27 octobre 2009

Besson, Marianne et l'extrême-droite - même combat islamophobe



Alors que le ministre français (ex-socialiste) en charge de la politique des charters et de la récupération du vote lepéniste, Monsieur Eric Besson, lance sa grande opération démagogique pour définir l'"identité nationale" et une cohorte de députés de droite et de gauche réclame l'interdiction de la burqa, l'extrême droite suisse veut interdire les minarets, symbôle selon elle de l'"impérialisme" islamique.

En effet, le parti d'extrême droite suisse, l'UDC, a provoqué une votation populaire sur le sujet qui aura lieu le 29 novembre prochain, et a produit une affiche ouvertement islamophobe que je reproduis ici non sans un certain dégoût.

Selon le journal de Genève, Le Temps : Le premier sondage relatif à la votation du 29 novembre sur les minarets donne le non gagnant mais laisse entrevoir un résultat potentiellement serré: 51,3% des personnes interrogées se déclarent opposées à l’initiative, 34,9% y sont favorables et 13,8% sont encore indécises, selon un sondage Isopublic réalisé pour le quotidien zurichois Tages-Anzeiger . Votations - 57% des hommes rejettent l’initiative, contre 44% des femmes, selon un sondage. Le non est pour l’instant gagnant, mais le résultat pourrait être serré.

La gauche anticapitaliste et les organisations progressistes qui ne manquent pas en Suisse mènent-t-elles une campagne de front contre cette initiative raciste ? Un rapide survol de quelques sites internet ne permet pas de l'affirmer. Le Mouvement de lutte contre le racisme (MLCR) a produit un argumentaire contre l'initiative, mais fait également la publicité d'un débat contradictoire avec ses sponsors, l'UDC. C'est un peu comme si le MRAP organisait un débat avec Le Pen ! La Gauche Anticapitaliste (cousins suisse du NPA) n'en parle pas sur son site, alors qu'un autre groupe de la mouvance trotskiste, SolidaritéS, a publié un compte-rendu d'une manifestation antiraciste à Genève le 8 octobre qui avait pour but de dénoncer ... le racisme anti-frontaliers (des démagogues locaux avaient traité les travailleurs frontaliers français de "racaille").

Cette montée de l'islamophobie des deux côtés de la frontière helvétique devrait faire réagir la gauche radicale toute entière sur le thème de 'Non au racisme, non à l'islamophobie'. Mais ne retenez pas votre souffle ...
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Ici en France, une certaine presse dite de gauche s'est spécialisée dans une islamophobie mal-déguisée en défense des "valeurs de la république" (cherchez la différence avec l'"identité nationale"). C'est le cas entre autres de Marianne, dont le côté racoleur et sensationnaliste rappelle parfois les pires dérives des tabloïdes britanniques (photoes de filles nues en moins). Mais les Indigènes de la République sont là, heureusement, pour la remettre à sa place ...
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Les réponses du Parti socialiste à la décision de Besson de lancer un "grand débat" sur l'identité nationale sont parfois justes. Il est en effet facile à exposer les visées électoralistes - mais également teintées d'une idéologie réactionnaire aux relents pétainistes - de la droite. Mais il est moins facile à dégager un discours cohérent quand on partage soi-même l'idéal de l'unité nationale. Cet entretien avec Vincent Peillon - qui n'est pas le socialiste le plus bête - sur BFM TV donne une idée de la difficulté. A la question, "la burqa menace-t-elle l'identité nationale" ou "faut-il une loi sur le port du voile intégral", Peillon, malgré le titre qu'on a rajouté à cet extrait, ne donne pas vraiment une réponse claire (ou s'il le fait elle est quasi inaudible).

Pour Peillon, ce qui menace l'identité nationale, ce sont les fermetures de classes et les transferts de richesse des classes populaires aux riches, ainsi que le discours sarkozyen sur la laïcité. Il enchaîne en commentant le fait que des jeunes venus aux match France-Autriche ont fêté la victoire de la France en brandissant le drapeau algérien. Sa réponse n'est évidemment pas de vouloir interdire des drapeaux étrangers - une idée que je sens bientôt venir - mais de "faire aimer la France" à ces jeunes des quartiers populaires. La différence avec le discours de la droite, il faut le reconnaître, n'est pas mince, car il s'agit d'exiger davantage de moyens pour l'éducation et davantage de justice sociale.

Des socialistes comme Peillon ne se démarquent jamais cependant de l'idée de l'identité nationale. Ils se disent 'patriotes' mais pas 'nationalistes' et favorable à une identité nationale qui "ne se fait pas par rapport à l'étranger mais par rapport à l'instruction" - sous-entendu parfois que la république se doit d'instruire ses immigrés comme autrefois on colonisait au nom de la "mission civilisatrice de la France". Peillon n'est peut-être pas favorable à l'interdiction de la burqa (on le jugera par ses actes) mais parmi ses collègues socialistes beaucoup le sont - sans parler du fait qu'ils ont presque tous voté la Loi de 2004 interdisant les signes religeiux à l'école qui a préparé le terrain pour cette nouvelle offensive islamophobe.

Cette idéologie-là, on le voit à travers cet entretien, est bourrée de contradictions. Mais le grand problème évidemment est que de toute façon tout cela reste du (beau) discours et ceux qui habitent les quartiers savent que la gauche au pouvoir n'a jamais résolu, ni même sérieusement essayé de résoudre, les vrais problèmes. D'où la tentation même à gauche - comme lors des émeutes dans les banlieues de 2005 - d'agiter le spectre de la menace islamiste ou de la perte des valeurs traditionnelles comme celle de la famille, de la discipline ou ... de la nation.
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En attendant, rions un peu de cette déclaration d'Yves Jégo - qui n'est pas le sarkozyiste le moins bête - pour lequel :

"En déclarant que la burqa ne menace pas l'identité nationale, le parti socialiste montre son vrai visage, celui du néo-communautarisme nauséabond qui cède devant les coups de butoir des extrémismes religieux".
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L'islamophobie et ses usages politiques, par le Comité Action Palestine

1 commentaire:

benjamin a dit…
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