30 juillet 2014

L'Ecosse: vers l'indépendance ?

Les Ecossais votent pour ou contre l'indépendance en septembre 2014 - c'est bientôt.
La gauche radicale écossaise et britannique, à quelques exceptions près, soutient l'indépendance. Mais quelle indépendance ? Le gouvernement d'une Ecosse souveraine pourrait-il conduire le pays vers le socialisme - ou au moins mener une politique qui va à l'encontre de l'orthodoxie néolibérale ?

C'est à cette question que tente de répondre DAVE SHERRY du Socialist Workers Party en Ecosse.

L'article fait partie d'un dossier paru sur le site d'Ensemble! Merci à François Coustal pour l'énorme travail fourni. Je dois cependant exprimer un désaccord sur un point d'histoire, qui a une importance symbolique et peut-être plus.


En effet, il écrit dans l'introduction : "
Le rattachement - par la force, faut-il le préciser … - de l’Ecosse à la Couronne britannique remonte à 1707. Si la revendication d’indépendance - et de séparation d’avec le Royaume-Uni - n’a pas eu en Ecosse la même force et la même profondeur que, par exemple, en Irlande, il existe cependant depuis longtemps un mouvement en ce sens, marqué à gauche et même partie intégrante du mouvement ouvrier ou, au moins, de sa fraction la plus radicale."


Or, il n'est pas exact d'affirmer que l'Union de 1707 - il s'agit de l'abolition du parlement écossais et en même temps la représentation de l'Ecosse au parlement de l'Angleterre, qui devient alors le parlement britannique - a été créée "par la force". Ce rattachement a suscité une vive opposition dans certaines couches de la population, y compris dans la rue, mais il a bien et bel été voté par le parlement écossais. Le gouvernement anglais a exercé de fortes pressions, et a probablement acheté un certain nombre de députés écossais, mais aucun historien à ma connaissance ne soutient l'idée d'un coup de force. 


Comme écrit François, le nationalisme écossais en tant que mouvement politique n'a pas été aussi fort que celui d'Irlande. Ceci s'explique en grande partie par le fait que l'Ecosse n'était pas un pays opprimé comme l'Irlande. Les classes dirigeantes écossaises - divisées en 1707 sur la question de l'Union -y ont rapidement trouvé leur intérêt, et ont participé pleinement - et non de façon subalterne - à l'essor industriel et commercial du Royaume-Uni, y compris et peut-être même surtout dans sa dimension impérialiste et militaire. La ville de Glasgow, dont la fortune a en grande partie été bâtie sur le commerce avec le Nouveau Monde et donc sur l'esclavage, était considérée au dix-neuvième siècle comme "la deuxième ville de l'empire britannique".


Il ne faut pas oublier, non plus, le soutien de l'establishment protestant écossais pour les Unionistes en Irlande du Nord, contre les rebelles catholiques et nationalistes irlandais.

Les travailleurs, eux, se sont battus contre leurs patrons écossais, anglais ou autres, sans en général que leurs luttes aient une quelconque caractère nationaliste.


Cette union (plus ou moins) volontaire a été facilitée par des termes particuliers, qui laissaient intacts le système de droit écossais (basé sur le droit romain, à la différence du système anglais) et le rôle prépondérant de l'Eglise d'Ecosse (presbytérienne). Le système d'enseignement a également évolué indépendamment de celui de l'Angleterre et du Pays de Galles. Mais beaucoup d'institutions de la société civile sont complètement intégrées avec celles de l'Angleterre - c'est le cas de la grande majorité des syndicats ouvriers, par exemple.


L'union politique et l'intégration économique avec l'Angleterre ne signifiaient pourtant pas que l'Ecosse a perdu sa particularité, ni que le sentiment légitime d'appartenir à une nation s'est estompé. Mais il serait faux d'assimiler le nationalisme écossais à ce lui d'un pays opprimé comme l'Irlande avant l'indépendance ou la Palestine aujourd'hui. Tout comme il est faux d'affirmer, comme font certains militants de gauche, que la classe ouvrière écossaise, qui a démontré à de nombreuses reprises sa combativité, est plus 'à gauche' que celle de l'Angleterre. 

