21 septembre 2018

Aufstehen: La mauvaise stratégie pour combattre la droite, par Marx21

Allemagne : Le projet du rassemblement « Aufstehen » (Debout) - la mauvaise stratégie pour combattre la droite

Thèses de marx21 sur le lancement du rassemblement Aufstehen

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Le lancement du rassemblement Aufstehen a été accueilli avec enthousiasme dans les médias et auprès du public. Cent mille personnes se sont déjà inscrites sur le site internet du mouvement depuis le 4 août. Selon un sondage publié par le magazine Focus, un tiers des personnes interrogées pourraient envisager à voter pour une telle alliance si elle présentait des candidats aux élections fédérales. Cette popularité illustre l’espoir d’une nouvelle percée de la gauche. La question posée initialement est correcte : Comment la gauche peut-elle se renforcer face aux succès menaçants de l’AfD et à l’érosion de la social-démocratie ? Les réponses politiques qu’apporte le nouveau mouvement sont, cependant, insuffisantes. Les faiblesses politiques du rassemblement apparaissent déjà à la lecture du texte de l’Appel, mais sont encore plus évidentes dans les déclarations et interviews des initiateurs qui l’ont accompagné. Il est important de les garder en tête. Avec la création d’Aufstehen, la lutte dans Die Linke autour de l’orientation du parti entrera dans une phase décisive.

1. Il est nécessaire et correct de défendre la justice sociale et la paix … mais aussi de résister face au racisme et à la démagogie de la droite La crise du SPD trouve son origine dans son orientation pro-capitaliste qui fait que son souci principal est la compétitivité de l’économie allemande. La précarisation au travail et dans la vie de tous les jours, les diktats austéritaires en Europe et la militarisation de la politique étrangère résultent de cette orientation. Ils sont en contradiction avec les aspirations d’amélioration de leur situation de la clientèle social-démocrate traditionnelle. En plus, la Grande Coalition à laquelle participe le SPD poursuit une politique de réduction des budgets sociaux, de réarmement et d’interventions à l’étranger et se sert des réfugié-e-s comme boucs-émissaires. Il est juste et indispensable d’organiser la résistance à cette politique. Pour le faire, il faudra activer et mobiliser beaucoup plus de gens que cela n’a été le cas jusqu’à présent. Seuls, les militant-e-s de Die Linke n’y arriveront pas. Convaincre davantage de personnes à s’engager et à s’activer pour défendre leurs propres intérêts est la bonne méthode. En résumé, nous avons besoin de plus de résistance et de luttes de classe, ainsi que d’une critique radicale d’un système économique qui mène aux crises, aux guerres, aux souffrances et aux catastrophes écologiques.

Le mouvement Aufstehen ne remplit pas ces conditions, en particulier parce que ses initiateurs séparent la lutte pour la justice sociale de la lutte contre le racisme. C’est une mauvaise approche pour affaiblir la droite, et les solutions proposées sont fausses.

2. Un problème majeur avec les dirigeants d’Aufstehen est qu’ils se sont mal positionnés dans le débat sur les migrations, en opposant les besoins des réfugié-e-s à ceux de la classe ouvrière locale

Dans un entretien avec le journal Welt am Sonntag, Oskar Lafontaine a réaffirmé son point de vue que, pour affaiblir l’AfD, l’immigration doit être limitée. Avec Sahra Wagenknecht, il n’a pas réussi à imposer cette position à l’intérieur de Die Linke. Au contraire, le dernier congrès de Die Linke a confirmé l’opposition du parti à une politique isolationniste. En revanche, l’approche de Lafontaine et Wagenknecht à la question migratoire constitue un élément fondamental dans la fondation du nouveau mouvement. Dans un portrait de quelques partisans notables d’Aufstehen, l’hebdomadaire Die Zeit a écrit ceci : « Stegemann et Streeck considèrent que l’appel d’Andrea Nahles [secrétaire-général du SPD] pour une politique pragmatique en matière d’accueil des réfugiés (« Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde ») est le premier résultat du lancement du nouveau mouvement. » Ici, il est remarquable que leur mouvement ne fasse aucune référence aux mobilisations en cours contre [Horst] Seehofer [ministre de l’intérieur allemand, membre de la CSU bavaroise] et contre l’AfD, mais, au contraire, prend explicitement ses distances avec « une culture d’accueil sans limites » (Wagenknecht/Stegemann). Comme un moulin à prières, ils recyclent l’idée que les problèmes sociaux et les conflits pour le partage des richesses qui existent ont été aggravés par l’arrivée des réfugiés – au dépend des Allemands. Ils ne font même pas d’efforts pour fournir des preuves concrètes de cette affirmation.

