6 janvier 2011

Plateforme 93 de soutien aux Rroms occupant des terrains

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Dans le cadre d'une politique marquée depuis plusieurs années par la stigmatisation des étrangers, le gouvernement a accéléré les destructions de campements et les expulsions de Rroms migrants. Dans un contexte de précarisation générale, où le chômage explose, où la pauvreté atteint de plus en plus de personnes, où le mal-logement persiste, l’Etat cible des catégories de population pour fabriquer de nouveaux « ennemis de l’intérieur », qu’ils soient jeunes de banlieue, Gens du Voyage ou Rroms, il exalte l’ « identité nationale » et le rejet de l’étranger, légitimé par le discours de N. Sarkozy à Grenoble et en voie d'être légalisé par le projet de loi sur la « sécurité intérieure » (LOPPSI 2), qui fournira les moyens d'une répression accrue. .

Pour autant, la situation des Rroms venant d’Europe de l’Est n’a guère changé depuis des années. En France, les destructions des campements et les expulsions collectives, organisées selon des critères ethniques ont commencé bien avant les annonces xénophobes de Nicolas Sarkozy au mois de juillet. Les expulsions continuent, des cars de CRS accompagnés de bulldozers jettent dehors les habitants des terrains de fortune et des squats, rasent les maisons construites par leurs habitants, terrorisent des enfants et détruisent les formes de vie précaires qui s’y étaient organisées. Selon les déclarations d'Eric Besson à l'Assemblée nationale le 3 novembre dernier, sur 21384 personnes expulsées de France entre janvier et septembre 2010, 13241 (7472 retours forcés et 6769 retours "aidés") concernent des Roumains et des Bulgares, soit près de 62%.

Mais une résistance s'organise. Le 4 septembre dernier, des manifestations dans toute la France ont rassemblé des dizaines de milliers de manifestants pour dénoncer la politique xénophobe et sécuritaire du gouvernement, condamnée aussi par des autorités religieuses diverses et des instances internationales comme l'Union Européenne et les Nations Unies. Localement aussi, une solidarité active avec les Rroms se manifeste.

Nous, habitants de Seine-Saint-Denis, constatons les dégâts humains de cette politique : aggravation de conditions sanitaires, interruptions de scolarité, rupture des liens établis avec le voisinage et les associations, destructions des biens accroissant la précarité,...

Nous ne nous laisserons pas diviser et enfermer dans des catégories ethniques. Depuis des mois, avec les Rroms, nous (voisins, groupes locaux, associations) nous organisons en comités de soutien pour nous opposer aux destructions et aux expulsions, par exemple à Bobigny, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Le Pré-Saint-Gervais, Saint-Denis, Tremblay-en-France… et réclamer la mise en oeuvre d'une autre logique politique en faveur des Rroms comme de l'ensemble des migrants accueillis sur notre sol.

Nous exigeons de l’Etat :

- L’arrêt immédiat des destructions des terrains occupés et du harcèlement policier ;

- La fin des expulsions du territoire français ;

- La fin du régime transitoire qui empêche les ressortissants de Roumanie et de Bulgarie, pourtant citoyens européens, d’accéder à l’emploi ;

- L’arrêt des discriminations et l’accès aux droits fondamentaux (séjour, emploi, logement, santé, éducation).

Nous exigeons des collectivités territoriales (communes, département, région) :

- Un engagement public aux côtés des Rroms menacés d’expulsion et une intervention directe auprès des propriétaires tels que Réseau Ferré de France ou la Ville de Paris ;

- Une participation à la construction de solidarités locales indispensables pour que tous ensemble, nous obtenions des engagements et financements de l’Etat ainsi que de l’Union Européenne ;

- Des services minimums assurés aux familles, par la mise à disposition des terrains viabilisés (accès à l’eau potable, à l’électricité, à des toilettes propres, au ramassage des déchets…) afin de permettre des conditions de vie dignes ;

- La mise en place de la scolarisation des enfants, l’accès aux soins, dans des structures de droit commun (PMI, dispensaires, …), la domiciliation des personnes ;

- La recherche de solutions locales en collaboration avec les familles concernées, dans le respect de leurs droits et libertés.

- La participation des Rroms à tous les aspects de la vie des communes, afin de favoriser leur expression culturelle et ainsi faire reculer les préjugés racistes.

Signataires : Comités de soutien aux Rroms de Bondy, Sevran-Temblay-Villepinte, GIB (Groupe d'Intervention Bidonville) 93200, GISTI, LDH 93, MRAP 93, NPA 93

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