C'est ce qui justifie le slogan "Oui à l'indépendance ! Non au nationalisme!"


Note: Pour aller plus loin, lire l'article 'Socialists and Scottish Independence', Neil Davidson, International Socialism, numéro 114, avril 2007 (en anglais).

A bas l'Union ! Soutien à l'indépendance de l'Ecosse !

par Dave Sherry

Le référendum va décider si le peuple soutient la perspective d’une Ecosse indépendante. C’est une consultation simple, avec un bulletin « Oui » et un bulletin « Non ». En Ecosse, les membres du Parti socialiste des travailleurs (Socialist Workers Party, SWP) défendent et font compagne pour le « Oui ».

En Ecosse, les socialistes ne peuvent pas rester en retrait et simplement attendre le résultat du vote. Nous avons la possibilité de nous lier avec des gens qui veulent quelque chose de plus que ce que le Parti national écossais (SNP) peut leur offrir.

Les Conservateurs, les Travaillistes et les Libéraux – Démocrates sont contre l’indépendance. Mais, au sein du Parti travailliste, il y a des désaccords sur les conséquences électorales d’un tel alignement sur les Conservateurs. Régulièrement, les sondages n’accordent qu’un tiers aux partisans de l’indépendance et le camp du « Oui » a été jusqu’alors incapable de retourner l’opinion publique en sa faveur. Si beaucoup, notamment des syndicalistes, n’ont pas été convaincus, c’est parce que le camp du « Oui » n’a pas présenté de stratégie contre l’austérité ni expliqué en quoi l’indépendance bénéficierait à la classe ouvrière. 

Le SNP et son dirigeant, Alex Salmond, dominent la campagne du « Oui » et se présentent comme des nationalistes qui penchent à gauche. Mais, en fait, Salmond a autrefois travaillé comme économiste à la Banque royale d’Ecosse et est totalement dévoué au capitalisme. Tous ceux qui soutiennent l’indépendance ne partagent pas la vision qui est celle de Salmond d’une Ecosse capitaliste. On peut être pour l’indépendance sur une base anti-impérialiste, partisan de la rupture avec le Royaume-Uni et ne pas s’aligner sur les nationalistes. 

Un vote en faveur du « Oui » affaiblirait l’Etat britannique et son rôle d’allié soumis des Etats-Unis. La Grande-Bretagne est une puissance impérialiste qui veut intervenir en Syrie et en Iran. C’est l’une des raisons pour lesquelles David Cameron cherche désespérément à préserver l’unité de la Grande-Bretagne. 

La campagne « Sauvegardons l’Union » soutient totalement l’idée réactionnaire d’une identité britannique fondée sur l’impérialisme, le racisme et l’hystérie anti-immigrés. Tous ceux-là vont utiliser le centenaire de la Première guerre mondiale et les Jeux du Commonwealth afin de faire la propagande du glorieux passé impérial. 

Il ne s’agit pas de l’unité de la classe ouvrière britannique, mais de l’unité de l’Etat Il ne s’agit pas de l’unité de la classe ouvrière britannique, mais de l’unité de l’Etat britannique. Il ne s’agit pas de célébrer le mouvement chartiste, les suffragettes ou la grande grève des mineurs…

Les socialistes qui argumentent contre l’indépendance fournissent une couverture de gauche aux partisans de l’Union. Il faut défendre une véritable alternative ouvrière et socialiste. Sinon, nous abandonnerons le terrain aux nationalistes et aux partisans de l’Union. La dévolution s’est traduite par une délégation de pouvoir pour réaliser les coupes budgétaires. En 2010, le gouvernement écossais, dirigé par le SNP, a accepté « avec répugnance » la diminution sauvage de sa subvention, décidée par les Conservateurs. 

