28 mai 2013

Les Alternatifs solidaires des luttes des immigrations post-coloniales Contribution dite « du 06 » Contre l'islamophobie ! Pour l'égalité des droits !

***  Le texte qui suit est une contribution des Alternatifs 06, et non la position des Alternatifs en tant que parti. Il a provoqué des réactions hostiles de la part d'autres militants.
Après la loi contre le voile à l'école et la loi anti-burqa, après la campagne contre les « prières de rue » et le « grand débat sur l’Islam », après l'offensive initiée par Luc Chatel contre les mamans voilées durant les sorties scolaires et la proposition de loi contre les nounous voilées, après la construction du mythe du garçon arabe des quartiers populaires, nécessairement plus macho et plus violent que les autres, les réactions à la décision de justice annulant le licenciement de la salariée voilée de la crèche Baby Loup désignent à nouveau les musulman-e-s comme des citoyen-ne-s entièrement à part et participent de la diabolisation de l'islam, jugé même par certains observateurs « incompatible avec la démocratie ».
Instrumentalisant une fois de plus la laïcité et les droits des femmes, le consensus entre la droite d'une part et le PS d'autre part, prend la forme de discours et prises de position favorables à une nouvelle loi qui interdirait le voile dans les entreprises et les associations.
Pressant le pouvoir politique d'adopter au plus vite cette loi, des figures médiatiques et responsables politiques – dont Harlem Désir, premier secrétaire du PS - défenseurs d'une laïcité excluante se mobilisent à nouveau.
Leur point commun : vouloir imposer dans le débat la thématique de la défense de la république contre l'intégrisme musulman, version francisée de la guerre des civilisations. Dans un contexte de racialisation des rapports sociaux, alimenté par les classes dominantes et leurs représentant-e-s politiques, cette nouvelle attaque accroît la division et la mise en concurrence des couches populaires.
Une fois de plus, les femmes voilées sont ignorées. Présentées au mieux de manière paternaliste, au pire de manière condescendante, on leur refuse le statut de sujet autonome. Elles seraient nécessairement victimes et contraintes de se soumettre ou manipulées par l'intégrisme. Certes, nous qui sommes féministes, nous n'oublions pas que le voile est un signe religieux particulier en ce sens qu'il est un marqueur sexuel lié à la domination masculine. Mais la question est bien de savoir si on respecte les femmes qui ont fait le choix de porter un voile et non de se prononcer pour ou contre le port du foulard.
C'est cette conception originelle de la laïcité favorable à la liberté de conscience instituée par la loi de 1905 -et défendue par exemple par une association comme la LDH- que la gauche radicale devrait porter tout en s'opposant à la conception religieuse de la laïcité -telle que pratiquée du temps de l'Empire dans les colonies françaises- qui renforce la stigmatisation des musulman-e-s.

Or, force est de constater que la gauche radicale ne s'est jamais vraiment impliquée dans la contre-offensive, aujourd'hui essentiellement menée par des intellectuel-le-s engagé-e-s, souvent proches d'elle et qui invitent à « prendre la mesure du racisme, voire de la haine, qui visent aujourd'hui nos concitoyens musulmans, ou perçus comme tels » (1)
Or, cette forme de racisme qui stigmatise - au prétexte de leur religion réelle ou supposée - une grande partie des habitants et surtout des habitantes des quartiers populaires s’en prend aussi aux populations les plus précaires(2), au salariat dans ses catégories les plus défavorisées (30% des milieux populaires, ouvrier-e-s et employé-e-s, sont issus de l'immigration post-coloniale). Ce sont aussi celles et ceux dont l’exclusion politique est la plus marquée et la plus préoccupante et dont la gauche radicale devrait mieux entendre les aspirations et partager davantage les luttes.
Il est temps de donner des signes à nos concitoyen-ne-s de culture musulmane pour qu'ils-elles puissent enfin se considérer comme des citoyen-ne-s à part entière. Il est temps de prendre pleinement en compte les légitimes aspirations des immigrations post-coloniales.
C'est pourquoi les Alternatifs proposent :
- L'abrogation de la loi de 2004 sur le voile à l'école et de toutes les lois anti-musulmanes qui ont suivi.
- Le droit de vote pour les résident-e-s étranger-e-s non communautaires aux élections locales et européennes, dans la perspective du vote de toutes et tous à tous les scrutins : la citoyenneté de résidence
- La reconnaissance du caractère systémique des discriminations raciales subies par les populations noires et arabes, françaises ou non et une véritable politique de lutte en faveur de l'égalité des droits, considérée comme politique publique prioritaire
- La mise en place d'une véritable politique d'affirmative action dans les quartiers populaires, notamment en matière de formation et d'emploi.
- La fin du traitement néo-colonial subi par les quartiers populaires et une justice équitable pour les victimes des violences policières. La dissolution des BAC et une réorientation de l'action policière dans les quartiers populaires
- La reconnaissance pleine et entière du fait colonial et des massacres commis au nom de la république.

En indiquant clairement sa volonté de partager les luttes des mouvements politiques autonomes issu-e-s des immigrations post-coloniales dans les quartiers populaires, la gauche radicale de notre pays marquerait sa solidarité avec les organisations et les peuples des pays du Sud, souvent ou en majorité de culture musulmane qui ont largement contribué à l'éclatant succès du récent Forum Social Mondial de Tunis.

1- Tribune parue dans Le Monde et aujourd'hui ouverte à pétition à l'adresse : http://www.change.org/petitions/contre-une-loi-stigmatisante-pour-une-commission-sur-l-islamophobie
2 - De nombreuses femmes musulmanes voilées n'ont pas d'autre activité que l'entretien et la garde des enfants. Pour elles, une nouvelle loi aurait pour conséquence de les priver de tout droit au travail.

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