2 octobre 2009

L’occupation de l’usine Vestas en Angleterre

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J'ai écrit le texte suivant pour le journal Anticapitaliste (octobre 2009) ...

A l’Île de Wight, au large de la côte sud de l’Angleterre, les travailleurs du fabricant danois d’éoliennes Vestas - 511 millions d’euros de bénéfices nets en 2008, 20% du marché mondial, 21 000 salariés dans le monde - ont lutté courageusement pendant deux mois pour sauver leurs emplois.

Leur mouvement a été populaire parmi les habitants de cette région sans grande tradition syndicale, où des retraités aisés et des membres des clubs nautiques huppés côtoient des travailleurs pauvres, souvent endettés, forcés d’accepter des emplois de mauvaise qualité. Beaucoup d’entre eux ne trouvent que des emplois saisonniers dans le tourisme. Même dans l’industrie, il y a un fort taux de temps partiel.

Depuis l’annonce surprise de la fermeture en avril, les ‘Vestas’ ont reçu le soutien de la gauche radicale et de militants écologistes pour lesquels ce qui se passe dans cette petite île calme est emblématique d’un grand paradoxe : alors que la crise climatique s’aggrave, que le gouvernement de Gordon Brown annonce un grand plan énergétique comprenant la construction massive d’éoliennes et que le marché mondial croît, le seul fabricant en Grande-Bretagne ferme ses portes, détruisant au passage plus de 500 emplois directs.

Mouvement de solidarité

Le 20 juillet au soir, quelques dizaines de salariés ont occupé une partie du bâtiment. Avec des renforts qui campaient à l’extérieur et organisaient des manifestations quasi quotidiennes, ils revendiquaient la nationalisation de l’usine et le maintien de la production. Mais trahis initialement par quelques salariés proches de la direction et coupés de l’extérieur par la réaction rapide de la police, le nombre d’occupants est resté faible et ils n’ont pu communiquer que par téléphone et par internet. Sans les efforts de ceux de l’extérieur et la pression de l’opinion sur la direction, ils auraient même été privés complètement de nourriture.

L’occupation a finalement pris fin le 7 août après qu’un juge a accepté la requête de la direction d’ordonner leur évacuation sous peine de poursuites judiciaires. Cependant, le mouvement de solidarité avait déjà pris une grande ampleur à travers toute la Grande-Bretagne, et ils étaient déterminés à continuer. Pendant toute la période estivale, des centaines de rassemblements, de collectes d’argent et de réunions publiques ont eu lieu, et des militants ont porté la contradiction aux membres du gouvernement qui refusaient le moindre soutien aux salariés.

Les Vestas ont été soutenus activement par un syndicat national (RMT) qui a pris en charge les frais d’avocats, ainsi que par de nombreuses sections locales, des organisations politiques, des ONG, des collectifs contre le changement climatique et contre les licenciements. Malheureusement, les autres directions syndicales n’ont pas levé le petit doigt, se contentant de quelques déclarations, comme si elles étaient paralysées par la crise et par la peur d’aggraver les problèmes d’un gouvernement travailliste déjà très mal en point dans les sondages.

Crise capitaliste et crise écologique

Pour leur part, des salariés de Vestas ont pris la parole – souvent pour la première fois de leur vie – lors de meetings de soutien ou devant des syndicalistes réunis en congrès. Ils ont apporté leur solidarité à des postiers en grève et à d’autres travailleurs menacés par le chômage, comme ceux de Visteon à Londres, de Thomas Cook en Irlande, de Johnny Walker en Ecosse ....

Sur place, la lutte n’a pas pris fin avec l’évacuation des occupants. Un blocus de l’usine et des entrepôts a été maintenu afin d’empêcher la direction de sortir le matériel restant, d’une valeur de 700 000 euros. Ce n’est que le 22 septembre que les militants ont dû céder, après un coup de force de la police. Leur combat a forcé Vestas à améliorer les conditions de départ de la majorité des salariés, mais onze des plus actifs ont été licenciés sans indemnités. Ceux-là ont toujours besoin de notre aide.

La lutte des Vestas prouve que même les travailleurs les moins expérimentés, surtout quand ils sont soutenus par des militants syndicaux et les révolutionnaires, peuvent réagir et s’organiser face aux patrons et au gouvernement. Leur mouvement a servi à démontrer que résister aux effets de la crise capitaliste et se battre pour sauver la planète ne sont qu’une seule lutte.


Le site de CCC (Campaign Against Climate Change) (en anglais) ...

EN FRANCE

Molex : enseignements d'une lutte, par Myriam Martin (NPA) ...

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