15 avril 2015

Elections législatives en Grande-Bretagne


Des élections législatives générales auront lieu en Grande-Bretagne le 7 mai 2015. L’actuelle majorité de coalition, composée de la droite conservatrice (Conservatives ou Tories) de David Cameron et du parti Liberal Democrat (centre-droite) du vice-premier ministre Nick Clegg, est fragilisée par son propre bilan, bien sûr. Mais surtout par l’émergence d’un concurrent ‘sérieux’ à sa droite (sérieux seulement par la dimension qu’il a prise et sa couverture médiatique), l’United Kingdom Independence Party (UKIP), dont le dirigeant est un clown sinistre nommé Nigel Farage.

Quant au parti naturel de l’alternance, le parti travailliste (à peu près l’équivalent de notre propre Parti Socialiste, quelques références idéologiques en moins), il est affaibli par son refus de s’opposer frontalement à la coalition au pouvoir sur des questions aussi importantes que l’austérité, l’immigration et le droit syndical. Son dirigeant, Ed Miliband, est allé jusqu’à s’excuser pour les liens supposés trop étroits du parti avec les syndicats et son action trop ‘laxiste’ contre l’immigration quand il était au pouvoir. Il est aussi menacé par un possible ‘meltdown’ (par analogie avec la fusion du cœur d’un réacteur nucléaire lors d’une catastrophe) dans son bastion écossais, au profit du Scottish National Party (SNP) – malgré la défaite des nationalistes lors du récent référendum sur l’indépendance.

TUSC candidates on 21 March anti-racist protest in Glasgow

Une fois n’est pas coutume, la gauche radicale tente sérieusement de se regrouper et de mener une campagne crédible. Elle ne bénéficie d'aucune couverture médiatique, mis à part l’obligatoire message téléviséofficiel. Mais pour une fois plusieurs de ses composantes se sont au moins mis d‘accord pour éviter des candidatures concurrentielles fratricides. La plus importante de celle-ci, en termes de candidatures, est la TUSC (Trade Unionist and Socialist Coalition), qui présente 136 candidat-e-s. Il s’agit d’une coalition électorale, et non d’un parti. Left Unity, qui est un vrai parti, a connu des divergences sur l’opportunité de présenter des candidatures, et sera présente dans une dizaine de circonscriptions seulement.

L’article suivant représente le point de vue du Socialist Workers Party (extrême-gauche), qui est partie prenante de la TUSC. Il insiste sur les points de convergence et la nécessité d’unir la gauche radicale. Comme explique son auteur, il ne s‘agit pas d’avoir un impact significatif le 7 mai, mais de construire l’unité sur le long terme. C’est donc un point de vue qui peut être partagé par une grande partie des militants la gauche radicale en dehors du SWP, indépendamment des divergences réelles qu’ils peuvent avoir avec ce parti ou du sectarisme qui existe de part et d’autre.

L’article s’oppose et répond, sans polémiquer, à deux tendances qui existent dans la gauche radicale et sa périphérie large. La première est la tentation du ‘vote utile’ – de voter travailliste avec ou sans illusions pour évincer la droite, ou en Ecosse à voter, pour des raisons de principe ou purement tactiques, pour le SNP. Ces pressions sont fortes, et compréhensibles, et risquent de priver la gauche radicale d’une partie de sa très faible base électorale. La deuxième est la celle de voter pour les Verts, qui pour la première fois ont droit à une certaine bienveillance de la part des médias, et se situent indéniablement à gauche du parti travailliste, en paroles au moins.

Utiliser le bulletin de vote pour renforcer la (vraie) gauche

Par Charlie Kimber (secrétaire national du SWP). Publié dans Socialist Worker, le 14 avril 2015.

Nous avons besoin d’une alternative claire et franche aux politiques d’austérité et au racisme. Pour que cela ne reste pas un vœu pieux il nous faut adresser sérieusement les questions pratiques qui en découlent.

Voilà pourquoi le SWP soutient les 136 candidat-e-s aux élections législatives et les plus de 600 candidat-e-s aux élections locales de la Trade Unionist and Socialist Coalition (TUSC). Nous voterons aussi pour Left Unity et (le parti) Respect. (1)

C’est un fait extrêmement positif que 7 des 10 candidat-e-s aux législatives de Left Unity sont présenté-e-s conjointement par LU et TUSC.

stand up to ukip rally

Cela devrait permettre une coopération pratique pendant la campagne électorale, mais aussi favoriser l’émergence d’une gauche radicale plus forte, plus unie et plus crédible par la suite.

