24 mars 2010

Des croyants aux athées – il faut unir la classe !

Antisionisme, antisémitisme et islamophobie : une conférence donnée à Genève le 5 mars 2010 par Gilbert Achcar (audio)
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par Daniel et Naima (NPA)

« La religion est l’opium du peuple » : cette fameuse phrase doit être ancrée dans son contexte. Marx dénonce l’utilisation de la religion par les classes possédantes afin d’empêcher que les exploités ne se révoltent. Certains pensent que la religion est conservatrice par essence tandis que d’autres croient que son véritable usage est détourné. Si les autorités religieuses, au service du pouvoir en place, ont poussé les plus pauvres à la résignation, n’oublions pas que de nombreux mouvements de résistance se sont aussi réclamés de la religion.

Aux États-Unis, les quakers ont joué un rôle important contre l’esclavage et en Grande-Bretagne, ils ont soutenu les luttes ouvrières. De même, la résistance d’Abdelkader en Algérie (1818-1848) se faisait au nom de l’Islam. Plus proche de nous, on peut évoquer la lutte du mouvement musulman Hamalliste en Afrique de l’Ouest contre l’esclavage au XXe siècle.

Marx, Lénine et Trotsky étaient athées et ils l’ont clairement affirmé. Cependant, ils ont toujours reconnu qu’il était possible d’être communiste et croyant et ils ont toujours été favorables à ce que les ouvriers chrétiens, musulmans, juifs, etc., rejoignent le parti communiste. A leur époque, la grande majorité des travailleurs avaient une religion et c’est encore le cas aujourd’hui. Il serait absurde pour les anticapitalistes de refuser l’adhésion des travailleurs croyants sinon, ils risquent de s’isoler de la population.

Des pays très croyants, comme l’Italie, l’Indonésie ou l’Iran, ont abrité de puissants partis communistes pendant des décennies. Des populations religieuses peuvent massivement adhérer à un mouvement communiste, même si les religieux officiels s’y opposent.

Les populations savent faire la différence. Au Chiapas (Mexique), l’archevêque de San Cristobal, Monseigneur Ruiz a failli être démis par le pape Jean-Paul II qui lui reprochait de défendre les Indiens zapatistes. A la fin des années 90, les habitants de la région ont manifesté par dizaines de milliers et obtenu son retour.

Les communistes, qu’ils soient athées ou croyants, peuvent se battre côte à côte ; l’essentiel, c’est le programme et les intérêts que nous défendons dans ce monde ici-bas.

Le NPA doit unir son camp

La campagne contre Ilham s’est attaquée à une de nos candidates du fait qu’elle porte le voile et qu’elle appartienne au NPA. Face au déluge d’attaques contre ce double affront à la République, Ilham et toute notre organisation avons été stigmatisés : cette femme ne serait pas digne de nous représenter. Pourtant, on lui a très peu donné la parole : on a donc voulu la réduire à son voile.

Au nom de la libération proclamée de la femme, on juge cette femme sans l’écouter, en fonction du sens qui est plaqué à sa tenue : si les bourgeois s’arrêtent au voile, c’est aux communistes de leur donner la parole. C’est donc avec une particulière attention que nous devons mettre en avant des représentantes d’une minorité opprimée.

Victimes de l’intense campagne gouvernementale contre l’islam, et donc d’une opération de division raciste de la classe ouvrière, elles rejoignent le NPA en tant que musulmanes. Niées dans leur spécificité, elles portent la plupart du temps leur foulard comme un étendard de résistance, sur plusieurs plans. Si on parle avec ces femmes issues depuis trois générations de l’immigration, on doit accepter qu’elles réagissent en majorité aux pressions d’un État français de plus en plus colonialiste, à la soumission de leurs aïeux au carcan de l’intégration ou, d’autres fois, à la pression des hommes qui voudraient les contrôler : leur foulard est un signe d’insoumission face aux institutions et face à la passivité, et donc un signe de liberté. Certes, elles se soumettent à Dieu, mais pour se libérer d’une société oppressive. Même avec un voile intégral, elles doivent être bienvenues si elles souhaitent rejoindre les rangs de la résistance au capitalisme.

Ceux qui réduisent les femmes à leur lecture du port du voile comme signe d’oppression sont mal informés. Le NPA doit unifier la classe dans sa diversité de culture. Si nous sommes d’accord pour construire ici-bas la résistance au capitalisme, il est irresponsable de ne pas répondre aux attaques ensemble, et frontalement.

Nous devons encourager le travail commun avec les organisations musulmanes, tels qu’Anne Leclerc et Omar Slaouti, en tant que représentants du NPA lors de ces régionales, l’ont proposé au Collectif « Unis face à l’islamophobie ». Nous devons participer aux protestations face à tous les actes islamophobes, et proposer un modèle de société multiculturel. La Révolution russe a accordé aux travailleurs le droit de choisir leur jour de congé hebdomadaire. Ils ont combattu l’oppression et construits une société tolérante. Ce programme et cette pratique sont à mettre à l’ordre du jour de toute l’organisation.

Daniel Lartichaux, NPA Paris-Centre Rambuteau-Bretagne, et Naïma.

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