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Cet appel à l’isolement est une mauvaise réponse. Si les migrant-e-s sont traité-e-s comme des bouc-émissaires, alors d’abord cela détourne l’attention des vrais responsables et de ceux et celles qui profitent du dumping salarial et des propriétaires de logements sans scrupules. Les réponses de gauche aux conflits pour des ressources et à la compétition entre les salariés et entre ceux et celles qui cherchent un logement doivent être anticapitalistes et internationalistes. Par conséquent, nous avons besoin de luttes communes avec les migrant-e-s pour une redistribution des richesses, une augmentation du salaire minimum, des logements à des prix abordables et contre la démagogie de droite.

3. La droite ne sera pas affaiblie par des concessions à ses positions, mais par une opposition féroce des mouvements antiracistes et antifascistes

Oskar Lafontaine maintient que les mesures restrictives en matière du droit d’asile de 1993, qu’il avait promues de façon décisive, contribua à marginaliser les partis d’extrême-droite après leur montée rapide. Cette version de l’histoire n’est pas exacte. Le débat autour de ces restrictions a été vu par la droite comme une confirmation de leur mot d’ordre d’« Etrangers dehors », tout comme la déclaration d’Helmut Kohl que « Le navire est plein ». Cela les a encouragés à organiser des agressions xénophobes. C’est seulement après le mouvement de masse suivant les agressions de Mölln et de Solingen que l’opinion commence à basculer, poussant les Républicains [Die Republikaner, un parti d’extrême-droite fondé en 1983] sur la défensive. Par exemple, en 1992, des centaines de milliers de personnes ont participé à des chaînes de lumières dans de nombreuses villes allemandes. Die Zeit a résumé la situation à l’époque : « Le changement est venu des citoyens. Les chaînes de lumière contre la xénophobie et la violence sont en train de changer la République ». 



Quand nous considérons le développement de l’AfD, on constate encore plus clairement que l’affirmation de Lafontaine est fausse. L’immigration a été considérablement limitée depuis 2016 et pourtant la droite n’a cessé de se renforcer. Le mouvement Aufstehen ne pourra pas affaiblir l’AfD s’il évite de lutter contre toutes les formes du racisme. Une opposition claire à l’islamophobie est fondamentale à un moment où [Thilo] Sarrazin [auteur et économiste, membre du SPD], l’AfD et Pegida considèrent que tous les Musulmans sont suspects, qu’ils veulent limiter leur liberté religieuse et qu’ils déclarent que l’islam est incompatible avec « le mode de vie occidental ».

Dans le discours de certains initiateurs d’Aufstehen, c’est souvent les réfugiés qui apparaissent comme une menace, plutôt que les voyous violents de droite. Ceci est intolérable, en particulier parce qu’ils ne parlent pas des plus de mille agressions contre les réfugiés et leurs lieux d’hébergement qui ont lieu chaque année depuis 2015. C’est complètement différent de ce que disent Jeremy Corbyn ou Bernie Sanders, qui sont souvent cités en positif par Aufstehen. Il est vrai que Sanders n’est pas pour l’ouverture des frontières. Mais à la différence des initiateurs d’Aufstehen, il ne fait pas de la limitation de l’immigration le point stratégique de ses campagnes. Au contraire, celles-ci sont caractérisées par une grande empathie pour les travailleurs immigrés sans papiers, pour les besoins des réfugiés et il est contre l’exclusion des Musulmans. Sanders prend au sérieux les migrants comme des agents de la politique. Il a traversé le pays pendant des mois pour rencontrer des immigrés. Et il a été choqué par la peur et la dépression qu’il a rencontrées chez eux à cause de la tonalité de plus en plus sombre du débat actuel sur les migrations.

