25 mars 2012

Pourquoi remet-on en cause le multiculturalisme et pas le monoculturalisme ?

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Un extrait d'un article de Laurent Chambon, docteur en sciences politiques, Délire tragique de Mohamed Merah: six questions essentielles, sur le site Minorities.org
Cette semaine, nous venons d’entendre pas mal d’attaques contre le multiculturalisme, qui serait à la source de cette série de tueries délirantes.  
Alors, pour commencer, j’en avais parlé sur Minorités : la société française est, par essence, multiculturelle. S’il est bien un pays en Europe qui arrive bien à gérer les différences ethniques et religieuses au quotidien, parce que la nation est totalement distincte de l’appartenance ethnique, c’est la France. Comme le rappellent les spécialistes de la question, en particulier Emannuel Todd, c’est une longue tradition de mariage exogame, de relative tolérance religieuse et raciale, qui permet à la France d’être cette nation multiculturelle dont la grandeur dépasse largement sa taille géographique et démographique. 
Ensuite, s’il est bien un ensemble de pouvoir qui n’est absolument pas multiculturel, c’est bien le système politique et médiatique français : les femmes françaises blanches et riches ont déjà du mal à accéder aux postes importants. Quant aux Français un peu différents, du fait de leur classe sociale, leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle, leur accent ou leur religion: ils y sont quasiment absents. J’en ai longuement parlé dans Le grand mélange, et quatre ans plus tard la situation est pire encore : même les Rachida Dati et autres Fadela Amara, créatures exotiques de service, ne sont plus au gouvernement pour donner le change.

Dans mon nouveau livre qui sort début avril, Marine ne perd pas le Nord, je me demande (entre autres) si un des ressorts essentiels du succès de Madame Le Pen n’est pas justement le sentiment d’exclusion causé par cette culture dominante, qui touche de plus en plus de Français. Cette haine du système touche désormais les « petits blancs » après avoir touché les petits Noirs et les petits Arabes.

On ne peux pas dire que le multiculturalisme est au pouvoir. Non. Au contraire, c’est le monoculturalisme qui règne. C’est la culture bling-bling ringarde, raciste, ethnocentrique, vulgaire, autosatisfaite et intolérante de la clique au pouvoir qui règne en maître. Ses victimes sont innombrables, quotidiennes et marquées pour longtemps, et je soupçonne que ce monoculturalisme est la cause de l'ambiance délétère qui règne dans ce pays dès qu’il est question d’altérité et des différences.

J’aimerais qu’on commence enfin à se poser la question sérieusement, collectivement : la domination totale du monoculturalisme des élites au pouvoir n’est-elle pas responsable de trop de malheurs dans ce pays, et n’a-t-elle pas eu pour conséquence la mort d’innocents ?

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