14 octobre 2010

Racisme, islamophobie – organisons la riposte !

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Un article paru dans le n° 13 du journal Anticapitaliste, octobre 2010 (disponible auprès des militants de Marxistes Unitaires et à la librairie La Brèche, rue Taine, Paris 12ème)

Le Sénat a approuvé la loi interdisant le port de la ‘burqa’, déjà votée à une très large majorité par les députés. Elle s’insère dans le contexte d’une montée de mouvements politiques fondés sur la haine des immigrés, des minorités ethniques et des Musulmans. Elle encourage ceux qui profanent des tombes musulmanes et des mosquées, ou se donnent à la haine verbale ou à des agressions.

Il faut construire l’unité de notre classe, bâtir des alliances avec ceux qui sont visés par la vague islamophobe. Le rassemblement qui a eu lieu devant le Sénat le 13 septembre est un petit pas dans la bonne direction. Il a été soutenu in extremis par le NPA. Mais force est de constater que l’opposition à cette loi a été faible.

L’islamophobie, qui n’est pas « pire » que les autres, est la seule forme de racisme, à l’exception peut-être de celle dirigée contre les Roms, qui reçoit un tel soutien de la part de nos gouvernants. Elle doit être combattue de façon ferme et claire, non réduite à une simple expression de xénophobie comme les autres.

La gauche, arc-boutée sur une mauvaise conception de la laïcité et/ou du féminisme, ne voit pas que l’islamophobie avance à grands pas, et qu’elle sert les intérêts de la classe dominante, en divisant les travailleurs entre eux, comme faisaient dans les années trente la haine des Juifs. Elle est plus qu’une simple manœuvre tacticienne en direction des électeurs du Front National.

Des mouvements comme SOS-Racisme et Ni Putes Ni Soumises prêchent pour l’intégration/assimilation dans une République dont ils se disent fiers. Ils répondent au nationalisme de droite par un pathétique ‘Touche Pas à Ma Nation’. Ils sont silencieux sur l’islamophobie, parfois ils nient même son existence.

Trop de gens de gauche considèrent que l’expression publique de la croyance religieuse, qui est un droit démocratique fondamental, est une atteinte aux « valeurs de la République ». C’est une erreur qui renforce la pire des oppressions – celle d’une minorité discriminée au sein d’un pays impérialiste, la France.

Certaines associations religieuses ou communautaires (maghrébines, turques …) se drapent littéralement dans le bleu-blanc-rouge et supplient le pouvoir de leur accorder le statut de « bon Musulman ». Ainsi, le Conseil National du Culte Musulman, créé par le pouvoir dans le but de créer une fidèle clientèle au sein de la communauté (le fameux « Islam de France »), appelle à respecter une loi qui viole les droits des femmes de s’habiller comme elles veulent, et les prive du droit de mener une vie active si elles ne veulent ou ne peuvent pas s’y plier.

Nous affirmons, nous, qu’une mauvaise loi est une mauvaise loi. Comme toutes les lois racistes sur l’immigration, la nationalité, les Roms, et celle de 2004 interdisant le foulard à l’école, nous revendiquons son abrogation. Dès à présent elle doit être combattue dans les faits. Nous appelons les antiracistes à s’associer aux initiatives en cours, à constituer des collectifs contre le racisme et l’islamophobie, à intervenir dans les débats et à agir contre toutes les expressions de l’islamophobie, en commençant par celles des plus hautes instances de l’Etat.

Quelques déclarations de femmes lors du rassemblement du 13 septembre devant le Sénat :

Militante des TumulTueuses : « Ce ne sont pas Sarkozy et Fillon les féministes, nous sommes les féministes. Nous sommes là pour dénoncer cette loi et l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes. »

Ndella, femme noire et voilée : « On nous sert cette loi pour nous berner sur les vrais problèmes de la France. Le vrai féminisme, c’est lutter contre le chômage chez les femmes, pour une vraie représentation des femmes à l’Assemblée Nationale … »

Alima Boumediene-Thiery, sénatrice (Verts) : « Cette loi est un outil supplémentaire au service de la politique sécuritaire. Le contexte m’inquiète parce qu’il y a une montée de l’islamophobie, de l’intolérance, du refus de l’Autre. »

Nora (musulmane) : « A une question qu’on m’avait posée, si derrière chaque femme portant le voile ou le foulard ‘islamique il y avait un homme oppresseur, j’ai dit ‘Derrière chaque femme portant une mini-jupe il n’y a pas de proxénète’ ».

Catherine, militante du NPA : « Nous dénonçons encore une fois cette tentative de transformer la loi dans un sens liberticide, raciste, sexiste. »

Marie (Marxistes Unitaires) : « En 2004 des filles voilées se sont retrouvées exclues de l’école publique qui est supposée être l’école de tous et de toutes. C’est inacceptable et anti-démocratique. Aujourd’hui on refuse à une plus petite minorité de femmes, non pas l’accès à l’éducation, mais la simple liberté de circuler dans l’espace public. … L’islam est toujours présenté comme une religion étrangère. »

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