1 avril 2010

Arguments et (excellents) contre-arguments au sujet de la candidature d'Ilham Moussaïd au sein du NPA

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Des membres du NPA ont manifesté leur désaccord avec la décision concernant la candidature d’Ilham pour au moins 5 raisons fondamentales, brièvement évoquées ci dessous.

(En italique éléments pour un contre-argumentaire)

NOTE DU POIREAU ROUGE : Il est évident que je m'associe complètement aux contre-arguments, que je trouve bons, mais trop conciliants. En effet, il ne faut pas sous-estimer le poids de l'islamophobie dominante qui pèse y compris sur des militants qui se définissent comme des révolutionnaires. "ChacunE savait", disent les militants qui critiquent la candidature d'Ilham, "que la question divisait profondément le NPA." C'est que, effectivement, ceux qui ont pris l'initiative de lancer le NPA, la direction 'historique' de la LCR, avaient fui leurs responsabilités en la matière. Que la question de la défense d'une minorité opprimée et discriminée puisse diviser une organisation 'anti-capitaliste' a de quoi inquiéter.

Voici donc le texte en question et les contre-arguments :

Démocratie

Nous jugeons inacceptable l’absence de débat collectif à propos d’un choix qui a une portée nationale et que tout le NPA a été sommé d’assumer, comme si la discussion était close avant même d’avoir commencé, alors que chacunE savait que la question divisait profondément le NPA. Ce n’est pas comme cela qu’un parti démocratique doit fonctionner. La règle communément admise jusque là, c'est que le débat précède toujours la décision. Dans le cas présent, ce fut l’inverse. Nous savons que bon nombre de militants et militantes ont été consternés que soit imposée à toute l'organisation une candidate affichant un signe religieux, devenue pour certains un porte-drapeau.

Le NPA est un projet inachevé, un chantier ouvert, dans un tel contexte également nombreux sont les camarades qui ont vu dans la candidature d'Ilham une avancée salutaire et un encouragement en ce que notre combat anticapitaliste commun était dans les faits en capacité à rassembler largement. Il faut également remarquer que cette décision a été prise démocratiquement à l'échelle du comité dont est issue Ilham et du département du Vaucluse. Et aucune instance nationale n'a souhaité débattre de cette candidature en amont. Affirmer que cette candidature était « prématurée » est pour le moins aussi une façon d'anticiper l'issue d'un débat qu'il est urgent de mener sur le fond en évitant d'adopter des procédés qui risquerait d'insulter l'avenir.

Le NPA ne se définissant pas comme un parti athée, un-e croyant-e n'est pas moins habilité que tout-e autre militant-e à le représenter. Que cela se sache ou même que cela se voit, ce qui compte c'est la capacité de la ou du camarade à défendre le programme du parti. Le choix de nos représentants repose sur des critères qui doivent en outre intégrer leur parcours personnel c'est à dire leur investissement sur tel ou tel front de lutte (entreprise, fac, travail femmes, travail homo, antiracisme, etc.). Si nous sommes fiers de compter dans nos rangs des camarades reconnus et populaires pour un tel engagement, nous ne nous privons pas de le faire savoir mais cette "mise en avant" que nous assumons collectivement n'a qu'un seul but : illustrer notre volonté d'unifier tous les secteurs de luttes, créer "du tous ensemble".

Laïcité

Le NPA s’est déclaré laïque. Cela signifie que croyant-e-s, agnostiques ou athées doivent pouvoir cohabiter dans la mesure où il y a accord entre tous et toutes sur son programme anticapitaliste, antiraciste, écologiste, internationaliste et … féministe. C’est faire le choix d’unifier l’ensemble des exploités et des opprimés des deux sexes, pour mener un combat collectif sur ce programme.

Il s’agit donc de refuser les divisions en termes de communautés religieuses. Ce qui est parfaitement compatible avec la défense de revendications contre les discriminations que subissent spécifiquement les musulmans en France. Mais choisir une militante avec un foulard musulman comme porte-parole, c’est valoriser la dimension religieuse, voire favoriser le prosélytisme religieux et les divisions entre croyantEs et non-croyantEs, femmes voilées ou non-voilées, femmes « pudiques » et femmes « impudiques » etc.

