29 mai 2010

Ne pas abandonner ! Relancer le projet large, pluraliste et unitaire du NPA

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Il s'agit d'un texte écrit par des militants unitaires du NPA pour le débat en interne du parti. Ces camarades organisent une réunion nationale les 5 et 6 juin 2010 à Montreuil (93). Il existe par ailleurs un autre courant unitaire, Convergence et Alternatives, qui a pris la décision de s'ouvrir vers l'extérieur, alors que d'autres militants ont déjà quitté le NPA (pour aller où ?).

Le NPA vient de vivre la pire séquence de sa courte histoire. Non seulement, ses résultats électoraux lors des régionales sont mauvais, mais il est aujourd’hui fragilisé pour politiquement peser sur le champ politique, sur les recompositions en cours au sein du mouvement ouvrier. Le risque qu’il se transforme en parti purement protestataire, en parti de la surenchère revendicative est tout à fait réel.

L’onde de choc des résultats électoraux est considérable au sein de notre organisation. Se contenter de raisons objectives (situation politique et sociale, abstention, etc.) pour les expliquer et sous-estimer les erreurs que nous avons commises serait se fourvoyer. L’absence d’une orientation unitaire conséquente et le fait que nous sommes apparus à l’échelle nationale comme refusant un cadre unitaire d’une part et souvent comme indifférents, voire hostiles dans certaines régions, à l’aspiration des salariés à donner une raclée possible à Sarkozy d’autre part, nous a coûté très cher politiquement et électoralement.

Pour enrayer les démissions, (démissions d’ailleurs à sens unique, la plupart étant celles de partisan-e-s d’un NPA anticapitaliste mais aussi ouvert et unitaire), surmonter le désarroi, retrouver l’enthousiasme des mois qui ont précédé et suivi le congrès de fondation, il est indispensable que le débat s’engage sans tarder au sein du NPA sur le bilan des élections régionales et plus largement sur un peu plus d’un an d’existence mais aussi sur la préparation du prochain congrès national.

Dans cette situation difficile, nous ne devons pas aujourd’hui céder au découragement et à l’amertume. Il s’agit bien de revenir au projet initial du NPA de construire un parti anticapitaliste large, pluraliste et unitaire. Cela implique de clarifier les ambiguïtés, les non-dits et un certain nombre de compromis du congrès de fondation. Ainsi, par exemple, la perspective de la construction d’« un parti anticapitaliste pour la transformation révolutionnaire de la société », ne peut être qu’une simple formule. Elle doit être sérieusement précisée car elle donne lieu à des interprétations parfois contradictoires. Cela nécessite aussi de définir une politique unitaire conséquente dans les mobilisations sociales, mais aussi sur le plan politique de manière à pouvoir peser sur les recompositions politiques à l’œuvre à la gauche du Parti socialiste. En un mot, donner une dimension concrète à la formule « constitution d’un front politique et social ». Le débat sur le bilan de notre orientation et des résultats électoraux des régionales a fait apparaître des convergences réelles entre des membres du CPN qui n’avaient pas voté pour la même position lors de la consultation des militants. Il en est de même dans les comités, et c’est une bonne chose, cela montre que le NPA est une organisation vivante et que ses débats sont en lien avec la réalité. Des accords se sont aussi exprimés, même si cela ne s’est pas concrétisé par une résolution commune, sur les tâches immédiates. Affaibli, Sarkozy va accentuer sa politique réactionnaire dans tous les domaines, à commencer par les retraites. La crise financière qui touche de plein fouet l’Union européenne va également générer un approfondissement des attaques contre les services publics, les acquis sociaux. Il est tout à fait vital qu’un front de résistance le plus large possible se constitue pour mettre en échec les politiques libérales. Mais il est tout aussi vital, à un moment où l’ineptie des propositions social-libérales va être révélée au grand jour et à une échelle de masse, à la lumière des politiques menées en Grèce, au Portugal et en Espagne, de dégager une alternative anticapitaliste conséquente dont le NPA doit être partie prenante et être un élément moteur. De même, des convergences se sont dessinées sur la nécessité pour le NPA d’être partie prenante des débats qui traversent toutes les composantes qui se situent à la gauche du PS, et d’intervenir activement dans les semaines et les mois qui viennent dans les processus de recomposition du mouvement ouvrier en affirmant sa disponibilité et en prenant des initiatives. Les démarches unitaires, qu’elles aient abouti ou non, menées dans plusieurs régions peuvent être des points d’appui pour avancer dans ce sens.

