25 janvier 2010

Unité et division de la gauche radicale pour les élections régionales

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Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique

RESOLUTION DE L’ASSEMBLEE GENERALE DE LA FASE DES 23/24 JANVIER 2010 SUR LES ELECTIONS RÉGIONALES

Dès sa création, la Fédération a affirmé comme l’un de ses objectifs l’unité la plus large de la gauche de transformation sociale et écologique lors des élections. Si cette question n’épuise pas, loin s’en faut, la question centrale de la création d’une nouvelle force politique de transformation sociale et écologique, cette unité est à nos yeux une condition pour résorber le fossé existant entre la colère sociale et l’expression politique. Seule cette unité-là, ouverte à la multitude des mouvements sociaux, peut permettre de contester efficacement et durablement la domination du social-libéralisme sur la gauche, elle est déterminante pour résister aux régressions sociales et démocratiques aujourd’hui mises en œuvre par Sarkozy et son gouvernement et pour qu’émerge un autre projet politique, alternatif au capitalisme.
Dans la perspective des élections régionales de mars 2010, la FASE s’est donc donné comme objectif la convergence de toute la gauche de transformation sociale et écologique.
Ainsi, dès l’été, nous avons répondu positivement à toutes les propositions qui allaient dans le sens de cette unité :
- dès le mois d’août 2009, accord pour participer aux rencontres nationales initiées par le PCF sur le contenu des programmes pour les régions ;
- participation à toutes les rencontres initiées par le NPA, qui invitait toutes les forces de la gauche de gauche pour aller plus loin dans la constitution de listes communes ;
- ces rencontres ont débouché sur une déclaration commune, le 28 septembre 2009, affirmant : « Les forces qui composent la gauche antilibérale ont le devoir de tout faire pour battre la droite et offrir une autre voie, un débouché politique qui permette de mettre en œuvre un programme traduisant dans les régions les exigences populaires issues des mobilisations » ;
- la décision du PCF de participer aux régionales dans un large rassemblement indépendant du PS dans la plupart des régions nous a, cet automne, donné espoir.
L’obstacle principal à l’unité large a résidé dans les rapports entre le PCF et le NPA.
Lorsque le NPA a annoncé qu’il n’envisageait aucune perspective de participation aux exécutifs avec le reste de la gauche et qu’il en faisait un point de rupture, nous avons travaillé à des propositions précisant les conditions de notre participation à des exécutifs : qu’aucune caution ne soit apportée à des majorités tournant le dos aux exigences défendues pendant la campagne ; que les points essentiels de notre programme puissent être mis en œuvre, ce qui supposait que le rapport de force permette effectivement de les appliquer et excluait toute participation du Modem ; enfin, nous avons proposé de laisser la liberté à chacune des forces d’apprécier la réalisation ou non des conditions posées et de décider de manière autonome de participer ou non à l’exécutif. Notre volonté s’est heurtée sur ce point à un refus de la direction nationale du NPA. Nous n’en avons pas moins continué à œuvrer pour que des listes allant du PCF au NPA voient le jour là où c’était possible. Nous avons également travaillé à des listes avec le NPA et d’autres composantes là ou le PCF avait décidé d’être avec le PS au premier tour.
Il faut bien sûr se réjouir qu’une unité large de la gauche de transformation allant, pour le dire vite, « du NPA au PCF », ait pu être réalisée dans certaines régions : un rassemblement de la gauche de transformation sociale et écologique aussi large, dans des élections de ce niveau, c’est un fait inédit ! Cela rend d’autant plus déplorable et condamnable l’attitude du Front de gauche dans un certain nombre de régions où les positions du NPA auraient dû permettre un tel accord unitaire large. Même si l’absence de dynamique unitaire nationale pèsera sans doute négativement sur ces campagnes, les scores électoraux des listes de large unité seront regardés attentivement par tou-te-s. Il va de soi que la FASE apporte son soutien le plus vigoureux à ces listes, qui tracent un chemin porteur d’espoir, et dont les résultats auront un impact important pour les perspectives de rassemblement de la gauche de rupture. Ces exemples, sans doute trop rares, montrent ce qu’il était possible de faire. Pourquoi ce qui a été possible par exemple dans le Languedoc-Roussillon, dans le Limousin et dans les Pays de la Loire n’aurait-il pas pu l’être ailleurs, dans d’autres régions, dans toutes les régions, au niveau national ?
En Auvergne par exemple, où au-delà de telle ou telle maladresse, la responsabilité de la division revient actuellement bel et bien au PCF, qui a refusé aussi bien le NPA que des militant-e-s Alter-Ekolo. Des membres d’Alter-Ekolo ont donc choisi de faire liste commune avec le NPA. Parce que c’est cette liste NPA/Alter-Ekolo qui est porteuse d’une démarche unitaire, la FASE nationalement lui apporte son soutien. Cette liste vient d’ailleurs de lancer un appel à l’unification avec la liste du Front de gauche, appel auquel nous apportons tout notre appui !
