3 janvier 2010

Bilan de la présidence Obama : la continuité dans le « changement »

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NOUVEAU EN ANGLAIS : Sur le site américain Keep Left : One year of Obama in the White House

Dans la revue International Socialism, From a bang to a whimper : Obama's first year, par Megan Trudell
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Un petit article que j'ai écrit pour le journal Anticapitaliste (à paraître), basé sur les écrits de camarades américains.
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Après 12 mois de la présidence Obama, qu’en pensent les activistes et les millions d’électeurs qui l’ont soutenu lors de sa brillante campagne de 2008 ?

Le meilleur symbole de l’écart entre les belles paroles du candidat et les actes du président est l’acceptation par un président de guerre du Prix Nobel de la Paix.

Lors des primaires du Parti démocrate, Obama était perçu comme le principal candidat antiguerre. Mais lors de sa consécration à Stockholm il était devenu le commandant-en-chef qui avait engagé 50 000 militaires de plus en Afghanistan, et exigeait de nouveaux efforts de ses alliés.

Son discours fut celui d’un représentant attitré de l’impérialisme américain :

/.../ la réalité est que les Etats-Unis d’Amérique ont aidé à soutenir la sécurité du monde pendant plus de six décennies à la force du sang de nos citoyens et la puissance de nos armes. Le service et le sacrifice de nos hommes et de nos femmes ont servi la paix et la prospérité de l’Allemagne jusqu’en Corée.

Ces mots auraient pu être prononcés par n’importe quel dirigeant des Etats-Unis depuis que ceux-ci ont assumé le rôle du principal défenseur du capital occidental. Ils passent l’éponge entre autres sur les dizaines d’interventions contre des gouvernements progressistes en Amérique latine, le soutien au chah d’Iran, la répression meurtrière en Indonésie en 1965, l’aide économique, militaire et diplomatique à l’Etat d’Israël jusqu’à aujourd’hui malgré toutes ses violations des droits des Palestiniens et des résolutions de l’ONU, la guerre de Vietnam même avec ses millions de morts en comptant le bombardement du Cambodge, les deux guerres contre l’Iraq ... quitte à reconnaître quelques « erreurs ».

Le nouveau président fut élu essentiellement à cause de l’impact de la crise et la perception que son prédécesseur républicain était trop proche des milieux financiers qui l’avaient provoquée. Les citoyens américains pauvres et la fameuse « middle class » (les ouvriers qualifiés et employés) ont déjà largement le sentiment que, sur le fond, rien n’a changé. Sauf pour les banquiers qui ont bénéficié du plan de sauvegarde (des banques en faillite par l’Etat) le plus important de l’histoire du système capitaliste. Pour les travailleurs, malgré un léger ralentissement depuis le pic de la crise, le chômage reste à un niveau très élevé (entre 10 et 17 pourcent de la force du travail selon le mode de calcul), tout comme les procédures de saisies immobilières (+ 18% entre novembre 2008 et novembre 2009).

Sur la question cruciale de l’assurance maladie, la « réforme » d’Obama telle qu’elle a été adoptée par le Sénat, représente un recul significatif par rapport aux attentes de ceux qui l’ont soutenu – à tel point que quelques voix s’élèvent au sein du parti démocrate (comme l’ancien candidat à la candidature Howard Dean) et des syndicats pour souhaiter sa défaite. Le nouveau plan étendra la couverture médicale (mais seulement après un délai de quelques années) à des millions d’Américains qui aujourd’hui n’en bénéficient pas. Mais ce seront eux qui paieront le prix, et les compagnies d’assurance qui en empocheront les profits.

Lors des négociations avec les démocrates de droite, comme le « faucon » Joe Liebermann, Obama a abandonné son engagement à créer un système universel de santé dont l’Etat serait le seul organisateur. Il a également fait des concessions à ceux qui veulent exclure l’IVG du champ de remboursement. Le fameux « dialogue » d’Obama consiste à chercher un consensus avec les représentants des intérêts du grand capital, en oubliant ceux des millions d’Américains qui n’ont pas la même influence sur les législateurs et les autres décisionnaires.

Enfin, là où Obama était attendu par beaucoup avec optimisme – sur les négociations pour limiter le réchauffement du climat – l’intervention du président américain a fait l’effet ... d’une douche froide. En effet, la délégation américaine à Copenhague a refusé tout accord contraignant, et l’attitude d’Obama a fait comprendre aux mouvements écologistes et altermondialistes très mobilisés que son gouvernement défendait avant tout la compétitivité de l’économie américaine dans la chasse aux profits à court terme.

Il est donc clair aujourd’hui que le « changement » tant promis par Obama ne viendra que si, comme Roosevelt dans les années 1930 ou Johnson dans les années 1960, le président démocrate doit faire face à des millions de travailleurs et d’étudiants en colère contre le système et ses représentants à Washington.

2 commentaires:

John Mullen a dit…

D'accord avec 90% de ce que tu dis. Mais sur la réforme maladie, c'est quand même un pas en avant - c'est la raison pour laquelle la droite est tellement énervée à ce sujet. On peut tout à fait souligner les immenses défauts de l'obamaisme sans prétendre que toutes ses actions sont identiques à celles du Bush. Je te soupçonne d'une légère dose de gauchisme!

Colin Falconer a dit…

J'espère que ça se soigne !