible, il s’agit plutôt de travailler à une convergence des luttes dans les différents pays de l’Europe pour imposer d’autres politiques. Ce fut d’ailleurs initialement la position de l’auteur Tariq Ali, avant sa décision de faire campagne pour le Lexit.


SOLIDARITE AVEC LES MIGRANTS

Pour eux/elles, il n’est pas possible d’être solidaires des travailleurs européens tout en prônant le retrait de l’UE. Le soutien au Brexit ne serait donc pas compatible avec l’internationalisme. C’est une question qui se pose concrètement en Grande-Bretagne, où travaillent aujourd'hui 2,15 millions de salariés venus des autres pays de l’UE et la deuxième langue la plus parlée du pays est ... le polonais. Que dire à une ouvrière polonaise qui craint que le Brexit conduise à son expulsion, ou au moins à une dégradation de ses conditions de séjour et de travail ? On peut lui répondre qu’il y a peu de chances que cela se produise, étant donné l’intégration de la production au niveau européen, que le Royaume-Uni soit « In » ou « Out », et le nombre de Britanniques qui vivent ou travaillent dans les autres pays de l’UE. Mais il faut reconnaître que ces craintes sont légitimes.

Que dire aussi à un travailleur portugais ou grec qui voit les mesures d’austérité imposées à son pays par les institutions internationales – des mesures qui l’ont peut-être poussé à s’exiler ? Que son avenir dépend du Maintien du Royaume-Uni dans l’UE ? Quelles que soient les réponses apportées à ces questions, il faut démontrer concrètement que la gauche radicale restera solidaire des migrant-e-s, qu’ils/elles soient originaires de l’UE ou pas, et luttera pour leur droit de séjourner, de travailler et de s’installer dans le pays de leur choix, quelle que soit l’issue du referendum.


Parmi les organisations qui sont pour le Maintien, on compte Socialist Resistance, Left Unity (dont fait partie SR) et le Scottish Socialist Party. C’est sans doute aussi le cas de la grande majorité des militant-e-s qui ont rejoint le parti travailliste dans la foulée de l’élection de Jeremy Corbyn et qui ont formé l’association Momentum. Ont pris également position pour le Maintien, Sinn Fein en Irlande du Nord et Plaid Cymru (le parti nationaliste gallois), sans compter le Scottish National Party que beaucoup ne classent pas à gauche.

Le débat donc est vif dans la gauche radicale. Mais il faut noter que, malgré les différences importantes, il y a un large accord sur la nature capitaliste de l’UE, la nécessité de résister aux politiques d’austérité imposées par les institutions européennes, l’urgence de défendre la liberté de mouvement dans l’UE mais aussi d’accueillir les réfugiés et les migrants non-communautaires, et le refus de toute forme de chauvinisme et de racisme. Des débats et des actions communes, comme l’organisation de convois pour venir en aide aux réfugiés de Calais, continuent. Ainsi, plusieurs débats publics sont prévus entre, pour le Maintien, des représentants des Verts et de Momentum et, pour le Lexit, le Socialist Workers Party.

Résultats de recherche d'images pour « Farage UKIP »Nigel Farage de l'UKIP

Comme avec tout referendum, faire un choix implique être dans le même « camp », le Jour-J, que des gens avec qui on n’a rien en commun politiquement. Nous avons connu ce problème en France lors des referendums sur le Traité de Maastricht et le Traité Constitutionnel Européen. Il est facile de reprocher aux partisans du Lexit de faire le jeu des eurosceptiques de droite, voire des fascistes, tout comme il est facile de reprocher aux partisans du Maintien de faire le jeu de Cameron et du grand patronat. Mais pour l’essentiel le débat se fait sur le fond, aidé par le fait que les camarades des deux côtés font attention à se distinguer des deux campagnes officielles et des forces qui sont encore plus dangereuses. Il n’est pas question pour la campagne Lexit, par exemple, de s’associer de quelque façon que ce soit avec la droite nationaliste (piège que n’a pas évité le leader de Respect, George Galloway, qui est allé jusqu’à partager une tribune avec Nigel Farage de l’UKIP).

