2 mai 2014

'Stand up to UKIP': Résister au cercle vicieux du racisme en Grande-Bretagne

Ce texte est une traduction d'un article paru sur le site du Socialist Workers Party. Pour une analyse plus détaillée, lire cet autre article en anglais de Charlie Kimber : Standing up to Ukip's racism dont voici un extrait:

"Ukip is a racist party that poses as the champion of suffering workers, but serves to divide and attack the working class. In 2013 it demanded a further 77 billion pounds in cuts as well as those the Tories wanted to ram through. And it wanted even more cuts to taxes on profits and the abolition of inheritance taxes. Ukip has long been associated with the demand for a flat rate income tax so that billionaires would pay at the same rate as call centre workers. It has called for vouchers for people to use at private schools and hospitals that would drain funds from the NHS and the state school system. It is a party that serves the bosses."
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En Grande-Bretagne, la menace d’une percée importante de l’UKIP [Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (sic)] aux élections européennes a de quoi effrayer.


Il est remarquable qu’un parti sans représentation au parlement de Westminster, et avec seulement neuf députés sur les 73 du Royaume-Uni au parlement européen, puisse dominer la couverture médiatique d’une élection.

Ce parti raciste fut crédité fin avril de 27% des intentions de vote, un peu derrière les travaillistes conduits par Ed Miliband, et loin devant les conservateurs du premier ministre David Cameron. Mais certains sondages lui attribuent dorénavant la pôle position.

Un sondage pour le Financial Times indiquait récemment que 44% de ceux qui avaient l’intention de voter pour l’UKIP venaient de l'électorat de la droite traditionnelle. Mais son leader, Nigel Farage, espère élargir sa base bien au-delà de la frange la plus droitière du parti conservateur d’où viennent ses premiers soutiens. Il vise entre autres les électeurs travaillistes mécontents en se servant principalement de la question de l’immigration. 

Pour bien faire comprendre le message, Farage a choisi de lancer la campagne d’affichage du parti par une tournée dans quelques grandes villes ouvrières traditionnellement acquises aux travaillistes, dont Sheffield, Manchester et Newcastle.

L’UKIP estime que, pour créer le « tremblement de terre électoral » dont se vante Farage, il a aujourd’hui plus de voix à gagner en mordant sur les territoires traditionnellement dominés par le parti travailliste qu’en grignotant davantage sur l’électorat aisé de droite.

Il serait cependant faux de penser que tous les électeurs ainsi visés sont des électeurs travaillistes et qu’une éventuelle percée dans ces territoires serait la preuve que la base travailliste est en train de s’effondrer. En effet, UKIP peut progresser dans ces régions avec ou sans l’apport significatif de transfuges du parti travailliste.

Même dans les régions les plus viscéralement attachées à la tradition travailliste il existe depuis toujours un noyau d’électeurs de droite, et plus récemment une minorité tentée par des partis clairement fascistes, comme le National Front dans les années 1970 et dans un passé encore plus récent, le British National Party.

Si l’on prend un bastion du mouvement ouvrier comme la ville d’Easington dans le comté de Durham, située au cœur de l’ancienne région minière, où près de 60% des électeurs ont voté pour le candidat travailliste aux dernières élections, la droite et l’extrême-droite ensemble ont quand même totalisé le quart des électeurs. En 1974, après une grève nationale victorieuse des mineurs, 28 % de l’électorat d’Easington ont choisi le représentant local du premier ministre conservateur battu, Edward Heath

Le but principal de Farage, donc, en menant sa campagne dans les villes industrielles du nord, serait de monopoliser le vote de droite. Mais quelque soit l'origine sociale ou politique de ses nouveaux électeurs, il espère que, en conservant sa base dans les banlieues aisées et les zones rurales, une percée de son parti dans les grandes villes industrielles fera la Une des médias le soir de l’élection.

En tout état de cause, en progressant, l’UKIP accélère le processus de pollution de la politique institutionnelle par le racisme.

Les stratèges travaillistes parient sur le fait qu’un tel succès se fera principalement au dépend de la droite traditionnelle, et permettra ainsi au chef peu charismatique de leur parti, Ed Miliband, de revendiquer la victoire. 

Pour cette raison, la direction travailliste refuse de mener une attaque frontale contre l’UKIP. Ils ignorent la possibilité que le rejet – très largement partagé – de l’ensemble de la ‘classe politique’ puisse trouver une expression dans cette image de « l’homme du peuple », de « l’outsider » que  Farage a réussi à créer.

En réalité, il existe déjà des indications que l’UKIP bénéficiera des voix d’une fraction marginalisée de la population qui, souvent, ne votaient pas.

En se focalisant trop étroitement sur l’impact de l’UKIP sur le parti conservateur, les stratèges travaillistes passent à côté des effets cancéreux du racisme sur la classe ouvrière.

Le racisme anti-musulman qui a accompagné la « guerre contre le terrorisme » de Tony Blair depuis plus d’une décennie a fusionné avec la grande peur de l’immigration qui a suivi le début de la crise économique mondiale en 2008. Le résultat est un mélange explosif qui est plus dangereux que la somme de ses deux parties.