Nous reconnaissons qu’il est hautement improbable que cette gauche réalise une percée importante lors de ces élections. Le système électoral et les médias encouragent l’idée que choisir un-e candidat-e qui n’a aucune chance d’être élu-e, selon les sondages, est une pure perte de temps. (2)

Mais chaque voix gagnée aujourd’hui nous renforcera pour les luttes à venir et aidera à unir les forces de gauche. Elle représentera un choix positif contre le maintien du statu quo et pour une autre société, pour plus de démocratie, pour de l’action contre le changement climatique, pour mettre fin au racisme et à l’islamophobie.

Des millions de travailleurs qui n’ont pas une opinion très positive du dirigeant travailliste Ed Miliband voteront néanmoins pour son parti afin de se débarrasser des Tories et faire barrage à l’UKIP. De façon déformée et diluée, le Labour Party garde des liens avec la classe ouvrière organisée, à travers les directions syndicales. En l’absence d’un-e candidat-e de la gauche radicale, nous sommes pour voter travailliste.

Si le parti travailliste forme le prochain gouvernement, l’électorat populaire retiendra la notion que des avancées sont possibles, et que les travailleurs auront la possibilité de revendiquer la fin de l’austérité, du racisme et de la guerre – même si Miliband lui-même ne la jamais promise.

TUSC candidates and supporters launch the TUSC manifesto at Canary Wharf

Les partis réformistes comme le Labour avaient toujours l’habitude de décevoir leur base après avoir été élus. Aujourd’hui les travaillistes réduisent les espoirs les plus modestes au néant avant même le dépouillement des bulletins de vote.

Mais si les Tories gagnent, ce seront les patrons, les racistes, les chefs de la police et les médias bourgeois qui seront encouragés à continuer et à aggraver l’austérité et les attaques contre les organisations ouvrières.

Beaucoup de ceux et celles qui voteront pour les Verts sont d’accord avec une grande partie des analyses de la coalition de la gauche radicale, TUSC. Mais les Verts ont un meilleur profil médiatique et semblent proposer un choix plus ‘réaliste’.

Cependant, tout en soutenant des candidat-e-s de l’aile gauche des Verts, comme Caroline Lucas, nous affirmons que le Green Party n’essaie pas de construire une alternative de gauche basée sur la classe ouvrière.

En Ecosse, nous soutenons les candidat-e-s de TUSC, du Scottish Socialist Party (SSP) et de Left Unity. Ces candidat-e-s pensent que la tâche de construire une alternative anticapitaliste authentique ne doit pas attendre l’élection d’un gouvernement nationaliste ou être reportée indéfiniment. Se mettre à la remorque du Scottish National Party (SNP) rendra plus difficile une campagne indépendante et vraiment socialiste lors de l’élection du parlement écossais en 2016.

Louer de façon acritique le SNP maintenant pour ensuite en prendre ses distances pendant les 12 mois qui resteront n’est pas une stratégie efficace. Dans les faits, ceux qui disent qu’ils ‘prêtent’ leur soutien au SNP s’engagent à un prêt à très longue durée.

Dans les circonscriptions écossaises où il n’y aucun-e candidat-e de gauche nous ne pouvons pas simplement appeler à voter pour les travaillistes ou le SNP.

L’alliance du Labour Party écossais avec le Conservateurs pendant la campagne pour le référendum sur l’indépendance a fait des ravages énormes dans son électorat ouvrier traditionnel.

Le SNP en récoltera probablement les fruits en gagnant des sièges tenus jusqu’ici par les travaillistes, en profitant de son profil plus à gauche sur des questions importantes comme le maintien des sous-marins nucléaires Trident [qui sont basés en Ecosse], le service national de la santé et l’austérité.

Mais les nationalistes appliquent des mesures d’austérité là où ils sont au pouvoir, prônent des réductions d’impôt pour les grandes entreprises, et s’opposent souvent aux grèves. Ils ne sont pas l’alternative dont nous avons besoin.

