28 février 2010

Les révolutionnaires, l'école et la laïcité

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Extrait d'un article de février 2003, Les révolutionnaires et le foulard, paru dans la revue Socialisme International n° 7 (été 2003)

par Stéphane Lanchon

Mais qu’est-ce que la laïcité à l’école ? L’école laïque serait neutre, en application du principe de la séparation de l’église et de l’Etat, elle constituerait une sorte de sanctuaire d’où tout insigne religieux ou autre serait exclu. Un lieu où l’on ne ferait pas de politique.

A tout cela nous disons que l’école n’est pas en dehors de la lutte des classes, elle y est impliquée. C’est le lieu de la reproduction des classes sociales. Comme révolutionnaires nous devons dénoncer le mythe de la neutralité de l’école. Nous sommes partisans de la liberté d’association et de parole pour les enfants, pour qu’ils puissent se forger leurs propres idées sur la politique sous peine d’être dominés par elle. La véritable laïcité implique que l’Etat ne prenne pas parti pour telle ou telle religion, qu’il ne fasse pas de l’athéisme une religion. Nous en sommes encore loin.

En France, le calendrier des vacances scolaires s’organise principalement autour des fêtes chrétiennes, les pouvoirs publics subventionnent des écoles privées, confessionnelles ou non. En Alsace, dans l’éducation, des aumôniers sont payés par l’Etat, pour enseigner la religion.

Mais la véritable nature de la laïcité de l’école se révèle dans les écrits de celui que l’on considère comme son fondateur, Jules Ferry : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. On y exalte l’Ancien régime et les anciennes structures sociales. Si cet état de chose se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871. »

Les dates citées correspondent à la naissance puis à l’écrasement de la Commune de Paris. Ferry exprime ici les vues de la bourgeoisie républicaine, qui a lutté contre l’église catholique qui s’est longtemps confondue avec la contre-révolution depuis 1789. Mais dès la fin du 19e siècle, pour Ferry et les siens, l’ennemi ce n’est plus le clergé mais le mouvement ouvrier. L’école « laïque » qui se met en place a une mission, combattre l’influence des idées socialistes. Les instituteurs sont chargés de transmettre les valeurs nationalistes (y compris contre les langues et traditions régionales) aux élèves. Pour Ferry, les valeurs de l’école laïque sont les valeurs chrétiennes, d’ailleurs, dès cette époque le gouvernement finance les écoles catholiques, comme ils utilisent les missionnaires dans la colonisation. Les instituteurs doivent faire aimer la nation mais aussi l’empire. Ferry n’affirmait-il pas en 1885, pour justifier la colonisation, que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures (…) », « un droit parce qu’il y a un devoir pour elles », celui « de civiliser les races inférieures ».

La laïcité est un acquis seulement dans le sens où le carcan bourgeois républicain est moins étroit que le carcan religieux.

Mais la véritable laïcité implique deux conditions : la séparation complète des institutions religieuses et de l’Etat, et d’autre part, une école unique, publique et gratuite, indépendante de tout intérêt privé. Notre laïcité signifie que l’Etat ne prend pas partie pour telle ou telle religion, ni qu’il fasse de l’athéisme une religion. Notre laïcité c’est la liberté d’expression et d’association pour les élèves, c’est le refus des tabous, l’étude de toutes les religions. Cette laïcité complète, comme la réelle démocratie sociale, se heurtent tant aux institutions religieuses qu’à l’Etat, instrument de domination ; elles nécessitent donc le renversement de l’ordre dominant tant à l’école que dans l’ensemble de la société.

Stéphane Lanchon

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