7 mai 2010

Elections législatives britanniques

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NOUVEAU : ELECTIONS MUNICIPALES PARTIELLES
Succès remarquable pour la campagne unitaire anti-BNP: le parti anti-immigrés et islamophobe de Nick Griffin (le leader nazi a lui-même été humilié aux législatives) perd les 12 sièges de conseiller municipal qu'il détenait à Barking, et subit des revers spectaculaires ailleurs, y compris à Stoke où il est bien implanté. Voir également cet article sur le site de Socialist Worker : BNP wiped out in Barking - and deep losses elsewhere.

En même temps le parti travailliste rafle tous les 51 sièges à Barking et gagne plusieurs municipalités. Ce sont décidément des élections surprenantes.
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Globalement, si l'électorat a donné une large majorité relative au parti conservateur, le résultat est loin d'être un triomphe pour la droite libérale, malgré la "compassion" de son jeune leader David Cameron (l'arrière fois 5 petit-fils du roi William IV et de sa maîtresse) pour les pauvres. Les Tories n'atteignent pas le chiffre magique de 326 sièges pour pouvoir former un gouvernement seul et sans le soutien d'autres députés.

La parti travailliste fait son plus mauvais score depuis des décennies, mais limite la casse, alors que la bulle des Liberal Democrats a éclaté avant même que le parti centriste (ou de 'centre-gauche', comme on veut) n'ait à fait ses preuves.

Résultat des courses, c'est la première fois depuis les années trente que la situation politique paraît si confuse au lendemain d'une élection législative censée produire un gouvernement 'stable' et 'fort'. Gouvernement de droite minoritaire, obligé à négocier quotidiennement avec les Lib Dems, le SNP, les Unionistes ... ? Alliance 'rouge-jaune' (travaillistes et Lib Dems) lui-même également minoritaire ? Alliance 'bleu-jaune' (Tories et Lib Dems) majoritaire mais instable ? Ce n'est donc pas étonnant que la livre sterling plonge et que les bourses paniquent.

L'extrême droite (British National Party) progresse dans plusieurs régions comme le Yorkshire mais stagne dans d'autres. Elle ne réussit pas la percée espèrée, surtout à Barking ou le chef nazi Nick Griffin, député européen, arrive en 3ème position dans une circonscription qu'il pouvait espèrer gagner après le triomphe du BNP aux dernières municipales. Son score (14%) est même en baisse.

Mais si on cumule le score du BNP, qui a présenté 300 candidats, avec celui de United Kingdom Independence Party (sic), qui lui aussi a fait une campagne axée sur l'immigration, la tendance est inquiétante. Ces deux partis, et la campagne de propagande menée par une partie de la presse, ont pesé sur les partis dits 'modérés' qui (à l'exception partielle des Liberal Democrats) se sont rivalisés pour paraître plus répressifs les uns que les autres.

Le succès des actions concertées de la gauche et du mouvement antifasciste Unite Against Fascism dans la circonscription où se présentatit Griffin (diffusion de tracts, porte-à-porte, meetings, concerts ...) démontre cependant que la progression de la droite raciste et islamophobe n'a rien d'inévitable.

BNP vote increases, but fails to win seat (BBC News)

Caroline Lucas (Verts), députée européenne, est élue à Brighton, et devient la première députée Vert. Les Verts britanniques, comme d'autres partis 'écolos', ne sont pas toujours très à gauche. Mais Lucas est parmi les meilleur(e)s représentant(e)s de ce mouvement, et une opposante conséquente à la guerre. Elle avait le soutien unanime de la gauche radicale non-sectaire.

Lucas to be first Green Party MP (BBC News)

Le commentaire de George Monbiot (The Guardian) : Lucas lifts the jinx ...

Résultats très faibles voire dérisoires des candidats de la gauche radicale (TUSC, Respect, SSP, divers groupes sectaires, indépendants ...). A noter cependant les 25% et la deuxième place de Salma Yaqoob à Birmingham (aux municipales elle est réélue); les 7,7% d'Eamon McCann à Foyle ; les scores de Dave Nellist à Coventry (3,7%), de Jenny Sutton à Tottenham (2,6%) et quelques autres.

George Galloway (Respect), député sortant, arrive en 3ème position derrière Labour et les Tories, avec 17,5%.

Un aspect significatif de ces élections : alors que la droite possède une écrasante majorité en Angleterre (une centaine de sièges d'avance), elle a un seul député en Ecosse, où le Labour Party, le Scottish National Party et les Liberal Democrats partagent 58 sièges sur 59. Un journaliste de la BBC a remarqué, l'air étonné, que lors de ses conversations avec des électeurs écossais, le nom de Margaret Thatcher était souvent spontanément évoqué ! Un gouvernement des Tories à Westminster n'aurait donc aucune légitimité au nord de la frontière, ce qui ne manquerait pas de poser de nouveau la question des rapports entre les deux pays. Il faut également se rappeler que le gouvernement local issu des élections au parlement écossais est conduit par le SNP, dont le programme contient la revendication de l'indépendance.

L'impopularité du parti de Gordon Brown permet cependant à la droite de progresser au Pays de Galles, ce qui représente un exploit quand on connaît l'histoire de ce pays. Autrefois, les conservateurs étaient honnis dans ce pays très ouvrier et fortement marqué par le radicalisme protestant (rien à voir avec le protestantisme réactionnaire de l'Irlande du Nord).

En Irlande du Nord, justement, en plus du bon score de notre camarade Eamonn McCann, notons la sortie spectaculaire par des électeurs protestants habituellement très légitimistes du premier ministre Peter Robinson (Democratic Unionist Party). Robinson avait été impliqué dans un scandale auquel était également mêlée sa femme et le jeune amant de celui-ci (!). Cela faisait effectivement désordre dans cette communauté traditionnellement très puritaine et ce parti fondé par le pasteur fascisant Ian Paisley. Plus surprenant, sa défaite a été regrettée par son premier ministre adjoint, Martin McGuinness (Sinn Fein), un ancien dirigeant de l'IRA, confirmant ainsi le vieux adage marxiste qu'"un terroriste est un réformiste avec un fusil". Sinn Fein s'est effectivement transformé en quelques années de l'aile politique officieuse de l'Irish republican Army en un parti 'responsable' et co-gestionnaire des affaires locales avec son ancien ennemi juré, le DUP.

Robinson a été battu facilement par Naomi Long, la candidate d'un petit parti centriste, Alliance, qui - fait rarissime dans la province - réunit des Protestants et des Catholiques. Elle devient la première députée à Westminster de son parti.

Autre fait marquant, l'East End de Londres, populaire et multiculturelle, va complètement à contre-courant du reste de l'Angleterre et voit un renforcement des positions du parti travailliste, déjà confortablement installé, au dépend, en même temps, de toute alternative à gauche comme Respect.

Ici, le journal britannique Socialist Worker réagit à chaud aux résultats de la gauche (vous trouverez également des liens à d'autres articles - tous en anglais).

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