18 mai 2016

Grande-Bretagne: la gauche et le referendum sur le Brexit


« To brexit or not to brexit ». Quitter l’Union Européenne ou rester ? Telle est la question posée par le referendum du 23 juin. L’opinion semble très partagée ; certains sondages donnent la majorité au Brexit.

Rappelons que la gauche, ou la pression de la gauche, n’était pas à l’origine du referendum. Au contraire, la décision fut la réponse du premier ministre conservateur David Cameron à une revendication de son aile droite ‘europhobe’ et à la concurrence du parti souverainiste xénophobe, l’UKIP (1), qui est actuellement à environ 15% dans les sondages. Les europhobes ne représentent pas une frange marginale du parti conservateur ou de son électorat. Ils comprennent l’ancien leader du parti, aujourd’hui ministre du travail, Ian Duncan Smith, le leader de la majorité à la Chambre des Communes, le ministre de la justice et le principal challenger pour le leadership du parti, l’ancien maire de Londres Boris Johnson.

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L’opposition parlementaire de gauche conduite par Jeremy Corbyn se trouve dans le même camp sur cette question que Cameron, tout comme les gouvernements écossais (dirigé par la nationaliste Nicola Sturgeon) et gallois (dirigé par un travailliste). Parmi les dirigeants du Royaume-Uni, seule la première ministre de l’Irlande du Nord, Arlene Foster du très conservateur Democratic Unionist Party, appelle ses électeurs à voter ‘Non’ à l’UE.

La majorité des responsables politiques a clairement fait le choix de rester dans l’UE. C’est aussi le choix – mais cela n’a rien d’un hasard – de la majorité des dirigeants d’entreprise.

L’aile gauche du parti travailliste et les principaux syndicats étaient longtemps hostiles à l’adhésion du Royaume-Uni au Marché Commun (devenu l’Union Européenne). Mais, depuis au moins la fin des années 1980, quand Margaret Thatcher gouvernait à Westminster et le progressiste Jacques Delors à Bruxelles, ils ont fait le choix de défendre l’Europe ‘sociale’ considérée comme un bouclier contre les effets des politiques néolibérales et les lois antisyndicales adoptées par des gouvernements britanniques successifs. Aujourd’hui, des dirigeants d’organisations ouvrières qui comptent encore des millions d’adhérents avec le potentiel de faire échec à ces politiques affirment que si les salarié-e-s britanniques bénéficient (encore un peu !) d’une certaine protection sociale et de certains droits au travail c’est surtout grâce à … l’Union Européenne.

Rappelons que l’Etat-providence britannique, tout comme les conquêtes sociales en France au lendemain de la 2ème guerre mondiale, a été à la fois le produit de luttes syndicales et politiques et un moyen pour la classe dirigeante d’éloigner la perspective d’une transformation sociale beaucoup plus radicale (« Si vous ne voulez pas une révolution, donnez-leur des réformes »). L’UE, quant à elle, a été le moyen pour les bourgeoisies européennes de réorganiser les marchés afin de faire face à la concurrence internationale.

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Le Royaume-Uni est membre de l’UE sous ses différentes appellations depuis 1973. Les salarié-e-s pauvres, les privé-e-s d’emploi, les précaires et les personnes handicapées, les travailleur-ses embauché-e-s avec des contrats « zéro heures » et les internes des hôpitaux qui manifestent depuis des mois contre de nouveaux contrats sont-ils/elles aujourd’hui protégé-e-s des effets ravageurs des mesures antisociales prises par Cameron et ses prédecesseurs ? Il suffit de voir le dernier film de Ken Loach, très réaliste, pour être convaincu du contraire !

DE TONY BENN A TONY BLAIR

Bien sûr, Cameron et son ministre de l’économie George Osborne aimerait aller plus loin encore – tout en restant dans l’UE. Sa stratégie cherchant à négocier une ‘réforme’ dans le cadre de l’UE permettant au patronat britannique de se soustraire à certaines règles et contenant des gestes en direction de l’électorat raciste, a refroidi pendant un temps l’ardeur des syndicats pour le Maintien. Certains ont même brandi la menace de soutenir le Brexit. Ce fut également la position de John McDonnell, le bras droit de Jeremy Corbyn et potentiel future ministre de l’économie.