Quand Oskar Lafontaine prétend que sa position sur l’immigration est la même que celle de Jeremy Corbyn c’est faux également. Les partisans de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair et du courant autour d’un des prédécesseurs de Corbyn à la tête du Parti travailliste, Ed Miliband, ont mis la pression sur Corbyn avant les élections législatives de 2017 pour qu’il défende une limitation draconienne de la libre circulation des salarié-e-s afin de regagner pour le parti ceux et celles qui ont voté pour le Brexit. Exactement comme Wagenknecht, cette droite travailliste croit qu’une politique restrictive en matière d’immigration est la clé pour regagner l’électorat ouvrier. Mais Corbyn a résisté à sa pression et a rejeté ses propositions.

4. Sans l’antiracisme il n’y aura pas de percée de la gauche. La démagogie raciste et droitière de Sarrazin, de Seehofer et de l’AfD représente un obstacle sérieux pour la croissance de la gauche et un renouveau du mouvement social

La démagogie de droite crée la division entre les Allemands et les étrangers, les Chrétiens et les Juifs, les Musulmans et les athées, les femmes et les hommes. Pour cette raison, une déclaration claire contre ces idéologies de division est aussi indispensable que la perspective de solidarité avec les luttes de classe. La dérive droitière ne peut fleurir sur le sol fertile créé par la précarisation néolibérale que si les interprétations racistes dominent. Avec leur « racisme du centre », Seehofer, Sarrazin et al confortent les démagogues de droite de l’AfD. Les idées du mouvement du dirigeant de Pegida, Lutz Bachmann, se voient confirmées à 100 pour cent par le nouveau livre de Thilo Sarrazin, OPA hostile. Comment l’islam freine le progrès et menace la société.

 Avec une ligne nationale-sociale et un mélange d’anticapitalisme supposé et racisme, l’aile néofasciste de l’AfD tente d’atteindre la classe ouvrière. Le danger d’un parti fasciste de masse a grandi depuis l’entrée de l’AfD au parlement fédéral. Cependant, une radicalisation accrue du parti sous l’influence de l’aile fasciste de Björn Höcke et Alexander Gauland pourrait faciliter la mobilisation par la gauche lors des contre-manifestations. Les campagnes de l’alliance Aufstehen gegen Rassismus (Debout contre le racism) fournissent un cadre efficace pour de telles mobilisations. La précondition en est que nous n’évitions pas la confrontation idéologique avec la droite, que nous restions fermes face à leur racisme – contre la stigmatisation des Musulmans, par exemple.

 5. L’accusation fausse de « néolibéralisme progressiste » (ou « la gauche latte macchiato ») contre Die Linke : nous n’opposons pas la lutte contre l’exploitation et celle contre l’oppression

Pour Oskar Lafontaine, Die Linke a succombé au « néolibéralisme progressiste ». Il s’insurge contre un prétendu déséquilibre selon lequel le parti ignore les inquiétudes des travailleurs : « Les droits des homosexuels ou les droits des migrants occupent de plus en plus le centre du discours de la gauche ». Il se réfère ici à la philosophe Nancy Fraser. D’autres partisans d’Aufstehen comme l’écrivain Andreas Nölke se font l’écho de cette idée quand ils prétendent que les travailleurs et les chômeurs vont vers l’AfD alors que la gauche se donne à des fantasmes cosmopolitains.

La thèse sous-jacente de la féministe américaine Fraser n’est pas basée, cependant, sur l’exemple de Die Linke, mais sur la politique néolibérale du Parti démocrate aux Etats-Unis, lequel, quand il est au pouvoir, favorise des coupes dans les budgets sociaux, les privatisations et les guerres et en même temps fait semblant d’être progressiste « en plaidant pour la diversité, le multiculturalisme et les droits des femmes » (Fraser). Lafontaine retourne cette observation contre Die Linke, qui « s’aligne plus ou moins sur la pensée économique néolibérale dominante ». Il suffit de jeter un regard rapide sur les dernières affiches électorales ou les thèmes de campagne de Die Linke pour démontrer le contraire. Les questions sociales – salaires, loyers, retraites, la ‘réforme’ Hartz IV du marché du travail – ont toujours été au centre. Les « visionnaires » d’Aufstehen ne le voient pas parce qu’ils supposent qu’une société multiculturelle et des frontières ouvertes seraient trop pour la classe ouvrière (mâle et blanche). Mais où dans cette conception sont les nombreux travailleurs et travailleuses qui s’engagent dans l’aide aux réfugié-e-s et font partie de la « culture d’accueil » ? 

