6 juin 2011

Contre le Front National et le patronat, Placer la lutte contre l’islamophobie au cœur de la campagne présidentielle

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Une contribution au bulletin de débat pour la Conférence Nationale du NPA du 25-26 juin 2011

Depuis au moins 2001, en France et plus généralement en Occident, l’islamophobie est devenue une arme idéologique centrale dans la stratégie de domination de la classe dirigeante. Celle-ci se retrouve dans la théorie de la « guerre des civilisations » initiée par les néoconservateurs américains.

En cette période de crise mondiale du capitalisme, les musulmans occupent une place sans cesse plus importante parmi des coupables désignés des malheurs des français. Du racisme anti-arabe classique, nous passons à une conception qui affirme que « l’islamisation de la France » serait la suite logique d’une « immigration incontrôlée ». Les déclarations de ministres comme Claude Guéant parlant de « croisade » en Libye et de « problèmes posés par l’accroissement du nombre de musulmans » vont clairement dans ce sens.

L’islamophobie revêt de nos jours le rôle qu’avait l’antisémitisme de la première moitié du XXe Siècle. Nous passons ici de la question juive au problème musulman. Le mythe du complot juif fait place à celui d’une cinquième colonne migratoire voulant faire de la France une République islamique. Ainsi s’il subsiste un antisémitisme populaire, l’Etat n’est plus doté d’un arsenal juridique contre les juifs. Ce sont des lois contre les musulmans qu’adopte la République française.

Le premier temps fort est venu en 2004 avec la loi hypocritement dite d’interdiction des signes religieux dans les établissements scolaires. Cette loi exclut les adolescentes voilées du droit à une éducation publique et gratuite. Le second temps est venu en 2010-2011 avec la loi qui, toujours avec hypocrisie, interdit de dissimuler son visage dans l’espace public. Les racistes ont dans les deux cas détourné la laïcité pour en faire une arme d’exclusion. On exclut de l’espace public les femmes portant un voile intégral. On les condamne si elles sortent malgré l’interdiction tout en prétendant les émanciper.

Dans cette atmosphère le FN a de quoi se refaire une santé. Les déclarations de Marine Le Pen comparant les prières de rue à l’occupation allemande ne sont pas incompatibles avec celles d’un Claude Guéant.

Le FN n’a pas changé et reste un parti fasciste. Il a besoin de transformer un bon capital électoral en un mouvement populaire de masse pour briser le mouvement ouvrier. Il fait juste une réadaptation stratégique liée à la période. L’antisémitisme tant à être remisé dans les placards pour bien mettre en avant l’islamophobie. Aujourd’hui il est difficile d’être ouvertement antisémite et cela ne sert pas les intérêts immédiats de la bourgeoisie. L’islamophobie étant partagée à des degrés divers par une bonne partie de la classe politique, le FN acquiert une respectabilité en passant de l’antisémitisme à l’islamophobie. Cela ouvre les portes d’une alliance avec l’UMP sur le modèle italien.

Si certains courants d'extrême droite entretiennent la confusion entre antisémitisme et antisionisme, comme la mouvance Soral-Dieudonné, cela sert en définitive le FN. Ces courants contribuent à présenter les musulmans comme des antisémites pour les couper de tous liens avec le mouvement ouvrier.

Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen a décrit l’extermination des juifs comme le « summum de la barbarie » et qu’elle participe au groupe de relations avec Israël au Parlement Européen. Elle cherche à faire alliance et à capter les voix des sionistes eux aussi islamophobes. Israël étant présenté comme le bouclier d’acier de l’Occident contre la barbarie islamique.

S’il faut absolument dénoncer l’imposture du programme social du FN, pour le combattre efficacement, le NPA doit aussi répondre de façon offensive à l’islamophobie. Cela doit absolument faire partie de l’argumentaire pour les échéances électorales à venir.

Ainsi pour les présidentielles et législatives à venir, et même au delà, le NPA va mettre en avant dans son programme :

- Le fait que l’islamophobie actuelle présente de nombreuses similitudes avec l’antisémitisme passé.
- La suppression de toutes les lois islamophobes, notamment celle de 2004 excluant les adolescentes voilées de l’éducation publique et celle de 2010-2011 interdisant l’espace public aux femmes revêtant un voile intégral.

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