27 janvier 2011

Tunisie : déclaration de l'International Socialist Tendency

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Déclaration de l'IST, un groupement d'organisations révolutionnaires dans plusieurs dizaines de pays. Les sympathisants français de l'IST militent au Nouveau Parti Anticapitaliste.

Communiqué de l’IST sur la révolution tunisienne

L’importance de la victoire des masses tunisiennes ne se limite pas au renversement de Ben Ali mettant fin à 23 années de dictature. La révolution tunisienne réduit à néant les discours répandus par de nombreux intellectuels de droite ces dernières décennies clamant que les masses arabes seraient incapables de réussir une transformation révolutionnaire et que le temps des révolutions étaient fini.

La colère populaire qui s’est emparée de toute la Tunisie vient de réaffirmer que ce sont les masses qui font leur propre histoire et que la lutte de classe est vivante dans tout le monde arabe. La révolution tunisienne a aussi porté un coup à la chaîne d’alliances dominée par les Etats-unis – mais aussi orchestrée par des pouvoirs moindres comme la France et la Grande-Bretagne – qui vise à garder le Moyen-orient et l’Afrique du Nord sous la coupe de l’impérialisme occidental et à permettre à Israël d’opprimer les Palestiniens en toute impunité.

La révolution a renversé un régime qui avait des liens étroits avec Israël et qui était félicité par les gouvernements occidentaux et la Banque mondiale pour sa loyauté à imposer des “réformes” néolibérales. Les masses tunisiennes ont terrifié les classes dirigeantes arabes. Un Etat arabe après l’autre a commencé à introduire des concessions matérielles à la hâte pour essayer d’éviter l’escalade dans la colère populaire et empêcher la propagation de la révolution;

En Egypte, en Algérie, au Yemen, au Liban, en Jordanie et dans beaucoup d’autres pays arabes, les peuples ont commencé à mettre en question leur réalité sous une forme plus claire. Des manifestations ont éclaté en soutien au peuple tunisien mais qui appellent en même temps à la chute des dirigeants arabes et de leurs régimes. La révolution n’est plus un concept théorique que nous étudions dans les livres d’histoire. Elle est devenue, grâce à la force et la détermination des masses tunisiennes, un avenir possible et atteignable. Nous pouvons en voir les effets dans les manifestations de masse qui se sont propagées à l’Egypte défiant la dictature de Moubarak.

Beaucoup essayent de décrire la révolution tunisienne comme s’il s’agissait d’une de ces “révolutions de couleur” qui ont renforcé le pouvoir occidental ou de la présenter comme limitée strictement aux libertés publiques et individuelles. Ils oublient que l’étincelle est venue de ceux qui ne pouvaient trouver de travail, de ceux et celles qui travaillent jour et nuit mais ne peuvent acheter assez de pain pour leurs familles. Ils essayent surtout de cacher le fait que le principal slogan de la révolution était “Pain, Education et Liberté”

Ceci dit, la bataille en Tunisie n’est pas finie mais vient juste de commencer. Le vieux régime de Ben Ali est toujours au pouvoir et est toujours en train d’essayer de consolider l’Etat sous sa tutelle, s’appuyant sur une force de police relativement intacte et sur l’”opposition officielle” qui a, lors des dernières décennies, aidé à légitimer le régime oppressif de Ben Ali et essaye désormais de manipuler la colère populaire pour gagner le pouvoir.

La vieille garde du régime, et l’”opposition officielle” essaient de propager l’idée que le soulèvement était complètement spontané. Cela nie le rôle que les syndicats, l’extrême-gauche et d’autres forces progressistes ont joué pour affermir la résilience et favoriser la résistance des masses contre le régime de Ben Ali.

Mais les masses tunisiennes ont réussi à répondre rapidement à ces tentatives en organisant plus de manifestations et en demandant la dissolution du parti dirigeant. Des comités populaires se sont organisés dans tout le pays pour protéger les quartiers des milices d’Etat et empêcher les supporters de Ben Ali de créer une atmosphère de terreur.

Nous pensons donc qu’il est essentiel que la gauche révolutionnaire du monde entier apporte sa solidarité à la révolution tunisienne alors que la lutte contre les restes du vieux régime continue. Nous appelons les masses tunisiennes à ne pas accepter moins que la transformation complète de leur pays, à casser complètement avec le vieux régime, à refuser d’accepter les promesses du gouvernement actuel et à continuer à se battre jusqu’à ce que leurs exigences soient remplies.

Ce sont les masses qui ont renversé le tyran et mis fin à une histoire d’oppression et d’exploitation et ce devrait donc être aux masses de prendre le pouvoir et d’organiser leur société basée sur leurs besoins et non sur les besoins et les désirs d’un groupe de politiciens opportunistes qui n’ont jamais osé défier Ben Ali et sa politique.

La vieille garde de Ben Ali ne fera que reproduire le même système que le soulèvement s’est donné comme but d’éliminer. Il continuera d’imposer au peuple tunisien des politiques qui ont longtemps été utilisées pour criminaliser les masses et pour les isoler de leurs frères et soeurs et camarades dans le monde arabe, au travers notamment des liens avec l’Etat terroriste d’Israël et du contrôle que l’Etat impérialiste français a eu sur la culture et l’éducation en Tunisie.

Les restes du régime de Ben Ali essaieront d’utiliser tout le pouvoir qu’ils ont pour défaire ou isoler le mouvement de masse qui a pris les rues. Ils pourront compter sur le soutien international des pouvoirs occidentaux et des régimes arabes de la région qui seront satisfaits d’aider le régime tunisien à restaurer l’ordre de peur que la vague révolutionnaire ne se propage à leurs pays.

Nous appelons donc les responsables syndicaux, qui ont assuré un rôle dans la coordination du soulèvement, la gauche révolutionnaire et radicale et toutes les forces progressistes en Tunisie à poursuivre aux côtés des masses et à continuer de soutenir la transformation révolutionnaire qui a pris forme et à rassembler le plus large soutien pour la bataille en cours pour la libération de l’oppression et de l’exploitation.

La transformation ne nécessitera pas simplement une purge de l’Etat et l’instauration de la plus large démocratie politique possible. Elle exige aussi une rupture avec le capitalisme pour mettre en place un programme économique et social qui améliore radicalement la situation matérielle du peuple tunisien. Soutenir une telle révolution exigera la solidarité active des syndicalistes, socialistes et anti-capitalistes pas seulement dans la région, mais dans le monde entier.

Au nom de la Tendance Socialisme International, nous sommes aux côtés des masses tunisiennes et soutenons totalement leurs exigences et leur désir de continuer leur héroïque révolution et de renverser leurs exploiteurs et leurs oppresseurs. L’histoire nous enseigne que l’avenir ne peut être gagné qu’au travers de la lutte.

Coordination de la Tendance Socialisme International

Et ici, une déclaration d'un autre groupement d'organisations révolutionnaires, la Quatrième Internationale, Tunisie, Egypte : les révolutions en marche (31 janvier 2011)

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