27 juin 2010

‘Deepwater Horizon’ : Quand le capitalisme menace la planète

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Un article à paraïtre dans le journal Anticapitaliste

La catastrophe écologique dans le Golfe du Mexique est l’une des plus graves que le monde ait connues – et elle est loin d’être terminée. D’autres ont été plus meurtrières en termes de vies humaines, mais les effets à long terme de l’explosion le 20 avril d’une plate-forme pétrolière de forage de British Petroleum (BP) sont incalculables.

Sur la Deepwater Horizon, onze ouvriers ont été tués, victimes de la logique boursière et de l’avarice des dirigeants de l’entreprise. Entre trois et six millions de litres s’en échappent chaque jour, sans que ni BP ni les autorités américaines ne possèdent les moyens d’arrêter la fuite.

Dans la région, c’est tout un écosystème comprenant plus de 400 espèces, des activités humaines séculaires comme la pêche et des cultures autochtones uniques qui risquent de mourir – mais il y aura également des conséquences planétaires.

Les chefs de BP ont délibérément pris des raccourcis en poursuivant la mise en service de la plate-forme, qui était le puits de forage le plus profond jamais creusé en offshore.

BP a même ignoré des demandes de son fournisseur Halliburton – celui-là même qui a connu ses heures de « gloire » lors de l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis – de renforcer les mesures de protection. La méthode utilisée pour disperser la gigantesque nappe de pétrole à l’aide d’un produit chimique, le Corexit 9500, dont la toxicité à long terme est inconnue, est également très contestée.

Pour l’entreprise britannique, le rapport entre la recherche d’économies et la sécurité a largement basculé en faveur de la première.

L’autre grande leçon de cette tragédie est qu’on ne peut pas compter sur le gouvernement américain pour protéger les habitants de la région contre un tel désastre écologique.

Dans les paroles, Obama fait mieux que les républicains. Mais la faiblesse de sa réaction initiale et ses échecs face à une justice américaine dévouée aux intérêts des pétroliers démontrent son impuissance, ou son manque de volonté, face aux grands groupes capitalistes.

Peut-on faire confiance aux capitalistes eux-mêmes ou à d’autres Etats ? Certes, les sommes énormes que doit dépenser BP et la chute de ses actions sonnent comme un avertissement pour l’avenir. Mais cela n’a pas ébranlé l’assurance des investisseurs et des agences de notation, qui considèrent que la firme britannique est toujours une valeur sûre. Le principal exploitant brésilien, pour sa part, est en train de réétudier ses projets offshores pour en améliorer la sécurité.

A coup sûr, malgré la mise en place de quelques procédures de sécurité supplémentaires, la poursuite de la rentabilité et l’irresponsabilité des marchés assureront que d’autres Tchernobyl, Bhopal, Exxon Valdez et Deepwater Horizon auront lieu dans les années à venir. Seule l’instauration d’une autre logique, qui donne la priorité à l’intérêt général et à celui des générations futures, pourra arrêter la machine folle.

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