Le débat continuera, donc, jusqu’au 23 juin – et sans doute après. Il ne s’agit pas d’un foisonnement de débats et de collectifs locaux comme nous avons vu lors du referendum européen de 2005 en France. L’anticapitalisme et l’internationalisme sont exclus du débat tel qu’il est reflété par les médias, acquis, estime-t-on, à 75% au Maintien (l’autre 25% étant à la droite de la droite). Pour eux, le seul enjeu est de savoir laquelle des deux options est « dans le meilleur intérêt de la nation ». C’est aussi l’occasion pour les politiciens de déployer leurs talents de démagogue – comme quand David Cameron assure que « ce sont les pauvres qui paieront les frais d’un Brexit » et que Daech soutient probablement le Brexit ou quand Boris Johnson compare le projet européen à celui de Napoléon ou d’Hitler.

Raison de plus pour la gauche radicale de ne pas se laisser enfermée par les termes de ce débat tronqué et de faire entendre une autre voix – celle d’une opposition à l’UE capitaliste et d’un véritable internationalisme.

Colin Falconer, militant d’Ensemble ! (et partisan du Lexit)
Le 19 mai 2016


(1)  United Kingdom Independence Party, ou Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni (sic).

11 février 2016

"Go, Bernie, Go!" Ou comment un 'jeune' de 74 ans est en train de bousculer le système politique aux Etats-Unis

La campagne des présidentielles aux Etats-Unis a officiellement commencé avec les deux premières primaires, du côté des Républicains comme des Démocrates, dans l’Iowa le 1er février et le New Hampshire le 9 février.
Le succès rencontré par la candidature de Bernie Sanders (74 ans) est évidemment une excellente nouvelle, mais nous pose le même type de problème (avec bien sûr des différences importantes liées aux différentes traditions politiques) que celui de Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne ou de Podemos en Espagne.

