12 mai 2010

Tremblement de terre politique au Royaume-Uni



L'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de droite sous le leader du Parti conservateur, le très aristocratique David Cameron, épaulé par le leader Liberal Democrat, Nick Clegg, signale une nouvelle ère politique outre-Manche. Il n'y a pas eu un véritable gouvernement de coalition depuis la deuxième guerre mondiale, et à l'époque il s'agissait d'un gouvernement tripartite réunissant les trois grands partis.

Les Liberal Democrats, tout en conservant une politique économique très libérale, ont su se présenter comme un parti 'progressiste', alors que la réalité sur le terrain, au niveau municipal où ils sont capables de la pire démagogie, est souvent très différente. Des millions d'électeurs de gauche ont opté pour les Lib Dems en pensant permettre une rupture avec l'hégémonie des deux grands partis de gouvernement. Et ils ont eu les Tories (Parti conservateur) !

En même temps, une partie de l'électorat ouvrier traditionnel est restée fidèle ou est même revenue à la 'vieille maison' travailliste, parfois en nombre considérable (voir par exemple les résultats du Labour Party dans l'est de Londres, ainsi que dans les élections municipales). Certains députés de la gauche du parti, opposés à la guerre en Irak et en Afghanistan ou défenseurs des services publics et des syndicats, ont été réélus avec de bons scores - ce qui ne signifie pas que la gauche du parti est capable d'inverser le rapport de forces et d'imposer une nouvelle ligne face à la majorité 'blairite' ou 'Old Labour' de droite.

La bonne surprise de l'élection est la quasi élimination - l'humiliation même - de l'extrême droite (British National Party). Mais son échec cuisant ne doit pas masquer le niveau considérable de son soutien qui lui aurait fait gagner plusieurs sièges sous un système électoral à la proportionelle, et bien sûr la pénétration de ses idées. La mobilisation antinazie a été considérable, et pourrait contribuer à l'émergence d'une gauche radicale plus confiante et plus unie.

A la gauche du Parti travailliste, il n'existe pas de force électorale significative. Ce n'est pas l'élection d'une seule députée des Verts, Caroline Lucas, située à la gauche du parti, qui change la donne. Le seul député de Respect, George Galloway, est battu, et semble vouloir faire une nouvelle carrière de documentariste politique à ... Hollywood. Salma Yaqoob, malgré une excellente campagne et un bon score, à été facilement battue par le député sortant travailliste à Birmingham. (Notons en passant l'élection de 8 députés musulmans majoritairement travaillistes dont 3 femmes.) Pour le reste, la campagne aura permis dans le meilleur des cas de contacter des gens qui sont prêts à se lancer dans la lutte pour l'emploi et pour la défense des services publics, ce qui n'est déjà pas négligeable.

C'est donc sur le terrain social que la résistance commencera, et ce dès le lendemain de l'inauguration de Cameron. Cette fois-ci, il n'y aura pas 'd'état de grâce' (ou 'lune de miel' selon l'expression anglaise), car le gouvernement a peu de légitimité et la crise impose des mesures dratstiques. La mobilisation de la gauche sociale, politique et syndicale est déjà en bonne voie - reste à savoir si les directions syndicales accompagneront (pour mieux contrôler) ou freineront le mouvement.

Les analyses vont évidemment bon train. En voici quelques unes pour commencer :

Voici la réaction du journal britannique Socialist Worker : Cameron takes over - don't mourn, organise (article de Simon Basketter)

Pour Alan Thornett (Socialist Resistance - IVème Internationale), il est indispensable de mettre le combat pour une réforme électorale au centre de la résistance, avec celui pour défendre l'emploi et les budgets sociaux.

Un bilan des élections britanniques sur le site du Parti de Gauche

Aucun commentaire: