8 août 2011

Emeutes à Londres: update et commentaires

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Voir tous les messages sur les émeutes ici ...

From Brixton to Tottenham, inequality lies at the heart of the riots  par Jody Macintyre

Nouvelle nuit de violences à Londres: pillages et nombreuses arrestations (AFP)

Reportages des correspondants de la BBC mis à jour au fur et à mesure des évènements (avec VIDEO)

Les émeutes s'étendent à plusieurs quartiers de Londres (Le Monde)

La ministre de l'Intérieur Theresa May et le maire de Londres Boris Johnson (tous les deux de droite) reviennent de leurs vacances avec un seul mot à la bouche: soutien à la police. Pourtant les émeutes sont à l'évidence en grande partie provoquées par les actions de cette même police, sur fond de crise sociale et économique grave (ainsi quelques jours avant l'explosion, la municipalité de Haringey, où se trouve le quartier de Tottenham, a annonce la fermeture de plusieurs centres d'animation pour les jeunes, faute de moyens). La police a investi plusieurs quartiers, mais à chaque fois de nouveaux troubles éclatent dans une banlieue voisine: peut-elle mener la guerre sur plusieurs fronts en même temps ? Tout cela alors que les bourses sont en train d'imploser. 'Crise', vous avez dit 'crise' ?
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Je n'ai pas encore entendu le mot 'racial' pour qualifier ces émeutes, et pour cause: les émeutiers viennent, semble-t-il, de toutes les communautés - y compris à Tottenham, selon plusieurs sources, les Juifs hassidiques. Cela ne signifie pas, bien sûr, que le racisme ordinaire de certains policiers ne soit pas un facteur déclenchant, mais ce sont avant tout les émeutes de la crise qui a frappé le système capitaliste mondial il y a maintenant quelques années et qui est en train de s'aggraver brutalement.
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Elles sont aussi sans doute, même si c'est inconscient, le fruit de la crise de crédibilité qui frappe l'establishment britannique avec l'affaire des écoutes téléphoniques et des paiements aux policiers par des journalistes travaillant pour le News of the World. Comment les politiques peuvent-ils décemment exiger le 'respect' de la police quand on sait à quel point celle-ci a pris l'habitude d'accepter les faveurs d'un certain groupe de presse ? On sait également, avec entre autres l'affaire du meutre d'Ian Tomlinson par un policier lors des manifestations estudiantines de 2010 ou celle de Jean-Charles de Menezes, le jeune brésilien tue par balle dans le métro de Londres en 2005, que la première réaction de la hiérarchie face à des évènements de ce type est toujours de mentir (disons, 'être économe avec la vérité').
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Les émeutes ont d'abord éclaté à Londres, ce qui est logique. Mais vont-elles en rester là ? Ce soir des incidents ont eu lieu à Birmingham, la deuxième ville du pays, à 180 kms de la capitale. Voir cet article de la presse locale.

Le journaliste du Birmingham Post and Mail utilise l'expression "mindless vandals" ("vandales stupides" ou plutôt "décervelés") pour décrire les jeunes pilleurs. Certes, on peut critiquer des actions de ce type, mais "mindless" ils ne le sont certainement pas - pas plus en tout cas que les policiers qui agissent uniquement sous ordres, la hiérarchie qui n'a rien vu venir malgré des avertissements des résidents et des responsables des associations locales et les politiques qui n'ont visiblement rien compris. Car en même temps que les médias nous parlent de "vandales décervelés" ils nous font peur avec des descriptions d'émeutiers extrêment bien organisés qui savent utiliser les nouvelles technologies pour communiquer entre eux.
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Depuis ce matin, des radios (France Inter, pour ne pas la nommer) n'arrêtent pas de dire que la première émeute, à Tottenham, a suivi "un échange de tirs" entre Mark Duggan et la police. Le scénario d'un Western où le hors-la-loi mérite son sort. Or, strictement rien ne prouve qu'il y a eu un tel échange, et même la police commence à prendre ses distances avec sa première version des faits. Le policier touché par balle - heureusement encore vivant - a-t-il été la victime d'un tir par un de ces collègues, comme certaines informations laissent penser ? L'arme de Mark Duggan a-t-elle été retrouvée cachée dans une chaussette ? Rien ne le prouve non plus pour l'instant. Mais ce sont des questions que les médias en Grande-Bretagne - et pas seulement des bloggeurs - ont posé (voir Did bullet fired at officer belong to the police ?). Nos journalistes à nous devraient le savoir. Pourquoi donc répétent-ils cette phrase à longueur de bulletins, même parfois quand leurs propres collègues sur place relaient les doutes ?
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