28 janvier 2013

L'Occident et la nouvelle ruée vers l'Afrique

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Alex Callinicos, dans Socialist Worker, journal du Socialist Workers Party (Grande-Bretagne), le 22 janvier 2013

Traduction NPR

http://socialistworker.co.uk/art.php?id=30368

Les puissances occidentales se préparent au retrait de leurs troupes en Afghanistan. Mais l'intervention française au Mali et la crise des otages en Algérie suggèrent fortement qu'un nouveau front s'ouvre au Maghreb - un front qui pourrait même durer "des décennies", selon le premier ministre britannique David Cameron.

Pour comprendre ce qui se passe nous devons nous rappeler l'importance croissante du continent africain tout entier pour l'impérialisme occidental. Ceci s'explique crucialement par le boom des ressources naturelles, et surtout l'attrait de plus en plus fort des réserves de pétrole et de gaz qui se trouvent sous le sol de l'Afrique ou offshore.

Certaines de ses réserves sont exploitées depuis longtemps, comme le complexe In Amenas dans le désert algérien. Le site fournit 2 percent du gaz naturel de l'Europe de l'Ouest. Mais aujourd'hui, même le Mozambique, un pays très pauvre et lointain de l'Afrique australe, est l'objet d'une lutte des sociétés transnationales pour accéder à ses réserves de charbon et de gaz.

Donc, les enjeux de l'engagement en Afrique ont augmenté pour les principaux États capitalistes. La France a une longue histoire d'intervention militaire dans ses anciennes colonies africaines. En Afrique centrale, la Grande-Bretagne devint un soutien important du régime tutsi au Rwanda, même si elle s'en est éloignée récemment du fait des efforts flagrants du gouvernement rwandais pour déstabiliser la République Démocratique du Congo voisine, qui possède des ressources naturelles énormes.

Les États-unis sont devenus récemment plus actifs dans la région. Le Pentagone possède dorénavant son propre commandement militaire africain, l'Africom, qui a été très actif, comme nous le verrons.

Le Rwanda n'est pas le seul régime peu recommandable soutenu par l'Occident. Les médias ont beaucoup loué la "dureté" des forces spéciales algériennes. Ces militaires ont appris leur métier pendant une guerre civile sauvage qui coûta la vie à 200,000 personnes dans les années 1990. La guerre fut déclenchée quand l'armée algérienne refusa d'accepter la victoire d'un parti islamiste modéré aux élections législatives.

Après l'abandon par Kadhafi du programme nucléaire libyen en 2003, des agences de sécurité occidentales comme le Service secret d'intelligence britannique l'ont soutenu comme un nouveau rempart contre l'islamisme. La guerre qui l'a renversé aida à déstabiliser le Maghreb en étendant le champs d'opération des combattants islamistes fortement armés à toute la région. 

L'intervention française dans le nord du Mali contre des militants islamistes alliés aux nomades touareg révoltés est un autre facteur de déstabilisation.

Selon le commentateur Patrick Cockburn dans The Independent on Sunday, "L'Algérie, la Libye, le Niger et le Burkina Faso ont tous des minorités touareg appauvries et mécontentes. Leurs gouvernements prétendent que leur principal souci est la menace de l'intégrisme islamiste parce que cela produit une réaction favorable à Washington, à Londres, à Paris et à Moscou. 

"Mais l'histoire récente de la région démontre que leur principale motivation est de combattre le séparatisme touareg. Le danger pour eux est d'autant plus préoccupant qu'ils possèdent souvent sous leurs pieds de très grandes réserves de pétrole, de gaz, d'uranium et de minerais d'une grande valeur."

Cockburn cite des sources qui prétendent que le gouvernement malien encouragea Al Qaida au Maghreb à opérer dans le Nord comme contrepoids aux séparatistes touareg.  Le New York Times a décrit également une intervention maladroite du Pentagone. Des forces spéciales américaines sont impliquées dans un programme de formation militaire dans le Maghreb et toute l'Afrique de l'Ouest qui a coûté jusqu'à 380 million de dollars depuis quatre ans. Le Mali a même été sélectionné comme "partenaire exemplaire".

Mais l'année dernière, alors que les militaires maliens organisaient leur coup d'État, les commandants touareg de trois des quatre unités d'élite combattant au Nord-Mali sont passés dans le camp des rebelles. "J'ai été très déçu qu'une force armée que nous avons aidé à former ait participé au renversement militaire d'un gouvernement élu," a dit en décembre 2012 un peu honteusement le général Carter F Ham, le chef de l'Africom.

Donc, derrière la crise des otages en Algérie et la campagne militaire des Français au Mali se cachent des relations économiques et politiques beaucoup plus complexes. Nous voyons des régimes locaux en train de manœuvrer pour se maintenir au pouvoir, et les principaux États capitalistes occidentaux qui cherchent à renforcer leurs positions dans une région dont l'importance économique est en plein essor. En tenant compte de la misère dans laquelle se trouve la majorité des Africains, nous pouvons nous attendre à d'autres bouleversements.

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