13 juillet 2010

Comment assimiler les 'indigènes' ?

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"Il fut un temps, je peux en témoigner personnellement, où les enquêtes pour naturalisation portaient avant tout sur les opinions politiques des demandeurs, où la police cherchait à débusquer marxistes et autres subversifs étrangers qui menaçaient les « valeurs essentielles » de la République. Désormais, l’ennemi a changé, les pratiques restent les mêmes."

Alain Gresh décortique les définitions mouvantes et très politiquement orientées qui ont motivé, depuis l'époque des colonies jusqu'à aujourd'hui, l'acceptation ou le refus de la demande de la nationalité française par les étrangers originaires des dites colonies ou anciennes colonies.

Quelle autre pays que la France, dont les dirigeants politiques de gauche et de droite vantent si hypocritiquement l'attachement aux droits de l'homme, joue si honteusement avec la notion d'assimilation ?

Tel étranger en général blanc, de culture européenne ou de tradition 'judéo-chrétienne' ou à la limite 'bon musulman', maîtrisant la langue de Molière (comme tous les Français de souche, bien évidemment) est considéré comme "assimilé" ou "assimilable", alors que tel autre, non-blanc, de culture non-européenne, peut-être analphabète (mais souvent parlant plusieurs langues couramment), 'mauvais' musulman, est considéré comme "inassimilable".

Gresh démontre également comment cette politique est particulièrement discriminante envers les femmes, alors que depuis quelques années les gouvernements successifs et les parlements (dominés par des hommes blancs) justifient l'intervention 'humanitaire' à l'étranger et les lois d'exception en France (celle notamment du 15 mars 2004 interdisant le foulard à l'école et au-jourd'hui même l'interdiction dans l'espace public du voile intégral) par la défense des droits de la femme.

Il est bon qu'en ce jour du 13 juillet 2010, veille de l'anniversaire de la prise de la Bastille, quand les députés s'apprêtent à voter la loi sexiste, raciste et liberticide interdisant la 'burqa' - une loi condamnée entre autres par Amnesty International - que la République française impérialiste d'aujourd'hui ne défend aucunement les valeurs de ceux qui combattu pour la liberté en 1789, 1792, 1830, 1848, 1870 ou depuis, ni celles des militants anticolonialistes opposés aux guerres d'Indochine et d'Algérie ou aux massacres de l'armée française au Sénégal, au cameroun, à Madagascar, en Guadeloupe, en Martinique ou en Kanaky.

Alain Gresh : Comment assimiler les indigènes

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