28 juin 2011

Incidents à Saint-Denis, jeudi 23 juin

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Le reportage du Journal de Saint-Denis, sans commentaire
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Jeudi 23 juin, entre 19h et 20h, la rue Jean-Jaurès a été témoin d’une intervention policière assez importante, avec de nombreux agents et un hélicoptère déployés. « Mercredi 22 juin, un policier de la brigade des réseaux ferrés qui patrouillait tranquillement rue de l’Emaillerie a reçu une chaise pour bébé sur la tête. Un modèle en bois, très lourd, qui lui a causé 10 points de suture. Ça aurait pu être beaucoup plus grave », raconte le commissaire Christian Meyer, présent sur place.

Jeudi, « dans le cadre du périmètre de sécurisation renforcé dans le centre-ville, un de nos agents a procédé au contrôle d’un véhicule mal stationné rue Jean-Jaurès. Le conducteur a insulté et outragé l’agent, puis un deuxième individu est arrivé de nulle part et a giflé un agent de police. Nous les avons donc interpellés et c’est là que le caillassage sur nos policiers a commencé depuis les balcons. Nous avons répondu avec du gaz lacrymogène et des tirs de flashball et procédé à cinq interpellations : le conducteur, celui qui a giflé l’agent et trois des personnes qui jetaient des projectiles sur la police », ajoute le commissaire.

La rue Jean-Jaurès a longtemps été en effervescence après l’incident, avec la présence de policiers, du commissaire, de nombreux habitants sortis pour observer et les élus Florence Haye et Bally Bagayoko. Un dialogue, d’assez bonne tenue malgré de profonds désaccords, a rapidement commencé entre certains habitants, pour la plupart de jeunes hommes, et le commissaire.

Certains passants exposent rapidement leur version des faits. « Je pense que les policiers cherchaient à se venger par rapport à leur collègue qui a reçu une chaise mercredi. Ils ont attendu un prétexte pour intervenir, ce qui n’est pas difficile étant donné que les voitures sont tout le temps mal garées ici, et ils ont attendu que la situation s’envenime pour réaliser une démonstration de force, avec entre 50 et 70 agents qui ont débarqué et tiré un peu partout. C’était disproportionné », témoigne l’un deux.

Un autre habitant du quartier ajoute : « Disproportionné ou pas, ceux qui ont jeté les pierres n’ont pas à faire ça. Pareil pour le jet de chaise et les voitures mal garées. Ils donnent l’occasion aux policiers d’intervenir. Il y a quand même un problème. Si tu veux pas les voir tu te tiens à carreaux. Et quand ils sont là, même s’ils t’insultent et te provoquent comme ça a été le cas, tu fermes ta gueule et tu traces ta route car la loi est avec eux. Faut pas jouer aux héros. »

« Nous on fait notre travail et on nous accuse d’être responsables de tout, argumente le commissaire. Il est temps de rétablir la réalité et d’en finir avec ce discours de gauchiste qui place les délinquants dans le rôle des victimes et les policiers dans celui des provocateurs. Depuis le début de l’année, nous avons eu 37 blessés. Vous trouvez ça normal de se faire taper dessus pour 1200 euros par mois ? Aujourd’hui, nous avons fait notre travail avant d’être en état de légitime défense », conclut-il.

Un autre passant intervient : « Mercredi, un enfant est passé en riant à côté du policier qui a reçu la chaise. Je peux vous dire qu’il riait pour autre chose que la blessure, ce qui n’a pas empêché un agent de traverser la rue pour lui mettre deux coups de matraque sur la tête en criant “Ça te fait rire ?!”. Je veux bien qu’un policier soit ému devant un collègue blessé, mais frapper un enfant c’est n’importe quoi. » Interrogé, un autre agent de police a déclaré ne pas avoir connaissance des faits.

« Les policiers se placent dans le rôle de la victime. C’est parfois vrai, mais aujourd’hui ils sont venus excités et dans un sale état psychologique. Moi j’ai pas peur de dire qu’ils sont venus se venger », accuse un habitant. Un autre tempère : « Encore une fois, je te l’ai déjà dit : si tu jettes pas de chaise, pas de pierres, si tu te gares pas n’importe où, t’es tranquille. Alors oui on peut dénoncer la violence et les insultes policières, parce qu’un agent de police n’a pas à insulter, mais ils sont peut-être pas tous comme ça, et si tu fais pas de conneries, t’es tranquille. »

« Mais moi j’en fais pas de conneries !, lui répond un autre, et aujourd’hui je me suis fait gazé et j’ai failli recevoir un tir de flashball en sortant de chez moi, juste parce que j’habite ici. C’est bon, j’avais pas de pierre à la main, il faut qu’ils se détendent les policiers. Chaise sur la tête ou pas, c’est à eux de faire le tri entre les délinquants et les autres. Je comprends qu’ils interviennent, mais on va pas faire la guerre de Libye ici, ça sert à rien de tirer sur tout ce qui bouge. En plus, ils n’avaient pas l’air en panique, à en perdre la raison, ils avaient l’air fâchés. Un monsieur a même eu la porte de chez lui défoncée par les policiers qui pensaient que les jeteurs de pierre étaient chez lui… »

L’élu Bally Bagayoko avoue ne posséder que quelques bribes d’informations sur l’échauffourée malgré la désagréable impression d’avoir assisté à « des représailles ». Il déclare « avoir besoin de la police avec la population, car il s’agit d’un service public très important, mais elle doit agir dans le respect et le discernement ». « Nous condamnons bien sûr les jets de pierres », affirme-t-il, avant d’ajouter que « tous les habitants du centre-ville ne doivent pas être pris comme des délinquants potentiels ».

Aurélien Soucheyre

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