18 janvier 2014

Le féminisme: osons le débat

La question du rapport entre le féminisme et le marxisme revient régulièrement au devant de la scène. On considère généralement, sans beaucoup y réfléchir tellement c'est devenu une évidence, que nous - la gauche radicale - sommes par définition des 'féministes'.

Bien sûr, si on se limite au sens commun de ce terme (être féministe égale s'opposer aux discriminations et à l'oppression des femmes) personne ne contestera l’appellation. Nous sommes 'anticapitalistes et féministes', et fiers de l'être, comme nous sommes 'écologistes' et 'antiracistes'.

Très souvent, cependant, un glissement s'opère qui consiste à supposer qu'être 'féministe' tel que je viens de définir le terme signifie, en plus de lutter effectivement pour la libération des femmes, souscrire obligatoirement à un certain nombre de concepts comme le 'patriarcat' ou la notion que les hommes (tous les hommes) bénéficient de l'oppression des femmes.

De telles notions doivent-elles être considérées comme acquises, ou comme des théories qui doivent être soumises à une critique rigoureuse ? Le 'patriarcat', par exemple, existe-il indépendamment du système social et économique, en fait-il partie ou en est-il une conséquence ?

Si je fais une comparaison avec l'écologisme, il est également de bon ton de proclamer que nous sommes tous devenus des écologistes. En faisant la synthèse avec l'apport théorique du marxisme cela donne l''écosocialisme'. Mais on oublie vite que parmi les 'écologistes' il existe de nombreuses écoles de pensée, allant de ceux qui considèrent que le problème à la base, c'est le 'productivisme' (pensé comme un système en soi, un peu comme le 'patriarcat', et non comme une conséquence de la folie capitaliste d'accumulation), ou la croissance inéluctable de la population, à ceux qui estiment que c'est le capitalisme, essentiellement, qui est à l'origine des phénomènes en question.

Lutter effectivement contre le réchauffement climatique, le nucléaire, les grands projets inutiles, et contre un mode de production qui privilégient  la recherche du profit à court terme sans tenir compte de l'environnement naturel et humain - donc pour une société socialiste -, ne signifie pas nécessairement être 'écologiste' au sens ou l'on souscrit à une des variantes de la théorie écologiste.

Osons une deuxième comparaison, cette fois-ci avec la lutte contre les discriminations et l'oppression liées à la 'race', à l'origine nationale, ethnique, à l'appartenance religieuse etc. Dans ce cas il est facile de comprendre qu'être de gauche doit signifier être 'anti-raciste', défendre les droits des minorités, dénoncer les inégalités et les discriminations, soutenir les luttes des opprimés ... Mais être contre ne signifie pas adhérer en positif à des théories qui essaient d'expliquer l'oppression 'raciale', ou des phénomènes historiques comme l'esclavage, par une opposition naturelle entre 'Blancs' et 'Noirs'.

Les mêmes questions se posent que pour les femmes ou pour d'autres groupes sociaux opprimés. Le racisme a-t-il toujours existé (est-il donc naturel), sinon de quand date-il ? Tous les Noir-e-s sont-ils opprimé-e-s - ou tous au même degré et de la même façon ? Un ouvrier blanc est-il un 'privilégié' parce qu'il a la peau blanche (doublement privilégié, d'ailleurs, si certaines théories de l'oppression tiennent la route, parce qu'il est du genre masculin) ? Bénéficie-t-il du racisme et des divisions que celui-ci engendre au sein de sa classe - une classe qui, si elle était unie, pourrait lutter plus efficacement pour sa libération ?

Il me semble que, si nous sommes par définition 'anti-racistes', mais pas des 'nationalistes noirs' ou des partisans d'une théorie 'post-coloniale' quelconque, nous sommes également par définition contre l'oppression des femmes, mais pas nécessairement des 'féministes' au sens théorique du terme. On peut, bien sûr, soutenir que nous devons l'être, mais cela se justifie, ce n'est pas un dogme tombé du ciel et écrit dans le marbre.

Il existe des questions sérieuses auxquelles il faut apporter des réponses.

L'oppression des femmes a-t-elle toujours existé, ou a-t-elle apparu au moment de l'émergence de la propriété privée et d'une société de classe ?

Quel rapport existe entre la subordination sociale et économique des femmes et les différences biologiques ou psychologiques entre les sexes ?

En quoi le capitalisme a-t-il changé la donne ? Les rapports de genre ont-ils évolué en fonction des besoins du mode de production capitaliste ? Sinon, en fonction de quoi (on ne peut effectivement prétendre que la situation des femmes est la même qu'il y a cinquante, cent ou deux cents ans, sans parler de la période pré-capitaliste) ?

Quel est le rapport entre l'oppression de la femme et l'exploitation ? Si toutes les femmes ne sont pas exploitées - il suffit de penser à Christine Lagarde, Laurence Parisot ou Angela Merkel pour en être convaincu -, sont-elles toutes opprimées ?

Les hommes doivent-ils être considérés comme des 'privilégiés', quelque soit leur classe sociale, c'est-à-dire leur position dans les rapports sociaux de production ?

Pour mieux éclairer ces débats, la révolutionaire Cinza Arruza propose une série de 'Réflexions de genre', dont voici la première : Patriarcat et/ou capitalisme : Rouvrons le débat. Elle nous semble prometteuse, en particulier parce que - et c'est assez rare - elle est relativement compréhensible.


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