Ces hésitations furent illustrées par la volte-face de l’auteur et chroniqueur prolifique Owen Jones, membre du parti travailliste et soutien de Corbyn pendant sa campagne pour le leadership du parti. Après avoir écrit en juillet 2015 que « Le moment est venu pour la gauche de faire campagne contre l’UE », il a annoncé quelques mois plus tard qu’il ferait campagne pour le Maintien.

Le temps où une puissante aile gauche du Labour Party, très liée aux syndicats, s’opposait à cet alignement sur l’Europe capitaliste, sur des bases certes souvent protectionnistes, est révolu. Jeremy Corbyn lui-même, un proche du leader charismatique de cette aile gauche, Tony Benn, et partisan en 1975 du retrait du Marché Commun, s’est rallié (par conviction ou pour des raisons de politique interne au parti travailliste, il est difficile de savoir) à la position ‘pro-européenne’.

Le site des partisans travaillistes du Brexit, Labour Leave, avance des arguments solides contre l’UE et le traité de libre-échange transatlantique (TAFTA). Mais parmi les quelques personnalités travaillistes en faveur du Brexit, aucune n’a la stature – et de loin – d’un Tony Benn, et certains sont plutôt classés à la droite du parti.

A l’aile droite et social-libérale du parti travailliste il n’y a aucune ambiguïté. Elle est entièrement acquise par principe à la défense de l’Union Européenne, comme elle est partisane enthousiaste de l’alliance atlantique et du renouvellement de la force de frappe nucléaire et de tous les traités de libre-échange. Ces membres sont aussi de fervents soutiens d’Israël qui accusent de façon éhontée l’aile gauche d’antisémitisme afin de discréditer Corbyn. Un de ses dirigeants a déclaré qu’il soutiendra le ‘Oui’ (à l’Europe) même dans le cas où cela conduirait à un affaiblissement des droits des salariés. Parmi les membres de cette aile droite travailliste on trouve Hillary Benn (le fils de Tony Benn), que Corbyn a nommé porte-parole pour les affaires étrangères mais qui continue à essayer de le saboter, et le nouveau maire de Londres, Sadiq Khan. Et bien sûr, quoique plus occupé à faire le tour du monde des séminaires grassement payé pour chefs d’entreprise et autres « décideurs », il y a aussi le criminel de guerre Tony Blair.

Si voter pour le Brexit, ce serait « mélanger ses voix » à des gens pas du tout fréquentables comme Boris Johnson ou le leader de l’UKIP Nigel Farage, on voit que voter pour Rester n’est guère mieux.

Avec des hésitations et des nuances, donc, les travaillistes et les syndicats sont aujourd’hui pour l’essentiel dans le camp « Remain ». Ainsi, sur le site internet de UNITE the Union (1,42 million d’adhérents), on peut lire le slogan « Votez pour des emplois, votez pour vos droits, Votez pour rester dans l’UE ». Et aussi : « [A]lors que l’UE a besoin d’une réforme urgente pour retrouver sa mission initiale de solidarité entre les nations, rester dans l’Europe reste le meilleur espoir pour les emplois et les droits des travailleurs britanniques ». Enfin, le syndicat cite Corbyn : « Voter pour Rester, c’est voter pour prendre le contrôle de votre avenir ».



Cette position est partagée par le GMB, un syndicat généraliste très implanté dans l’industrie et le commerce avec 650 000 adhérents et depuis toujours un bastion de la droite travailliste, le Communication Workers Union qui compte 200 000 adhérents et Unison, le géant du secteur public (1,3 million). Le secrétaire-général d’Unison a salué cette décision en soulignant le risque d’une récession si le pays quitte l’Union. « Les salariés du secteur public savent que les services qu’ils livrent et le public qui en dépend seront mieux lotis si le pays reste dans l’Europe que s’il la quitte ». On pourrait lui demander si les salariés et usagers du secteur public grec ont la même opinion positive de l’UE.

Ce type de discours qui fait abstraction des politiques monétaires et budgétaires réelles de l’UE ne peut pas cacher le fait que la majorité des dirigeants syndicaux ne font rien, ou presque, pour lutter contre l’austérité, y compris aux moments où la mobilisation de la base est forte. Ce sont les défaites et l’affaiblissement du mouvement syndical qui conduisent autant de militants à placer leurs espoirs à la fois dans le retour au pouvoir du parti travailliste (quitte à poursuivre une stratégie « réaliste ») et dans les institutions européennes plutôt que dans leur propre capacité à imposer leurs revendications.

