30 novembre 2009

Suisse: une victoire de l'islamophobie, une défaite de la raison








Manifestation spontanée à Bern, le soir du 29 novembre, pour protester contre le vote de l'interdiction des minarets

Un article d'Alain Gresh

Commentaire

En effet, ce vote est une véritable catastrophe. Nous aurions tort de l'expliquer uniquement par des réflexes de peur ou d'ignorance ou comme le vote d'un peuple un peu isolé dans ses vallées avec des vaches comme seul compagnie - même si le 'Oui' à l'interdiction semble avoir été un peu moins fort dans les centres urbains comme Genève, Bâle ou Neufchâtel, ou même certains quartiers de Zurich, que dans la Suisse alémanique profonde.

En réalité, ce résultat fait partie d'une avancée régulière des idées racistes, d'un glissement vers la droite et l'extrême droite au niveau européen, tout comme l'offensive islamophobe des députés français qui veulent interdire la burqa, l'insistance sur l'"identité nationale" par Sarkozy et ses acolytes ou l'élection de deux députés européens appartenant aux parti nazi, le British National Party, en Grande-Bretagne. Il confirme que l'islamophobie est actuellement l'arme politique la plus efficace pour la droite et l'extrême droite - d'autant plus que la gauche y compris 'radicale' n'y a fait jusqu'à présent pratiquement aucune résistance. Celle-ci donne souvent l'impression de croire à moitié à l'idée que les musulmans sont des gens à part qui n'ont pas leur place sous le soleil radieux de l'Europe des valeurs humanistes.

Déjà des voix s'élèvent en France pour approuver le vote des Suisses et proposer une telle interdiction dans l'Hexagone, en attendant sans doute de lancer une nouvelle attaque contre les droits des femmes musulmanes. Parmi les premières réactions certaines sont tellement absurdes qu'elles méritent une bonne place dans la bêtisier de la droite publié régulièrement par le Poireau Rouge. Elle n'en restent pas moins dangereuses. Ainsi Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP, distingue les minarets des clochers des églises qui, eux, sont un "héritage historique" (surtout ne parlez pas de l'Inquisition, de la chasse aux sorcières ou de la Saint-Barthélémy), ce qui sous-entend évidemment que ceux-ci font partie de cette fameuse "identité nationale".

Hervé Morin, ministre de la guerre en Afghanistan, lui, semble défendre l'idée de limiter la hauteur des minarets. "Il ne s'agit pas de construire des minarets qui soient aussi hauts que les cathédrales", a-t-il dit en tout sérieux (on suppose). Nous sommes ici dans le domain de l'absurde et du pathétique, mais le fait qu'un ministre donc un homme présumé intelligent soit capable de sortir une telle idiotie est significatif du climat islamophobe délétère régnant.

Il est vrai qu'à gauche les réactions de désapprobation ont été nombreuses - ce que ne signifie malheureusement pas qu'elle commence à remettre en cause son soutien aux mesures islamophobes déjà adoptées en France (notamment la Loi de 2004 sur les signes religeiux à l'école). Même l'ex-homme de gauche Bernard Kouchner s'est dit "un peu (!) scandalisé". Mais on est loin d'une véritable prise de conscience.

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