15 novembre 2012

Déclaration de l’International Socialist Tendency (IST): Grève générale au sud de l’Europe le 14 novembre

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La décision des syndicats en Grèce, en Italie, au Portugal, dans l’Etat Espagnol, à Chypre du Sud et à Malte de convoquer une journée de grève générale dans le cadre d’une journée d’action européenne contre l’austérité est sans précédent.

Elle nous propose une magnifique opportunité de faire converger les résistances aux coupes budgétaires et aux attaques contre les travailleurs qui se sont dévéloppées en Europe depuis deux ans. Cette décision reflète aussi la pression menée par les syndicalistes de base vis-à-vis de leurs directions pour accélérer la riposte.

Une crise de cette échelle est inédite depuis les années 1930. L’austérité brutale que la Troïka a imposée a ruiné la vie de millions de personnes. Les services publics sont au bord de l’effondrement complet en Grèce et vont dans ce sens en Espagne et au Portugal. Les salaires du secteur public ont été réduits de 20%; le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté augmente sans interruption et des milliers d’habitants sont expulsés de leurs logements chaque semaine.

De toute évidence la crise s’aggrave. Un plan de sauvetage de la Banque Centrale Européenne est imminent en ce qui concerne l’Espagne. Une nouvelle série de coupes en Grèce pourrait très bien faire tomber Samaras et mener à une sortie pure et simple de la zone euro.

Mais les travailleurs ont montré qu’il est possible de résister à ces attaques. La classe ouvrière grecque - la plus durement touchée par le tsunami d’austérité - a été à la pointe de la résistance. Plus de vingt grèves générales, en plus de centaines de grèves sectorielles et de manifestations au cours des deux dernières années, ont paralysé deux gouvernements et ont donné lieu à une radicalisation politique où la gauche radicale se trouve près d’une victoire électorale.

En Espagne l’éruption du mouvement des Indignés - auquel 25% de la population a participé - a inspiré une opposition au gouvernement de Rajoy. Au Portugal des manifestations de masse ont stoppé le projet de Coelho de baisser les salaires de 7%. Des manifestations et des grèves de masse ont aussi eu lieu en Italie, en Grande-Bretagne et ailleurs.

Plus que jamais nous avons besoin de généraliser la résistance. Les manifestations symboliques sont clairement insuffisantes étant donné l’ampleur de l’assaut contre la classe ouvrière. Des journées de grève générale peuvent être un excellent foyer de convergence pour les mobilisations - et ceci d’autant plus lorsqu’elles cassent les barrières et unissent l’ensemble des travailleurs dans une lutte commune.

Mais la grève du 14 novembre ne peut pas être une fin en soi. Elle doit servir comme tremplin pour de nouvelles actions: grève sectorielles, occupations, blocages et autre formes de protestation militante. Elle doit être une étape vers une mobilisation européenne plus large encore.

La résistance face à l’austérité doit aussi être accompagnée d’une réponse politique plus globale - une réponse qui inclut des collectifs comme le mouvement Occupy et d’autres campagnes de base. L’absence d’une alternative politique crédible à gauche laissera la porte grande ouverte aux Nazis. L'Aube Dorée est l’exemple le plus clair de comment les fascistes peuvent profiter de la crise pour construire. Mais ce n’en est pas le seul. L’extrême-droite se renforce partout, de la France à l’Hongrie, en passant par l’Espagne.

Un large mouvement social et politique, autour de revendications comme le non-remboursement de la dette, la taxation des riches, la fin des coupes budgétaires, l’augmentation des salaires minimum, la retraite à 60 ans et la nationalisation des banques sous contrôle démocratique des travailleurs, est une nécessité urgente. Ceci doit se combiner avec une opposition au racisme et au fascisme et une lutte pour un changement démocratique. Le mouvement Occupy a lié l’opposition à l’austérité avec des appels à mettre fin aux privilèges des parlementaires et pour des changements qui touchent le cœur de l’imposture de la démocratie bourgeoise.

L’aliénation des politiciens et de l’actuel système politique n’a pas, contrairement à ce qui est souvent proclamé, donné lieu à un rejet de la politique en tant que lutte pour changer le monde. Des sondages montrent que des millions de personnes seraient en faveur des revendications programmatiques soulignées ici. Le succès électoral de Syriza en Grèce et du Front de Gauche et France, et la percée, dans l’État espagnol, d’Izquierda Unida et des nationalistes de gauche, reflètent ce phénomène. Il faut maintenant que cette gauche émergente rompe définitivement avec la social-démocratie qui a ouvert la porte à la droite et à l’austérité partout en Europe.

La création d’un large front anti-austérité doit être combinée avec le renforcement d’une gauche anticapitaliste politiquement indépendante - tant à l’intérieur de ces fronts que parallèlement à ceux-ci. Une gauche anticapitaliste qui peut renforcer l’opposition à l’Union européenne, qui n’existe que pour protéger les intérêts du capital. L’alternative, c’est la solidarité des travailleurs au-delà des frontières et c’est la démocratie socialiste par en bas.

A bas l’Europe des patrons! Tous en grève le 14 novembre! Pour une alternative anticapitaliste!

Site multilingue de l'IST

En annexe, cet extrait de la déclaration commune du 17 octobre 2012 de la Gauche Anticapitaliste, Convergences et Alternative, la FASE (Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique) et Gauche Unitaire intitulée Rassembler pour une alternative à gauche:

Construire une perspective de Front de gauche au niveau européen

La crise économique du capitalisme, celle de la construction ultra-libérale de l’Union européenne, les solutions catastrophiques engagées par la Troïka en Europe du Sud, les dérives des gouvernements sociaux libéraux acceptant de gérer ces plans d’austérité généralisée, ont provoqué de puissants mouvements sociaux de résistance, et redonné de l'espace et de la force aux gauches antilibérales européennes, plus rassemblées, plus crédibles, porteuses d’ambitions plus affirmées. On l’a vu plus particulièrement en Grèce, puis en Espagne, la combinaison de mouvements sociaux importants et de coalitions de gauche liées à ces mouvements permet des progrès politiques notables.
Les élections européennes en 2014 seront l'occasion d'affirmer dans plusieurs pays, dans une même campagne, une même gauche de transformation sociale, défendant des solutions politiques communes (banque publique, refus du Traité, alignement vers le haut des législations sociales et fiscales, démocratie européenne...).
Nous pourrons ainsi faire apparaître une coalition de ces gauches européennes, essentielle, car n'y aura pas d’alternative à la crise si elle n'est pas d'emblée pensée et réalisée à l'échelle européenne.

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