Même un syndicat assez combatif, celui des pompiers (Fire Brigades Union), a décidé lors de son congrès annuel de soutenir le « Remain ». Les défenseurs de cette position se sont appuyés sur le rôle que pourrait jouer Boris Johnson en cas de vote en faveur du Brexit, car en tant que maire de Londres celui-ci a poursuivi une politique de réduction des dépenses avec des fermetures de casernes de pompiers.

DES SYNDICATS A CONTRE-COURANT

Cependant, quelques syndicats sont à contre-courant. Le plus important est le RMT, avec 80 000 adhérents concentrés dans des secteurs stratégiques comme les chemins de fer et les transports maritimes. Désaffilié du Labour en 2004 pour ses liens avec l’extrême gauche, ce syndicat s’oppose à l’UE pour les politiques d’austérité imposées à des pays comme la Grèce et sur le terrain de la libéralisation du marché des transports. Il dénonce l’idée que l’UE protège les intérêts des salariés comme un « mythe » et se dit fier de défendre la tradition d’une opposition progressiste et socialiste à l’UE. il a été rejoint par deux autres syndicats : ASLEF (conducteurs de train) et le BFAWU (industrie alimentaire). Dans un communiqué commun, les trois syndicats dénonce à la fois la "Fortresse Europe" et la "Fortresse Grande-Bretagne".

Au parti travailliste, la campagne officielle est présidée par Alan Johnson, qui n’est rien de moins qu’un des favoris de la droite du parti pour succéder à Jeremy Corbyn si elle réussit à le contraindre à la démission. Sur le site de la campagne on peut lire « La Grande-Bretagne est mieux dans l’Europe. C’est clair qu’être dans l’UE nous apporte des emplois, de la croissance et des investissements. L’UE a aidé à assurer des droits pour les travailleurs et à rendre plus prospères les consommateurs. » Aux arguments économiques et sociaux avancés par les syndicats, il ajoute un argument sécuritaire (« Des milliers de criminels, dont des terroristes, ont été arrêtés grâce au Mandat d’Arrêt Européen ») et celui que « L’appartenance à l’UE augmente l’influence de la Grande-Bretagne dans le monde et nous permet d’accéder au premier rang des nations ».

A la gauche de la gauche, aucun courant ne défend l’UE avec autant d’enthousiasme que les dirigeants syndicaux. La crise grecque, les négociations secrètes avec les Etats-Unis pour conclure un traité de libre-échange, la montée de la droite xénophobe dans de nombreux pays de l’Union et le traitement des réfugiés sont venues confirmer l’analyse de l’UE comme un cartel de pays capitalistes formé pour défendre les intérêts des capitaux européens.

Néanmoins, deux positions s’affrontent. (Il y a aussi des camarades qui pensent que la question des rapports du Royaume-Uni avec l’UE est une querelle entre deux fractions de la bourgeoisie aussi réactionnaires l’une que l’autre, et que la meilleure position est de s’abstenir.)

Pour les uns, probablement majoritaires, le principal danger est celui d’une victoire du camp du Non à l’UE au bout d’une campagne dominée inévitablement, et pratiquement à l’exclusion de toute autre considération, par la question de l’immigration. Ce serait un formidable encouragement pour les forces les plus réactionnaires, et notamment pour l’UKIP. En plus, la sortie de l’UE conduirait à un gouvernement encore plus droitier que celui de Cameron, à un nouveau tour de vis de l’austérité et à une accélération du démantèlement des services publics.

Pour les autres, pas question de venir au secours d’une institution qui joue un rôle clé dans l’organisation du capitalisme au niveau européen et mondial, surtout après des années d’austérité et les différents plans imposés à l’Irlande, à l’Espagne, au Portugal, à la Grèce et à d’autres pays. L’intégration des économies européennes sous les auspices de l’UE n’est rien de moins que la forme que prend le capitalisme au niveau européen. Concrètement, la meilleure façon de manifester sa solidarité avec le peuple grec, à qui les institutions internationales veulent encore imposer de nouveaux sacrifices, est de s’opposer frontalement à l’UE – et quoi de mieux qu’une sortie de la Grande-Bretagne qui en appellerait certainement d’autres ? 

