24 avril 2012

Quelques leçons du premier tour

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Rien n'est joué. Même si Hollande possède un avantage certain, Sarkozy peut encore gagner. Et quelque soit le résultat final, le parti fasciste de Marine Le Pen aura marqué des points. On l'a vu au soir du premier tour, avec un J-F Copé qui narguaient les Socialistes pour ne pas avoir voté en faveur de l'interdiction de la burqa et être favorable au vote des étrangers aux élections locales. L'UMP, qui 'promet' de réduire l'immigration légale de la moitié, va de plus en plus mettre en avant sa politique la plus xénophobe, raciste et islamophobe, afin d'attirer le maximum d'électeurs du FN. Et le PS va tenter de limiter les dégâts en jurant que, vraiment, il n'est pas question de régulariser tous les sans-papiers, qu'il va lutter plus efficacement contre l'immigration clandestine, qu'il ne reviendra pas sur les lois islamophobes de 2004 et 2010 ...

Dans d'autres domaines, la logique sera similaire. Quand Sarkozy prétend que les Socialistes seraient aussi 'laxistes' dans la gestion de la crise que sur l'immigration ou la question de l'insécurité, Hollande plaide pour l'austérité 'juste' et 'raisonnable', la non-remise en cause de la réforme des retraites (sauf pour un petit nombre de travailleurs ayant commencé à travailler très jeune), un tout petit 'coup de pouce' au SMIC, le non-remplacement de fonctionnaires dans certains services pour permettre les embauches promises dans l'Education Nationale ... Hollande nous a déjà prévenu: les premières années de son quinquennat seront marquées par l'effort et la contrainte, et c'est seulement après, quand la croissance sera revenue (sic) qu'il pourra augmenter les budgets sociaux et réformer dans le sens de nos intérêts. Entre temps, les marchés financiers et les institutions qui les protègent auront tout le temps de monter la pression pour faire infléchir sa politique dans le sens de leurs intérêts à eux.

Pendant la campagne, la montée du Front de Gauche et l'espoir que J-L Mélenchon deviendraient le 'troisième homme' ont soulevé des espoirs considérables et ont incité Hollande à faire quelques gestes (sur le SMIC, par exemple) en notre direction - même si sa stratégie était basée surtout sur la 'cohérence' et l'idée que, à la différence de Sarkozy, il ne modifierait pas son programme au gré des sondages.

C'est malheureusement le contraire qui s'est produit. Le score de Mélenchon est moins important qu'on avait espéré, et celui de l'extrême gauche s'est effondré. Le Pen est à 18%. C'est dorénavant elle qui va peser sur la situation politique, au moins jusqu'à ce que la gauche dans son ensemble s'organise pour contrer ses idées et contester son droit de parler au nom des salariés et des 'petites gens'. L'UMP s'est déjà mise à courir après ses électeurs. Pour mieux mettre le parti de Sarkozy dans l'embarrae PS pourra s'adresser en priorité aux électeurs conservateurs 'humanistes' (pour reprendre une expression de J-P Raffarin) et centristes (ceux de François Bayrou qui se partagent 50/50 entre le vote Hollande et le vote Sarkozy).

Débarrassé de la concurrence de Mélenchon, dont les électeurs, moins nombreux que prévu, voteraient 'automatiquement' pour Hollande par peur de Sarkozy, le PS occupera plus que jamais le centre - sauf que le centre s'est déplacé brutalement vers la droite. Pour les stratèges socialistes, c'est le bon virage à prendre - sauf que le soutien des électeurs de la gauche de la gauche n'a en fait rien d'automatique.

Que devons-nous faire ? La tâche la plus urgente, cest de battre Sarkozy, quelque soit la ligne suivie par le PS dans l'entre-deux tours. Non seulement parce que son deuxième quinquennat risque d'être encore plus droitier que le premier, mais parce que nous nous sentirons plus forts pour résister à la politique d'austérité de Hollande. Pour cela, il faut que la défaite de Sarkozy soit la plus large possible.

La dynamique de la campagne du Front de Gauche a été moins forte que l'enthousiasme lors des meetings de Mélenchon ne laissait entendre. Mais elle n'est pas encore tout-à-fait retombée. Elle se prolongera lors des manifestations syndicales du 1er mai. Elle peut encore jouer en notre faveur après le deuxième tour, à condition que Sarkozy soit viré de façon claire et nette. Mais elle sera toujours limitée par l'influence d'un FN qui peut se targuer d'être le 'premier parti ouvrier de France' et qui prétend lutter contre les effets de la mondialisation et le 'pouvoir des élites'. Cette influence est surtout idéologique et électorale - le FN n'a toujours pas le réseau de militants qui permettent à la gauche sociale et syndicale de mettre des centaines de milliers de travailleurs dans la rue. Mais rien ne dit que, fort de son succès et de la manière dont sa dirigeante est dorénavant traitée par les médias, cette situation va durer éternellement.

Il y a donc plusieurs axes qui doivent structurer notre travail. Renforcer les syndicats, encourager et développer les luttes qui peuvent surgir ici et là, fédérer nos efforts pour que la résistance se généralise - c'en est un. Mener un travail de fond contre le FN, à travers des collectifs unitaires réunissant militants socialistes, Front de Gauche, d'extrême gauche, et les plus représentatifs possibles de la population - c'en est un autre. Le plus difficle à mettre en place sera sans doute la création d'un front politique de résistance capable de mobiliser toutes les forces politiques anticapitalistes, Front de Gauche et extrême gauche compris, dont les contours et la structure sont à définir.

Aucun de ses axes ne doit être négligé, car du succès d'un dépend le succès des autres.
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Communiqué de Gauche Unitaire

Communiqué des Alternatifs

Surge in fascist vote as French politics polarises, par Jim Wolfreys pour Socialist Worker

Maintenant, le 6 mai, tous ensemble pour battre Sarkozy et faire reculer le Front National ! Communiqué de Convergences et Alternative

Déclaration de Gauche Anticapitaliste (Courant unitaire pour l'écosocialisme)

Déclaration de Philippe Poutou (NPA)

Jean-Luc Mélenchon, the Left Front and the Fascists, by Richard Seymour

Déclaration du Groupe Révolution Socialiste (Antilles) (28/04/2012)

1 commentaire:

Jim Monaghan a dit…

My French is a bit weak. I think given Melenchon's surge and the de facto split in the NPA, that Poutou did quite well.Hopefully all sides in this strategic digreemne will get over it and unite to provide the opposition in the next period.Keep th hatred for Le Pen and Sarkozy.