C’est malhonnête de la part de Lafontaine de citer Nancy Fraser parce que la condition de l’émergence d’une « nouvelle gauche » est, selon elle, que celle-ci « lutte pour la justice sociale et l’émancipation et pour la diversité ». Pour Fraser, à la différence de Lafontaine, il s’agit d’une politique de classe basée sur la solidarité qui s’oppose à la politique néolibérale d’un point de vue de gauche et en ce faisant ne joue pas les différents groupes les uns contre les autres. Un ancien rédacteur en chef de taz [un quotidien progressiste de gauche], Daniel Bax, a bien résumé : « C’est une erreur, cependant, de jouer les supposés « déconnecté-e-s » et les « petites gens » contre les supposés « intérêts des minorités ». Car les « petites gens » et les « déconnecté-e-s » peuvent aussi appartenir à des minorités. Ceux et celles qui ont des salaires faibles ou des emplois précaires viennent souvent des familles immigrées, qui sont souvent parmi les plus pauvres. Les personnes LGBTI se trouvent aussi dans toutes les catégories de la société. Et pour les mères célibataires il est souvent important non seulement de pouvoir joindre les deux bouts financièrement mais de ne pas souffrir des discriminations. En résumé, il y a beaucoup de « petites gens » et des « déconnectés » pour lesquels l’antiracisme et une société libérée de la discrimination sont importants. »

6. Une des explications de l’attractivité du mouvement Aufstehen est l’espoir trompeur d’une possibilité d’arriver au pouvoir avec « la candidate à la chancellerie Sahra », soutenue par une nouvelle majorité de gauche au parlement fédéral

Suite à l’érosion de la social-démocratie et à l’entrée du FDP [parti de droite néolibérale] et de l’AfD au parlement après les dernières élections il n’existait plus – à la différence de 2013 – une majorité arithmétique pour le SPD, les Verts et Die Linke. La perte de l’option d’un gouvernement Rouge-Rouge-Vert a été une source de désillusion. Pour beaucoup de gens le nouveau mouvement a redonné de l’espoir en une nouvelle dynamique qui pourrait aboutir à une majorité de gauche. Cette orientation gouvernementale représente une différence stratégique centrale entre nous et Aufstehen.

Un gouvernement R-R-V supposerait un changement fondamental de direction de la part du SPD et des Verts, à moins que cela soit Die Linke qui renie ses principes. Parmi les partisans les plus connus d’Aufstehen, cependant, on trouve certains dont les opinions exprimées jusqu’à présent sont en nette contradiction avec les « lignes rouges » établies par Die Linke pour que le parti participe au gouvernement. On y trouve, par exemple, Wolfgang Streeck qui fut l’un des architectes d’Agenda 2010, et le Vert Ludger Volmer, qui joua un rôle clé dans la préparation de la décision de son parti de jurer allégeance à l’OTAN et de soutenir l’intervention dans la guerre en Kosovo. Pour une stratégie cohérente contre le néolibéralisme et la guerre, l’orientation sur une alliance R-R-V est problématique. La position sur une politique pour la paix contenue dans l’Appel est déjà considérablement plus faible que celle de Die Linke. Ainsi, il contient une référence positive à la « Bundeswehr comme une armée de défense au sein d’une communauté européenne de sécurité ». Le problème, c’est que le gouvernement allemand lui-même travaille actuellement en faveur d’un armement commun et d’une militarisation de l’UE. L’appel « Aufstehen » ne dit pas, non plus, que la Bundeswehr doit se retirer des opérations militaires à l’étranger – ce qui est la position de Die Linke – mais s’oppose seulement à de nouvelles missions.

En plus, Aufstehen envoie un message qui déjà, sous le slogan « La Gauche, cela marche », a créé des attentes qui ne pouvaient pas être satisfaites. Que sa popularité parmi les chômeurs a diminué ces dernières années en est certainement une des conséquences. Pour beaucoup de ceux-ci, l’espoir qu’en votant pour Die Linke les rapports sociaux changeraient ne s’est pas matérialisé. Car malgré un renforcement de Die Linke, la redistribution des richesses du bas vers le haut ne s’est pas arrêtée. Nous ne changeons pas la société par des majorités gouvernementales mais à travers de mobilisations dans la rue et sur les lieux de travail. L’objectif d’une politique de gauche doit donc être de renforcer la capacité de lutter plutôt que de placer nos espoirs dans des représentants politiques. Le fait est qu’Aufstehen n’est pas encore un mouvement large et ouvert. Le texte de l’Appel ne se réfère nulle part à une quelconque lutte réelle et ne fait aucun lien avec les centaines de milliers de personnes qui sont en ce moment même dans la rue contre la dérive droitière.