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Ces mouvements électoraux de gauche traduisent sans aucun doute une conscience accrue des limites de la politique traditionnelle et des méfaits des politiques libérales poursuivies à la fois par la droite conservatrice et la ‘gauche’ social-démocrate depuis plusieurs décennies. C’est ce sentiment qu’espère capter aussi Jean-Luc Mélenchon, qui vient d’annoncer sa candidature à la présidence de la république française, en dehors du système des partis (y compris d’ailleurs de ses partenaires dans le Front de Gauche et même de sa propre organisation, le parti de Gauche).
Mais toutes ses campagnes ont des limites importantes et des caractéristiques qui nécessitent une grande lucidité de notre part. Dans le cas de Sanders, c’est surtout son apparent ralliement à l’idée que tout changement radical du système doit passer par le Parti démocrate (auquel il n’a adhéré qu’en 2015) qui pose problème – alors que ce parti est depuis toujours un des deux piliers d’un système politique qui sert à préserver les intérêts des classes dominantes.
Il est vrai que les critiques du système par Sanders vont beaucoup plus loin que celles de Barack Obama lors de sa première campagne en 2008. Son engagement pour des causes progressistes, du droit à l'IVG aux droits civiques, n'est pas en doute. Mais rien ne laisse supposer que sa « révolution politique » suffira, dans le cas où il sera élu (ce qui est loin d’être acquis), pour mettre fin à cette domination. Son modèle paraît être celui de la social-démocratie scandinave et il cite favorablement la politique économique et sociale des présidents démocrates F.D. Roosevelt (1933-1945) et L.B. Johnson (1963-69).
La victoire éclatante, surprenante par son ampleur, du sénateur des Etats-Unis, représentant l’Etat de Vermont, Bernie Sanders, un candidat qui se définit comme un « socialiste », lors des primaires démocrates dans le New Hampshire (petit Etat du nord-ouest) a exposé les failles du système politique de la plus grande puissance économique et militaire mondiale.
Avec 60 pour cent des suffrages, Sanders a battu la candidate de l’establishment, Hilary Clinton, de pas moins de 20 points. Son avance est encore plus importante chez les électeurs démocrates les plus jeunes (plus de 80 pour cent des moins de 30 ans ont voté pour lui) et les plus pauvres.
Hilary Clinton, quant à elle, n’est arrivée en tête que parmi les électeurs de plus de 65 ans et les plus riches. En effet, Sanders a eu beau jeu de souligner les liens étroits, y compris pécuniaires, qui existent entre l’ancienne première dame et plusieurs grandes entreprises capitalistes. (Comme l’ancien président français Nicolas Sarkozy et l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair, et tant d’autres, elle se fait régulièrement payer des honoraires mirobolants pour donner des conférences et autres tâches ‘onéreuses’.)
Lors de son discours devant ses partisans après l’annonce des résultats, Sanders a déclaré que la dynamique créée par son bon score dans l’Iowa la semaine précédente et sa victoire dans le New Hampshire constitue « rien de moins que le début d’une révolution politique [qui] rassemblera des dizaines de millions de nos concitoyens ».
En écho à une chanson célèbre de Woody Guthrie, il rajouta que « nous avons envoyé un message qui résonnera de Wall Street à Washington et de l’Etat de Maine à la Californie – l’idée que le gouvernement de notre grand pays appartient au peuple entier et non à une poignée de riches qui financent les campagnes présidentielles ».
Selon la chaîne CNN, « En moins d’un an, la quête désespérée de Sanders est devenue une menace sérieuse pour les chances de Clinton d’obtenir la nomination du parti démocrate ».
En réponse à cette menace, Clinton a essayé dans les derniers jours de la campagne du New Hampshire de « gauchir » son discours. Signe de la faiblesse de ses arguments, elle a prétendu qu’elle était la candidate anti-establishment parce qu’elle était une femme.