Nous devons donc travailler pour pouvoir présenter nos propres candidat-e-s de gauche partout. En Ecosse comme dans toutes les parties du Royaume-Uni, l’impératif stratégique pour la gauche radicale est de créer un outil authentique de représentation politique de la classe ouvrière – une force capable de confronter les riches et leur système plutôt que de les embrasser.

Nous avons besoin d’une alternative de classe aux Tories, au Labour, au SNP et aux Verts. Soutenez la campagne de la coalition TUSC !

Traduction de Colin Falconer (Ensemble ! St Denis)

Notes du traducteur

(1)    La coalition TUSC est composée, outre le SWP, de la deuxième composante importante de la gauche révolutionnaire, le Socialist Party (trotskiste), d’autres plus petites organisations, des syndicalistes et des militant-e-s non-encarté-e-s (dont certain-e-s sont regroupé-e-s au sein de l’Independent Socialist Network). Des 136 candidat-e-s aux législatives, 15 (seulement) sont membres du SWP. Left Unity est un parti multi-tendances fondé suite à un appel du réalisateur Ken Loach. Il regroupe des militant-e-s allant d’anciens travaillistes à l’extrême gauche, notamment d’ex-militants du SWP et d’autres formations plus classiques et centralisées. Respect est le parti fondé entre autres par le député George Galloway avec le soutien initial du SWP et d’une grande partie de l’extrême-gauche. Il s’est considérablement affaibli, tout en conservant quelques bases locales et bien sûr l’’avantage’ (contesté par beaucoup) de la notoriété de Galloway.

(2)    Le 7 mai 2015, les électeurs des 650 circonscriptions du Royaume-Uni choisiront leurs députés, selon le fameux système ‘first past the post’ (l’analogie est celle d’une course de chevaux) qui signifie que, quelques soient le pourcentage obtenu et l’avance en voix, celui ou celle qui arrive en tête est élu-e.
Ce système à un seul tour, simple et transparent quand il s’agit de choisir uniquement entre deux grandes formations, produit des résultats assez aléatoires quand il y a, comme c’est le cas depuis quelques décennies, trois partis nationaux dits ‘de gouvernement’ en lice.
La nature imprévisible de l’élection est accentuée par la présence sur le bulletin de vote non seulement de candidats de formations minoritaires et d’indépendants sérieux, mais aussi de personnalités plus ou moins loufoques se présentant sous des étiquettes délibérément provocatrices dans le seul but de faire parler d’elles (il existe même un ‘Parti loufoque’).
Malgré tout, le pays a connu pendant de longues décennies une grande stabilité politique, avec une alternance tranquille entre des partis hégémoniques à droite (les Tories) et à gauche (le Labour), et ce, en dépit de l’élection dans les pays ‘périphériques’ du Royaume de quelques députés nationalistes (Scottish National Party en Ecosse, Plaid Cymru ou Parti du pays de Galles et Sinn Fein en Irlande du Nord) et de quelques ‘indépendants’.
En 2010, cependant, une majorité ne fut trouvée au parlement que grâce à un accord de gouvernement entre les conservateurs de David Cameron et les centristes du vice-premier ministre Nick Clegg.
Depuis quelques années, comme dans de nombreux autres pays, pour des raisons qui sont aujourd’hui analysées et connues (crises économiques et de légitimité des institutions, entre autres), l’électorat est devenu plus volatile, le ‘centre’ a de plus en plus de mal à tenir, et la montée fulgurante de forces politiques anciennes (le SNP en Ecosse) ou relativement nouvelles (l’UKIP – le parti ‘pour l’indépendance du Royaume-Uni’) sont venues bouleverser l’ordre quasi naturel des choses et rendre problématique la formation d’un gouvernement disposant d’une claire majorité.
Dans ce jeu électoral aux résultats aléatoires, la gauche radicale, à quelques très rares exceptions individuelles près (Bernadette MacAliskey dans les années 60/70, George Galloway aujourd’hui …), qu’elle se présente en ordre dispersé ou pas, a généralement obtenu des résultats dérisoires pour ne pas dire pitoyables (comme par exemple faire moins bien que le Parti loufoque !). Tout comme l’extrême droite d’ailleurs.

Pour approfondir: Elections britanniques: les enjeux du 7 mai

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