4 novembre 2014

Une révolte massive pour défendre la gratuité de l’eau en Irlande

Une vague extraordinaire de manifestations a submergé toutes les villes de la république d’Irlande samedi 1er novembre, écrit John Molyneux du Socialist Workers Party (SWP Irlande).
Dans un pays de seulement 4,5 millions d’habitants, environ 200 000 personnes sont descendues dans la rue pour s’opposer à la fin de la gratuité de l’eau (contre les « water charges »).
C’est la deuxième grande journée d’action, après la manifestation qui a réuni 100 000 personnes à Dublin en octobre.
Si ces chiffres sont impressionnants en soi, c’est dans le détail qu’on se rend compte de l’échelle massive de la révolte. Dans une ville comme Letterkenny, avec ses 20 000 habitants, il y avait 10 000 manifestants et dans de nombreuses très petites villes il y avait entre 1 000 et 5 000 participants.  
A Dublin, 30 000 manifestants ont occupé le centre-ville, mais en même temps il y avait 25 manifestations décentralisées, le plus souvent avec des milliers de participants.
Dans mon quartier de Drimnagh, quarante voisins se sont rassemblés devant ma maison derrière une banderole. Le temps d’arriver au centre commercial nous étions 600. Puis, avec quatre autres groupes nous avons occupé un rond-point important. 4 000 personnes en tout one participé à cette action.
Une caractéristique de beaucoup des manifestations était, en effet, la volonté de désobéissance civile, comme le blocage de routes et de lignes de tramway, et le nombre de participants a rendu impossible toute intervention de la police.
Cette journée d’action a eu lieu à l’appel de la campagne Right2Water (Droit à l’eau), qui fut lancée par la coalition People Before Profit (une alliance électorale à laquelle participe notamment le SWP) et soutenu entre autres par le Socialist Party (un autre groupe d’extrême-gauche), l’Alliance contre l’Austérité, Sinn Fein et des syndicats comme Unite, Mandate et le CPSU.
Mais le véritable moteur fut l’activité de groupes locaux dans chaque communauté. Toutes les actions avaient un caractère ouvrier très marqué. La base de cette réussite fut le travail dans les quartiers et les cités depuis le mois de septembre pour mobiliser contre l’installation des compteurs d’eau.
Mais en dehors de cet enjeu très concret il existe aussi une conscience politique.
On la voit dans des mots d’ordre tels « Enda in your ivory tower, this is called people’s power » (« Enda dans ta tour d’ivoire, on appelle ça le pouvoir populaire »), en référence au premier ministre Enda Kenny, ou même, en écho au slogan pro-palestinien « From the rivers to the sea, Irish water will be free ».
Des élections et des sondages récents démontrent la radicalisation de la classe ouvrière irlandaise.
Les partis de gouvernement traditionnels (Fianna Fail, Fine Gael, le parti travailliste, les Verts) sont en forte baisse, alors que l’audience de Sinn Fein et de la gauche de la gauche ne cesse de croître.  
Cette grande révolte populaire est le fruit de six années d’austérité sans répit, des taxes injustes et des coupes budgétaires qui ont mis les  travailleurs les dos au mur.
Aujourd’hui ils ont le sentiment de leur pouvoir et pensent qu’ils peuvent empêcher l’introduction des « water charges » et même faire tomber le gouvernement.
D’autres actions locales sont projetées avant une autre grande mobilisation nationale le 10 décembre – une manifestation qui aura lieu cette fois-ci en semaine et comprend un appel à la grève et à un siège du parlement.
Article paru dans Socialist Worker (Grande Bretagne), n° 2428, en ligne le 4/11/2014.



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