Clinton a accuelli avec enthousiasme le soutien de Madeleine Albright, qui fut en tant que secrétaire d'Etat (ministre des affaires étrangères) dans le gouvernement de Bill Clinton entre 1997 et 2001 l’architecte des sanctions contre l’Irak qui ont tant fait souffrir la population de ce pays. Albright s'est notamment ridiculisée en affirmant qu’ « Il y a une place réservée en enfer pour les femmes qui ne s’entraident pas » 
Cette tactique a complètement échoué, car Sanders a reçu le soutien de 55 pour cent des votantEs.
Cet enthousiasme pour Sanders a également été reflété dans le niveau record de participation à ce scrutin. Et en fin de compte, le candidat « socialiste » a fait mieux que le candidat Barack Obama, dont la campagne était alors en plein essor, en 2008.
De notre point du vue, la politique défendue par Sanders est moins à gauche qu’on suppose parfois. Ses critiques de la politique étrangère des Etats-Unis sont partagées par bon nombre de dirigeants européens de droite comme de gauche. Il a, par exemple, décrit les bombardements israéliens de Gaza comme "disproportionnés" et aptes à renforcer le soutien des Gazaouis au Hamas - une position qui ressemble à celle adoptée par les principaux gouvernements de l'Union Européenne. Il s'aligne parfois sur des aspects de la politique impérialiste des Etats-Unis. 
Mais en même temps Sanders est le symptôme de la contestation qui a produit les mouvements Occupy Wall Street en 2011 et Black Lives Matter plus récemment – sans oublier quelques signes d’une remontée de l’action ouvrière et le mouvement contre le changement climatique.
C’est ce fait qui importe aujourd’hui : la politique traditionnelle est affaiblie, et des millions de citoyens américains cherchent une alternative.
Cependant, lors de son discours du New Hampshire, Sanders a également souligné sa volonté d’unir ses forces avec celles de Clinton à l’avenir.
« Nous devrons, déclara-t-il, nous rassembler dans quelques mois afin d’unir ce parti et ce pays parce que nous ne devons pas permettre aux Républicains de droite de gagner lors de l’élection présidentielle [en novembre 2016] »
Cela signifie qu’il accepte de rester dans les bornes imposées par le Parti démocrate, qu’on peut caractériser sans équivoque de parti capitaliste. 
Chez les Républicains, la même tendance de rejet de la politique traditionnelle s’est manifestée avec la victoire impressionnante du milliardaire brutal et star de la ‘reality TV’, Donald Trump. Celui-ci n’a jamais été élu et prétend être étranger à l’establishment politique. Mais en réalité il suit de façon servile les intérêts des grandes entreprises capitalistes et de la hiérarchie militaire. Son racisme populiste - et notamment islamophobe - sert à tirer le débat politique vers la droite.
Selon les sondages à la sortie des urnes dans le New Hampshire, 66 pour cent des votants chez les Républicains étaient d’accord avec la proposition de Trump d’interdire aux Musulmans l’entrée aux Etats-Unis. Trump a également défendu l'utilisation de la torture par les services américains.
Ses résultats dans l’Iowa et le New Hampshire, ainsi que les sondages nationaux, font de lui le favori des primaires républicaines et les efforts des notables du parti pour trouver un concurrent sérieux (après le retrait de Carly Fiorina il n'y a plus de concurrentEs) capable d’unir l’opposition au milliardaire 'fou' ont jusqu’à présent échoué. Trump a été battu de peu dans l’Iowa par le sénateur texan, Ted Cruz, mais celui-ci est trop proche des milieux évangéliques et trop droitier (il est parmi les figures marquantes du Tea Party) pour être acceptés par les Républicains les moins réactionnaires – et celui-ci a terminé en troisième position dans le New Hampshire derrière Trump et un autre outsider, le gouverneur de l’Ohio, John Krasich.
Les prochaines primaires auront lieu le 20 février dans le Nevada, le 27 février en Caroline du Sud et le 1er février (le Super Tuesday) dans une douzaine d’Etats, dont beaucoup sont situés dans le Sud conservateur et religieux (en plus de l'Alaska de Sarah Palin). 
NOTE
Cet article est pour l’essentiel la traduction d’un article de Charlie Kimber paru dans Socialist Worker (Grande-Bretagne), n° 2490, du 10 février 2016.

