9 février 2010

Avec ou sans foulard, construire ensemble le NPA

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A lire aussi, ce texte de la LCR Belgique, qui comme d'habitude est bien en avance sur ses camarades français du NPA sur cette question (ce fut notamment le cas en 2004 quand la LCR française s'est trouvée très isolée au sein de son propre courant international, la IVème Internationale).

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par Ilham Moussaïd (NPA 84), Julien Salingue (NPA 93)

Chèr-e-s camarades,

Nous avons pris la décision d’écrire ce texte car nous trouvons que les discussions suscitées par l’annonce de la candidature d’Ilham se déroulent, jusqu’à présent, de manière peu constructive.

L’objectif de ce texte n’est donc pas de polariser encore un peu plus le débat, mais bien de l’apaiser. Il nous semblerait en effet paradoxal, pour ne pas dire dangereux, que le NPA se déchire en interne dans une période où les enjeux sociaux et politiques sont majeurs.

Crise économique et sociale, offensive gouvernementale sur tous les fronts, trahisons et renoncements de la gauche syndicale et politique, durcissement de la droite et remontée de l’extrême-droite… Le NPA est appelé à jouer, avec d’autres, un rôle important dans les mois et les années à venir, au risque de voir notre camp social subir une défaite d’ampleur.

C’est pour ces raisons que des milliers de militant-e-s, issu-e-s d’horizons divers, ont décidé de se lancer dans « l’aventure NPA ». Et c’est parce que nous avons tous les deux conscience de ces enjeux et que nous voulons prendre pleinement part au combat contre les catastrophes sociales et écologiques générées par le capitalisme que nous avons rejoint ce parti.

Les deux signataires de ce texte ont, comme chacun-e des militant-e-s de l’organisation, des histoires différentes, des centres d’intérêt divers et des convictions personnelles.

Nos deux parcours divergent, ainsi que nombre de nos préoccupations et références. Et pourtant nous sommes dans la même organisation, nous distribuons les mêmes tracts, nous vendons les mêmes journaux, nous défendons les couleurs du NPA car nous nous retrouvons sur son orientation anticapitaliste, écologiste, internationaliste, antiraciste, féministe et laïque.

C’est cela la force du NPA. Avoir su rassembler, au-delà de la surface traditionnelle de l’extrême-gauche, des milliers de militant-e-s autour d’un projet de renversement du capitalisme et d’émancipation collective. Un projet qui transcende largement les clivages artificiels que les classes dominantes essaient de nous imposer pour nous diviser : salarié-e-s du secteur public/du secteur privé/chômeur-euse-s ; hommes/femmes ; homos/hétéros ; musulmans/chrétiens/athées/juifs ; français/étrangers ; etc

En rejoignant le NPA et en y militant quotidiennement, nous avons tous les deux signifié que nous voulions lutter ensemble, et avec vous tou-te-s, contre toutes le discriminations basées sur l’origine, le lieu de résidence, le sexe, la religion… et en finir une bonne fois pour toutes avec un système qui, loin de combattre ces oppressions, les accentue.

Comme nombre d’entre vous, nous avons été sollicités pour figurer sur les listes aux élections régionales. Parce que chaque camarade du parti est potentiellement un-e candidat-e, le NPA n’étant pas une organisation de politiciens professionnels mais une organisation qui refuse toute frontière étanche entre « simple militant-e » et « dirigeant-e » ou « candidat-e ». Et parce que comme partout, nos comités et fédérations ont essayé de composer des listes qui sont non seulement à l’image du parti, mais aussi à l’image de celles et de ceux que nous voulons faire entendre lors de la campagne.

Nous voulons faire entendre la voix des opprimé-e-s, des exploité-e-s, de celles et ceux qui sont « sans-voix » dans le paysage politique et médiatique : jeunes, femmes, ouvrier-e-s, chômeur-euse-s, personnes issues des « quartiers populaires »… Parce que nous savons que le meilleur moyen de lutter contre les oppressions et l’exploitation, c’est encore que ce soient celles et ceux qui en sont les principales victimes qui se fassent entendre et s’organisent.