C'est justement parce qu'il est plus que jamais nécessaire dans un climat de remontée du racisme et de crispation communautaire d'affirmer avec force que pour ce qui nous concerne nous combattons tout ce qui vise à diviser la classe qu'il est nécessaire de présenter ensemble des camarades croyants et non croyants, manifestant visiblement leur foi ou non. Le refuser revient à admettre que les différences religieuses l'emportent sur les accords politiques. Notre conception de la laïcité combat dans un même mouvement les prétentions des dogmes religieux à s'imposer en politique ; les manipulation politiciennes d'une pseudo diversité en forme de comunautarisme ; les capitulations préventives face au chantage islamophobe.

Oppression des femmes

Le mouvement féministe est traversé par plusieurs courants mais en tant que militantes anticapitalistes, nous nous situons dans le courant féministes/luttes de classe. Nous luttons pour l’égalité femmes/hommes. Nous pensons que le combat pour l'émancipation des femmes passe par la reconnaissance du droit à disposer de son corps et par une critique radicale de tous les discours réactionnaires, y compris religieux et de leurs partisanEs, en faveur d’ un ordre patriarcal et hétérosexiste et qui prétendent normaliser la sexualité des individus, en particulier celle des femmes, dans le cadre du mariage et subordonner leurs activités aux devoirs familiaux.

Le choix d'une femme qui porte le voile peut être interprété comme excluant les femmes qui estiment que le voile est un symbole d'oppression et que les dogmes religieux n'ont pas à leur imposer des règles de vie, quels que soient les motifs individuels invoqués par ces militantes. Le foulard ne peut pas être considéré comme un vêtement comme un autre.

Nous n’oublions pas que les femmes ont gagné des batailles pour leur émancipation en France et ailleurs en luttant contre les Eglises ou contre les laïcs qui leur refusaient le droit de vote sous prétexte qu’elles étaient influencées par l'Eglise!

Quelles que soient les déclarations d’Ilham sur le droit des femmes à l’avortement et à la contraception, le voile qu’elle porte obscurcit le message que nous souhaitons diffuser, dès lors qu’elle représente publiquement le NPA.

C'est précisément parce que nous nous inscrivons avec détermination dans le courant lutte de classe du féminisme que nous combattons les opérations de division entre les femmes et entre les femmes et les hommes selon des critères autres que politiques. Le foulard de l'Islam est un acte de foi, il ne constitue pas en soi une preuve d'oppression. Son instrumentalisation massive, à travers le monde par l'ordre patriarcal et hétérosexiste pour opprimer les femmes en en imposant le port doit être combattu sans restriction. Dans le même temps son port volontaire doit être compris comme ne relevant pas de cette entreprise d'instrumentalisation mais comme la réappropriation d'un acte de foi individuel parfaitement compatible avec la contestation radicale de cet ordre patriarcal. De ce point de vu une candidate anticapitaliste qui porte le voile, loin d'obscurcir le message de son parti, l'enrichit de nouveaux possibles.

Internationalisme

En tant que parti internationaliste, quel message renvoie-t-on aux femmes des pays qui se battent contre les Etats religieux qui leur imposent de se voiler, de dissimuler complètement leur corps et qui leur dénient toute possibilité de décision quant à leur vie ? Ce n'est sûrement pas un message de solidarité et de soutien à toutes celles qui luttent au quotidien pour acquérir quelques espaces de liberté.

Peu importe pour certainEs militantEs qui voient dans le foulard un symbole de la résistance internationale à l’impérialisme ! Les femmes portant le foulard dans les pays dits occidentaux constitueraient l’avant garde résistant aux politiques racistes et impérialistes menées depuis le 11 septembre.

Pour nous, il n’est pas question de tomber dans le piège de la théorie de l’ennemi principal qui entraîne un soutien inconditionnel à tous mouvements opposés à l’impérialisme quand bien même ils oppriment les femmes, font régner la terreur dans les populations et portent un projet de société radicalement opposé au nôtre. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis. Etre internationaliste, c’est lutter pour l’émancipation au delà des frontières, c’est donc être solidaire des victimes de toutes les oppressions, partout dans le monde. Les femmes qui luttent pour ne pas se voir imposer le port du voile ne peuvent être considérées comme des victimes « collatérales » du combat anti-impérialiste. En Afghanistan, nous sommes aux côtés de celles et ceux qui se battent à la fois contre l’impérialisme et les talibans.