14 janvier 2016

Nous manifesterons le 30 janvier 2016 - Ligue des droits de l’Homme

Nous manifesterons le 30 janvier 2016 - Ligue des droits de l’Homme: Communiqué du collectif « Nous ne céderons pas ! ». Les associations et organisations syndicales regroupées autour de l’appel « Nous ne céderons pas ! » et ayant lancé la pétition « Pour nous, c’est définitivement non ! », contre la réforme constitutionnelle, appellent à manifester le samedi 30 janvier 2016 partout en France et à Paris, à 14h30, place de la République.

STOP à l'état d'urgence Non au projet de déchéance de la nationalité (Appel d'associations et de partis de St Denis)

Après les attentats barbares de Paris et Saint Denis, que nous condamnons, F.HOLLANDE et le gouvernement M.VALLS veulent inscrire l'état d'urgence dans la Constitution. Sous couvert de combattre «le terrorisme», en entretenant un état de guerre permanent, l’état d’urgence fait peser un danger sérieux sur nos libertés démocratiques, individuelles, sociales et politiques et sur la démocratie.
Vouloir priver de leur nationalité jusqu'aux personnes nées françaises, c'est s'engager dans la voie d'une nationalité à deux vitessesTous les français sont égaux devant la loi quelle que soit leur origine. Le silence du président de la République, lors de la réunion du Parlement, sur l'indispensable engagement de l'Etat en faveur de l'égalité des droits, de la justice sociale, sur le développement des services publics, contre toutes les discriminations et contre toutes les manifestations de racisme accroît dramatiquement le sentiment d'exclusion que vit toute une partie de nos concitoyens, notamment à Saint-Denis. Il favorise la stigmatisation croissante mettant en péril notre volonté de vivre ensemble.
Nous appelons les femmes et les hommes de ce pays à rester solidaires et fraternels.
Nous appelons à la défense des libertés car nous ferons prévaloir en toutes circonstances notre liberté d'information, d'expression, de manifestation et de réunion. Nous exercerons une vigilance permanente afin que nos droits et libertés soient préservés et que nul ne soit victime de discriminations.
Non au projet de déchéance de la nationalité, non à une démocratie sous état d'urgence, non à une réforme constitutionnelle imposée sans débat, en exploitant l'effroi légitime suscité par les attentats.
Nous n'acceptons pas la gouvernance de la peur, celle qui n'offre aucune sécurité mais qui assurément permet de violer nos principes les plus essentiels. Ainsi, des militants de la cause écologique sont assignés à résidence, des manifestations pacifistes sont interdites, des militants politiques, associatifs et syndicalistes sont arrêtés, les contrôles au faciès se multiplient.
Notre rejet est absolu. Nous appelons tous ceux et celles qui partagent une autre idée de la France à le manifester.
Nous appelons les parlementaires à refuser en conscience cette insupportable atteinte aux principes d'égalité et de fraternité.
Premiers signataires : Les unions locales de la CGT et Solidaires, le comité dionysien du Mouvement de la paix, la coordination 93 des sans papiers, le comité dionysien de Femmes Solidaires, AFPS, CPPI St Denis, Ensemble, le NPA, le PCF, le PG...

3 décembre 2015

Syrie: le parlement britannique vote en faveur de bombardements; Corbyn sous pression

Le vote d'hier au parlement britannique en faveur d'un engagement militaire en Syrie par voie aérienne démontre l'extrême difficulté de la position de Jeremy Corbyn, même si personnellement il s'en sort pas mal, malgré des attaques incessantes dans la presse et de la part de la droite de son propre parti.

Sur les 231 députés travaillistes, 66 ont voté avec le gouvernement de Cameron, qui auparavant avait traité ceux qui s'opposent à l'intervention de "sympathisants des terroristes". 152 ont voté contre, dont évidemment Corbyn lui-même et son bras droit John McDonnell, le chancelier de l'échiquier dans le 'cabinet fantôme'.

Corbyn avait accordé la liberté de vote à "ses" députés, ce que certains considèrent comme une trop grande concession à son aile droite.

Parmi les membres du 'cabinet fantôme', que Corbyn a lui-même nommé (en permettant la participation de certains de ses plus farouches opposants au sein du parti), 11 ont voté pour l'intervention, dont le vice-leader du parti, Tom Watson, et les 'ministres' fantômes de la défense et des affaires étrangères. Ce dernier n'est rien d'autre que Hillary Benn (le fils de Tony qui doit se retourner dans sa tombe), qui ne s'est pas contenté de voter avec la droite (soutenue par la majorité des Lib-Dems, les Unionistes nord-irlandais, le seul député UKIP ...) mais, de sa place située à côté de Corbyn, a fait un discours "remarquable" pendant lequel il a présenté les arguments "moraux" et "internationalistes" pour les bombardements.

Du côté des opposants à l'intervention se trouvaient également le SNP (nationalistes écossais) avec leur gros bloc de députés, Plaid Cymru (nationalistes gallois), le SDLP (parti de la communauté catholique en Irlande du Nord), la seule députée des Verts et une poignée de Lib-Dems et Conservateurs. Plusieurs milliers de personnes manifestaient dehors sous la bannière de la Stop the War Coalition.

Résultat final: 397 pour, 223 contre.

