24 mars 2010

POUR un NPA féministe, laïque et de masse

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Encore une contribution au débat au sein du NPA dont le résultat, avec celui du débat sur l'unité de la gauche radicale, déterminera sans doute si le parti est capable de relever le défi de la crise sociale et politique actuelle.

La contribution aurait pu s'intituler également 'Pour un NPA féministe, laïque, ANTIRACISTE et de masse'.


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Les régionales se sont déroulées en pleine campagne sur « l'identité nationale » raciste et islamophobe. Le NPA était le seul parti politique capable de s’y opposer frontalement sans se soucier des effets électoraux de son positionnement.

Issue d'un quartier populaire, la candidature d'une jeune musulmane portant le foulard était un atout pour rejeter (et non pas soutenir) l'islamisation et l'ethnicisation des questions sociales, ouvrir concrètement la voie de l'engagement politique contre les replis communautaristes ; changer les perceptions : elle démontrait que les musulman-e-s, comme les catholiques, les juifs, les athées ou non croyants, sont (comme tout anti-raciste conséquent doit l'affirmer) différenciés sur des bases politiques...

Beaucoup, y compris dans le NPA, ont découvert qu’on peut afficher sa foi, et s'affirmer féministe, laïque et anticapitaliste. C'est un fait que beaucoup (musulmans et athées) jugent contradictoire, mais que les organisations progressistes et tou-te-s les féministes doivent incorporer dans leurs perceptions et réflexions à l'échelle internationale . Il serait paradoxal qu'au lieu de se réjouir d'un engagement constaté contre le capitalisme et le patriarcat, on estime qu'il affaiblit ces combats.

En France et au sein-même des régimes islamiques les plus dictatoriaux, contre des courants intégristes et répressifs, le clivage essentiel n'est pas la religion ni un foulard porté avec des intentions et logiques contradictoires : c'est la défense concrète de droits sociaux et de libertés individuelles et collectives, l'aspiration pratique des femmes à l'autonomie, donc à l'éducation, au travail et au libre contrôle de leur corps et de leur sexualité – contre l'ingérence de pouvoirs religieux dans les choix individuels, y compris religieux.

Le NPA doit aider à l'émergence d'un parti de masse anticapitaliste qui combat en pratique, en son sein et dans la société, pour que la religion ne soit pas un obstacle à l'engagement politique et militant commun écologiste, anticapitaliste et sur les axes suivants.

1- Féminisme : Nous nous revendiquons du combat contre le patriarcat et contre toutes les violences faites aux femmes, pour leur émancipation. Celle-ci passe par leur libre choix. C'est pourquoi nous sommes contre l'obligation du foulard et contre l'interdiction de le porter dans l'espace public et la vie politique.

Il est faux d'affirmer qu'une campagne du NPA incorporant des femmes voilées pourrait moins bien exprimer l'exigence de liberté pour toutes les femmes, notamment face aux intégristes.

C'est en tant que féministes qu'il s'agit de reconnaître la diversité des cheminements vers l'émancipation et soutenir toutes les femmes qui luttent concrètement (avec ou sans voile) pour leur pleine reconnaissance comme être humain et responsable.

2- Oppressions croisées.
Dans le débat en France, racisme et l'islamophobie sont réels dans le rejet des femmes voilées. Mais la lutte contre l'impérialisme ou le racisme blanc civilisateur ne signifie pas l'arrêt de la critique à l'égard des relations d'oppression au sein des nations (ex) colonisées ou non occidentales : la lutte contre l'islamophobie ne signifie pas empêcher la critique des régimes ou courants islamistes. Mais dans le contexte de la guerre impérialiste en Afghanistan, l’indignation subite et sélective sur le sort des femmes afghanes pour légitimer cette guerre devait être combattue.

Si dans des fronts (ou des moments) de lutte on peut mettre l'accent sur un enjeu principal et s'il existe des réalités de classe qui structurent les systèmes d’oppression, nous ne devons pas pour autant établir une hiérarchie morale entre toutes les oppressions croisées (sociales, de genre, de nations) que nous combattons.

3. Laïcité: nous considérons comme un acquis la séparation de l'Etat de tout pouvoir d'ingérence politique de l'Eglise et de tout clergé. Et nous nous appuyons sur la jurisprudence et l'interprétation de la laïcité produite par la Ligue des Droits de l'homme qui distingue deux sphères publiques. Celle des institutions d'Etat où s'impose la neutralité, d’une part ; et la sphère sociétale d’autre part, où la laïcité permet aux usagers et citoyens (à leurs élus, qui ne sont pas des fonctionnaires !) d'exprimer leurs convictions ou croyances en toute liberté, dans le respect des libertés publiques. C'est pourquoi dans cet espace public et politique, la visibilité du foulard n'est pas anti-laïque.

4- Rendre visible notre égalité dans la diversité et l'unité de nos luttes...
Venant de cheminements variés, tous nos membres doivent être égaux sur la seule base de l'adhésion à notre programme. Le bilan des luttes menées au nom d'idéaux d'égalité et de libertés doit intégrer Franz Fanon et Malcolm X mais aussi Martin Luther King et bien des théologies de la libération... car si la religion sert à justifier l'ordre inégalitaire et les oppressions, la foi peut aussi se retourner contre eux.

(Texte signé par 37 militant-e-s du NPA, à ce jour)

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