Pour nous non plus il n'est pas question de tomber dans le piège de la théorie de l'ennemi principal. Nous savons que l'ennemi de notre ennemi n'est pas forcément notre ami et qu'être internationaliste c'est soutenir nos camarades avec ou sans voile qui combattent souvent sur deux fronts dans des situations autrement plus dangeureuses que les nôtres.

En tant que parti internationaliste nous savons que la réalité ne se résume pas aux coordonnées héxagonales. Si le foulard islamique n'est en aucun cas à lui seul un symbole de résistance à l'impérialisme, nous savons que des pays voient des militantes anticapitalistes portant le voile combattre aux côtés d'autres qui ne le portent pas, et avec un courage remarquable face à l'impérialisme et en même temps face à des fondamentalistes islamistes.

Enfin être internationaliste dans un pays impérialiste comporte des responsabilités particulières. Le vieux slogan du défaitisme révolutionnaire "combattre d'abord l'ennemi dans son propre pays" est toujours valable. Et l'instrumentalisation de l'islamophobie est un axe central de la propagande chauvine et militariste en Europe. Il exige de notre part un combat permanent contre la diabolisation de l'Islam et pour l'intégration à part entière de camarades musulmans dans le camp des travailleurs.


A propos de l’intervention dans les quartiers populaires

Déclarer qu’une telle candidature constitue un message envoyé aux jeunes des quartiers populaires est choquant. C’est laisser penser que leur premier problème est d’ordre religieux alors qu’ils subissent de plein fouet la précarité et sont victimes de multiples discriminations. Par ailleurs, si des jeunes femmes portent un voile, de nombreuses autres essaient d’y échapper. Le NPA doit leur manifester sa solidarité explicite, comme il doit le faire au plan international. Il y a là à la fois une méconnaissance de la réalité des dits quartiers populaires, et une erreur politique fondamentale qui consiste à diviser au lieu d’unifier.

Notre démarche cherche à prendre en compte toutes les oppressions (de classe, de genre ou post-coloniale) qui se combinent et renforcent les inégalités. Nous refusons de les hiérarchiser au point d’en négliger certaines.

Estimer qu'une telle candidature résout la question de notre intervention dans les quartiers populaire est absurde. Mais estimer qu'une camarade issue des quartiers populaires est disqualifiée par son seul foulard pour nous y représenter, alors que son activité militante fait d'elle une actrice reconnue dans son quartier est choquant et relève effectivement d'une méconnaissance de la réalité de ces quartiers ou les solidarités savent souvent transcender les différences de rapport à la religions. C'est justement ce qu'il s'agit d'encourager en évitant l'erreur politique fondamentale qui consiste à diviser au lieu d'unifier.

Alors que les populations de culture musulmane subissent une double discrimination, sociale et ethnique, il est tout à fait naturel qu'elles réclament à la fois l'égalité des droits politiques et la visibilité de leur pratique culturelle et religieuse dans l'espace public. Elles doivent trouver au sein du NPA cette égalité et cette visibilité.


En conclusion :

Le débat s’est engagé dans le NPA et nous nous sommes regroupés pour discuter, élaborer et défendre notre position illustrée par les cinq axes que nous avons développés dans ce texte. Le débat va se poursuivre et s’approfondir. Nous appelons toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans notre démarche à nous rejoindre.

Le débat, trop longtemps reporté parfois pour de légitimes raisons, parfois pour de moins bonnes, s'ouvre enfin entre nous. L'anticapitalisme qui nous unit doit nous permettre d'y construire ensemble une issue positive en déjouant l'offensive raciste de l'Etat qui s'est aussi traduit par une opération de division contre nous. Nous l'abordons convaincus qu'à l'issue d'un débat entre camarades il n'y a ni gagnants ni perdants, ou tout le monde perd ou tout le monde gagne. Notre objectif c'est de maintenir grande ouverte la porte du NPA aux processus de radicalisation anticapitaliste en cours dans toutes les couches exploitées.

Un communiqué du Comité populaire 84 du NPA ...

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