11 avril 2013

Quelques saines réactions à l'hystérie islamophobe des Fourest, Badinter et autres Zemmour

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 Cette décision de justice ne remet pas la laïcité en cause !
 
par Fabienne Haloui, membre du comité exécutif national du PCF
 
L ’arrêt de la Cour de cassation annulant le licenciement de la salariée voilée de la crèche Baby Lou a provoqué des réactions hostiles et des appels à légiférer au nom de la laïcité. Animatrice de la lutte contre le racisme et les discriminations au Parti communiste français, j’ai souhaité contribuer, à titre personnel, au débat qui s’est ouvert.
La laïcité n’est pas remise en cause dans l’arrêt rendu par cette juridiction, d’autant que l’on oublie trop facilement que, le 19 mars 2013, la Cour de cassation a rendu deux arrêts :
– le premier a débouté une salariée qui dénonçait son licenciement par la Caisse primaire d’assurance maladie pour port du foulard islamique car « les principes de neutralité et de laïcité du service public sont applicables à l’ensemble des services publics, y compris lorsque ceux-ci sont assurés par des organismes de droit privé » ;
– le deuxième annulait le licenciement de la salariée de la crèche Baby Loup qui avait refusé de quitter son voile.
La Cour de cassation, anticipant les critiques, a rappelé qu’une crèche privée, en dépit de sa mission d’intérêt général, ne peut être considérée comme une personne privée gérant un service public. Pour obtenir une délégation de service public, une organisation privée doit agir pour « le compte d’une personne morale de droit public », qui la contrôle. Le fait de percevoir des fonds publics ne change rien au principe de laïcité qui s’applique aux seuls salariés des employeurs qui gèrent un service public.
Un règlement intérieur, en fixant une interdiction générale et absolue, viole le Code du travail en se situant au-dessus de la loi ; dans le cas de Baby Loup, il devient une atteinte à la liberté religieuse.
La loi de 1905 a été établie pour que les fonctionnaires de la puissance publique soient soumis au principe de neutralité, et qu’au-delà domine le respect de toutes les libertés de conscience : liberté de croire, de ne pas croire et de croire en qui on veut.
Le danger aujourd’hui, c’est que, sous la pression de l’extrême droite et d’une partie de la droite présentant l’islam comme une religion non soluble dans la République, les principes laïques, par principe non discriminatoires, soient instrumentalisés à des fins discriminatoires. C’est qu’on confonde neutralité et invisibilité.
Alors que la laïcité doit être garante de l’égalité des droits, de l’acceptation des différences, du respect de la liberté de conscience et de culte, du refus de l’intégrisme.
On se réfugie derrière de grands idéaux, sur le fait que le port du voile s’apparente à des symboles négatifs (oppression, soumission…), sauf que ce sont aux femmes qui font le choix de le porter de définir le sens et la fonction de leur foulard, il ne s’agit pas de décider pour elles !
La question n’est pas de répondre si on est pour ou contre le port du foulard, la question est de savoir si on respecte les femmes qui ont fait le choix d’en porter un.
Légiférer une fois encore sur une interprétation de la laïcité et la pratique de l’islam serait la pire des choses : en fixant de nouveaux interdits, on poursuivrait dans la voie de la stigmatisation, on favoriserait le communautarisme et le repli identitaire que l’on prétend combattre.
Certains élus de la République ont fait le choix de labourer les terres de l’extrême droite, exploitant les peurs et les difficultés des gens, en déplaçant la question sociale sur le terrain identitaire, en présentant le musulman comme le nouvel ennemi de l’intérieur (hier le juif) menaçant notre identité, la laïcité à coups de pain au chocolat, de viande halal et de foulard imposé.
Au-delà du fait que l’on cherche à détourner l’opinion des causes réelles de la crise sociale et économique, c’est une stratégie dangereuse contre le vivre ensemble et l’acceptation de la France telle qu’elle est et non telle que certains la fantasment.
Sans rien céder aux intégrismes religieux quels qu’ils soient, n’est-il pas possible de permettre aux musulmans d’envisager la laïcité autrement que sous l’angle de l’interdit ?
Ne peut-on pas voir dans les deux arrêts de la Cour de cassation le signe que les processus d’accommodement entre l’islam et la laïcité s’opèrent ?
Les campagnes jouant sur les peurs et la méconnaissance du fait religieux ont des effets désastreux. Quand 80 % des musulmans en France se déclarent attachés à la France et loyaux envers elle, seulement 44 % des Français pensent qu’il en est ainsi.
L’apaisement passe par la déconstruction des préjugés sur l’islam vécu comme une menace. Détricotons ce qui relève du réel, du fantasme ou de l’amalgame avec l’intégrisme. Derrière chaque musulman désireux de pratiquer sa religion ne sommeille pas un islamiste radical !
L’immense majorité des musulmans de France aspirent à des relations d’égalité dans le vivre ensemble et le respect de la laïcité. Travaillons à cette réconciliation ! La gauche s’honorerait de relever ce défi !


