17 décembre 2012

Une fraction du Parti Socialiste s'inquiète de la "dérive" sociale libérale du gouvernement Hollande-Ayrault

***
Une quinzaine d'élus PS appellent Hollande à renouer avec les ouvriers

Une quinzaine de députés et d’élus socialistes implorent François Hollande, dans une lettre publiée ce matin, de ne pas sacrifier « l’urgence sociale ». «Le pouvoir d’achat ne doit pas être la variable d’ajustement», rappelle l’un d’entre eux.(...) Lire la suite sur le site du Parisien ici ...

Commentaire

Si ce n'est pas encore la "révolution" au sein du PS, serait-il au moins le début d'un commencement d'une "révolte" ? Les signataires du texte seraient, selon Le Parisien, pour partie des membres de l'ancien réseau de Dominique Strauss-Kahn, donc peu suspects d'être des "archéos" comme on aime traiter au PS ceux qui défendent habituellement une orientation social-démocrate de gauche. Mais ils ont clairement pris la mesure de la catastrophe que représente la ligne Hollande-Ayrault. Ils soulignent le « scepticisme croissant des couches populaires et moyennes » à l'égard du gouvernement et appelle celui-ci à un retour aux "fondamentaux" - en fait à une politique redistributive néo-keynésienne sans exclure une dose de nationalisation.  

Le scepticisme dont ils parlent s'est traduit par des défaites cinglantes lors des récentes élections partielles et une chute vertigineuse de la côte de popularité des deux principaux dirigeants socialistes. La chute est spectaculaire depuis l'affaire de Florange et leur refus de soutenir le projet du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, d'une nationalisation temporaire d'Arcelor-Mittal. Entre-temps, chez les sympathisants de gauche, Montebourg est devenu plus populaire que Manuel Valls, et Jean-Luc Mélenchon du Front de Gauche a gagné 6 points d'opinions favorables !  

Il y a donc dans l'évolution de l'opinion - mais ce ne sont que des sondages - des points positifs et des points négatifs. Mais la tendance lourde est à la résignation, et celle-ci n'est jamais bonne pour la gauche. Le scepticisme renforce l'abstentionnisme. Mais il risque aussi de remettre en selle une UMP droitisée - et, encore pire, ouvrir un boulevard pour le Front National. 

La solution ne viendra pas du PS. Le problème n'est pas que le gouvernement, ou le PS, "manque de courage" comme a tendance à dire le PCF. On peut lui proposer "une porte de sortie vers la gauche", comme a récemment écrit Pierre Laurent, mais ouverte ou pas c'est une porte qu'il ne prendra pas, sauf bien sûr aux marges (et toute avancée est bien sûr bonne à prendre). Le PS est par nature enclin à chercher un 'compromis historique' avec le patronat et le monde de la finance, malgré les gesticulations - qui ont d'ailleurs fait long feu - de Hollande quand il lui faut aller chercher des voix dans les classes populaires. 

Seule la gauche radicale, si elle offre une alternative claire à la politique du gouvernement, pourra redonner de l'espoir aux travailleurs. Le PS lui même ne peut pas être "redressé". Mais l'émergence d'une véritable force d'opposition et de proposition à sa gauche pourrait entraîner une partie de sa base, voire de ses cadres.

La gauche anticapitaliste, en premier lieu le Front de Gauche, mais pourquoi pas un jour le NPA ?, doit se renforcer en s'unissant et en clarifiant ses propres positions. Mais elle ne doit pas fermer la porte à des alliances au moins ponctuelles avec une partie du PS. Elle doit chercher de nouvelles recrues dans les rangs des "déçus du Hollandisme", et pas seulement chez ceux qui n'y ont jamais cru. Et la meilleure façon d'y arriver est de leur proposer des cadres d'action commune, sans faire des concessions sur le fond.

Colin Falconer, le 17 décembre 2012

Aucun commentaire: