8 juillet 2013

Egypte : Coup d'Etat militaire ou nouvelle étape de la révolution ?


"Méfiez-vous de l'armée" : et si on arrêtait de prendre les Egyptiens pour des imbéciles ?

Un article de Julien Salingue écrit au lendemain du renversement du président égyption Morsi par l'armée.

(...) À ceux qui affirment que les récents événements se résument à un coup d’État de l’armée, d’autres rétorquent que nous assistons à nouvelle étape de la révolution égyptienne. À l'examen, la réalité se situe à mi-chemin de ces deux positions.
Coup d’État vs révolution ?
En effet, si la destitution du Président égyptien a été formellement organisée (et annoncée) par l’armée, et non par des structures autonomes issues du mouvement de révolte qui agite l’Égypte depuis 30 mois, elle ne se serait jamais produite sans les manifestations historiques du 30 juin et des jours qui ont suivi. C’est parce que les Égyptiens se sont mobilisés par millions que Mohammad Morsi a été contraint au départ, pas parce que l’armée égyptienne aurait soudainement décidé de le renverser. 
(...) Le paradoxe n’est pas des moindres : les événements de ces derniers jours sont l'expression simultanée de l'existence d'une dynamique populaire et révolutionnaire et de rapports de forces politiques très défavorables pour les révolutionnaires. Ces derniers n’ont pas réussi jusqu’à aujourd’hui à se doter de structures suffisamment unifiées, fortes et légitimes pour jouer le rôle que l’état-major joue aujourd’hui, laissant dès lors l’initiative à une force sociale qui est essentiellement préoccupée par le retour à la normale et non par la satisfaction des revendications de la révolution. Une nouvelle période d’instabilité s’ouvre donc, déjà marquée par la volonté de l’armée de dissuader quiconque de s’opposer à sa « feuille de route », avec des décisions arbitraires comme la fermeture des locaux d'al-Jazeera ou l'arrestation de dirigeants des Frères Musulmans. Les militaires ont pour l’instant su exploiter une situation de paralysie politique, marquée par les errements des Frères et par les faiblesses structurelles de l’opposition. Mais la révolution n’a pas été défaite ou confisquée.

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