Nous pensions qu’une réunion nationale des comités en juin, telle qu’elle était proposée par le Comité exécutif, pouvait être la première étape pour que le débat s’engage réellement dans l’organisation. Sa préparation pouvait permettre à toutes et tous les militant-e-s, à tous les comités de s’emparer du débat, de tirer les bilans de la campagne des régionales et plus généralement d’un an d’existence du NPA, permettre un véritable brassage d’idées dont la réunion nationale aurait du être le réceptacle. Celle-ci n’était pas conçue comme un pré-congrès mais comme un moment de mise en commun des réflexions issues des comités, condition pour préparer dans les meilleures conditions possibles le congrès du NPA. Malheureusement, une majorité du CPN a pris la lourde responsabilité de rejeter la tenue de cette réunion nationale, et de se cantonner à la tenue de coordinations régionales qui ne répondent pas à cette nécessité de l’implication des comités pour la prise en charge collective à la fois des bilans – l’intérêt était notamment la mise en commun des expériences de campagnes régionales qui se sont faites sur la base d’orientations différentes – et de la préparation du congrès. Face à cette situation de verrouillage de fait du débat, nous laissons ouverte la possibilité de prendre des initiatives comme une réunion nationale prise en charge bien au-delà des seuls signataires de cet appel.

Notre volonté n’est pas de dégager une majorité de façade. Les divergences au sein d’un parti et d’une direction sont normales car il y a toujours plusieurs réponses possibles aux échéances de la lutte des classes. Par contre, nous devons avoir comme ambition que se dégage une majorité sur le projet d’ensemble de construction du NPA. Un parti anticapitaliste dont l’objectif affirmé est de remettre en cause l’exploitation capitaliste mais aussi toutes les formes de domination, d’aliénation, d’oppression aux travers desquelles la bourgeoisie assure sa domination, le débat sur comment y parvenir étant laissé largement ouvert. Un parti unitaire aussi bien dans les mobilisations sociales que sur le champ politique préconisant chaque fois que possible la constitution de fronts sociaux et politiques dont la géométrie ne peut être que variable suivant les échéances, mais qui doit pourtant être une ligne de conduite. Un parti ouvert, c’est-à-dire un parti qui ne s’auto-affirme pas comme étant LE cadre de la construction d’une alternative anticapitaliste à la social-démocratie mais un parti convaincu que cette alternative sera le résultat de processus incluant d’actuelles et sûrement de nouvelles forces qui pourront émerger à la gauche de la social-démocratie et des échanges avec les composantes du mouvement social. A l’échelle de l’Europe, c’est une démarche identique qui devrait également nous guider pour avancer dans la mise en place de cadres de collaboration avec d’autres forces anticapitalistes avec comme objectif une expression et une intervention communes pour répondre à la politique de l’Union européenne et à la crise économique qui la frappe de plein fouet. Un parti démocratique enfin, dans lequel des courants doivent pouvoir cohabiter paisiblement, où la centralisation (qui n’a rien à voir avec l’homogénéisation préconisée par certains) doit se conjuguer avec une réelle autonomie des comités et des régions, avec notamment le droit maîtrisé collectivement à l’expérimentation.

Une majorité sur une telle conception du NPA est possible. Nous en sommes convaincus. Sans tarder engageons-nous pour qu’elle s’exprime avec force au prochain congrès.

Des membres du CPN et de la commission médiation : Agathe (30), Aguirre (75), Anthony (51), Christian (Limousin), Christine (44), Fanny (Tours), Fanny (75), Flavia (75), France (75), Gilbert (84), Hélène (94), Jean (75), Jeremy (57), Julie (94), Leila, (75), Loïc (31), Maël (75), Marie-Line (72), Martine (59), Mireille (26), Monique (92), Olivier (93), Olive (94), Omar (95), Philippe(75), Raymond (83), Stéphanie (94), Thomas (43), Yann (92).

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