Pas facile, donc, pour Corbyn, qui doit faire face à une opposition interne de plus en plus ouverte et confiante, qui a le soutien de la majorité de la presse. Mais il reste très populaire dans et en dehors de son parti. Pour l'anecdote, un article dans le Daily Mirror, un tabloïde proche du parti travailliste, présente Hillary Benn comme une alternative sérieuse à la direction  du parti, dénigre systématiquement Corbyn (son internationalisme se résumerait à "porter des teeshirts pro-Venezuela") et demande aux lecteurs de voter sur la question "Hillary Benn serait-il le meilleur leader du parti travailliste". Résultat à l'heure où j'écris: 92% disent 'Non'.

Grand meeting pour une politique de paix, de justice et de dignité

Dans une tribune unitaire, un collectif d’associations et de personnalités lancent un appel. Contre les dérives racistes et islamophobes de l’état d’urgence, la politique guerrière de la France, le tout sécuritaire et l’état d’exception liberticide, ils en appellent à la paix, la justice et la dignité lors d’un Grand meeting le vendredi 11 décembre 2015 à 18h30 à la Bourse du Travail de Saint-Denis.
Moins d’un an après les massacres de janvier, les attentats sanglants qui viennent de frapper l’Île-de-France nous ont laissés dans l’horreur.
Elle est d’une ampleur et d’une intensité inédite : l’organisation État islamique a perpétré des attentats à l’aveugle. La terreur a cédé le pas à la tristesse, l’angoisse, la sidération. Il nous faut dépasser l’hébétude pour saisir les causes profondes qui ont mené à inscrire de tels crimes dans notre quotidien, et pour construire un avenir qui ne cède rien au pire.
Au sommet de l’État, en lieu et place de ce nécessaire travail, les partis de gouvernement ont préféré la fuite en avant, entraînant avec eux nos vies, nos destins, nos libertés et ceux de peuples qui auront à souffrir la vengeance d’un crime dont ils ne sont pas les auteurs. Ils disposent pour cela du soutien du Front National.
L’état d’urgence a été décrété et prolongé pour trois mois. Nos dirigeants frappent par ailleurs la Syrie de plus belle, dans un esprit de revanche. Ils bombardent une cible opaque, en grande partie insaisissable, et frappent, encore et encore, des civils.
L’exception devient la règle, et la figure guerrière s’impose comme ligne de conduite pour l’État. Cette montée en puissance n’est pas fortuite : le militarisme est central dans la stratégie du gouvernement français. Depuis la crise de 2008, pour compenser ses faiblesses industrielles et commerciales, la France joue la carte du militarisme auprès de ses « partenaires » européens. Sous Hollande, cette dynamique s’est emballée. Les interventions militaires se sont multipliées (Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, etc.) Les ventes d’armes françaises n’ont jamais été aussi florissantes – faisant grossir les colonnes de réfugiés.
Ce militarisme n’est pas sans lien avec la progression du « djihadisme » : les frappes françaises sont autant d’arguments pour recruter de nouveaux combattants, certains pays du Golfe alimentent les organisations djihadistes et sont la source de leur idéologie.
On nous propose d’accepter cette logique mortifère, d’en faire un étendard. On nous somme de consentir à l’esprit de revanche. On nous demande d’accepter que l’état de guerre devienne un principe de gouvernement.
Les conséquences de cette incorporation collective dans la guerre sont déjà là. Grèves, rassemblements et manifestations sont suspendus. L’état d’urgence banalise la fermeture des frontières, les contrôles au faciès, les assignations à résidence, le fichage généralisé, les perquisitions musclées dans les lieux de vie ou de culte, la déchéance de nationalité (en y soumettant des binationaux nés en France).
Nos dirigeants vont jusqu’à envisager de modifier la Constitution, d’élaborer de nouvelles prérogatives de l’état d’exception, dont les dispositions sont encore floues mais inquiétantes.