Quant à la montée du racisme et au déni des droits des migrants, il suffit de regarder ce qui se passe aujourd’hui dans les pays de l’UE pour savoir que les vrais responsables sont les gouvernements européens et les institutions. L’internationalisme, donc, ne signifie pas soutenir une institution comme l’UE.

Parmi les organisations qui sont pour une ‘sortie à gauche’ (Left exit ou Lexit), on compte le Socialist Workers Party, le Communist Party of Britain (CPB, une petite organisation dont le poids n’a rien à voir avec celui du PCF), le Socialist Party (trotskiste), Respect (le parti de George Galloway) et Counterfire, ainsi que des mouvements de gauche de travailleurs indiens, bangladeshi et kurdes. Une réunion récente de militant-e-s de RS21 (Revolutionary Socialism in the 21st Century) a voté également pour une ‘sortie internationaliste’.

Plusieurs de ces mouvements ont lancé la campagne Lexit – the Left Leave campaign, qui a tenu un meetinginternationaliste contre l’UE le 18 mai avec, en plus de porte-paroles du SWP, de Counterfire et du CPB, des orateurs français (Philippe Cordat, de la CGT région Centre), grec (d’Antarsya), irlandais (une députée de People Before Profit) et catalan (du CUP).

D’un point de vue politique, ces camarades pensent qu’une défaite pour Cameron, suivie sans doute par sa démission, aggraverait la crise de la droite et ouvrirait de nouvelles possibilités pour la gauche – une analyse qui est qualifiée de « pas crédible » par les partisans à gauche du Maintien. De ce point de vue, la décision de Corbyn de faire campagne pour le Maintien en même temps que David Cameron et compagnie (mais pas à ses côtés – quoique certains travaillistes de droite ont franchi ce pas) est une grande occasion manquée.

En désaccord avec cette perspective, les organisations de la gauche de la gauche qui soutiennent le Maintien tiennent une série de meetings avec comme mot d’ordre ‘Une Autre Europe est Possible’ auxquels participent l’ancien ministre de l’économie grec Yannis Varoufakis, John McDonnell, Salma Yaqoob, la députée des Verts Caroline Lucas et leur porte-parole Nathalie Bennett ...

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S’agit-il, pour autant, de vouloir « réformer » l’UE ? Cela doit être une évidence que la nature anti-démocratique des institutions empêche tout changement significatif par les moyens réformistes classiques. John Hilary, directeur de l’ONG War on Want, pose la question ainsi sur le site de Lexit – the Left Leave campaign :

Résultats de recherche d'images pour « Greece austerity »« Existe-il une possibilité réelle de soumettre les institutions de l’UE aux réformes radicales qui permettraient de les convertir à un ‘agenda’ social progressiste ? Ou devons-nous accepter l’idée que ces institutions, non-élues et non-responsables aux citoyen-ne-s, ne seront jamais susceptibles d’être transformées pour servir la population européenne ? Si c’est le cas, un vote pour rester dans l’UE est automatiquement un vote pour la continuation de l’austérité et de la domination néolibérale capitaliste. »

Pour les camarades de la gauche radicale qui participent à la campagne Une Autre Europe est Possible, il s’agit plutôt de travailler à une convergence des luttes dans les différents pays de l’Europe pour imposer d’autres politiques. Ce fut d’ailleurs initialement la position de l’auteur Tariq Ali, avant sa décision de faire campagne pour le Lexit.


SOLIDARITE AVEC LES MIGRANTS

Pour eux/elles, il n’est pas possible d’être solidaires des travailleurs européens tout en prônant le retrait de l’UE. Le soutien au Brexit ne serait donc pas compatible avec l’internationalisme. C’est une question qui se pose concrètement en Grande-Bretagne, où travaillent aujourd'hui 2,15 millions de salariés venus des autres pays de l’UE et la deuxième langue la plus parlée du pays est ... le polonais. Que dire à une ouvrière polonaise qui craint que le Brexit conduise à son expulsion, ou au moins à une dégradation de ses conditions de séjour et de travail ? On peut lui répondre qu’il y a peu de chances que cela se produise, étant donné l’intégration de la production au niveau européen, que le Royaume-Uni soit « In » ou « Out », et le nombre de Britanniques qui vivent ou travaillent dans les autres pays de l’UE. Mais il faut reconnaître que ces craintes sont légitimes.