Il aurait dû être bien plus facile de réaliser l’unité des forces de la gauche de transformation sociale et écologique ayant choisi l’autonomie vis-à-vis du PS au premier tour lorsque les structures régionales du PCF ont fait le choix inverse. La FASE apporte bien entendu son soutien aux listes régionales pour lesquelles cela a été possible, comme en Champagne-Ardenne. Là aussi, la réussite de ces listes est porteuse d’une dynamique positive. Mais il faut bien constater que le NPA a eu des positionnements politiques et/ou des attitudes hégémoniques qui ont, dans bien des régions, empêché cette unité… quand le PG ne s’y est pas mis lui aussi ! La FASE apporte également son soutien aux listes qui, comme en Lorraine, se constituent dans l’indépendance vis-à-vis du PS et dans une démarche unitaire quand le PCF s’éloigne de la première condition et le NPA de la seconde.
Parallèlement à la continuation de ce travail unitaire en direction du NPA, nous avons poursuivi les rencontres avec le Front de gauche pour que se constituent des listes dénommées « Ensemble » et sous titrées « Pour des régions à gauche, solidaires, écologiques et citoyennes », qui auraient dû être composées des partis du Front de gauche, de la FASE, des Alternatifs, du PCOF, du M’PEP, du MCQP, de République et Socialisme et d’acteurs du mouvement social. La déclaration du Front de gauche du 28 octobre 2009 avait ouvert la voie à de telles possibilités.
A deux mois des élections le nom des listes « Ensemble » a souvent été ignoré ou minoré, il n’y a pas de réel protocole et le programme n’est toujours pas adopté. Ce n’est pas une liste porteuse de dynamique unitaire qui se présente aux élections dans de nombreuses régions, mais un front réduit pour l’essentiel au PCF ou au Front de gauche. Les communistes unitaires, la FASE, les unitaires du NPA, les militant-e-s des quartiers populaires et bien d’autres ont trop souvent été écarté-e-s ou relégué-e-s à des rôles qui ne permettent pas de faire vivre la diversité de listes de large rassemblement.
Malgré tous nos efforts, pour diverses raisons, il n’a pas été possible d’empêcher que le cartel électoral de partis que constitue Front de gauche cherche à marginaliser les forces et les militant-e-s qui n’entrent pas dans la sphère de la politique classique. La démarche « ENSEMBLE, pour des régions à gauche, solidaires, écologiques et citoyennes » est ainsi devenue, de fait, dans bien des régions, un slogan électoral du Front de gauche.
Force est de constater, et nous le regrettons, qu’il n’y a pas d’accord national « Ensemble » dont la FASE pourrait être partie prenante. Non seulement parce qu’il n’y a rien de conclu, mais aussi et surtout parce que la réalité des listes régionales contredit frontalement l’existence d’un tel accord national. Quelles que soient les disparités régionales, il ne sera donc pas possible d’utiliser le nom de la FASE sur du matériel national.
Ce constat ne doit bien sûr pas entraver l’action des camarades de la FASE impliqué-e-s dans des listes régionales « Ensemble », comme en Alsace et dans le Nord-Pas-de-Calais, qui sont la réalité de l’unité qui était possible dans ces régions, et que nous soutenons donc pleinement.
Personne ne pourra nier que l’effet d’ensemble des situations régionales est à la confusion. Au niveau national, aucune démarche d’élargissement unitaire significative n’est lisible : les listes d’unité large sont trop peu nombreuses, les listes qui représentent réellement le cadre « Ensemble » également, chaque force (NPA compris) se retrouve dans des alliances à géométrie trop variable pour qu’une cohérence générale se dégage à une large échelle.
A ce jour, il n’y a que dans les régions Languedoc-Roussillon, Limousin, Pays de la Loire, Alsace, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Champagne-Ardenne et Auvergne que le nom de la FASE peut être utilisé. Dans d’autres régions, les coordinations régionales de la FASE pourront décider, en fonction de l’évolution des situations, de figurer sur une liste.
Bien entendu, nous devons continuer jusqu’au bout, jusqu’au dépôt des listes, à œuvrer pour que l’unité la plus large possible dans chaque région puisse se réaliser. Car sans des sursauts majeurs d’ici là, la gauche de transformation aura échoué une fois de plus à dégager une perspective d’ensemble et à rouvrir l’espoir. Par ses divisions et par la concurrence en son sein, elle aura favorisé le recentrage de la gauche, le renforcement du bipartisme, l’abstention populaire et le désinvestissement de la politique.
La déception générale ne doit pourtant pas masquer que les processus de décomposition/recomposition à gauche sont en grande accélération. La diversité des attitudes et des choix au sein du NPA, du PCF, du PG et de GU est réelle. La pression unitaire a produit dans un certain nombre de régions des résultats significatifs. L’existence de listes unitaires larges, du PCF au NPA, est un phénomène inédit et porteur d’espoir. D’autres rassemblements régionaux sont également aptes à produire des effets marquants.
La préparation de ces élections régionales aura aussi été l’occasion de nouveaux rapprochements entre des forces et des militant-e-s, aussi bien aux niveaux local, départemental, régional que national. Il faut bien entendu chercher les modalités pour conserver ces liens, les renforcer et faire progresser à toutes les échelles le rassemblement de la gauche de transformation.
Car plus que jamais, nous devons continuer à créer au quotidien les conditions pour que se constitue une force politique large, rassemblant les diverses traditions et courants qui veulent une alternative au système capitaliste et indépendante des politiques sociales-libérales et écolos-libérales, ce qui ne pourra se faire de manière efficace qu’en changeant les rapports entre le social et le politique.

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