17 septembre 2009

Belgique : Une nouvelle offensive islamophobe

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Le Conseil d'Etat belge a rejeté mardi la demande d'une élève d'un lycée public d'Anvers (nord) qui réclamait l'abolition du règlement intérieur de son école interdisant depuis le 1er septembre le port du voile.

Dans son arrêt publié sur son site internet, la plus haute juridiction administrative du royaume se fonde sur un vice de procédure: la plainte a été introduite trop tard. Cette décision ne tranche donc pas sur la question, plus générale, de la "légalité" de ce type d'interdictions, jusqu'ici considérées en Belgique comme étant du ressort de la direction de chaque établissement.

L'"auditeur" (rapporteur) de la juridiction administrative avait pourtant estimé mardi dernier, dans un avis non-contraignant, que seul le "Conseil de l'enseignement", qui en Flandre, la région néerlandophone du nord de la Belgique, chapeaute les écoles publiques, était en droit de prendre la décision d'autoriser ou d'interdire le port du voile dans l'ensemble de ses écoles.

Sans attendre la décision finale du Conseil d'Etat, les responsables du Conseil de l'enseignement néerlandophone avaient opté vendredi pour une interdiction générale du port du foulard musulman dans les 700 écoles financées par le ministère flamand de l'enseignement, alors que seules un tiers d'entre elles l'interdisaient officiellement jusqu'ici.

Compliquant encore un peu plus la situation, les quelque 300 écoles anversoises -qu'elles dépendent du ministère, de la municipalité, de la province ou du réseau catholique, majoritaire- ont dans la foulée décidé elles aussi d'interdire le foulard dans tous leurs établissements à partir du 1er septembre 2010.

En réponse, des responsables ont annoncé l'ouverture de lycées "musulmans" pour accueillir les jeunes filles voilées.

Le même débat sur le port du voile à l'école agite également côté francophone, en Wallonie (sud) et à Bruxelles, mais les partis politiques n'ont pas montré d'empressement à décider une règle commune pour l'ensemble des écoles. Ils attendent pour trancher les résultats d'"assises de l'interculturalité" qui se dérouleront jusqu'en février 2010.

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L'organisme officiel chargé de l'enfance en région de Flandre (nord de la Belgique) a retiré son agrément de nourrice à l'épouse d'un imam d'Anvers, qui a défendu le port du voile à l'école, c'est ce qu'a rapporté mercredi la presse belge.

La femme de l'imam Noureddine Taouil, qui travaillait depuis six ans comme nourrice et s'occupait de quatre enfants, n'avait fait l'objet d'aucune plainte jusque là, selon les quotidiens néerlandophones Het Laatste Nieuws et De Standaard.

"Nous avons en effet décidé de mettre un terme à notre collaboration", a expliqué Leen Du Bois, porte-parole de l'organisme "Kind en Gezin" (Enfant et famille).

"Nous estimons que dans ce cas précis, il n'y a pas encore suffisamment de garanties quant à l'intégrité des enfants. Son époux a été décrit par la Sûreté de l'Etat dans la presse comme un extrémiste", a-t-il souligné.

Noureddine Taouil, 35 ans, s'est indigné d'être "discriminé et diabolisé". "Qu'est-ce que ma femme a à voir dans tout ça? Elle a donné tout son amour à ces enfants. Toutes les armes sont visiblement bonnes pour me toucher", a-t-il déclaré à la presse, affirmant recevoir des lettres de menaces depuis qu'il est intervenu en faveur des élèves d'Anvers désirant pouvoir porter un foulard à l'école.

La polémique sur le foulard s'est envenimée à la rentrée scolaire 2009. Lorsque deux lycées anversois ont annoncé l'interdiction du port du foulard, l'imam Taouil a appellé les élèves musulmans à "boycotter" les établissements en question.

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Après la Belgique monarchiste, la France républicaine s'empresse de démontrer que l'intolérance n'a pas de frontières. Il suffisait pour le constater de regarder (en essayant de garder son calme) le triste spectacle d'une 'féministe' (Sihem Habchi de Ni putes ni soumises) et un 'socialiste' (le député-maire d'Evry Manuel Vals) non seulement défendre la Loi sexiste et raciste de 2004 sur les signes religieux à l'école, mais réclamer sans aucune retenue l'interdiction de la burqa (vu hier soir dans l'émission d'Arlette Chabot sur France 2). Il ne manquait que le député 'communiste' Gérin, celui qui a lancé l'idée d'interdire la burqa. Malheureusement, Daniel Cohn-Bendit, généralement si sûr de lui, et malgré son agacement face à l'attitude de supériorité culturelle de Vals (le même qui disait récemment qu'il n'y avait pas assez de 'blancos' dans sa ville) n'avait pas les arguments pour les contrer.

Pathétique, tout cela ? Bien sûr. Mais malheureusement il y a des effets concrets sur le terrain, des musulman(e)s rejeté(e)s, humilié(e)s, obligé(e)s de se faire violence, de faire quotidiennement la preuve qu'ils ne sont pas des terroristes ou des extrémistes, de démontrer qu'ils veulent bien s'intégrer, tout cela pour satisfaire aux exigences de n'importe quel petit chef derrière un guichet ou un bureau, comme le directeur de cette école ingénieurs à Metz...

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