11 janvier 2011

LA REVOLTE DES JEUNES EN GRANDE-BRETAGNE

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Un article que j'ai écrit récemment sur le mouvement des jeunes en Grande-Bretagne ...

La cause immédiate de cette révolte - sans précédent - est la décision du gouvernement de faire payer le prix fort aux étudiants le ‘privilège’ d’étudier à l’université. Mais, plus généralement, la protestation a lieu sur fond d’attaques contre tous les services publics - une situation qui a poussé les dirigeants de la centrale syndicale TUC à appeler à une grève nationale en … mars 2011.

Grâce en grande partie aux jeunes, le premier ministre de droite, David Cameron, est aujourd’hui à la tête d’une coalition faible qui doit faire face à la montée de l’opposition populaire et à des tiraillements entre son aile dure et les plus modérés.

Les conservateurs sont devancés dans les sondages par les travaillistes d’Ed Miliband, et leurs partenaires de la coalition, les libéraux-démocrates, risquent l’humiliation en cas d’élections anticipées et subissent une vague de démissions.

Ce dernier parti est un véritable caméléon politique – tantôt se positionnant à gauche (comme sur la guerre en Irak), tantôt prônant le libéralisme économique – qui a longtemps fait illusion comme alternative aux deux grands partis. Au cours de la campagne électorale, beaucoup d’étudiants avaient été séduits par les promesses de son dirigeant, Nick Clegg (aujourd’hui vice- premier ministre), et notamment celle, très claire, de ne pas augmenter les frais de scolarité, voire de les abolir.

L’annonce d’une augmentation brutale de ceux-ci (jusqu’à l’équivalent de plus de 10,000 euros par an) a mis le feu aux poudres. La mobilisation fut grandement facilitée par l’appel des deux syndicats concernés. Celui des enseignants, l’UCU, mène déjà des combats contre les effets de la marchandisation croissante de l’enseignement, avec son lot de licenciements et des méthodes de management empruntées aux entreprises privées. Mais celui des étudiants, le NUS, sert davantage à la promotion de futurs dirigeants du parti travailliste qu’à la défense active des intérêts collectifs de ses membres, considérés comme apolitiques, apathiques et consuméristes – ce qui a été confirmé par les volte-face embarrassées de son président face à la radicalisation du mouvement.

Alors qu’on en attendait 15,000, les manifestants du 10 novembre étaient finalement plus de 50,000. Mais ce fut surtout l’invasion par des milliers d’étudiants de la tour de Millbank, où siège le parti conservateur, qui marqua la journée. Personne n’avait pensé à le protéger contre la colère des manifestants, censés suivre comme de bons petits soldats les consignes de leurs dirigeants ‘officiels’.

Cette première journée a été suivie de trois autres (le Jour X, Jour X2 et Jour X3), et par une cinquantaine d’occupations de bâtiments universitaires. Leur succès et leur rayonnement sont dûs à un réseau informel de militants opérant en partie à travers les réseaux sociaux, mais aussi à l’organisation de coordinations nationales et régionales, parfois sous la houlette d’un collectif national établi avant le mouvement par des militants politiques et syndicaux, l’Education Activists Network.

Depuis quelques semaines, un mouvement parallèle se développe, fait d’actions symboliques contre des entreprises, comme l’opérateur téléphonique Vodaphone, connues pour des méthodes comptables qui leur permettent de payer très peu d’impôts.

Aujourd’hui, un grand débat a lieu aujourd’hui chez les jeunes, dont la majorité n’avait, il y a seulement deux mois, jamais participé au moindre mouvement de contestation, sur le type d’organisation qui convient le mieux, sur l’importance des réseaux informels et le rôle que peuvent ou doivent jouer les organisations politiques, la meilleure articulation entre le local et le national …. Une chose est sûre - une nouvelle génération de militants a vu le jour.

Le mouvement dans les universités s’inspire largement des événements français de l’automne 2010, mais il n’y a ni de tentatives de blocage, ni possibilité d’une grève reconductible. Il s’agit plus d’une guerre de mouvement que d’une guerre de position. Le but des occupants est d’embarrasser les responsables de la politique actuelle, de sensibiliser la majorité des étudiants et de préparer les prochaines journées d’action en faisant parfois le lien avec le mouvement ouvrier local. Ils organisent des cours alternatifs avec des enseignants ou des personnalités extérieures et ont des revendications spécifiques locales, comme des appels aux autorités universitaires à se solidariser avec le mouvement et à s’opposer publiquement à la politique gouvernementale.

Ils dénoncent également la violence de la police, et sa politique de punition collective (dite ‘kettling’) qui consiste à former des cordons autour des manifestants les empêchant de quitter les lieux pendant des heures, sans possibilité de secours, dans des conditions météorologiques effroyables. Paradoxalement, cette tactique semble avoir surtout réussi à radicaliser et à politiser des jeunes qui considéraient jusque là que la police était du côté du citoyen ‘honnête’.

Jusqu’à présent, le point culminant du mouvement a été le Jour X3 (le 9 décembre), quand des milliers de personnes ont bravé l’interdiction pour occuper le lieu symbolique de Parliament Square, le jour du premier passage du projet de loi à la Chambre. Sous la pression de l’opinion et des manifestants, le vote s’est traduit par la défection de plusieurs députés appartenant à la majorité et le projet a été voté avec une marge de 21 voix, alors que Cameron et Clegg disposent théoriquement d’une avance de 84 voix sur les autres partis.

De nouvelles actions sont prévues, afin d’empêcher si possible l’adoption définitive de la Loi, et dans tous les cas de préparer d’autres combats. Des groupements de partis, de syndicats et d’associations, comme la Right to Work Campaign et la Coalition of Resistance, ainsi qu’une multitude de collectifs locaux, sont déjà en place pour s’opposer aux restrictions budgétaires et l’idée de faire converger toutes ces initiatives fait son chemin. Les étudiants doivent y prendre toute leur place, car alliés aux travailleurs ils peuvent faire céder le gouvernement.

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