17 septembre 2011

Comprendre l'instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour résister

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Un article paru dans Contretemps

Un article qui tape très fort sur la droite et l'extrême droite mais qui, selon certaines critiques, a tendance à minimiser par omission l'importance de l'islamophobie de gauche et la responsabilité - pour ne pas dire la 'culpabilité' - des organisations d'extrême gauche en France dans le développement de ce fléau (un thème que nous avons longuement développé sur ce blog). Je joins sous forme de commentaire une de ces critiques par un groupe de féministes.

2 commentaires:

Colin Falconer a dit…

Nous avons lu avec attention l'article « Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes » qui a été publié sur le site de Contretemps le 15 septembre 2009.
Si nous ne pouvons que nous réjouir que cette thématique soit abordée, nous sommes malgré tout très étonnées, pour ne pas dire choquées de la manière dont cet article semble manifestement envisager les choses. En effet, ce texte passe volontairement sous silence deux éléments fondamentaux à toute réflexion relative à l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes qui se voudrait efficace.

- D’abord, ce texte occulte totalement le fait que les liens entre sexisme et racisme ont été théorisés très tôt par les féministes radicales et notamment Colette Guillaumin[1] et Christine Delphy[2] et mis en pratique dés 2004 dans le Collectif une école pour tou-te-s. Par conséquent cette nécessité de théorisation n’est pas née de l’affaire DSK, ni du documentaire La cité du mâle. Au contraire c’est une problématique qui imprègne de longue date le mouvement féministe et dont les éléments cités dans cet article ne sont que les plus récents. De 2004 à aujourd’hui il y a une continuité entre la loi relative au port du voile dans les établissements scolaire et les interventions de Marine Le Pen à propos de l’homosexualité dans les cités. Taire cette continuité et ne pas partir des instruments théoriques construits il y a plusieurs années par les féministes radicales – contre une grande partie de la gauche – relève au mieux de l’oubli au pire de la volonté de camoufler certaines réalités. C’est prendre le risque de laisser ces erreurs se reproduire. C’est s’en rendre complice alors même qu’on n’en partage pas la responsabilité. Enfin c’est trahir la mémoire du mouvement féministe dont on sait qu’elle est si difficile à construire.

- Deuxièmement, il est surprenant de constater que pas un mot dans cet article ne porte sur la responsabilité de l’extrême gauche (notamment) dans cette instrumentalisation. Tout est fait pour laisser croire que les seuls responsables seraient les politiques de droite, de la gauche institutionnelle et de l’extrême droite. Alors que chacun-e sait que la responsabilité de l’extrême gauche dans la situation que nous connaissons aujourd’hui est majeure. Que certains courants minoritaires aient de longue date lutté dans ces organisations contre le racisme qui s’y est exprimé en 2004 ne change rien à la responsabilité des ces organisations, bien au contraire. Il relève par ailleurs de la responsabilité de ces courants minoritaires de faire en sorte que cela ne soit pas oublié, que ces responsabilités soient assumées et non tues. Nous pensons d’ailleurs que la récente polémique autour de la candidature d’Ilham Moussaid témoigne de la ténacité de ces idées dans la gauche radicale. Bien que les auteures de cet article sachent pertinemment tout cela, rien n’en est dit, tout est fait pour laisser croire que cette instrumentalisation est le seul fait de la droite et de l’extrême droite. Nous craignons malheureusement que ce ne soit pas Marine Le Pen qui ait inauguré cette tactique d’instrumentalisation, même si elle la met en œuvre aujourd’hui.
(...)

Colin Falconer a dit…

(...) - Un dernier mot enfin à propos de la soit disant majorité de féministes de "classe moyenne" dans la mouvance féministe qui s’est opposée aux femmes voilées. Cette précision, inutile à supposer qu'elle soit vraie n'a pour but que de prétendre que le mouvement ouvrier n'est pas concerné par ce racisme et cette instrumentalisation et tend comme le reste de l'article à exonérer les organisations du mouvement ouvrier de toute responsabilité dans la situation d’instrumentalisation.

En taisant ces éléments de l'histoire récente, les auteures de cet articles se rendent à notre avis, sinon coupables au moins responsables et complices. En noyant le poisson de la sorte et en atténuant la responsabilité de certaines organisations, nous ne ferons pas avancer les choses et surtout pas le féminisme dans lesdites organisations. Nous pensons au contraire qu'il est fondamental de ne pas renoncer à dénoncer certains comportements et certaines responsabilités, si nous voulons pouvoir nous dire encore féministes. Sinon, nous ne valons pas mieux que le PS quand il protège DSK, nous nous rendons complice de quelque chose contre lequel nous nous sommes battues.
Si l’objectif de cet article – dénoncer l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes – est louable, la manière de traiter la question en taisant de manière manifeste certains éléments de l’histoire et certaines complicités nous déçoit. Si les féministes veulent être entendues et prises au sérieux, il nous semble que nous ne devons en aucun cas participer à ces « silences de l’histoire »[3]. C’est ce que nous reprochons aux auteures de cet article.

Aurore, Lorraine, Sophie et Marie (militantes aux Poupées en Pantalon)