24 décembre 2009

Morano et le néocolonialisme (et le NPA)

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Un ami parisien, membre du NPA, a écrit le texte suivant sur l'affaire des propos islamophobes de Nadine Morano (il paraît ici sans ses notes de bas de page):

Morano et le néocolonialisme

Sur Europe 1, Mme Morano nous confie le 16 décembre 2009 : « ce serait à refaire, je le referais » . Elle a cependant réclamé des excuses. Car elle serait « victime (…)[d’] une espèce de malhonnêteté intellectuelle d'un journaliste » : ses propos auraient été pris « hors de leur contexte ».

Rappelons donc le contexte :

La secrétaire d’État à la famille intervenait dans le cadre du débat gouvernemental sur l’identité nationale dans la ville de naissance de Barrés. Ce choix indique vraisemblablement le souhait de faire revivre la mémoire d’un nationaliste antisémite trop méconnu. Mais de nos jours, pour aimer notre nation, le problème n’est – officiellement - plus à traquer chez le sémite juif : depuis que l’ONU a soutenu la création d’Israël, celui-ci a rejoint le camp de la civilisation. Non, aujourd’hui, il faut se pencher sur le jeune musulman.

Alors que Jules Ferry demandait dans son testament de 1893 à être enterré « en face de cette ligne bleue des Vosges d'où monte jusqu'à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus [par les allemands] », Nadine Morano vient dans les Vosges pour franchir la ligne rouge.

Analyse de texte : Morano N., Le jeune musulman

Tout en précisant que « sa situation, moi je la respecte », elle veut « quand il vit dans ce pays », « lorsqu’il est français », « qu’il se sente français », « qu'il aime la France ».

Elle veut aussi « qu’il trouve un travail et qu’il ne parle pas verlan », « qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers », aussi. Le jeune musulman, donc, parle verlan, porte sa casquette à l’envers, et est donc le responsable de son chômage. Sa situation, il l’a cherché, c’est de sa faute.

« Pour porter la paix, on doit accepter l’autre s’il respecte la loi. » S’il ne respecte pas la loi, parce qu’il est autre, on ne l’accepte pas. Ces propos disent d’une manière un peu différente ce que Sarkozy a défendu dans sa campagne, particulièrement lors de son meeting électoral de Rouen : « la France, on l’aime ou on la quitte ». En réalité, ce slogan du Front National est appliqué par les charters : si la France ne te veut pas, elle te vire. Et si tu es Français, mais autrement qu’il faut, alors, attends-toi … à être traitement différemment. Ce qui se passe déjà.

C’est offensant pour les jeunes musulmans, qui ne sont pas tous à parler verlan casquette à l’envers. Qui ne sont pas tous à refuser de chercher du travail. Tous ceux qui ne sont pas ainsi sont donc entraînés dans l’amalgame global : musulmans = chômeur = racaille, contre les Bons, les bons Français.

C’est aussi offensant pour les jeunes des quartiers, qui, tout en n’étant pas forcément musulmans, ne sont pas les principaux responsables de leur misère. Mais plutôt notre État, et tous ceux à qui cela profite.

Le rôle ‘positif’ de l’œuvre accomplie par la France

Après avoir conquis militairement ses colonies, la France y a instauré un statut spécifique de l’indigène, indigne d’être citoyen. Puis, après avoir fait appel à leur sang pour défendre la métropole, la République ne les a même pas honorés.

Au contraire, alors qu’on avait promis leur accorder plus de droits, voire l’indépendance, à la Libération, on les a mitraillé par dizaine de milliers : en 1945à Sétif, la répression de manifestations indépendantistes fait suivant les historiens de 8 000 à 45 000 victimes . Á Madagascar, en 1946, la répression aurait fait 30 000 à 40 000 morts .

Face à leur colère, on les a torturés en masse pendant des années sous un régime militaire drastique. L’État est parallèlement aller chercher beaucoup de ruraux comme main d’œuvre bon marché, en les accueillant en métropole dans des bidonvilles.

Quand ici, ils se sont solidarisés de leur famille en révolte dans les colonie, l’État les a jeté par centaines dans la Seine (17 octobre 1961), et matraqué aussi sévèrement en métropole que dans les colonies.

Finalement, quand l’indépendance leur a été concédée, l’État a veillé à ce que ses intérêts économiques soient au mieux préservés en faveur de la métropole (gaz-pétrole) et au dépens des populations locales, en soutenant des pouvoirs inféodés.

En France, ils ont été concentrés dans des banlieues, où le chômage a cru, particulièrement pour les jeunes générations. Leur stigmatisation raciste n’a pas cessé de croître depuis trente ans, depuis Giscard et sa restriction du regroupement familial.

