19 juin 2010

Afrique du Sud : Coupe du Monde et lutte des classes

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Dans Libération : Stadiers en colère ...
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Aux récentes images de Sud-Africain-e-s en liesse à l’approche de la Coupe du monde auraient dû succéder celles de Sud-Africain-e-s construisant des barricades, alors qu’une nouvelle vague de manifestations et de grèves balaie le pays. Dans des scènes évoquant l’apartheid, la police affronte des manifestant-e-s et à des ouvrier-e-s en grève, tirant à coup de lacrymogènes, de balles en caoutchouc et de munitions réelles.

/.../ La proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a diminué de 58% en 2000 à 48% en 2005 et beaucoup de familles ont eu accès à des programmes de réduction de la pauvreté. Mais beaucoup de foyers et de communautés restent piégées par la misère. 75% des enfants noirs vivaient dans la pauvreté en 2007, contre 43% d’enfants «de couleur», 14% d’Indiens et 5% de blancs. Le gouvernement prétend avoir construit plus de 2 millions de nouveaux logements mais il y a toujours 2000 habitations informelles dans tout le pays dans lesquels les gens vivent sans sanitaires ni électricité, dans des cabanes faites de taule ondulée et de matériaux récupérés. Près de 10 incendies par jour tuent des centaines de personnes tous les ans. La colère et l’amertume des rêves brisés de libération rongent ainsi le tissu social. Une rage qui s’exprime aussi à travers les 50 personnes assassinées par jour. Les chiffres de la criminalité ont certes diminué ces dernières années, mais ils sont toujours élevés par rapport à la moyenne internationale.

Officiellement, le chômage est situé à 23%, mais les observateurs les plus sérieux et les militant-e-s l’estiment à plus de 40%. Un chiffre qui risque de monter alors que la crise globale commence à poindre dans un pays dont la récente fortune économique a été le produit d’une demande pour des marchandises comme le charbon, l’or ou le platine. C’est pourquoi les demandes d’emplois et de salaires décents sont au cœur des revendications des manifestant-e-s. Dans ce pays, le travailleur moyen doit nourrir 5 membres de sa famille. Lors des manifestations les média n’ont d’ailleurs pas manqué de noter le jeune âge de nombreux participant-e-s. 1 jeune sur 2 entre 18 et 24 ans est au chômage, et alors que la jeunesse a joué un rôle symbolique et de premier ordre depuis les révoltes de Soweto en 1976, il n’est pas surprenant qu’elle se soit impliquée. Malgré sa récente promesse de créer 500 000 emplois, le président Zuma a reculé et statué que « ce ne sont pas des emplois permanents que l’économie devrait créer, mais des opportunités qui devraient aider notre peuple à survivre à court terme».

Extrait de 'Au-delà de la coupe du monde: l'Afrique du Sud en révoltes..., par Peter Dwyer, Leo Zeilig, Bertold de Ryon

Pour bien s'informer sur l'Afrique en général, voir le site Afriques en lutte

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