2 avril 2010

Les Catholiques et l'identité nationale

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Je conseille la lecture de cet article d'Agnès Rousseaux, paru dans Témoignage Chrétien (catholique progressiste), dont voici quelques extraits pertinents :

/.../ [D]ans les discours s’opère une convergence entre des catholiques défendant parfois de manière virulente l’identité chrétienne et les tenants d’une laïcité combative. Un phénomène qu'explique le sociologue Emmanuel Todd : dans un contexte de laïcité désorientée par la disparition de son adversaire catholique, « la laïcité devient laïcisme, et réunit dans une hostilité commune à un islam fantasmé les incroyants venus de la vieille laïcité républicaine et ceux qui viennent de sortir du catholicisme terminal ».

Ces « ultra-laïques » sont pour certains passés de la lutte contre tous les intégrismes à la défense de l’identité chrétienne face à l’islam. « Le catholicisme n’est plus autant perçu comme un enjeu de laïcité, il y a une réconciliation d’anciens frères ennemis sur le dos de l’islam », analyse Jean Baubérot, professeur d’histoire et de sociologie de la laïcité à l’École pratique des Hautes-Études. Il décrit l’apparition d’une « nouvelle » laïcité, au tournant des années 90. Celle-ci se résumait, jusqu’au XXe siècle, au combat des deux France. Elle opposait « une France catholique, incluant des athées ou agnostiques comme Maurras, voulant une France qui garde ou retrouve une identité chrétienne », et une « France républicaine, se réclamant de la révolution française ». /.../

À partir de 1989, ce n’est plus tant au catholicisme que la laïcité s’affronte, mais aux minorités religieuses, notamment musulmane. La construction sociale de cette laïcité s’enracine dans l’histoire de la décolonisation. « Dans la conception de cette laïcité, il y aurait la France des “ Français de souche ” avec tous les guillemets qu’on peut mettre à cette expression, qui serait naturellement laïque. Et d’autres citoyens qui seraient soumis à un examen de passage, même au bout de la deuxième ou de la troisième génération, pour prouver leur intégration », explique Jean Baubérot. Une laïcité qui ne s’applique qu’à une partie de la population, sommée de donner des gages de fidélité à la nation. Certains thèmes du conflit des deux France sont ainsi recyclés face à l’islam. /.../

Les catholiques sont-ils attachés à cette nouvelle laïcité, qui influence la perception de l’identité nationale ? Les lignes ne sont pas claires, on retrouve des catholiques dans tous les courants, comme le reste de la population. « Certains Français ont une culture laïque, qui n’est pas à géométrie variable. D’autres ont un attachement à la laïcité proportionnel à la méfiance qu’ils ont de l’islam, décrit Jean Baubérot. Le premier courant se positionne par exem­ple contre le concordat en Alsace-Moselle, mais il n’y a pas de manifestations publiques sur ce sujet, et la portée sociale de ce courant est à peu près nulle. »

Le second courant, lui, est anti-islam. « Au niveau du fonctionnement social, c’est ce deuxième courant qui fait le tri, qui fait surgir les débats dans la société. », analyse Jean Baubérot. Résultat ? Une radicalisation des discours et une surenchère dans le débat sur l’identité nationale. Le vocabulaire a changé et les forces en présence ne sont plus les mêmes.

Le point central ? L’exclusion d’une religion minoritaire, l'islam, présentée comme menace, facile bouc émissaire d’un débat totalement instrumentalisé par le pouvoir politique. Sans doute pour mieux faire oublier l’essentiel : sous couvert de « patrimonialisation » du catholicisme, Nicolas Sarkozy annonce sa volonté de défendre les racines chrétiennes de la France. Donner une dimension religieuse à l’identité nationale, voilà qui va dans le sens opposé à la dynamique lancée par la loi de 1905. Une idée qui plaît indéniablement à une partie des catholiques… ceux capables d’argumenter que l’ouverture d’un Quick halal met en péril l’identité profonde de la France et son unité nationale. /.../

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