Le racisme et l’islamophobie, prenant le prétexte des attentats, redoublent de virulence, et s’exercent en toute impunité. Des mosquées vandalisées aux lynchages de personnes désignées comme musulmanes, ces violences s’exercent sans susciter l’indignation unanime de ces mêmes dirigeants qui prétendent pourtant assurer la sécurité de tous.
Dans cette situation, seule une politique de paix est en mesure d’apporter une réponse à la hauteur des événements. Nous avons besoin d’une idée neuve de la paix, pas seulement d’un retour au statu quo. Cette idée de paix, elle doit être active dans notre opposition aux guerres menées par nos gouvernements. Cette politique de paix doit s’inventer au cœur de nos solidarités avec le peuple syrien, qui subit la concurrence mortifère de deux contre-révolutions, celle de Bachar al-Assad et celle des groupes « djihadistes », ainsi que les bombardements de la coalition occidentale.
Cette paix, elle doit se faire également au sein même du territoire français, mais à la seule condition de lutter contre le racisme, l’islamophobie, les discriminations – qui peuvent aussi faire naître le désespoir et conduire à la fascination pour des idéologies mortifères et la folie meurtrière. Cette idée de la paix doit donc s’incarner dans une lutte pour plus d’égalité sociale, s’incarner en un mouvement à même de réunir tous ceux et toutes celles pour qui l’union n’est pas une doctrine militaire.
Ici comme ailleurs, la paix est sous condition de justice et de dignité. C’est par cette politique que nous pourrons infléchir la folle fuite en avant de nos dirigeants, pour contrer ce climat de guerre, cette spirale meurtrière et liberticide.
Premiers signataires :
Bruxelles Panthères, Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Émergence, association citoyenne de Carrières-sous-Poissy, Femmes plurielles, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), La Voix des Rroms, Liste des Sans-voix, Mwasi-Collectif Afroféministe , Parti des Indigènes de la République, Respaix Conscience Musulmane, Union Juive Française pour la Paix (UJFP), Fondation Frantz Fanon, Collectif des Enseignants pour l’Abrogation de la Loi de 2004 (CEAL).
Bernard Friot (Économiste et sociologue), Alain Gresh (journaliste), Sihame Assbague (activiste), Imhotep (au nom du groupe IAM), Tariq Ramadan (universitaire), Kristin Ross (Professeure, New York University), Raphael Liogier (Sociologue, philosophe), Said Bouamama (Sociologue), Françoise Vergès (Politologue), Christine Delphy (Féministe), Madjid Messaoudene (Élu à Saint-Denis), Olivier Lecour-Grandmaison (Historien), François Burgat (Politologue, directeur de recherces à l’IREMAM), Jacques Bidet (Philosophe), Mireille Fanon Mendès-France (experte ONU), Cédric Durand (Économiste), Océanerosemarie (Auteure et comédienne), Grégoire Chamayou (Chercheur en philosophie au CNRS / ENS LSH), Razmig Keucheyan (Enseignant-chercheur en sociologie), François Gèze (Éditeur), Farid Bennai (Militant associatif), Ugo Palheta (Sociologue), Laurent Cauwet (Éditeur), Jim Cohen (Revue Mouvements), Saimire Mile (Président de La voix des Rroms), Mohammed Ben Yakhlef (Élu à Villeneuve Saint Georges), Dominique Vidal (Journaliste, essayiste), Jules Falquet (Sociologue), Maxime Cervulle (Maître de conférences, Paris 8), Emmanuel Riondé (Journaliste), Laurent Lévy (Essayiste, militant d’Ensemble !-Front de Gauche), Stella Magliani-Belkacem (Éditrice-La fabrique éditions), Zakia Meziani (Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes), Maximilien Sanchez (Conseiller municipal de Gentilly), Emir Cherdouh (Journaliste), René Monzat (Congrès Marx), Félix Boggio Éwanjé-Épée (revue Période), Sébastien Fontenelle (Journaliste), Elisabeth Longuenesse (Sociologue), Omar Benderra (Écrivain, militant droits humains), Fania Noel (Activiste), Catherine Samary (Altermondialiste).