7. Des membres dirigeants du nouveau mouvement veulent transformer Die Linke et ainsi le désarmer politiquement

A notre avis, Aufstehen a le potentiel de conduire à une scission de Die Linke – d’une part, parce que son profil politique sur la question des migrants est contraire à celui de Die Linke, et d’autre part, parce que le rassemblement se construit en dehors des structures de Die Linke et de son processus décisionnaire interne. A l’avenir, le point d’achoppement sera le début du processus électoral pour les élections au parlement. Les candidat-e-s du mouvement se présenteront-ils et -elles sur quelle liste ? Comment Sahra Wagenknecht sera-t-elle désignée comme candidate principale ?

Le camp de Wagenknecht s’organise pour mettre la pression sur Die Linke de l’extérieur à travers le nouveau mouvement, et simultanément mène une lutte de faction dans le parti pour imposer ses positions et ses représentant-e-s. Wagenknecht a elle-même déclaré : « Si la pression est assez grande, les partis ouvriront leurs listes à nos idées et à nos camarades, ne serait-ce que pour protéger leurs propres intérêts. » Si cette OPA ne réussit pas, les partisans d’Aufstehen menacent de scissionner pour fonder un nouveau parti. « Nous voulons secouer notre parti afin de gagner des élections de nouveau et changer ce pays », a écrit, par exemple, Sevim Dagdelen, en ajoutant, « Si nous réussissons, il n’y aura pas besoin d’un nouveau parti ».

Nous considérons que la trajectoire d’Aufstehen est mauvaise parce qu’elle représente un pas vers la droite. Un tel déplacement, si elle avait lieu, désarmerait Die Linke dans le combat contre le racisme et l’AfD. Pour cette raison, nous soutenons l’orientation du comité exécutif fédéral de Die Linke qui a été adoptée le 13 août, qui appelle les adherents-e-s de Die Linke à ne pas rejoindre Aufstehen, mais à « renforcer Die Linke comme la force motrice et le point d’ancrage d’une politique de gauche et socialement juste ».

8. Alors que Sahra Wagenknecht maintient que l’explication des pertes électorales de Die Linke dans l’Est de l’Allemagne se trouve dans sa politique concernant les réfugié-e-s, presque personne ne questionne l’orientation étatiste du parti dans ces régions

Après les élections législatives, Oskar Lafontaine a développé l’argument selon lequel Die Linke avait perdu des voix chez les ouvriers et que ces pertes étaient dues à trop de « Réfugié-e-s les bienvenu-e-s » et d’antiracisme. Que cette conclusion est fausse est démontré par les chiffres suivants: Dans beaucoup d’endroits Die Linke avait progressé chez les salariés manuels et les cols blancs. Dans l’Ouest le parti a même obtenu 40 pour cent de voix de plus en total qu’en 2013. Un profil antiraciste n’y était pas un obstacle. On pourrait aussi bien affirmer que la contestation publique actuelle de Die Linke par Lafontaine et al nuit à la croissance du parti.

Le fait que à l’Est la tendance à la baisse aux élections a continué en 2017 n’est pas le résultat de la politique de Die Linke sur la question des réfugié-e-s. L’orientation de soutien à l’Etat dans l’Est l’explique beaucoup mieux. Dans le passé, les sections locales de Die Linke se sont représentées comme des défenseurs des intérêts de l’Est et n’ont pratiquement pas eu de profil basé sur une politique de classe car leur point de départ n’était pas le conflit d’intérêts entre le capital et le travail. Dans beaucoup de localités Die Linke ne paraît pas comme une force de changement fondamental. Pendant les campagnes électorales, le parti a évité de dénoncer de façon radicale les conditions existantes, se présentant avec desslogans comme « Wirstschaftkenner » (Expert économique) ou « Heimat ist dort, wo Familie ist » (On est chez soi là où se trouve la famille). Avec ce profil conformiste, Die Linke a perdu des voix, même là où il était dans l’opposition. En même temps, l’AfD a pu dévier le mécontentement social justifié en un soutien à ses politiques racistes, et se présenter comme un parti de protestation contre l’establishment. Cela ne doit pas se répéter. Aux spéculations actuelles au sujet de possibles coalitions avec la CDU, Die Linke doit répondre avec un Non catégorique. Pour certains dans le camp réformateur à l’Est, l’alliance au Bundestag de Sahra Wagenknecht et Dietmar Bartsch [les deux co-présidents du groupe parlementaire] sert de bouclier pour empêcher toute analyse des causes du déclin du parti dans ces régions.