Ensuite, Alex Salmond, premier ministre écossais et dirigeant du SNP, a prétendu qu’après tout une diminution de 35% du budget consacré au logement n’était pas si terrible, comparée à une diminution de 65% de ce même budget en Angleterre et au Pays de Galles. Il a aussi affirmé qu’une Ecosse indépendante resterait membre de l’OTAN, l’alliance militaire occidentale.Quitter l’OTAN était l’une des revendications les plus populaires présentées par ce parti. La polémique crée par la décision de l’abandonner a constitué un tournant majeur du débat sur l’indépendance. Les remous à ce sujet montrent la nécessité d’une intervention socialiste, sérieuse et sans concession au nationalisme.

Sous la direction de Salmond, le SNP a cherché à se positionner comme l’héritier de la tradition social-démocrate, afin de récupérer l’électorat travailliste déçu. Mais, en réalité, le SNP est soumis à un agenda favorable aux milieux d’affaire.

L’aura de Salmond a été ébranlée par la révélation de ses liens avec Rupert Murdoch. Le journal Sun l’a soutenu, ainsi que le SNP. Il y a eu des révélations sur le fait qu’il avait rencontré Murdoch et que, tout comme Jeremy Hunt (membre du Cabinet conservateur), il avait promis en retour d’appuyer sa tentative de s’assurer le contrôle total de BskyB. L’option du SNP en faveur d’une Ecosse capitaliste était clair depuis son choix lors de l’adoption du premier budget dont il était responsable, en 2007. De l’argent a été dépensé
pour permettre la baisse des tarifs pour les entreprises privées, au détriment des services publics locaux. 

L’an dernier, John Swinney, le ministre des finances (SNP), a déclaré qu’il « essayait de fournir tout le soutien possible au monde des affaires » afin que l’Ecosse atteigne « les plus hauts taux de compétitivité du Royaume-Uni ».

L’existence d’un sentiment national écossais n’est pas discutable et il n’y a vraiment aucune raison à ce que l’Ecosse ne puisse pas devenir un Etat national capitaliste comme tous les autres. Il est tout à fait hypocrite de combattre le nationalisme écossais en expliquant qu’il est complètement réactionnaire tout en faisant silence sur le nationalisme britannique ou, pire encore, en soutenant ce dernier.

Mais il ne faut pas non plus avoir d’illusions sur le genre d’Ecosse qu’envisage le SNP. Il souhaite conserver la famille royale, la livre sterling, la Banque d’Angleterre et l’OTAN. C’est un parti dont le seul objectif est de parvenir à l’indépendance de l’Ecosse, et rien d’autre. 

En 1910, le socialiste révolutionnaire James Connolly - né à Edinburgh - a écrit à propos de l’Irlande : « si, demain, l’armée britannique se retire et si le drapeau vert flotte sur la forteresse de Dublin, vos efforts seront restés vains… sauf si vous instaurez une république socialiste ». 

La solution proposée par le SNP est simple : c’est le gouvernement d’Edinburgh. Il n’y aura aucune transformation du système gouvernemental ni de la société corrompue dont ce système de gouvernement est une pièce maîtresse. C’est un peu comme si on affirmait que Coca Cola abîme vos dents s’il est mis en bouteille à Londres, mais que si les usines d’embouteillage sont à Edinburgh, alors c’est super ! 

Une Ecosse indépendante ne sera pas une Ecosse socialiste. Les Ecossais ne sont pas plus à gauche que les Anglais et il n’y a pas de voie parlementaire écossaise au socialisme. Si le peuple vote en faveur de l’indépendance, les travailleurs auront toujours besoin d’unité pour la lutte contre ceux qui les exploitent. Mais la rupture avec la Grande-Bretagne sera une petite victoire pour la classe ouvrière mondiale. C’est donc une cause qu’il faut défendre.

Traduction de F. Coustal

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