Selon les périodes, telle ou telle catégorie de la population est plus ou moins victime de discriminations et de stigmatisation. Et nul ne pourra nier que dans la France d’aujourd’hui se développe une stigmatisation de l’islam et des musulmans, une « nouvelle islamophobie ». Des propos de Nadine Morano sur les « jeunes musulmans à casquettes » au débat nauséabond sur la Burqa en passant par les commentaires qui ont accompagné le referendum sur les minarets en Suisse, les exemples abondent malheureusement.

Pratiquant une politique volontariste dans les « quartiers populaires », engagé dans la lutte contre toutes les discriminations et tous les racismes, y compris l’islamophobie, le NPA a acquis une audience significative auprès de nouveaux publics, traditionnellement éloignés de l’extrême-gauche : parmi eux, des jeunes héritiers de l’immigration maghrébine, musulmans ou non. Et nombre d’entre eux-elles nous ont rejoints. Ce dont, nous le savons, nous nous réjouissons tou-te-s.

Pourquoi, dès lors, être surpris ou choqués de la présence d’une jeune musulmane sur une de nos listes aux élections régionales ? Nous aurions dû collectivement nous en réjouir !

Mais non, car il y a ce fameux foulard.

Un foulard qui suscite bien des peurs, des méfiances, des interrogations… Alors que la réalité est toute simple : nous avons tous les deux des convictions personnelles que nous estimons totalement compatibles, voire même complémentaires avec notre engagement au NPA. Des convictions qui font la richesse de nos identités et qui n’invalident pas, bien au contraire, notre attachement aux principes et objectifs énoncés plus haut. Et pour l’une d’entre nous, ça se voit. Tout simplement. L’essentiel n’étant pas comment la société française ou les militants du NPA interprètent la signification cachée de ce « signe visible », mais ce que celle qui le porte lui donne comme signification concrète.

Oui mais… Quelle « image » ? Les médias, qui relaient complaisamment les discours islamophobes ambiants, ont orchestré une campagne contre le NPA. Doit-on s’en étonner ? A celles et ceux qui s’inquiètent de « l’image » du parti, nous rappelons que ce n’est pas la première fois que le NPA est la cible d’une telle campagne : proche du terrorisme, des « casseurs », complaisant vis-à-vis de l’antisémitisme… Rien ne nous a été épargné, mais nous avons su tenir bon à chaque fois et défendre nos convictions, y compris à contre-courant, sans nous laisser enfermer par les médias et les politiciens réactionnaires dans des « débats » que nous n’aurions pas choisis. Alors continuons.

Il ne s’agit pas de nier les désaccords qui peuvent exister entre nous, et il y en a. Ils auront l’occasion de s’exprimer lors du prochain congrès du NPA et de ses débats préalables, entre autres la discussion sur notre rapport à la religion. Mais ne mélangeons pas tout : l’article 1 de nos statuts l’indique clairement : « Est membre du parti celui ou celle qui partage l’essentiel des principes fondateurs et adhère à un comité, c’est-à-dire qui prend sa carte, participe aux activités et aux réunions du parti dans la mesure de ses disponibilités, et verse une cotisation ».

C’est pourquoi, à moins que des camarades pensent que certain-e-s militant-e-s ont moins de droits que les autres, et donc de reproduire au sein du NPA des discriminations que nous combattons dans la société, nous espérons que chacun va revenir à la raison et se concentrer sur l’essentiel : débattre, évidemment, mais en n’oubliant pas que l’objectif est d’agir ensemble afin d’en finir une fois pour toutes avec l’exploitation et toutes les oppressions.

Ilham Moussaïd (NPA 84), Julien Salingue (NPA 93)

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