9. L’auto-émancipation des exploité-e-s et des opprimé-e-s à travers les luttes et la construction d’un pouvoir alternatif doit être une préoccupation centrale de la gauche. Pour mieux servir cette aspiration, Die Linke doit aussi se transformer

Afin de remplir son rôle de force pour le socialisme, Die Linke doit se distinguer complètement des partis établis. Nous avons besoin d’un parti de gauche de masse qui se conçoit à la fois comme un porte-parole et un moteur des mouvements sociaux et des luttes de classe. Cela nécessite une rupture avec la fixation sur les parlements comme le champ d’action et le levier indispensable du changement social.

Déjà il y a plus de cinquante ans dans son essai Les deux âmes du socialisme, le militant américain Hal Draper distinguait un « socialisme par en-bas » émancipateur des différentes formes du « socialisme par en-haut ». Il décrivait celui-ci comme une approche selon laquelle, pour changer le monde, les opprimé-e-s confiaient leur sort à une direction savante et bienfaisante. Cette description s’applique jusqu’à aujourd’hui à la gauche social-démocrate dont le principe est : « Votez pour nous et laissez-nous vous guider vers un meilleur avenir ». Dans l’ancien bloc de l’Est nous pouvions observer une autre variante du « socialisme par en-haut » où les partis communistes agissaient au nom des travailleurs et de plus contre eux. A la fin ils étaient renversés par ceux-là même qu’ils prétendaient représenter.

Nous voulons construire Die Linke dans la tradition du “socialisme par en-bas ». Le parti ne devrait pas se donner comme objectif de simplement représenter la population, mais combattre pour une perspective solidaire à l’intérieur de la classe ouvrière et encourager la résistance. Notre tâche est de renforcer les mouvements réels et développer un profil anticapitaliste. Ces dernières années, des dizaines de milliers d’infirmier-ères ont fait grève face à la crise hospitalière. A Berlin et en Bavière, des milliers de personnes collectent des signatures sur des pétitions pour un referendum demandant davantage de personnel dans les hôpitaux. Un nombre énorme de personnes participent au mouvement Aufstehen gegen rassismuss et à d’autres initiatives antiracistes et antifascistes pour s’opposer à la démagogie de droite. Dans ces mouvements nous pouvons nous approcher des opposants sociaux-démocrates avec des propositions concrètes d’action et une politique de construction d’alliances ouvertes. Un point de cristallisation est le combat contre la droite comme, par exemple, la manifestation de masse #unteilbar (#indivisible) du 13 octobre à Berlin et bien sûr la participation active dans une alliance telle Aufstehen gegen Rassismus. Un autre pourrait être la campagne pour des logements à des prix abordables ou pour davantage de personnel dans la santé et l’aide à la personne. Nous proposerons également le soutien à de telles campagnes à ceux et celles qui adhèrent au projet Aufstehen. Nous voulons développer des initiatives existantes dans Die Linke afin de continuer à construire le parti comme une force de combat. ____________________________________________________________________

Note : Texte daté le 4 septembre 2018 et traduit en français à partir d’une version anglaise faite par un membre (bilingue allemand-anglais) de Die Linke qui vit et milite à Chemnitz (Saxe). Il est donc possible qu’une partie des arguments ait été légèrement « lost in translation » ou que certaines tournures allemandes n’aient pas été traduites correctement. Il n’engage pas les auteurs de l’original. Pour ceux qui lisent l’allemand, voici l’article source : www.marx21.de/aufstehen-kritik-sammlungsbewegung/ marx21 est un regroupement de militants et de militantes à l’intérieur de Die Linke qui existe depuis 2007. Le réseau fait partie du courant de la Gauche socialiste. La députée fédérale Christine Buchholz est membre de son comité de coordination. Ce courant publie le magazine Marx21, et organise des journées de débats annuelles, Marx Is Muss. Son site internet : www.marx21.de

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