Que dire aussi à un travailleur portugais ou grec qui voit les mesures d’austérité imposées à son pays par les institutions internationales – des mesures qui l’ont peut-être poussé à s’exiler ? Que son avenir dépend du Maintien du Royaume-Uni dans l’UE ? Quelles que soient les réponses apportées à ces questions, il faut démontrer concrètement que la gauche radicale restera solidaire des migrant-e-s, qu’ils/elles soient originaires de l’UE ou pas, et luttera pour leur droit de séjourner, de travailler et de s’installer dans le pays de leur choix, quelle que soit l’issue du referendum.


Parmi les organisations qui sont pour le Maintien, on compte Socialist Resistance, Left Unity (dont fait partie SR) et le Scottish Socialist Party. C’est sans doute aussi le cas de la grande majorité des militant-e-s qui ont rejoint le parti travailliste dans la foulée de l’élection de Jeremy Corbyn et qui ont formé l’association Momentum. Ont pris également position pour le Maintien, Sinn Fein en Irlande du Nord et Plaid Cymru (le parti nationaliste gallois), sans compter le Scottish National Party que beaucoup ne classent pas à gauche.

Le débat donc est vif dans la gauche radicale. Mais il faut noter que, malgré les différences importantes, il y a un large accord sur la nature capitaliste de l’UE, la nécessité de résister aux politiques d’austérité imposées par les institutions européennes, l’urgence de défendre la liberté de mouvement dans l’UE mais aussi d’accueillir les réfugiés et les migrants non-communautaires, et le refus de toute forme de chauvinisme et de racisme. Des débats et des actions communes, comme l’organisation de convois pour venir en aide aux réfugiés de Calais, continuent. Ainsi, plusieurs débats publics sont prévus entre, pour le Maintien, des représentants des Verts et de Momentum et, pour le Lexit, le Socialist Workers Party.

Résultats de recherche d'images pour « Farage UKIP »Nigel Farage de l'UKIP

Comme avec tout referendum, faire un choix implique être dans le même « camp », le Jour-J, que des gens avec qui on n’a rien en commun politiquement. Nous avons connu ce problème en France lors des referendums sur le Traité de Maastricht et le Traité Constitutionnel Européen. Il est facile de reprocher aux partisans du Lexit de faire le jeu des eurosceptiques de droite, voire des fascistes, tout comme il est facile de reprocher aux partisans du Maintien de faire le jeu de Cameron et du grand patronat. Mais pour l’essentiel le débat se fait sur le fond, aidé par le fait que les camarades des deux côtés font attention à se distinguer des deux campagnes officielles et des forces qui sont encore plus dangereuses. Il n’est pas question pour la campagne Lexit, par exemple, de s’associer de quelque façon que ce soit avec la droite nationaliste (piège que n’a pas évité le leader de Respect, George Galloway, qui est allé jusqu’à partager une tribune avec Nigel Farage de l’UKIP).

Le débat continuera, donc, jusqu’au 23 juin – et sans doute après. Il ne s’agit pas d’un foisonnement de débats et de collectifs locaux comme nous avons vu lors du referendum européen de 2005 en France. L’anticapitalisme et l’internationalisme sont exclus du débat tel qu’il est reflété par les médias, acquis, estime-t-on, à 75% au Maintien (l’autre 25% étant à la droite de la droite). Pour eux, le seul enjeu est de savoir laquelle des deux options est « dans le meilleur intérêt de la nation ». C’est aussi l’occasion pour les politiciens de déployer leurs talents de démagogue – comme quand David Cameron assure que « ce sont les pauvres qui paieront les frais d’un Brexit » et que Daech soutient probablement le Brexit ou quand Boris Johnson compare le projet européen à celui de Napoléon ou d’Hitler.

Raison de plus pour la gauche radicale de ne pas se laisser enfermée par les termes de ce débat tronqué et de faire entendre une autre voix – celle d’une opposition à l’UE capitaliste et d’un véritable internationalisme.

Colin Falconer, militant d’Ensemble ! (et partisan du Lexit)
Le 19 mai 2016


(1)  United Kingdom Independence Party, ou Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni (sic).

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