19 janvier 2015

Sommes-nous tous des Charlots ?



Charlie Hebdo: Vallaud-Belkacem ne veut pas entendre les questions des élèves
par Guillaume Liégard

Manifestation du 11 janvier 2015 à Paris: la réaction du NPA (France):
Une marée humaine d'indignation mais une énorme manipulation d'Etat au nom de l'union nationale

Un article d'Alex Callinicos qui est l'objet de quelques critiques, mais qu'une camarade a qualifié de "salutaire"
Les attentats de Paris sont un produit de l'impérialisme
Ce qui s'est passé à Paris la semaine dernière s'est déjà produit en Europe par le passé – à Madrid en mars 2004 et à Londres en juillet 2005. Le cycle infernal de l'intervention impérialiste dans le monde musulman et du terrorisme islamiste continue.
Mais il semble que la spirale soit aujourd'hui descendante. D'un côté, la droite raciste et islamophobe française se renforce, alors que le mouvement antiguerre est plus faible. De l'autre, les effets abrutissants de la guerre et de la contre-révolution au Moyen-orient ont renforcé les zélotes réactionnaires de Daech.
Cette situation fait peser une responsabilité particulièrement lourde sur les épaules de la gauche anti-impérialiste européenne.
Quelles que soient les déficiences de George Galloway, il faut mettre à son crédit perpétuel de s'être levé à la Chambre des Communes, après les attentats de Londres, accusant le gouvernement de Tony Blair d'avoir créé les conditions de l'attentat par son rôle dans l'occupation de l'Afghanistant et de l'Iran. Il est regrettable qu'aucune voix semblable ne soit audible en France aujourd'hui. Le plus proche équivalent français du SWP, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), a publié une déclaration condamnant le massacre de Charlie-Hebdo sous le titre « Folie barbare et réactionnaire ».
Bien sûr il avait raison de condamner le massacre, mais le NPA a tort d'appeler l'attentat barbare (et même, dans une autre déclaration, de traiter ses auteurs de fascistes). C'est là exactement la manière dont les classes dirigeantes justifient leurs guerres contre le monde musulman.
Après le 11 septembre, George W Bush a parlé d'une lutte entre la civilisation et la barbarie. L'ancien président de droite Nicolas Sarkozy lui a fait écho sur les marches de l'Elysée la semaine dernière.
Ce discours justifie implicitement le droit de l'impérialisme occidental d'apporter l'ordre et la liberté aux sociétés « arriérées » et de combattre les « islamofascistes » dans le monde entier.
La déclaration du NPA poursuit en accusant les terroristes de « semer la terreur, contre la liberté d'expression, la liberté de la presse au nom de préjugés réactionnaires et obscurantistes ». Voilà qui en vérité assume l'identification dominante avec Charlie Hebdo - « Je suis Charlie » - [en français dans le texte], avec un magazine qui s'est glorifié de publier d'horribles caricatures racistes de Musulmans.
Satire
Il s'agit d'une espèce étrange de magazine amusant, subversif et anticonformiste, auquel le gouvernement français a promis un million d'euros. Mais ce passage à la satire subventionnée par l'Etat symbolise ce qui est en train de se cristalliser en France. Les politiciens cherchent d'une façon de plus en plus agressive à renforcer une définition de l'Etat français comme « laïque » et « républicain », unissant tous ses citoyens sans considération de classe, de sexe, de race et de religion.
Mais la laïcité est comprise d'une manière qui, dans la réalité, inclut certaines confessions mais exclut l'Islam.
Les foulards ont été interdits dans les écoles publiques françaises en 2004 et le port du voile dans les lieux publics en 2011. La défense du droit de Charlie-Hebdo d'insulter les Musulmans est enveloppée dans cette idéologie « républicaine ».
La marche de dimanche représente un sommet dans le développement de cette forme raciste et excluante de laïcité – une « marche républicaine » en tête de laquelle défilaient François Hollande, son prédécesseur Sarkozy et, entre autres dirigeants mondiaux, le boucher Nétanyahou.
A de nombreux égards elle est évocatrice de l'Union sacrée [en fr.] dans laquelle la classe dirigeante française a cherché à unir les travailleurs et les patrons dans le soutien à la Première Guerre mondiale.
Il faut dire au crédit du NPA qu'il a condamné cette « union nationale » et refusé de participer à la manifestation. Mais ses concessions à l'idéologie dominante signifient qu'il est bloqué dans la position décrite par un des fondateurs du NPA, le regretté Daniel Bensaïd, comme « ni-nisme » - dans ce cas ni l'Etat français ni les islamistes - ce qui implique d'établir ce que Bensaïd appelait une « fausse symétrie entre deux dangers ».
L'Etat français et ses alliés comme les USA et l'Angleterre ont un pouvoir destructeur incomparablement plus puissant que les islamistes, aussi détestables que soient ces derniers. La violence qu'ils infligent, directement ou indirectement, provoque des représailles qui reflètent cette violence.
L'Europe est confrontée à un déferlement de racisme et d'islamophobie. C'est le devoir de tous les socialistes révolutionnaires de se dresser fermement et de tout leur coeur contre cette horreur. Nous devons montrer que les travailleurs, quelles que soient leurs identités religieuses et ethniques, peuvent s'unir contre le racisme, la guerre et l'austérité.
Alex Callinicos, Socialist Worker
(traduit de l'anglais - sans relecture - par Jamal John-Rayne) 


(...) L’expression « notre 11 septembre à nous », afin de justifier une politique sécuritaire et militaire qui bat déjà son plein et qui risque d’empirer, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’opposition des termes « civilisation » et « barbarie », l’expression récurrente du mot « guerre », la justification a posteriori des interventions militaires françaises dans le Sahel et au Proche-Orient, sont autant de dérives qui se sont manifestées ces derniers jours. Dans son combat contre la Françafrique et l’idéologie néocoloniale et raciste qui la sous-tend, Survie ne peut que se sentir concernée par la montée en puissance de ces discours néo-conservateurs.
Par ailleurs, la présence au défilé du 11 janvier à Paris de dictateurs africains tels qu’Ali Bongo (Gabon) et Faure Gnassingbé (Togo) et d’un représentant du président tchadien Idriss Déby nous est apparue particulièrement indécente. Plus que la liberté d’expression, , que ceux-ci bafouent régulièrement, on devine que leur présence, aux côtés des présidents malien et nigérien, avait pour objectif de légitimer les interventions militaires françaises récentes en Afrique, au Sahel en particulier.

Plus que jamais il faut combattre l'islamophobie
Tribune publiée dans le Monde, de Said Bouamama, Denis Sieffert, Ismahane Chouder et al

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