3 septembre 2009

Le guévarisme peut-il servir de modèle ?

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Dans ce long article, écrit par Romain Szencinski, avec ma participation, édité sous forme de brochure par Socialisme International en 2008, nous essayons en toute modestie de répondre à ceux qui sont tentés par le 'romantisme révolutionnaire' d'Ernesto Guevara, mort faut-il le rappeler pour rien dans une région désertique de la Bolivie. Ce qui n'enlève rien à son idéalisme et son courage.

Le problème, c'est que si l'idéalisme et le courage peuvent dans certaines situations suffire pour prendre le pouvoir (Batista à Cuba s'est enfui face à quelques centaines de guerrilleros), ce sont des conditions insuffisantes pour faire une révolution ouvrière authentique. De ce point de vue, Guevara est plus dans la tradition d'un Auguste Blanqui que d'un Marx, d'un Lénine ou d'un Trotsky.

"L'émancipation des travailleurs, disait Marx, sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes." C'est en cela que, contrairement à ce qui est souvent dit, le marxisme révolutionnaire est mille fois plus démocratique que le 'guévarisme' ou bien de courants de pensée anarchistes ou libertaires.


(...) La légende de Che Guevara donne aujourd'hui de l'espoir à une bonne partie de la jeunesse révoltée alors qu'une telle fin – dramatique et pathétique à la fois – pourrait contribuer à inspirer du pessimisme.  Il faut défendre cette image positive et populaire qui est évidemment un atout pour les révolutionnaires contre la récupération commerciale, d'une part, et le dénigrement par la presse bourgeoise, d'autre part.

Mais s'inspirer de Guevara pour bâtir la théorie du « socialisme du XXIème siècle », comme l'envisage bien des camarades de la LCR pour le nouveau parti anticapitaliste qu'elle entreprend de construire, paraît également dangereux. S'il est vrai qu'il a mené courageusement ses combats pour ce qu'il pensait être bien pour le peuple en fonction de ce qu'il avait compris des livres de la tradition marxiste, il a pêché sur un élément essentiel : même s'ils sont moins opprimés que les paysans, même s'ils ne sont pas dans une phase combative, les ouvriers des centres économiques sont les seuls, du fait de leur place dans la production, à pouvoir installer le prolétariat au pouvoir. Tout substitut, aussi séduisant soit-il pour des révolutionnaires pressés d'en découdre, mène soit à l'échec dans la prise du pouvoir comme en Bolivie, soit à un régime qui n'a rien à voir avec le socialisme, comme à Cuba. C'est cette leçon qu'il faut retenir pour que le socialisme du « XXIème siècle» évite les écueils que l'on a connus sous des formes tragiques au XXème siècle, de Staline à Castro, en passant par Guevara.

Colin Falconer, 3 septembre 2009 

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