25 mai 2012

Grèce: avec le peuple et la gauche radicale


Un article de Henri Wilno dans Tout est à nous !

(...) Par leurs pressions et leur propagande, les dirigeants européens espèrent peser sur le résultat des nouvelles élections grecques du 17 juin en faveur d’une victoire de la droite et des sociaux-démocrates contre la gauche radicale et Syriza. Quitte à renégocier ensuite certains aspects du mémorandum avec un gouvernement qui en acceptera l’essentiel.

Dans ce contexte, les déclarations d’Alexis Tsipras, dirigeant de Syriza, consistent à mettre un pied dans la porte pour placer les dirigeants européens face à leurs contradictions : « Le 17 juin nous enterrerons le mémorandum. Nous voulons rester dans l’euro et l’Europe ne laissera pas tomber la Grèce par crainte de contagion. Mais, si tel était le cas, nous cesserons de rembourser la dette. » Quoique l’on pense de l’orientation générale de Syriza, à ce stade cette position apparaît profondément juste et mérite la solidarité de toutes les forces antilibérales et anticapitalistes en Europe.

Un affrontement essentiel est en train de se jouer autour de la Grèce. La suite, ce sont les événements qui en décideront. En Grèce, non seulement l’élection du 17 juin mais aussi le développement de formes d’auto-organisation unitaires capables de constituer, non seulement un instrument de résistance, mais un embryon d’alternative à un appareil d’État incapable et corrompu. En Europe, seront décisifs le développement de la crise, notamment en Espagne, et la capacité des mouvements populaires à peser sur les décisions des dirigeants.

François Hollande ne s’est pour l’instant en rien démarqué de cette logique infernale qui, en Grèce, réduit salaires et retraites, remet en cause les conventions collectives, désagrège le système de santé et fait progresser de 40 % les suicides. Laurent Fabius lundi 21 mai a mis en garde les électeurs grecs s’ils ne « faisaient aucun effort » pour rester dans l’euro. Tout ceci préjuge mal de la renégociation du traité budgétaire européen que Hollande a annoncé vouloir obtenir.

À nous, en France et en Europe, de prendre l’initiative. L’enjeu est de briser l’isolement du peuple grec aux avant-postes de la lutte contre l’austérité en Europe. Il faut pour cela prendre des initiatives de solidarité et dénoncer la campagne contre Syriza et la gauche radicale.


Vidéo du meeting Front de Gauche du 21 mai 2012 Place Edouard Herriot (Paris) avec Alexis Tsipras (Syriza), Jean-Luc Mélenchon (PG) et Pierre Laurent (PCF). 

What are the next steps for Greece ? Interview de Panos Garganas (SEK) (en anglais) 

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Si la solidarité avec Syriza s'impose, il ne faut pas ignorer les différences qui existent en son sein, ni le fait que d'autres forces existent à la gauche de la gauche grecque. Cet article de Stathis Kouvelakis, écrit en novembre 2011, donne des indications utiles mais qui doivent être mises à jour compte tenu des résultats des élections législatives de 2012 : Grèce : coup d'Etat européen face au soulèvement populaire.

(...) La ligne majoritaire au sein de Syriza, et surtout de sa principale composante, Synaspismos, est de proposer une renégociation de la dette dans le cadre de l’UE et de la zone euro, en évitant la cessation de paiement. La question de l’euro ou de la structure antidémocratique et néocoloniale de l’UE sont minimisées et/ou renvoyées à un futur indéterminé, lorsqu’un « mouvement social européen » aura changé la donne au niveau de l’UE toute entière, ou du moins de son noyau. Ces propositions, faut-il préciser, paraissent en complet décalage par rapport à la situation, peu crédibles et suscitent une opposition interne croissante.

Devant cette impasse, des courants importants de Synaspismos (le « Courant de gauche » dirigé par l’actuel porte-parole parlementaire de Syriza Panagiotis Lafazanis) ainsi que d’autres composantes de Syriza regroupées dans le Front pour la Solidarité et la Rupture (dirigé par l’ancien président de Synaspismos Alekos Alavanos) haussent le ton et rompent avec le consensus européiste. Ils prônent une renégociation de la dette « à la Kirchner », menée sous la pression d’une cessation de paiement à l’initiative du pays emprunteur, accompagnée d’une sortie de l’euro et d’une véritable nationalisation du secteur bancaire, qui permettraient une dévaluation de la monnaie et une sortie de la logique de la « dévaluation interne » (fondée sur la baisse drastique du coût du travail) imposée par les cures d’austérité. En plus des arguments économiques, une rupture avec l’euro et la logique des institutions européennes, sans sortie immédiate de l’UE, est également jugée nécessaire pour des raisons politiques : comment sortir le pays de la tutelle où il se trouve actuellement et relancer un fonctionnement démocratique sans accepter un découplage, fût-il partiel, avec l’UE et le rétablissement de sa souveraineté nationale ? Cet agenda est du reste déjà défendu par le regroupement des forces de l’extrême gauche Antarsya, qui a connu quelques succès électoraux lors des régionales et municipales de novembre 2010 (cf. encadré, plus bas), et qui défend la cessation de paiement, la sortie de l’euro et la nationalisation des banques comme socle d’un programme de rupture anticapitaliste. Toutefois, malgré d’importantes convergences, un début de regroupement sur le front syndical, et une audience croissante dans le débat public, le « pôle anti-UE » de la gauche radicale peine à se coordonner et à acquérir une visibilité sur le terrain politique.

La situation paraît encore plus figée du côté du Parti communiste. Traditionnellement hostile à l’UE, partisan d’une sortie de la Grèce de l’Union, ce parti se montre pourtant très prudent sur ce terrain depuis le début de la crise, soulignant que tous ces problèmes, ainsi que celui de la dette, ne pourront être résolus qu’une fois « renversé le pouvoir du capital monopoliste » et instauré le « pouvoir populaire », sous la direction, naturellement, du parti. Cette rhétorique « gauchiste » sert en réalité à justifier une pratique quiétiste sur le plan des mobilisations, avant tout soucieuse de refuser toute forme d’unité d’action et accusant Syriza (et Antarsya) d’être des « forces opportunistes » jouant « le jeu de la bourgeoisie et de l’UE ».

En réalité, tout comme ceux de Syriza, les dirigeants du KKE manient un discours radical, mais désincarné, en ayant avant tout l’œil sur les sondages, qui créditent la gauche radicale de ses scores les plus élevés depuis les années 1970 (cf. encadré plus bas). Ils semblent se contenter de ce rôle de réceptacle passif de la colère populaire, rôle partagé qui crée entre eux une sorte d’étrange complicité, par-delà la virulence des polémiques. Pour le dire autrement, ce qui se trouve exclu dans les deux cas, quoique par des cheminements opposés, c’est l’idée d’une alternative qui se construit sur des objectifs transitoires et répond concrètement aux problèmes cruciaux posés par la crise : dette, appartenance à l’euro, modèle économique, refondation démocratique, indépendance nationale et rapports avec l’UE. 

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