8 décembre 2009

Déclaration du collectif d’animation du Courant "Convergences et Alternative" à l’issue de la consultation du NPA sur les élections

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Un accord national était à portée de la main. Pour s’unir face à la politique de Sarkozy, rassembler une gauche de gauche offrant une alternative aux politiques d’acceptation du libéralisme et aux alliances avec le Modem, répondre à l’attente des électeur-trice-s et des militant-e-s des mouvements sociaux qui attendent un sursaut d’unité. Le NPA aurait dû prendre la place qui était la sienne dans le rassemblement électoral national qui se met sur pied pour les régionales, avec le Front de gauche, la FASE, les Alternatifs, le PCOF, le FSQP… Sa présence aurait renforcé une dynamique nationale mobilisatrice et une garantie de clarté politique. Mais après quatre mois de discussion qui avaient permis des avancées significatives et suscité un espoir justifié, la majorité de la direction du NPA a fait machine arrière. Les débats avaient acté la nécessité de proposer « un débouché politique aux luttes », des points d’accord existaient, permettant de faire une campagne au premier tour (indépendance face aux listes du PS, fusion pour battre la droite, à l’exclusion du Modem). Les positions différentes sur la participation aux exécutifs (qui ne peuvent se poser que si une dynamique est déclenchée) sont venues au premier plan. Le NPA a posé à ses partenaires l’exigence globale de non-participation à des directions de région, quand le PS ou Europe Ecologie sont en tête. Non pas comme une position du NPA, mais comme une position exigée de toute la coalition. En refusant de faire un pas sur cette question, on considérait donc comme insignifiantes les convergences sur l’indépendance au premier tour face aux listes PS ou Europe Ecologie. Aucun des partenaires nationaux ne l’a suivi sur ce terrain et le NPA s’est retrouvé isolé. Il ne sera donc pas partie prenante de la coalition unitaire nationale, cadre pourtant indispensable pour faciliter des accords régionaux, et ce n’est pas une bonne nouvelle pour tous ceux qui cherchent à construire un troisième pôle de la gauche, face au PS et à Région Ecologie.

La consultation des militant-e-s n’a pas inversé ce choix de la direction nationale, même si elle laisse ouverte la possibilité d’accords unitaires en région. Il n’y a pas de majorité. La position A, que défendait la majorité de la direction, n’a obtenu que 36,3 %. La position B, avec 28,5 % témoigne d’un courant qui considère les élections comme le moyen d’une affirmation identitaire du parti. La position C, que nous avons soutenue avec bien d’autres militant-e-s, obtient 31,5 %, un nombre de votes très significatif. Elle est majoritaire dans plusieurs régions ou départements. Cela témoigne d’une forte volonté unitaire partagée au sein du NPA, et d’un refus de s’enfermer dans un isolement croissant.

Dans ces conditions, où le NPA est divisé entre trois options, il est légitime que les militant-e-s du NPA qui ont affirmé leur volonté d’agir dans un cadre unitaire puissent l’expérimenter et le mettre en œuvre, partout où c’est possible. L’enjeu est trop important pour que les forces militantes que représentent les « unitaires » du NPA se dispersent et renoncent à apporter leur énergie au rassemblement en cours.

Il faudra bien que le NPA admette que les militant-e-s et les comités qui le souhaitent, au niveau des régions, des départements, des villes, puissent continuer à participer au rassemblement unitaire ou à le soutenir, cherchant à conclure des accords locaux quand c’est possible, selon des modalités qu’elles et ils doivent pouvoir discuter localement. A condition que soit garantie leur liberté de vote et de décisions s’elles et ils sont élus dans le cadre d’une coalition, la présence de militants unitaires du NPA, faisant valoir l’expression de leur identité propre dans le rassemblement, permettra d’apporter à celui-ci la contribution qui aurait du être celle du NPA tout entier. En défendant les axes essentiels d’un programme alternatif dans les régions, elles et ils pourront être porteurs de la nécessité de collectifs unitaires les plus larges, pour faire du rassemblement une affaire populaire associant les forces militantes et les propositions les plus diverses, syndicales, associatives, citoyennes.

Le NPA devrait donc laisser une large autonomie d’expérimentation à ses comités et à ses militant-e-s, même si cela entraîne des campagnes différentes selon les endroits. Il y va de l’avenir du NPA comme parti acceptant le pluralisme et la confrontation des projets. C’est à ce prix que tou-te-s les militant-e-s pourront continuer ensemble le débat qui les partage : construisons-nous un outil utile pour un rassemblement large et pluraliste, agissant pour une recomposition à gauche, ou prétendons nous représenter, à nous seuls, le creuset de l’alternative politique dont notre camp social a besoin ? Le bilan des Européennes, celui des expériences qui seront menées aux Régionales, mais aussi l’éclairage qu’apportent les rassemblements des Gauches anticapitalistes en Europe, seront au cœur du débat du futur congrès du NPA : re-fonder le projet initial d’une nouvelle force anticapitaliste pluraliste, ou se refermer sur un projet limité aux forces de l’extrême-gauche.