PROJET DE LOI LIBERTICIDE

par l'Union juive française pour la paix (UJFP)

L’UJFP, comme nombre d’associations et citoyens de ce pays, est révoltée : à l’heure où les actes islamophobes ne cessent d’augmenter, où des mères continuent d’être interdites de sorties scolaires sous les yeux de leurs enfants, car elles portent un foulard, et où une lycéenne de Villiers-sur-Marne est isolée de ses camarades et menacée d’expulsion pour port d’un bandeau frontal jugé trop large et d’une jupe jugée trop longue, le Président de la République choisit de s’inscrire dans un projet de loi sur la laïcité visant rien de moins que la modification des dispositions de la loi de 1905.

Cette position se situe dans la droite ligne d’une politique d’Etat discriminatoire et raciste à l’égard de nos concitoyen-nes musulman-es, dans la poursuite de la politique du gouvernement de droite de Nicolas Sarkozy et de celle revendiquée par l’extrême droite. Cet ostracisme d’Etat, qui vise de manière obsessionnelle les femmes, et les femmes musulmanes, sur leur tenue vestimentaire, est non seulement raciste, mais aussi sexiste. Contrôler le corps des femmes et leurs vêtements est l’apanage des sociétés les plus réactionnaires et patriarcales. Sous entendre que ces femmes seraient un danger pour « nos » enfants relève de l’ignoble.

Monsieur Zemmour, l’apôtre de l’assimilation à la française, indiquait clairement, sur le plateau de l’émission télévisée « Ce soir ou jamais » du 5 avril dernier, à la chercheuse sociologue française Nacira Guenif : « La France n’a pas envie de changer… ce n’est pas à vous de dire que la France a envie de changer… c’est l’histoire de France, c’est les traditions françaises, on s’installe dans un pays, on respecte ses traditions. »

Pour les tenants d’une nouvelle loi, il n’y a pas d’espace neutre, mais un espace à contrôler, dans lequel on veut imposer une vision étroite et réactionnaire de la France. L’émancipation ainsi imposée aux femmes musulmanes qui souhaitent porter un foulard consisterait à les exclure de tous les espaces publics - école, travail, rue… - et à les enfermer chez elles.

L’UJFP soutient le droit de chaque femme et de chaque être humain à exprimer librement ses convictions, ses revendications, à s’habiller comme il l’entend. C’est ce que garantit la loi de 1905 aux citoyen-nes de ce pays.

L’UJFP appelle à signer massivement la pétition « Contre une loi stigmatisante / Pour une commission sur l’islamophobie ». 

Bureau national de l’UJFP, le 9 avril 2013

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par Christophe Caresche, député PS du 18ème arrondissement de Paris 

Une nouvelle fois, la France s’apprête à revoir sa législation sur le port du voile après l’avoir modifiée à plusieurs reprises ces dernières années. Cette inflation législative ne s’observe dans aucun autre pays, alors même que la France dispose déjà d’une des législations les plus restrictives au monde. L’universalisme français au nom duquel sont invoqués les principes républicains est de moins en moins universel et de plus en plus français ! 

Le débat récurrent sur le port du voile n’apparaît pas tant comme le signe d’une montée inexorable du communautarisme que comme le symptôme d’une crispation identitaire de la société française. C’est bien l’incapacité d’une partie de la France à se penser comme une société ouverte et tolérante qui explique cette volonté obsessionnelle de rendre toujours plus invisibles les signes d’appartenance à la religion musulmane. Dans ce contexte, légiférer à nouveau, suite à l’affaire Baby-Loup, ne fera qu’alimenter un peu plus la chaudière à produire de l’exclusion. 

Ce que veulent les partisans d’une nouvelle législation sur le port du voile, c’est une extension de l’interdiction bien au-delà des crèches bénéficiant de financements publics. Il suffit de lire les propositions de loi déposées par la droite qui préconisent la suppression du port du voile au travail et dans l’espace public pour s’en convaincre. On peut, dès lors, douter de la capacité du gouvernement à trouver un consensus sur ce sujet comme l’a souhaité le président de la République. Et, même s’il était trouvé, il ne serait qu’une étape supplémentaire pour ceux qui veulent, en réalité, accroître toujours plus le champ de l’interdiction du port du voile. Il n’y a pas d’apaisement possible dans ce domaine car la logique à l’œuvre est celle d’une surenchère permanente. 

C’est pour cette raison qu’il faut récuser l’argument selon lequel « il ne faut pas laisser la défense de la laïcité à Marine Le Pen ». Cet argument, outre qu’il légitime l’opération de captation de la notion de laïcité par l’extrême droite, ne peut conduire qu’à l’alignement sur les positions les plus radicales. 

La réponse au malaise identitaire que connaît notre pays ne réside pas dans un nouveau durcissement de la loi sur le port du voile. Elle passe par la réaffirmation du principe de laïcité devenu l’instrument de toutes les manipulations. La laïcité n’est pas un principe d’exclusion ou de stigmatisation. Elle est au contraire un cadre qui garantit la possibilité de vivre ensemble. Pour l’avoir laissé galvauder, la gauche risque de se retrouver à la remorque des démagogues. Elle a pourtant intérêt à reprendre une attitude offensive dans ce domaine car tout indique que la crispation de la société française, même si elle est une réalité, est limitée dans l’espace et dans le temps. Des indicateurs, comme le nombre de mariages mixtes ou la plus grande tolérance des jeunes générations à l’égard de l’immigration, montrent une société plus ouverte qu’on ne le dit. C’est sur ces tendances d’avenir que la gauche doit s’appuyer et non pas sur les tendances mortifères du repli hexagonal.

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