Les politiciens des grands partis se sont d’abord rivalisés pour être plus dur les uns que les autres contre les réfugiés, puis ils sont passés à l’immigration en général. Le processus s’est accéléré après les élections législatives de 2010, quand l’UKIP, avec 558 candidats, n’a récolté que 3,1 % de l’ensemble des voix.

Aujourd’hui, les dirigeants de la gauche affirment régulièrement que l’administration travailliste précédente (dirigée par Tony Blair puis par Gordon Brown) avait autorisé beaucoup trop d’immigrés de s’installer dans le pays, et que ceci expliquait en grande partie leurs pertes de voix. « Nous étions trop lents à écouter vos inquiétudes justifiées », s’excuse Miliband.
Stand up to Ukip
Plutôt qu’essayer de comprendre comment le gouvernement travailliste a aidé à amplifier les divisions ‘raciales’, Miliband prétend que ce sont les électeurs qui ont marre de l’immigration qui fixent les termes du débat, et que le parti ne fait que leur répondre.

En acceptant l’idée que l’immigration est un « problème », les travaillistes renforcent le consensus politique et médiatique sur la nécessité de la limiter.

Les journaux et commentateurs de droite répliquent en soulignant que les travaillistes acceptent maintenant ce que, eux, ils ont toujours dit – mais leurs voix deviennent de plus en plus stridentes. Et la droite dure qui ne haït pas seulement ceux qui veulent migrer au Royaume-Uni, mais aussi ceux qui y vivent depuis longtemps, reçoit ainsi un encouragement inespéré.

De cette façon, UKIP a été transformé d’un parti qu'on considérait comme une 'blague' en un parti qui représente une réelle menace.

Lors des cinq dernières élections parlementaires partielles, le candidat raciste a terminé en deuxième position. Ce succès a eu comme effet de tirer le débat sur l’immigration et le racisme encore plus vers la droite.

Selon une enquête officielle, la British Attitudes Survey, le pourcentage de la population qui pense que l’immigration devrait être réduite de « beaucoup » a augmenté de 39 % en 1995 à 51 % en 2011 – et ce pourcentage a probablement augmenté de nouveau depuis.

74 % d’électeurs de gauche estiment que l’immigration était trop importante sous le dernier gouvernement travailliste.

Nous assistons clairement à un cercle vicieux de racisme qui a des effets délétères sur tout le mouvement ouvrier.

Le racisme non seulement divise les travailleurs, les encourageant à se voir en concurrents pour des emplois et des services, mais donne un « salaire psychologique » aux blancs pauvres – un mensonge selon lequel leur teint pâle leur ouvre les portes d’un club exclusif.

Les racistes prétendent que même si vous avez peu d’argent et un boulot de merde, au moins vous avez la chance d’être né « britannique » et donc d’être « supérieur ».

Le racisme dit à l’ « ouvrier britannique » qu’il ou elle a plus en commun avec son « patron britannique » qu’avec des travailleurs qui ont migré vers la Grande-Bretagne. A leur tour, les migrants sont conduits à croire que leurs intérêts ne sont pas les mêmes que leurs camarades britanniques, et qu’ils doivent lutter séparément.

La conséquence est que des notions de solidarité de classe sont affaiblies, les luttes rendues plus difficiles, et la classe dirigeante en sort plus forte que jamais. Une conscience de classe aiguisée par la lutte est importante non seulement pour les syndicats, mais même pour le parti travailliste.

Des millions de gens votent à gauche par loyauté de classe. Ils voient que le champ politique est divisé en deux camps – celui de nos dirigeants et des riches, et celui des travailleurs et des pauvres.

Mais plus la direction travailliste aide à dissoudre le sens d’appartenance à une classe, en parlant de ‘One Nation Labour’ (un parti travailliste pour la nation toute entière) et en faisant des concessions au racisme (voire en l’encourageant), plus elle érode les fondations sur lesquelles est basé leur propre vote.

Par conséquent, son refus de s’engager aux côtés de ceux qui veulent combattre l’UKIP et le racisme est une erreur, même sur le terrain électoral étroit qu’elle a choisi.

Nous ne savons pas si ces erreurs coûteront cher au parti travailliste aux élections européennes et locales du 22 mai. Mais les dégâts sont déjà apparents. Il serait faux de penser, cependant, que les gains de l’UKIP et l’hostilité accrue envers les migrants sont irréversibles.

Quand les travailleurs luttent massivement, la possibilité de démontrer concrètement qui sont nos vrais amis et nos vrais ennemis existe comme jamais auparavant. Parce que les travailleurs en lutte dépendent les uns des autres, même des divisions bien enracinées sont vulnérables.

C’est la raison pour laquelle les militants de gauche et antiracistes se donnent comme priorité de rassembler en solidarité les travailleurs noirs et blancs, migrants et non-migrants, sur les lieux de travail et les piquets de grève.

Nous pensons que les expériences réelles, vécues, peuvent être plus puissantes que même les préjugés les plus enracinés. 

Les centaines de milliers de salariés de la santé, d’employés territoriaux, d’enseignants qui se préparent pour l’action dans les mois à venir peuvent démontrer dans la pratique que notre classe est forte quand elle est unie – et qu’elle a le pouvoir d'enlever le sourire idiot du visage de Farage.

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