24 novembre 2009

Éditorial du journal Anticapitaliste (n° 9, novembre 2009)

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par Thibault Leroy

Tout fiers d'exhiber les milliards impudemment distribués aux patrons et aux actionnaires, dirigeants économiques et gouvernements affirment que la crise est finie. Pour les travailleurs, la crise ne fait que commencer : licenciements par dizaines de milliers, sacrifices imposés sur les salaires, le temps et les conditions de travail.

Le retour d'un chômage de masse est bien moins la cause des délocalisations, que d'une pathologie chronique du capitalisme, qui pousse les entreprises à rogner sur les « variables d'ajustement » : les salaires. Les travailleurs peuvent de moins en moins se payer les marchandises qu'ils produisent en quantité toujours plus grande. Et la crise, endémique, est imputable directement à la nature même du capitalisme : l'ogre gourmand et avare engouffre les profits, jusqu'à explosion.

D'un coté, le gouvernement multiplie les cadeaux aux plus riches, creusant un déficit qui sera remboursé par des privatisations de pans entiers du service publics. De l'autre, de nouvelles taxes pèsent sur la majorité de la population, ceux qui ne bénéficient pas du bouclier fiscal, des exonérations d'impôts et de charges; la taxe carbone, la hausse du forfait hospitalier, la contribution territoriale payée par tous en remplacement de la taxe professionnelle payée par les entreprises en fonction de leur chiffre d'affaire.

La crise économique est génératrice de désastres sociaux et humains. Les limites bientôt atteintes des ressources ont conduit les dirigeants à se réunir à Copenhague. Il y a un certain engouement de tous les bords politiques pour une écologie qui s'accommoderait du capitalisme. Pour autant, on ne saurait résoudre le mal par le pire, en laissant davantage reposer la production d'énergie sur le nucléaire. Et surtout, comme pour la crise économique, ce n'est pas à ceux d'en bas de payer le prix de la destruction de notre planète par la quête du profit. La dette que les classes dirigeantes ont contracté avec la planète ne doit pas être honorée par ceux qu'ils exploitent.

Les luttes des ouvriers de Conti, d'Uti, de Mollex, de Goodyear, de Ford, ont montré la combativité d'une fraction significative de la classe ouvrière, malgré l'absence de soutien des directions de leurs syndicats. La réussite de la seconde vague de grèves pour la régularisation de l'ensemble des travailleurs sans-papiers, qui revendiquent une circulaire mettant fin à l'arbitraire et à l'injustice dont sont victimes les travailleurs étrangers, démontre que c'est l'ensemble de la classe ouvrière qui doit se battre contre ce gouvernement et son projet libéral et raciste.

La gauche anticapitaliste, dont les querelles à propos des régionales continuent d'occuper tout le discours, n'arrive pas à porter les revendications des travailleurs sur le plan politique. Sans discours ou stratégie commune, l'unité des anticapitalistes paraît lointaine. En ne construisant aucun débouché politique aux luttes sociales, la gauche anticapitaliste laisse toute latitude aux directions syndicales pour empêcher toute lutte sérieuse.

Le temps presse. Les dérapages racistes d'un Hortefeux, l'intégration de De Villiers à la majorité, l'annonce d'un débat sur l'identité nationale montrent que la droite se radicalise... En divisant la classe ouvrière, en agitant le spectre nationaliste, le gouvernement est dans son rôle. Mais que la gauche tente de le concurrencer sur ce terrain est suicidaire.

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