Le courant « Convergences et Alternative » tiendra une réunion nationale les 19 et 20décembre. Le collectif d’animation proposera qu’il décide, tout en continuant à agir et à débattre dans le NPA, des modalités de sa présence au sein des cadres unitaires qui se créent lors de ces régionales, afin de faciliter les débuts du rassemblement indispensable et ne pas abandonner l’espoir que les forces rassemblées dans le NPA y prennent toute leur place.

Le collectif d’animation du courant « Convergences et Alternative »

Le 7 décembre 2009

Contact: lecourant.npa @ gmail.com

Commentaire

Le NPA est divisé sur la question des élections régionales, et il n'est pas évident de savoir comment il va s'en sortir. La position A soutenue par la direction et la position B qui refuse toute alliance avec le Front de Gauche sont majoritaires, mais la position C (unitaire) a la majorité absolue ou relative dans quelques régions (Auvergne, Champagne-Ardenne, Pays de la Loire, Centre) et dans des villes ou secteurs importants, dont Paris.

La situation est donc plus que confuse et les disparités sont énormes.

Prenons l'Alsace, ou la position B a une majorité à la Brezhnev (A: 1, B: 56, C: 1) à Mulhouse/Colmar, mais la section strasbourgeoise est divisée moitié-moitié entre la A et la C. Ou la Lorraine, également acquise à la position B, où la section de Nancy est unitaire.

Dans la région clé de l'Île-de-France, la position A (qui représente quand même une tentative de compromis entre les deux ailes les plus opposées, la B et la C) arrive en dernière position. C'est la position B qui arrive en tête dans la région, mais elle est majoritaire dans seulement un département, le 92, grâce à un vote massif dans la section nord, alors que la position C, qui arrive en deuxième position, est majoritaire ou en tête dans trois des départements (75, 78 et 95).

Même au niveau départemental, la situation paraît ingérable : la position C arrive légèrement en tête dans le 78, mais la section de Versailles est dominés par la position B ; à Paris, la section du 5ème/13ème arrondissements est largement contrôlée par les 'sectaires' ; les unitaires,ont facilement gangé dans le 92 Sud.

Le même phénomène s'est produit dans la majorité des régions et des départements : la position C est très minoritaire dans la Haute-Normandie, mais majoritaire au Havre ; les unitaires arrivent en troisième position en Franche-Comté, mais ils sont en tête à Besançon ; en Aquitaine (position A) les unitaires dominent massivement Sarlat et arrivent en tête en Lot-et-Garonne ; en Rhône-Alpes, les unitaires de la section de la Loire coexistent avec les 'sectaires' (pour faire court) du pays genevois ...

Comment, dans ce cas, arriver à une position commune au niveau régional ou même vis-à-vis des listes départementales (il n'en est évidemment pas question au niveau national) ? Participer au Front de Gauche ou présenter des listes indépendantes, selon la région, c'est possible, mais dans les deux cas une partie des militants risquent de jeter l'éponge, voire de suivre le cours inverse.

3 commentaires:

John Mullen a dit…

L'ensemble du mouvement ouvrier et des partis de gauche sont en crise, alors il n'est pas surprenant que le NPA soit également en crise par rapport à cette question d'unité.
Il faut tout faire pour multiplier les listes communes et actions communes, tout en menantun débat vigoureux sur antilibéralisme, anticapitalisme, réforme et révolution. Un des avantages majeurs de l'unité dans les luttes et lors des élections est la possiblité de mener ces débats devant un large public.

John Mullen a dit…

Deux choses. Tout d'abord ce soir réunion de toutes les orgas en Lot et Garonne pour voir les chances d'une liste unitaire. Je nous donne 50% de chances.

Deuxièmement, même si je suis radicalement de désaccord avec les camarades de la motion B, je ne pense pas que, sans informations précises, on devrait parler, entre camarades, de "majorité à la Brezhnev" dans telle ou telle ville. Je comprends bien que l'intention est aussi de faire de l'humour, mais les méthodes de Brezhnev c'était la prison et la répression féroce; dans le cas présent il s'agit de nos camarades, pas de l'ennemi de classe!

Colin Falconer a dit…

Bien vu, John. Mais s'ils ont de l'humour, ils comprendront. Et c'est aussi pour souligner l'importance du phénomène. En fait, l'intention est plutôt de constater que, d'après ces résultats, non seulement il existe une extrême hétérogénéité au NPA, ce qu'on savait et qui n'est pas une mauvaise chose dans un parti anticapitaliste large, mais qu'il n'est pratqiuement pas la même organisation d'un endroit à un autre. Comment expliquer que le courant unitaire, qui fait presque le tiers des voix au niveau national, qui est égalité avec la A et devant la B à Strasbourg n'existe pas à Mulhouse/Colmar (A : 1, B : 56, C : 1) ? Ont-ils quitté le NPA par exemple ?