Ils vivent encore et toujours dans des secteurs quadrillés par une police respectueuse des droits humains et de l’égalité entre tous les citoyens, c’est bien connu.

Et c’est à partir de ce bilan glorieux qu’on les menace désormais de ne plus les accepter s’ils ne nous aiment pas !

Une constante structure ce rapport raciste entre l’État et les populations issus des colonies : davantage, mais au même titre que les prolétaires de souche, les Français d’origine colorée ne sont pour l’État qu’une force de travail à gérer, afin que sans protester ils lui bénéficient. Et s’il n’y a plus de travail, surtout, qu’ils ne se fassent pas remarquer !

Quel pire sort le gouvernement leur réserve-il ?

En réalité, pour comprendre la réalité du problème, il faut nous envisager, tous, depuis plus ou moins longtemps, comme des enfants d’immigrés. Que tant qu’un de nous sur cette terre gérée par l’État démocratique français pourra dans l’impunité être victime du racisme, nous ne cesserons de dénoncer l’ordre dominant comme un État pervers, dangereux, à combattre pour construire, dans la lutte commune, l’espoir d’une vie harmonieuse.

Pour reprendre Malcom X, nous devons organiser l’auto-défense collective du prolétariat interracial, afin de forcer le respect de ceux qui agressent nos frères et nos sœurs. Par tous les moyens nécessaires.
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Un bon article sur le site du NPA sur le racisme et l'islamophobie : Anticapitalistes et antiracistes

Commentaire du Poireau Rouge

Les camarades du NPA commencent enfin à reconnaître l'importance de l'islamophobie. Ils ont raison d'insister sur le fait que le combat contre cette forme du racisme ne peut pas être isolé de celui contre toutes les autres formes: solidarité avec les sans-papiers, avec les mal-logés, contre les charters et les quotas, avec les discriminés au travail et dans la société au sens large ; solidarité avec les musulmans quand on les attaque en tant que musulmans ou en tant que travailleurs.

Il faut cependant dire les choses comme elles sont. Le NPA et surtout son prédecesseur la LCR ont tout fait depuis six ans - depuis les polémiques qui ont conduit au vote de la Loi de 2004 interdisant les signes religieux à l'école - pour éviter de prendre une position claire sur ce sujet. Leur silence initial embarrasé et l'adoption de la position 'ni ni' (ni Loi - qu'ils n'ont pas combattue concrètement - ni Voile) en 2004 ont été le signe mais aussi une des causes d'une grande confusion dans la gauche française sur cette question.

Pire, certains des militants de la LCR (comme de Lutte Ouvrière) de l'époque ont participé activement en tant qu'enseignants à la stigmatisation et à l'exclusion des filles voilées. Une organisation révolutionnaire et donc par définition antiraciste digne du nom les auraient exclus sur le champ. Il n'est d'ailleurs pas trop tard, dans la mesure ou certains militent toujours au NPA ou ont même des postes de responsabilité dans l'organisation.

Depuis six ans, le poids d'une organisation aussi considérable que la LCR (aujourd'hui le NPA) aurait permis une meilleure prise de conscience du problème par le mouvement ouvrier dans son ensemble. Elle aurait dû être à la pointe du combat. Des liens de solidarité auraient pu être tissés entre la gauche et les associations musulmanes. D'autres n'ont pas été si pusillanimes (voir cet article de la revue Socialisme Interntional n° 11, novembre 2004).

Il est encourageant que la position du NPA évolue. Mais cela ne justifie pas une attitude acritique. Le NPA doit confirmer sa position en menant une campagne active aussi bien au niveau national que sur le terrain, chaque fois que se produise un nouveau 'dérapage' islamophobe plus ou moins 'contrôlé', un cas de discrimination ou d'exclusion (notamment des femmes voilées), une agression ou une profanation. Manifestons et organisons des initiatives publiques avec les associations musulmanes.

Il est important également que le NPA prenne position clairement contre toute nouvelle loi discriminatoire comme celle visant à interdire la burqa 'dans l'espace public', et qu'il mette en avant la revendication de l'abrogation de la Loi de 2004. C'est par la clareté que nous avancerons sur cette question, et non en esquivant le débat ou en voulant trouver une position de 'compromis', comme cela a été le cas pendant ces six dernières années. Il n'y a pas de compromis possible avec le racisme.
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Un des comités locaux du NPA (à Avignon) a signé la déclaration commune condamnant les propos de Morano. C'est un petit pas en avant ...

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