8 décembre 2013

De la navigation par gros temps, par Samy Johsua (GA/ENSEMBLE!)

La polémique sur les chiffres de participants à la manifestation du 1er décembre fait malheureusement écran aux deux constatations principales.

La première est que ce fut un succès. Surtout rapporté à la rapidité de la convocation, à la difficulté de la venue de Province à partir du moment où, dans beaucoup d’endroits, la campagne municipale est déjà bien engagée. Compte tenu aussi de l’état de fracturation du Front de Gauche au sommet qui aurait pu jouer très défavorablement. La deuxième constatation est qu’elle fut plus faible que la précédente, ce qui ne s’explique que partiellement par les limites objectives que je viens de rappeler.

Au-delà, ce que montre d'abord la manifestation est qu'il est difficile de suppléer par la mobilisation purement politique à la faiblesse du mouvement social, et à la hauteur qu'il faudrait. Dans une situation d’atonie sociale rarement atteinte, les trois manifestations nationales initiées par le FG depuis l’élection présidentielle ont eu une fonction bien particulière. Démontrer que, malgré les difficultés du mouvement social, un bloc militant était toujours là, massif et déterminé. Mais pour l’instant, sans parvenir à s’élargir significativement. Sans parvenir en particulier à capter les masses qui s’éloignent des partis de la gauche gouvernementale au rythme accéléré où elles s’en détachent. La pusillanimité des secteurs de la gauche des socialistes et des écologistes ne sont pas pour rien dans cet attentisme délétère. La participation officielle de LO et du NPA à manifestation, salutaire, ne compensant pas en totalité cette absence.

Les mobilisations initiés par le FG pourraient gagner encore plus d’impact en trouvant les moyens de d’engager unitairement des secteurs du mouvement social, dans le respect les spécificités de chacun. Mais déjà elles sont, dans ces conditions une bute témoin dans des temps de navigation difficile. Elles ne peuvent pas suppléer fondamentalement à la faiblesse confirmée des mobilisations sociales. Mais elles sont une référence qui montre la voie maintenue de la résistance et de l’alternative.

Car, pour l'instant, l'affaiblissement de Hollande ne produit pas grand chose sur sa gauche. Beaucoup de démoralisation et de division. Il est possible de faire remonter cette analyse plus loin. Il est possible que tout ceci ait été inscrit dans les conditions mêmes de la victoire du PS : jamais une des ces victoires électorales n'a été acquise sur une base moins à gauche que celle de 2012. La déception est grande aujourd’hui, mais force est de reconnaître qu’il y avait déjà bien peu à trahir.

Le score obtenu par le FG à la Présidentielle, imposant, ne fut pourtant pas en mesure déjà de capter les hésitants qui nous manquent aujourd’hui (tous ceux qui, réfugiés dans l’argument facile du « vote utile », montraient surtout leur peu de confiance dans la rupture indispensable qu’engageait le vote Mélenchon). On mesure aussi, d’un autre côté, combien une occasion a été perdue de regrouper au moins la masse des militant-e-s déterminées, ce qui aurait été (peut-être) possible dans les semaines entourant l’élection à la faveur d’un appel clair à l’engagement direct dans le FG, par delà les partis.

Si le mouvement social ne prend pas le relais, il reste en conséquence deux possibilités alors que le régime socialiste est dans des affres rarement atteintes : des explosions d'en bas ou/et une affirmation purement politique, clairement à gauche.

Ce qui vient « d'en bas » pour l'instant n’est pas toujours disposé dans la bonne direction. Les "bonnets rouges" par exemple, accentuent dramatiquement, malgré la volonté de tel ou tel secteur, la pression idéologique de droite (« antifiscale » et pour la « baisse des charges » au lieu d’une révolution fiscale et d’une loi d’interdiction des licenciements). Qu'ils puissent rallier sur ces bases d'une manière aussi massive, et aussi confuse, est un signal inquiétant. Mais, dans d'autres conditions, « d'en bas », ça peut aller dans un meilleur sens dans le pays, demain ou après demain. Impossible, comme d’habitude, de spéculer sur ce point en avance, dans un « pays de révolution » comme la France.

Reste la résistance « politique ». Elle s'est durcie inévitablement à gauche, compte tenu de la politique de Hollande. Son élargissement est maintenant l’enjeu principal. Certes, en entraînant les secteurs qui se proclament antilibéraux sur la gauche du PS et de EELV. Mais, les derniers mois démontrent que si c’est un enjeu, l’argumentation rationnelle avec ces secteurs sera insuffisante. Seule comptera en définitive la pression populaire. Déjà, par la réussite des mobilisations annoncées pour janvier. Ce sera aussi un des enjeux, parfaitement gagnables, des prochaines échéances électorales. Municipales d’abord, européennes surtout. Hisser le FG au niveau de ces responsabilités et se projeter au delà quand les conditions existeront.

Malgré les difficultés, on a avec E-Mages, Ensemble-Mouvement pour une alternative à gauche écologiste et solidaire, un peu plus de moyens qu'avant pour aider à y arriver.

Samy Johsua (sur le site d'ENSEMBLE!)

Aucun commentaire: